Difference between revisions of "Lu Xun Complete Works/fr/Fengbo"

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= La tempête =
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'''(风波)'''
  
'''风波''' (Lu Xun (鲁迅), traduit en français)
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De la collection '''Appel aux armes''' (《呐喝》)
  
De la collection ''L'Appel aux armes'' (呐喊, 1922)
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'''Auteur :''' Lu Xun (鲁迅)
  
 
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La Tempête
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Sur l'aire de terre battue au bord de la rivière, le soleil retirait peu à peu ses rayons jaune d'ambre. Les feuilles des suifiers au bord de l'eau, toutes desséchées, reprenaient enfin leur souffle ; quelques moustiques aux pattes tachetées bourdonnaient et dansaient en dessous. Des cheminées des fermes donnant sur la rivière, la fumée de cuisine se raréfiait ; femmes et enfants aspergeaient d'eau l'aire devant leur porte et installaient petites tables et tabourets bas — chacun savait que c'était l'heure du dîner.
  
Sur l'aire de terre battue au bord de la rivière, le soleil retirait peu à peu ses rayons d'un jaune intense. Les feuilles du suiffier au bord de la place, tout près de l'eau, semblaient reprendre leur souffle dans leur sécheresse, et quelques moustiques aux pattes bariolées bourdonnaient et dansaient en dessous. La fumée de cuisine diminuait peu à peu dans les cheminées des fermes tournées vers la rivière ; les femmes et les enfants aspergeaient d'eau l'aire de terre devant leur porte, disposaient les petites tables et les tabourets bas. Chacun savait que c'était l'heure du dîner.
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Les vieillards et les hommes étaient assis sur les tabourets, s'éventant de grands éventails en feuilles de bananier et bavardant ; les enfants couraient comme le vent ou s'accroupissaient sous les suifiers pour jouer aux cailloux. Les femmes apportaient des légumes secs étuvés, noirs comme du jais, et du riz jaune d'or, fumant et chaud. Le bateau de plaisance de quelques lettrés passa sur la rivière ; un homme de lettres, saisi d'inspiration poétique, s'exclama : « Sans souci ni inquiétude — voilà vraiment la joie de la vie champêtre ! »
  
Les anciens et les hommes, assis sur les tabourets bas, s'éventaient de grands éventails en feuille de bananier et bavardaient ; les enfants couraient comme le vent ou s'accroupissaient sous le suiffier pour jouer aux cailloux. Les femmes apportaient des légumes secs étuvés, noirs comme du jais, et du riz d'un jaune clair, fumant à gros bouillons. Sur la rivière glissait un bateau de plaisance de lettrés ; un bel esprit, saisi d'inspiration poétique devant ce spectacle, s'écria : « Sans soucis ni pensées — voilà les vraies joies champêtres ! »
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Mais les paroles du lettré n'étaient guère conformes à la réalité, précisément parce qu'il n'avait pas entendu les propos de la vieille Neuf-jin. À cet instant, la vieille Neuf-jin était furieuse ; elle frappait le pied du tabouret avec son vieil éventail et disait :
  
Mais les paroles du lettré n'étaient pas tout à fait conformes à la réalité, car il n'avait pas entendu ce que disait la Grand-Mère Neuf-Livres. À cet instant, la Grand-Mère Neuf-Livres était dans une grande colère, frappant les pieds du tabouret avec un éventail cassé :
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« J'ai vécu soixante-dix-neuf ans, c'est bien assez — je ne veux plus voir cette ruine ! On va bientôt dîner, et elle mange des haricots grillés, elle va ruiner toute la famille ! »
  
« J'ai vécu jusqu'à soixante-dix-neuf ans, j'en ai assez, je ne veux plus voir cette déchéance — autant mourir. On va passer à table et elle s'empiffre encore de fèves grillées, elle va ruiner toute la famille ! »
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Son arrière-petite-fille Six-jin, serrant une poignée de haricots, accourait d'en face ; voyant la scène, elle fila droit vers la rivière, se cacha derrière le suifier, passa sa petite tête à deux couettes et cria : « La vieille qui veut pas mourir ! »
  
Son arrière-arrière-petite-fille Six-Livres, une poignée de fèves dans la main, accourait d'en face. Voyant la situation, elle fila droit vers la berge, se cacha derrière le suiffier, passa sa petite tête aux doubles couettes et cria bien fort : « La vieille qui veut pas mourir ! »
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La vieille Neuf-jin avait beau être très âgée, elle n'était pas encore très sourde ; pourtant elle n'avait pas entendu les paroles de l'enfant et continuait à dire : « Vraiment, c'est de pire en pire à chaque génération ! »
  
La Grand-Mère Neuf-Livres, malgré son grand âge, n'était pas encore très sourde ; pourtant elle n'avait pas entendu les paroles de l'enfant et continuait à parler toute seule : « Vraiment, chaque génération est pire que la précédente ! »
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Ce village avait une coutume un peu particulière : quand une femme accouchait, on aimait peser le bébé et prendre son poids en jin comme petit nom. Depuis que la vieille Neuf-jin avait fêté ses cinquante ans, elle était devenue peu à peu une éternelle mécontente, disant toujours que dans sa jeunesse le temps n'était pas aussi chaud ni les haricots aussi durs ; bref, l'époque actuelle n'allait pas. D'autant que Six-jin pesait trois jin de moins que son arrière-grand-mère et un jin de moins que son père Sept-jin — c'était vraiment un exemple irréfutable. Aussi dit-elle encore avec force : « Vraiment, c'est de pire en pire à chaque génération ! »
  
Ce village avait une coutume un peu particulière : quand une femme accouchait, on aimait peser le nouveau-né sur une balance et prendre son poids en livres comme petit nom. Depuis qu'elle avait fêté son cinquantième anniversaire, la Grand-Mère Neuf-Livres était peu à peu devenue une éternelle mécontente, affirmant que de son temps il ne faisait pas si chaud et que les fèves n'étaient pas si dures ; bref, l'époque actuelle était de travers. D'autant plus que Six-Livres pesait trois livres de moins que son arrière-arrière-grand-mère et une livre de moins que son père Sept-Livres — une preuve véritablement irréfutable. C'est pourquoi elle répéta avec force : « Vraiment, chaque génération est pire que la précédente ! »
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Sa belle-fille, la femme de Sept-jin, arrivait justement à la table avec le panier de nourriture ; elle le posa brutalement sur la table et dit avec indignation : « Encore, vieille mère ! Quand Six-jin est née, ne pesait-elle pas six jin et cinq liang ? Et votre balance est une balance privée, une balance lourde à dix-huit liang par jin. Avec une balance standard de seize liang, notre Six-jin pèserait plus de sept jin. Et je doute que l'arrière-grand-père et le grand-père aient vraiment pesé exactement neuf et huit jin — la balance qu'ils utilisaient faisait peut-être quatorze liang... »
  
Sa belle-fille, la Belle-sœur Sept-Livres, portait justement le panier de riz vers la table. Elle claqua le panier sur la table et dit avec colère : « Vous recommencez, Grand-Mère. Est-ce que Six-Livres ne pesait pas six livres cinq onces à la naissance ? Et votre balance est une balance privée, une balance lourde, une balance à dix-huit onces ; avec l'étalon standard de seize, notre Six-Livres aurait pesé plus de sept livres. Je pense que même l'arrière-grand-père et le grand-père ne pesaient pas exactement neuf et huit livres — la balance qu'on utilisait n'avait peut-être que quatorze onces … »
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« De pire en pire à chaque génération ! »
  
« Chaque génération est pire que la précédente ! »
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La femme de Sept-jin n'avait pas encore répondu quand elle aperçut soudain Sept-jin sortant du coin de la ruelle ; elle changea aussitôt de direction et lui cria : « Espèce de cadavre ! Pourquoi ne rentres-tu que maintenant ? Où es-tu allé crever ? Les gens t'attendent pour dîner ! »
  
Avant que la Belle-sœur Sept-Livres eût pu répondre, elle aperçut soudain Sept-Livres qui débouchait de la ruelle. Elle changea aussitôt de direction et lui cria : « Espèce de cadavre, pourquoi ne rentres-tu que maintenant ? Où étais-tu allé crever ? On t'attend pour manger ! »
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Bien que Sept-jin vécût à la campagne, il nourrissait depuis longtemps certaines ambitions de s'élever. Depuis son grand-père, la famille n'avait pas touché un manche de houe pendant trois générations ; lui aussi aidait à manœuvrer un bateau de passagers, une fois par jour — le matin de Lu vers la ville, le soir retour à Lu — il était donc assez au courant de l'actualité : par exemple, où le Dieu du Tonnerre avait frappé un esprit mille-pattes ; où une fille avait donné naissance à un yaksha. Parmi les villageois, il était incontestablement un personnage. Mais dîner sans lumière en été restait une coutume paysanne qu'il observait ; rentrer si tard méritait donc des reproches.
  
Sept-Livres vivait certes à la campagne, mais il montrait depuis longtemps des signes d'ascension. Depuis son grand-père jusqu'à lui, trois générations n'avaient plus tenu le manche d'une houe. Comme d'habitude, il aidait à conduire un bac, une fois par jour — le matin de Luzhen à la ville, le soir de la ville à Luzhen — et il était donc assez bien informé des affaires du temps : par exemple, qu'en tel endroit le Dieu du Tonnerre avait foudroyé un esprit mille-pattes, ou qu'en tel autre une demoiselle avait mis au monde un yaksha, et autres nouvelles de ce genre. Parmi les villageois, il était incontestablement un personnage de marque. Mais en été, on dînait sans allumer de lampe, suivant la coutume paysanne ; rentrer si tard était donc bien méritoire d'un sermon.
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Sept-jin tenait d'une main sa pipe de plus de six pieds en bambou tacheté, avec embout d'ivoire et fourneau de cuivre blanc, la tête baissée ; il s'approcha lentement et s'assit sur le tabouret bas. Six-jin en profita pour se glisser dehors et s'asseoir à côté de lui, l'appelant « Papa ». Sept-jin ne répondit pas.
  
Sept-Livres, tenant d'une main sa pipe en bambou de Xiangfei, longue de plus de six pieds, avec embout d'ivoire et fourneau de cuivre blanc, arriva tête baissée, lentement, et s'assit sur le tabouret bas. Six-Livres en profita pour se faufiler dehors et s'asseoir à côté de lui en l'appelant Papa. Sept-Livres ne répondit pas.
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« De pire en pire à chaque génération ! » dit la vieille Neuf-jin.
  
« Chaque génération est pire que la précédente ! », dit la Grand-Mère Neuf-Livres.
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Sept-jin releva lentement la tête et soupira : « L'Empereur s'est assis sur le Trône du Dragon. »
  
Sept-Livres releva lentement la tête, poussa un soupir et dit : « L'Empereur est monté sur le Trône du Dragon. »
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La femme de Sept-jin resta figée un instant, puis s'exclama soudain : « C'est merveilleux ! Ça veut dire qu'il y aura une amnistie impériale ! »
  
La Belle-sœur Sept-Livres resta interdite un instant, puis eut soudain une illumination : « Eh bien, c'est magnifique ! Cela ne veut-il pas dire qu'il va y avoir une nouvelle amnistie impériale ? »
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Sept-jin soupira encore : « Je n'ai pas de natte. »
  
Sept-Livres soupira de nouveau. « Je n'ai pas de natte. »
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« L'Empereur veut des nattes ? »
  
« L'Empereur exige des nattes ? »
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« L'Empereur veut des nattes. »
  
« L'Empereur exige des nattes. »
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« Comment le sais-tu ? » demanda la femme de Sept-jin, inquiète et pressée.
  
« Comment le sais-tu ? » demanda la Belle-sœur Sept-Livres, un peu inquiète, d'un ton pressant.
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« Tout le monde à la taverne Xianheng le dit. »
  
« Tout le monde à l'auberge Xianheng le dit. »
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La femme de Sept-jin sentit alors instinctivement que les choses n'allaient pas bien, car la taverne Xianheng était un lieu bien informé. Son regard tomba sur la tête rasée de Sept-jin, et elle ne put retenir sa colère — elle lui en voulut, le blâma, le maudit. Puis soudain le désespoir la saisit ; elle remplit un bol de riz, le poussa devant Sept-jin et dit : « Mange donc vite ! Une mine d'enterrement va te faire pousser une natte ? »
  
La Belle-sœur Sept-Livres sentit alors d'instinct que les choses tournaient mal, car l'auberge Xianheng était un endroit où les nouvelles circulaient vite. Quand son regard tomba sur le crâne nu de Sept-Livres, elle ne put retenir sa colère — elle le blâmait, lui en voulait, le maudissait. Puis soudain le désespoir la saisit ; elle remplit un bol de riz, le poussa devant Sept-Livres et dit : « Mange vite plutôt ! Ce n'est pas en tirant une tête d'enterrement qu'il te poussera une natte ! »
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Le soleil avait retiré ses derniers rayons ; une fraîcheur sombre montait de la surface de l'eau. Sur l'aire de terre battue, le cliquetis des bols et des baguettes emplissait l'air, et des perles de sueur perlaient sur tous les dos. Quand la femme de Sept-jin eut fini sa troisième bol de riz et leva la tête par hasard, son cœur se mit à battre la chamade. À travers les feuilles du suifier, elle vit le petit et gros Zhao Qi-ye traverser le pont de planches — et il portait sa longue robe de toile de bambou bleu saphir.
  
Le soleil avait retiré ses derniers rayons ; la fraîcheur remontait insensiblement de la surface de l'eau. Sur l'aire de terre battue résonnait un concert de bols et de baguettes, et des perles de sueur perlaient à nouveau sur le dos de chacun. La Belle-sœur Sept-Livres avait fini son troisième bol de riz et leva la tête par hasard ; son cœur se mit à battre violemment. À travers les feuilles du suiffier, elle aperçut le petit et gros Monsieur Zhao le Septième qui traversait le pont de rondins — et il portait une longue robe de toile de bambou bleu saphir.
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Zhao Qi-ye était le propriétaire de la taverne Maoyuan du village voisin et le seul personnage distingué et lettré dans un rayon de trente li ; parce qu'il était savant, il avait aussi quelque chose du loyaliste de l'ancien régime. Il possédait plus de dix volumes du « Roman des Trois Royaumes » commenté par Jin Shengtan, et s'asseyait souvent pour les lire mot à mot. Il pouvait non seulement réciter les noms des Cinq Généraux Tigres, mais savait même que le nom de courtoisie de Huang Zhong était Hansheng et celui de Ma Chao, Mengqi. Après la révolution, il avait enroulé sa natte au sommet de la tête comme un prêtre taoïste, et soupirait souvent que si Zhao Zilong vivait encore, le monde n'aurait pas sombré dans un tel désordre. La femme de Sept-jin avait de bons yeux et avait déjà remarqué qu'aujourd'hui Zhao Qi-ye n'était plus taoïste — il avait le crâne lisse et rasé, avec un chignon noir au sommet ; elle comprit aussitôt que l'Empereur avait dû s'asseoir sur le Trône du Dragon, qu'il fallait certainement des nattes, et que Sept-jin était certainement en grand danger. Car cette robe de toile de bambou, Zhao Qi-ye ne la portait pas à la légère ; en trois ans il ne l'avait portée que deux fois : une fois quand son adversaire, le grêlé Asi, était tombé malade, et une fois quand Maître Lu, qui avait jadis saccagé sa taverne, était mort. C'était la troisième fois cela devait encore signifier une joie pour lui et un malheur pour ses ennemis.
  
Monsieur Zhao le Septième était le propriétaire de l'auberge Maoyuan dans le village voisin, et le seul personnage éminent et homme de savoir dans un rayon de trente li. Sa condition de lettré lui conférait aussi quelque relent de nostalgie impériale. Il possédait plus d'une dizaine de volumes du « Roman des Trois Royaumes » annoté par Jin Shengtan, et passait souvent de longs moments assis à les lire caractère par caractère. Non seulement il pouvait réciter les noms des Cinq Généraux-Tigres, mais il savait même que le nom de courtoisie de Huang Zhong était Hansheng et celui de Ma Chao, Mengqi. Après la Révolution, il avait enroulé sa natte au sommet du crâne, à la manière d'un taoïste, et soupirait souvent en disant que si Zhao Zilong vivait encore, le monde n'en serait jamais arrivé là. La Belle-sœur Sept-Livres avait de bons yeux et vit aussitôt que le Monsieur Zhao le Septième d'aujourd'hui n'était plus un taoïste, mais arborait un crâne lisse et rasé surmonté d'une calotte noire de jais et elle comprit aussitôt que l'Empereur avait dû monter sur le Trône du Dragon, qu'il fallait absolument avoir une natte, et que Sept-Livres courait un très grand danger. Car cette robe de toile de bambou de Monsieur Zhao, il ne la portait pas à la légère ; en trois ans, il ne l'avait mise que deux fois : une fois quand son ennemi juré, le grêlé Ah Si, était tombé malade, et une fois quand le Seigneur Lu, qui avait un jour saccagé son auberge, était mort. C'était la troisième fois — et cela ne pouvait signifier qu'une chose : il avait des raisons de se réjouir, et ses ennemis des raisons de gémir.
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La femme de Sept-jin se souvenait que deux ans auparavant, Sept-jin, ivre, avait traité Zhao Qi-ye de « basse engeance » aussi sentit-elle immédiatement le danger pour Sept-jin, et son cœur se mit à battre follement.
  
La Belle-sœur Sept-Livres se rappela que deux ans plus tôt, Sept-Livres, ivre, avait traité Monsieur Zhao le Septième de « fils de rien », et elle pressentit aussitôt le danger qui menaçait Sept-Livres ; son cœur se mit à battre la chamade.
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Zhao Qi-ye s'approchait ; tous ceux qui dînaient se levèrent, tapotant leurs bols de riz avec leurs baguettes : « Maître Qi-ye, mangez chez nous ! » Qi-ye hocha la tête à chacun en disant « Je vous en prie », mais alla tout droit à la table de Sept-jin. Ceux-ci s'empressèrent de l'accueillir ; Qi-ye sourit et dit « Je vous en prie », tout en examinant soigneusement leurs plats.
  
Monsieur Zhao le Septième s'avançait. Les convives se levaient les uns après les autres, désignant leur bol de riz avec leurs baguettes : « Septième Maître, faites-nous l'honneur de dîner chez nous ! » Le Septième hochait la tête en marchant : « Non, non, je vous en prie », mais il alla tout droit à la table des Sept-Livres. Les Sept-Livres s'empressèrent de l'accueillir, et le Maître sourit : « Je vous en prie », tout en étudiant minutieusement leurs plats.
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« Quels légumes secs parfumés ! — Vous avez entendu les nouvelles ? » demanda Zhao Qi-ye, debout derrière Sept-jin et face à sa femme.
  
« Que ces légumes secs sentent bon — avez-vous eu vent de quelque chose ? » dit Monsieur Zhao le Septième, debout derrière Sept-Livres et face à la Belle-sœur Sept-Livres.
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« L'Empereur s'est assis sur le Trône du Dragon », dit Sept-jin.
  
« L'Empereur est monté sur le Trône du Dragon », dit Sept-Livres.
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La femme de Sept-jin regarda le visage de Qi-ye et se força à sourire : « L'Empereur s'est assis sur le Trône du Dragon — quand y aura-t-il une amnistie impériale ? »
  
La Belle-sœur Sept-Livres regarda le visage du Septième et dit avec un sourire forcé : « L'Empereur est donc monté sur le Trône du Dragon — quand l'amnistie impériale sera-t-elle proclamée ? »
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« Amnistie impériale ? — Eh bien, il y aura sans doute une amnistie tôt ou tard. » À ces mots, le visage de Qi-ye se fit soudain sévère : « Mais où est la natte de votre Sept-jin ? La natte ? C'est une affaire sérieuse. Vous savez le dicton du temps des Longs-Cheveux : qui garde ses cheveux perd la tête ; qui garde la tête perd ses cheveux... »
  
« L'amnistie impériale ? — Tôt ou tard il y en aura certainement une. » Ici, la voix et l'expression de Monsieur Zhao se firent soudain sévères. « Mais où est la natte de ton Sept-Livres, sa natte ? Voilà ce qui est urgent. Vous savez bien : du temps des Longs-Cheveux, on disait — qui garde ses cheveux perd sa tête, qui garde sa tête perd ses cheveux … »
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Sept-jin et sa femme n'avaient jamais appris à lire et ne comprenaient guère les subtilités de cette allusion classique ; mais puisque le savant Maître Qi-ye parlait ainsi, l'affaire devait être extrêmement grave et irrémédiable. C'était comme s'ils avaient reçu une sentence de mort — un bourdonnement leur emplit les oreilles, et ils ne purent plus prononcer un mot.
  
Sept-Livres et sa femme n'avaient jamais fait d'études et ne saisissaient pas bien la subtilité de cette allusion classique, mais puisque le Septième, qui était savant, parlait ainsi, la chose devait être extrêmement grave et irrémédiable. Ce fut comme si une condamnation à mort avait été prononcée leurs oreilles bourdonnèrent, et ils ne purent plus prononcer un mot.
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« De pire en pire à chaque génération — » La vieille Neuf-jin, déjà indignée, saisit l'occasion pour dire à Zhao Qi-ye : « Les Longs-Cheveux d'aujourd'hui ne font que couper les nattes des gens — ni bonzes ni taoïstes. Les Longs-Cheveux d'autrefois étaient-ils ainsi ? J'ai vécu soixante-dix-neuf ans, c'est bien assez. Les Longs-Cheveux d'autrefois s'enroulaient des pièces entières de satin rouge autour de la tête, qui traînaient, traînaient jusqu'aux talons ; les princes portaient du satin jaune, qui traînait, du satin jaune ; du satin rouge, du satin jaune j'ai assez vécu, soixante-dix-neuf ans. »
  
« Chaque génération est pire que la précédente — », dit la Grand-Mère Neuf-Livres, qui était déjà en pleine doléance, et elle saisit l'occasion de s'adresser à Monsieur Zhao le Septième : « Les Longs-Cheveux d'aujourd'hui ne font que couper les nattes des gens — ni moines ni taoïstes. Étaient-ils comme ça, les Longs-Cheveux d'autrefois ? J'ai vécu jusqu'à soixante-dix-neuf ans, j'en ai assez. Les Longs-Cheveux d'autrefois — ils s'enveloppaient la tête de pièces entières de satin rouge, qui traînait, qui traînait, jusqu'aux talons ; les princes portaient du satin jaune, qui traînait, du satin jaune ; du satin rouge, du satin jaune — j'en ai assez, soixante-dix-neuf ans. »
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La femme de Sept-jin se leva et murmura : « Que faire ? Toute une maisonnée de vieux et de jeunes, tous dépendant de lui pour vivre... »
  
La Belle-sœur Sept-Livres se leva et murmura : « Que va-t-on devenir ? Toute cette maisonnée de vieux et de jeunes, qui dépendent tous de lui »
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Zhao Qi-ye secoua la tête : « On n'y peut rien. Pour qui n'a pas de natte, quelle peine encourt-il — c'est écrit noir sur blanc dans les livres, article par article. Peu importe qui vit chez lui. »
  
Monsieur Zhao le Septième secoua la tête : « On n'y peut rien. Ne pas avoir de natte — quelle peine cela mérite, c'est écrit dans les livres, point par point, noir sur blanc. Peu importe qui il a chez lui. »
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Quand la femme de Sept-jin entendit que c'était écrit dans les livres, son désespoir fut total. Dans son affolement, elle retourna soudain sa colère contre Sept-jin. Elle pointa ses baguettes vers le bout de son nez : « Ce cadavre l'a bien cherché ! Quand la rébellion a éclaté, je lui ai dit : ne conduis pas le bateau, ne va pas en ville. Mais non, il a voulu aller crever en ville, se rouler en ville, et là-bas on lui a coupé la natte. Avant, c'était une belle natte, noire et luisante, et maintenant il ressemble à ni bonze ni taoïste. Ce forçat l'a bien cherché — et il nous a entraînés ! Ce cadavre vivant de forçat... »
  
Quand la Belle-sœur Sept-Livres entendit que c'était écrit dans les livres, tout espoir s'envola. Désespérée, elle retourna soudain sa fureur contre Sept-Livres. Elle pointa ses baguettes vers son nez et dit : « Ce cadavre l'a bien cherché ! Quand la révolte a éclaté, je lui ai dit : ne va plus conduire le bac, ne monte plus en ville. Mais il a voulu aller crever en ville, rouler en ville — et à peine arrivé, on lui a coupé la natte. Avant, c'était une belle natte lisse et noire comme du jais, et maintenant le voilà ni moine ni taoïste. Ce forçat l'a bien cherché — mais qu'il nous entraîne dans sa chute, qu'est-ce qu'on peut dire ? Ce forçat de cadavre vivant … »
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Les villageois avaient vu Zhao Qi-ye arriver au village, s'étaient dépêchés de finir de manger et s'étaient rassemblés autour de la table de Sept-jin. Sept-jin, sachant qu'il était un personnage en vue, trouvait très inconvenant d'être ainsi insulté par sa femme devant tout le monde ; il releva donc la tête et dit lentement :
  
Les villageois, ayant vu Monsieur Zhao le Septième arriver au village, avaient vite fini de manger et s'étaient rassemblés autour de la table de Sept-Livres. Sept-Livres savait qu'il était un personnage et qu'il n'était guère convenable d'être ainsi insulté par sa femme devant tout le monde ; il releva la tête et dit lentement :
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« Tu parles bien facilement aujourd'hui, mais à l'époque tu... »
  
« Tu parles à ton aise aujourd'hui, mais à l'époque, toi … »
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« Espèce de cadavre vivant de forçat... ! »
  
« Toi, forçat de cadavre vivant … »
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Parmi les spectateurs, Sœur Ba-yi était la plus charitable ; portant son enfant posthume de deux ans, elle se tenait à côté de la femme de Sept-jin pour regarder le spectacle. N'en pouvant plus, elle intervint pour calmer les esprits : « Sœur Sept-jin, laisse tomber. Personne n'est un immortel — qui peut prédire l'avenir ? Même toi, Sœur Sept-jin, n'as-tu pas dit à l'époque que ne pas avoir de natte n'était pas si terrible ? D'ailleurs, le grand mandarin du yamen n'a pas encore publié d'édit... »
  
Parmi les spectateurs, la Belle-sœur Quatre-Vingt-Un était la plus charitable ; serrant contre elle son fils posthume de deux ans, elle regardait le spectacle à côté de la Belle-sœur Sept-Livres. Se sentant gênée, elle se hâta de tempérer : « Belle-sœur Sept-Livres, laissez tomber. Nous ne sommes pas des immortels qui peut prédire l'avenir ? Vous-même, Belle-sœur Sept-Livres, n'avez-vous pas dit à l'époque que ne pas avoir de natte n'avait rien de honteux ? Et puis le grand mandarin du yamen n'a encore publié aucun édit … »
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La femme de Sept-jin n'avait pas fini d'écouter que ses deux oreilles étaient déjà cramoisies. Elle retourna ses baguettes et les pointa vers le nez de Sœur Ba-yi : « Qu'est-ce que tu racontes ! Sœur Ba-yi, je me considère encore comme une personne raisonnable est-ce que je dirais de telles absurdités ? À l'époque, j'ai pleuré trois jours entiers — tout le monde l'a vu ; même la petite Six-jin a pleuré... » Six-jin venait de finir un grand bol de riz, tenait le bol vide et tendait la main en réclamant du supplément. La femme de Sept-jin, déjà de fort mauvaise humeur, planta ses baguettes droit entre les deux couettes de l'enfant et hurla : « Qui t'a demandé ton avis ! Petite veuve voleuse de maris ! »
  
La Belle-sœur Sept-Livres n'avait pas laissé finir la phrase que ses deux oreilles étaient déjà écarlates. Elle retourna ses baguettes et les pointa vers le nez de la Belle-sœur Quatre-Vingt-Un : « Ah mon Dieu, qu'est-ce que c'est que ces paroles ! Belle-sœur Quatre-Vingt-Un, il me semble être encore une personne raisonnable — dirais-je des insanités pareilles ? À l'époque, j'ai pleuré pendant trois jours entiers, tout le monde l'a vu ; même la petite Six-Livres a pleuré … » Six-Livres venait de finir un grand bol de riz et tendait son bol vide en réclamant une autre portion. La Belle-sœur Sept-Livres, déjà de mauvaise humeur, enfonça les baguettes droit entre les deux couettes de Six-Livres et hurla : « Qui t'a demandé ton avis ! Petite veuve voleuse d'hommes ! »
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Patatras ! — le bol vide tomba des mains de Six-jin, heurta par malheur un angle de brique et se fêla aussitôt d'une grande brèche. Sept-jin bondit, ramassa le bol cassé, refit les morceaux et l'examina, puis jura : « Bon sang ! » et gifla Six-jin par terre. Six-jin gisait en pleurant ; la vieille Neuf-jin la prit par la main, répétant « De pire en pire à chaque génération », et toutes deux s'en allèrent.
  
Plouf — le bol vide tomba de la main de Six-Livres et heurta par malheur le coin d'une brique, se brisant aussitôt en un large éclat. Sept-Livres bondit, ramassa le bol cassé, en rapprocha les morceaux pour l'examiner, et s'écria : « Nom de Dieu ! » — puis flanqua une gifle qui envoya Six-Livres par terre. Six-Livres gisait en pleurant ; la Grand-Mère Neuf-Livres la prit par la main en répétant « chaque génération est pire que la précédente », et elles s'en allèrent ensemble.
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Sœur Ba-yi se mit aussi en colère et dit à haute voix : « Sœur Sept-jin, tu frappes les gens avec le bâton de la haine... »
  
La Belle-sœur Quatre-Vingt-Un se fâcha elle aussi et dit d'une voix forte : « Belle-sœur Sept-Livres, vous frappez les gens dans votre rage … »
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Zhao Qi-ye avait regardé en souriant ; mais depuis que Sœur Ba-yi avait dit « le grand mandarin du yamen n'a pas encore publié d'édit », il s'était mis en colère. Il était sorti de derrière la table et poursuivit : « ‘Bâton de la haine’, qu'est-ce que ça veut dire ? Les soldats vont bientôt arriver. Savez-vous qui escorte l'Empereur cette fois ? Le Maréchal Zhang ! Le Maréchal Zhang est un descendant de Zhang Yide de Yan — avec sa lance-serpent de dix-huit pieds, il a la valeur de dix mille hommes ! Qui peut lui résister ? » Il serra les deux poings comme s'il tenait une lance invisible et s'avança de quelques pas vers Sœur Ba-yi : « Peux-tu lui résister ? »
  
Monsieur Zhao le Septième avait jusque-là observé la scène en souriant ; mais depuis que la Belle-sœur Quatre-Vingt-Un avait dit « le grand mandarin du yamen n'a encore publié aucun édit », il s'était quelque peu irrité. Il avait déjà contourné la table et poursuivit : « "Frapper les gens dans sa rage" — et alors ? Les soldats vont arriver d'un moment à l'autre. Savez-vous qui escorte le trône cette fois ? Le Généralissime Zhang ! Le Généralissime Zhang est un descendant de Zhang Yide du pays de Yan, et avec sa lance à tête de serpent longue de dix-huit pieds, il a la vaillance de dix mille hommes — qui pourrait lui résister ? » Il serra les deux poings comme s'il tenait une lance invisible et s'avança de quelques pas vers la Belle-sœur Quatre-Vingt-Un : « Pourriez-vous lui résister ? ! »
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Sœur Ba-yi tremblait de rage en serrant son enfant quand elle vit soudain Zhao Qi-ye, le visage ruisselant de sueur huileuse, les yeux écarquillés, fonçant droit sur elle ; terrifiée, elle n'osa finir sa phrase, se retourna et s'en alla. Zhao Qi-ye la suivit ; la foule blâma Sœur Ba-yi de se mêler de ce qui ne la regardait pas et s'écarta. Quelques-uns qui avaient coupé leur natte et la laissaient repousser se cachèrent vite derrière les autres, de peur qu'il ne les remarquât. Zhao Qi-ye n'examina pas de près ; il traversa la foule, disparut soudain derrière le suifier, lança « Peux-tu lui résister ? », enjamba le pont de planches et s'en alla d'un pas altier.
  
La Belle-sœur Quatre-Vingt-Un tremblait de colère, serrant son enfant, lorsqu'elle vit soudain Monsieur Zhao le Septième foncer vers elle, le visage ruisselant de sueur grasse, les yeux écarquillés. Prise de peur, elle n'osa pas finir sa phrase et s'enfuit. Monsieur Zhao le Septième la suivit ; la foule blâmait la Belle-sœur Quatre-Vingt-Un de s'être mêlée de ce qui ne la regardait pas, tout en s'écartant. Quelques-uns qui avaient coupé leur natte et la laissaient repousser se cachèrent vivement derrière la foule, de peur qu'il ne les remarquât. Monsieur Zhao le Septième n'inspecta pas les lieux de près ; il traversa la foule, obliqua soudain derrière le suiffier, cria : « Pourriez-vous lui résister ? ! », monta sur le pont de rondins et s'en alla d'un pas altier.
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Les villageois restaient plantés là, calculant en eux-mêmes, et tous estimèrent qu'ils ne pourraient véritablement pas résister à Zhang Yide ; ils conclurent donc que Sept-jin allait certainement perdre la vie. Puisque Sept-jin avait enfreint la loi impériale, ils se souvinrent de son air si fier quand il racontait les nouvelles de la ville, sa longue pipe à la bouche — et ils éprouvèrent même une certaine satisfaction face à sa transgression. Ils semblèrent vouloir faire quelques commentaires, mais ne trouvèrent rien à dire. Après un brouhaha confus, les moustiques heurtèrent les torses nus et se retirèrent sous le suifier ; les villageois se dispersèrent aussi peu à peu, rentrèrent chez eux, fermèrent leurs portes et allèrent dormir. La femme de Sept-jin, marmonnant, ramassa les ustensiles, la table et les tabourets, rentra, ferma la porte et alla dormir.
  
Les villageois restaient plantés là, hébétés, calculant en eux-mêmes, et tous concluaient qu'ils ne pourraient effectivement pas résister à Zhang Yide ; ils en déduisaient donc que Sept-Livres allait certainement y laisser la vie. Puisque Sept-Livres avait enfreint la loi impériale, ils se rappelèrent l'air arrogant qu'il prenait d'habitude, sa longue pipe à la bouche, quand il racontait les nouvelles de la ville, et éprouvèrent même une certaine satisfaction devant sa transgression. Ils semblaient vouloir émettre quelque opinion, mais ne trouvaient rien à dire. Dans un bourdonnement confus de voix, les moustiques passèrent en trombe devant les torses nus et se ruèrent sous le suiffier pour y tenir leur marché ; les villageois, eux aussi, se dispersèrent peu à peu, rentrèrent chez eux, fermèrent leurs portes et se couchèrent. La Belle-sœur Sept-Livres marmonna, rangea la vaisselle, la table et les tabourets, rentra, ferma la porte et se coucha.
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Sept-jin rapporta le bol cassé à la maison et s'assit sur le seuil pour fumer ; mais il était si soucieux qu'il oublia de fumer — le feu dans le fourneau de cuivre blanc de sa pipe de plus de six pieds en bambou tacheté à embout d'ivoire s'éteignit peu à peu. Dans son esprit, il sentait que la situation était extrêmement critique ; il essaya de trouver des solutions, d'élaborer des plans, mais tout restait horriblement confus et ne s'enchaînait pas : « La natte — où est la natte ? Lance-serpent de dix-huit pieds. De pire en pire à chaque génération ! L'Empereur sur le Trône du Dragon. Le bol cassé doit aller en ville pour être recollé. Qui peut lui résister ? C'est écrit dans les livres, article par article. Bon sang... ! »
  
Sept-Livres rapporta le bol cassé à la maison et s'assit sur le seuil pour fumer ; mais il était si soucieux qu'il en oublia de fumer, et le feu dans le fourneau de cuivre blanc de sa pipe en bambou de Xiangfei, longue de plus de six pieds, s'éteignit peu à peu. Il sentait dans son cœur que la situation était extrêmement périlleuse et essayait de trouver un moyen, un plan, mais tout restait désespérément confus et ne pouvait s'assembler : « La natte — qu'en est-il de la natte ? Lance à tête de serpent de dix-huit pieds. Chaque génération est pire que la précédente ! L'Empereur sur le Trône du Dragon. Le bol cassé, il faut le faire réparer en ville. Qui peut lui résister ? C'est écrit dans les livres, point par point. Nom de Dieu ! … »
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Le lendemain matin, Sept-jin alla comme d'habitude en bateau de Lu à la ville et revint le soir à Lu, portant encore sa pipe de plus de six pieds et un bol de riz. Au dîner, il dit à la vieille Neuf-jin que le bol avait été recollé en ville ; comme la brèche était grande, il avait fallu seize rivets de cuivre, à trois wen pièce, soit quarante-huit wen au total.
  
Le lendemain matin, Sept-Livres partit comme d'habitude de Luzhen, conduisant le bac vers la ville, et revint à Luzhen le soir, avec sa pipe en bambou de Xiangfei de plus de six pieds et un bol de riz. Au dîner, il dit à la Grand-Mère Neuf-Livres que le bol avait été réparé en ville ; la fêlure étant grande, il avait fallu seize rivets de cuivre, à trois sapèques pièce, soit quarante-huit petites sapèques en tout.
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La vieille Neuf-jin dit très mécontente : « De pire en pire à chaque génération — j'ai assez vécu. Trois wen le rivet ! Les rivets d'autrefois étaient-ils ainsi ? Les rivets d'autrefois étaient... J'ai vécu soixante-dix-neuf ans — »
  
La Grand-Mère Neuf-Livres dit d'un ton très mécontent : « Chaque génération est pire que la précédente ; j'en ai assez vécu. Trois sapèques le rivet ; les rivets d'autrefois, étaient-ils comme ça ? Les rivets d'autrefois étaient … j'ai vécu soixante-dix-neuf ans — »
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Dès lors, bien que Sept-jin continuât d'aller en ville chaque jour comme d'habitude, l'atmosphère à la maison restait sombre ; les villageois l'évitaient pour la plupart et ne venaient plus écouter les nouvelles qu'il rapportait de la ville. La femme de Sept-jin n'était pas de bonne humeur non plus et l'appelait souvent « forçat ».
  
Par la suite, bien que Sept-Livres continuât comme d'habitude à se rendre chaque jour en ville, l'atmosphère à la maison restait morne. Les villageois l'évitaient pour la plupart et ne venaient plus écouter ses nouvelles de la ville. La Belle-sœur Sept-Livres non plus n'était pas aimable et le traitait souvent de « forçat ».
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Au bout d'une dizaine de jours, Sept-jin rentra de la ville et trouva sa femme de très bonne humeur ; elle lui demanda : « As-tu entendu quelque chose en ville ? »
  
Au bout d'une dizaine de jours, Sept-Livres rentra de la ville et trouva sa femme d'une gaieté remarquable. Elle lui demanda : « As-tu entendu quelque chose en ville ? »
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« Rien. »
  
« Rien entendu. »
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« L'Empereur s'est-il assis sur le Trône du Dragon ou non ? »
  
« L'Empereur est-il encore sur le Trône du Dragon ? »
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« Ils n'ont rien dit. »
  
« Ils n'en ont pas parlé. »
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« Personne non plus à la taverne Xianheng ? »
  
« À l'auberge Xianheng non plus, personne n'a rien dit ? »
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« Personne. »
  
« Personne non plus. »
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« Je crois que l'Empereur ne s'est certainement pas assis sur le Trône du Dragon. Aujourd'hui en passant devant la boutique de Zhao Qi-ye, je l'ai vu assis en train de lire, avec sa natte enroulée au sommet de la tête, et il ne portait pas la longue robe. »
  
« Alors je suis sûre que l'Empereur n'est plus sur le Trône du Dragon. Aujourd'hui, en passant devant le magasin de Monsieur Zhao le Septième, je l'ai vu de nouveau assis à lire ses livres, la natte de nouveau enroulée sur le dessus de la tête, et sans robe longue. »
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« ... »
  
« ………… »
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« Tu ne penses pas qu'il ne s'est pas assis sur le Trône ? »
  
« Tu ne crois pas qu'il n'est plus sur le trône ? »
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« Je pense que non. »
  
« Je crois qu'il n'y est probablement plus. »
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Ainsi Sept-jin retrouva-t-il bientôt auprès de sa femme et des villageois le respect et le traitement qui lui étaient dus. En été, ils mangeaient toujours sur l'aire de terre battue devant leur porte ; tous les saluaient en souriant. La vieille Neuf-jin avait depuis longtemps fêté ses quatre-vingts ans et était toujours mécontente et en bonne santé. Les deux couettes de Six-jin s'étaient changées en une grosse natte ; bien qu'on lui eût récemment bandé les pieds, elle pouvait encore aider la femme de Sept-jin dans ses tâches, et clopinait de-ci de-là sur l'aire en portant le bol de riz aux dix-huit rivets de cuivre.
 
 
Avec le temps, la Belle-sœur Sept-Livres et les villageois avaient depuis longtemps rendu à Sept-Livres toute la considération et tous les égards qui lui étaient dus. Quand l'été revint, ils dînaient toujours comme avant sur l'aire de terre battue devant leur porte ; quiconque les voyait les saluait avec un sourire cordial. La Grand-Mère Neuf-Livres avait depuis longtemps fêté ses quatre-vingts ans et demeurait mécontente et en excellente santé. Les doubles couettes de Six-Livres s'étaient transformées en une seule grosse natte ; bien qu'on lui eût récemment bandé les pieds, elle pouvait encore aider la Belle-sœur Sept-Livres dans ses travaux, claudiquant sur l'aire de terre battue avec le bol de riz à dix-huit rivets de cuivre.
 
 
 
Octobre 1920.
 
  
 
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Latest revision as of 08:40, 27 March 2026

La tempête

(风波)

De la collection Appel aux armes (《呐喝》)

Auteur : Lu Xun (鲁迅)


Sur l'aire de terre battue au bord de la rivière, le soleil retirait peu à peu ses rayons jaune d'ambre. Les feuilles des suifiers au bord de l'eau, toutes desséchées, reprenaient enfin leur souffle ; quelques moustiques aux pattes tachetées bourdonnaient et dansaient en dessous. Des cheminées des fermes donnant sur la rivière, la fumée de cuisine se raréfiait ; femmes et enfants aspergeaient d'eau l'aire devant leur porte et installaient petites tables et tabourets bas — chacun savait que c'était l'heure du dîner.

Les vieillards et les hommes étaient assis sur les tabourets, s'éventant de grands éventails en feuilles de bananier et bavardant ; les enfants couraient comme le vent ou s'accroupissaient sous les suifiers pour jouer aux cailloux. Les femmes apportaient des légumes secs étuvés, noirs comme du jais, et du riz jaune d'or, fumant et chaud. Le bateau de plaisance de quelques lettrés passa sur la rivière ; un homme de lettres, saisi d'inspiration poétique, s'exclama : « Sans souci ni inquiétude — voilà vraiment la joie de la vie champêtre ! »

Mais les paroles du lettré n'étaient guère conformes à la réalité, précisément parce qu'il n'avait pas entendu les propos de la vieille Neuf-jin. À cet instant, la vieille Neuf-jin était furieuse ; elle frappait le pied du tabouret avec son vieil éventail et disait :

« J'ai vécu soixante-dix-neuf ans, c'est bien assez — je ne veux plus voir cette ruine ! On va bientôt dîner, et elle mange des haricots grillés, elle va ruiner toute la famille ! »

Son arrière-petite-fille Six-jin, serrant une poignée de haricots, accourait d'en face ; voyant la scène, elle fila droit vers la rivière, se cacha derrière le suifier, passa sa petite tête à deux couettes et cria : « La vieille qui veut pas mourir ! »

La vieille Neuf-jin avait beau être très âgée, elle n'était pas encore très sourde ; pourtant elle n'avait pas entendu les paroles de l'enfant et continuait à dire : « Vraiment, c'est de pire en pire à chaque génération ! »

Ce village avait une coutume un peu particulière : quand une femme accouchait, on aimait peser le bébé et prendre son poids en jin comme petit nom. Depuis que la vieille Neuf-jin avait fêté ses cinquante ans, elle était devenue peu à peu une éternelle mécontente, disant toujours que dans sa jeunesse le temps n'était pas aussi chaud ni les haricots aussi durs ; bref, l'époque actuelle n'allait pas. D'autant que Six-jin pesait trois jin de moins que son arrière-grand-mère et un jin de moins que son père Sept-jin — c'était vraiment un exemple irréfutable. Aussi dit-elle encore avec force : « Vraiment, c'est de pire en pire à chaque génération ! »

Sa belle-fille, la femme de Sept-jin, arrivait justement à la table avec le panier de nourriture ; elle le posa brutalement sur la table et dit avec indignation : « Encore, vieille mère ! Quand Six-jin est née, ne pesait-elle pas six jin et cinq liang ? Et votre balance est une balance privée, une balance lourde à dix-huit liang par jin. Avec une balance standard de seize liang, notre Six-jin pèserait plus de sept jin. Et je doute que l'arrière-grand-père et le grand-père aient vraiment pesé exactement neuf et huit jin — la balance qu'ils utilisaient faisait peut-être quatorze liang... »

« De pire en pire à chaque génération ! »

La femme de Sept-jin n'avait pas encore répondu quand elle aperçut soudain Sept-jin sortant du coin de la ruelle ; elle changea aussitôt de direction et lui cria : « Espèce de cadavre ! Pourquoi ne rentres-tu que maintenant ? Où es-tu allé crever ? Les gens t'attendent pour dîner ! »

Bien que Sept-jin vécût à la campagne, il nourrissait depuis longtemps certaines ambitions de s'élever. Depuis son grand-père, la famille n'avait pas touché un manche de houe pendant trois générations ; lui aussi aidait à manœuvrer un bateau de passagers, une fois par jour — le matin de Lu vers la ville, le soir retour à Lu — il était donc assez au courant de l'actualité : par exemple, où le Dieu du Tonnerre avait frappé un esprit mille-pattes ; où une fille avait donné naissance à un yaksha. Parmi les villageois, il était incontestablement un personnage. Mais dîner sans lumière en été restait une coutume paysanne qu'il observait ; rentrer si tard méritait donc des reproches.

Sept-jin tenait d'une main sa pipe de plus de six pieds en bambou tacheté, avec embout d'ivoire et fourneau de cuivre blanc, la tête baissée ; il s'approcha lentement et s'assit sur le tabouret bas. Six-jin en profita pour se glisser dehors et s'asseoir à côté de lui, l'appelant « Papa ». Sept-jin ne répondit pas.

« De pire en pire à chaque génération ! » dit la vieille Neuf-jin.

Sept-jin releva lentement la tête et soupira : « L'Empereur s'est assis sur le Trône du Dragon. »

La femme de Sept-jin resta figée un instant, puis s'exclama soudain : « C'est merveilleux ! Ça veut dire qu'il y aura une amnistie impériale ! »

Sept-jin soupira encore : « Je n'ai pas de natte. »

« L'Empereur veut des nattes ? »

« L'Empereur veut des nattes. »

« Comment le sais-tu ? » demanda la femme de Sept-jin, inquiète et pressée.

« Tout le monde à la taverne Xianheng le dit. »

La femme de Sept-jin sentit alors instinctivement que les choses n'allaient pas bien, car la taverne Xianheng était un lieu bien informé. Son regard tomba sur la tête rasée de Sept-jin, et elle ne put retenir sa colère — elle lui en voulut, le blâma, le maudit. Puis soudain le désespoir la saisit ; elle remplit un bol de riz, le poussa devant Sept-jin et dit : « Mange donc vite ! Une mine d'enterrement va te faire pousser une natte ? »

Le soleil avait retiré ses derniers rayons ; une fraîcheur sombre montait de la surface de l'eau. Sur l'aire de terre battue, le cliquetis des bols et des baguettes emplissait l'air, et des perles de sueur perlaient sur tous les dos. Quand la femme de Sept-jin eut fini sa troisième bol de riz et leva la tête par hasard, son cœur se mit à battre la chamade. À travers les feuilles du suifier, elle vit le petit et gros Zhao Qi-ye traverser le pont de planches — et il portait sa longue robe de toile de bambou bleu saphir.

Zhao Qi-ye était le propriétaire de la taverne Maoyuan du village voisin et le seul personnage distingué et lettré dans un rayon de trente li ; parce qu'il était savant, il avait aussi quelque chose du loyaliste de l'ancien régime. Il possédait plus de dix volumes du « Roman des Trois Royaumes » commenté par Jin Shengtan, et s'asseyait souvent pour les lire mot à mot. Il pouvait non seulement réciter les noms des Cinq Généraux Tigres, mais savait même que le nom de courtoisie de Huang Zhong était Hansheng et celui de Ma Chao, Mengqi. Après la révolution, il avait enroulé sa natte au sommet de la tête comme un prêtre taoïste, et soupirait souvent que si Zhao Zilong vivait encore, le monde n'aurait pas sombré dans un tel désordre. La femme de Sept-jin avait de bons yeux et avait déjà remarqué qu'aujourd'hui Zhao Qi-ye n'était plus taoïste — il avait le crâne lisse et rasé, avec un chignon noir au sommet ; elle comprit aussitôt que l'Empereur avait dû s'asseoir sur le Trône du Dragon, qu'il fallait certainement des nattes, et que Sept-jin était certainement en grand danger. Car cette robe de toile de bambou, Zhao Qi-ye ne la portait pas à la légère ; en trois ans il ne l'avait portée que deux fois : une fois quand son adversaire, le grêlé Asi, était tombé malade, et une fois quand Maître Lu, qui avait jadis saccagé sa taverne, était mort. C'était la troisième fois — cela devait encore signifier une joie pour lui et un malheur pour ses ennemis.

La femme de Sept-jin se souvenait que deux ans auparavant, Sept-jin, ivre, avait traité Zhao Qi-ye de « basse engeance » — aussi sentit-elle immédiatement le danger pour Sept-jin, et son cœur se mit à battre follement.

Zhao Qi-ye s'approchait ; tous ceux qui dînaient se levèrent, tapotant leurs bols de riz avec leurs baguettes : « Maître Qi-ye, mangez chez nous ! » Qi-ye hocha la tête à chacun en disant « Je vous en prie », mais alla tout droit à la table de Sept-jin. Ceux-ci s'empressèrent de l'accueillir ; Qi-ye sourit et dit « Je vous en prie », tout en examinant soigneusement leurs plats.

« Quels légumes secs parfumés ! — Vous avez entendu les nouvelles ? » demanda Zhao Qi-ye, debout derrière Sept-jin et face à sa femme.

« L'Empereur s'est assis sur le Trône du Dragon », dit Sept-jin.

La femme de Sept-jin regarda le visage de Qi-ye et se força à sourire : « L'Empereur s'est assis sur le Trône du Dragon — quand y aura-t-il une amnistie impériale ? »

« Amnistie impériale ? — Eh bien, il y aura sans doute une amnistie tôt ou tard. » À ces mots, le visage de Qi-ye se fit soudain sévère : « Mais où est la natte de votre Sept-jin ? La natte ? C'est une affaire sérieuse. Vous savez le dicton du temps des Longs-Cheveux : qui garde ses cheveux perd la tête ; qui garde la tête perd ses cheveux... »

Sept-jin et sa femme n'avaient jamais appris à lire et ne comprenaient guère les subtilités de cette allusion classique ; mais puisque le savant Maître Qi-ye parlait ainsi, l'affaire devait être extrêmement grave et irrémédiable. C'était comme s'ils avaient reçu une sentence de mort — un bourdonnement leur emplit les oreilles, et ils ne purent plus prononcer un mot.

« De pire en pire à chaque génération — » La vieille Neuf-jin, déjà indignée, saisit l'occasion pour dire à Zhao Qi-ye : « Les Longs-Cheveux d'aujourd'hui ne font que couper les nattes des gens — ni bonzes ni taoïstes. Les Longs-Cheveux d'autrefois étaient-ils ainsi ? J'ai vécu soixante-dix-neuf ans, c'est bien assez. Les Longs-Cheveux d'autrefois s'enroulaient des pièces entières de satin rouge autour de la tête, qui traînaient, traînaient jusqu'aux talons ; les princes portaient du satin jaune, qui traînait, du satin jaune ; du satin rouge, du satin jaune — j'ai assez vécu, soixante-dix-neuf ans. »

La femme de Sept-jin se leva et murmura : « Que faire ? Toute une maisonnée de vieux et de jeunes, tous dépendant de lui pour vivre... »

Zhao Qi-ye secoua la tête : « On n'y peut rien. Pour qui n'a pas de natte, quelle peine encourt-il — c'est écrit noir sur blanc dans les livres, article par article. Peu importe qui vit chez lui. »

Quand la femme de Sept-jin entendit que c'était écrit dans les livres, son désespoir fut total. Dans son affolement, elle retourna soudain sa colère contre Sept-jin. Elle pointa ses baguettes vers le bout de son nez : « Ce cadavre l'a bien cherché ! Quand la rébellion a éclaté, je lui ai dit : ne conduis pas le bateau, ne va pas en ville. Mais non, il a voulu aller crever en ville, se rouler en ville, et là-bas on lui a coupé la natte. Avant, c'était une belle natte, noire et luisante, et maintenant il ressemble à ni bonze ni taoïste. Ce forçat l'a bien cherché — et il nous a entraînés ! Ce cadavre vivant de forçat... »

Les villageois avaient vu Zhao Qi-ye arriver au village, s'étaient dépêchés de finir de manger et s'étaient rassemblés autour de la table de Sept-jin. Sept-jin, sachant qu'il était un personnage en vue, trouvait très inconvenant d'être ainsi insulté par sa femme devant tout le monde ; il releva donc la tête et dit lentement :

« Tu parles bien facilement aujourd'hui, mais à l'époque tu... »

« Espèce de cadavre vivant de forçat... ! »

Parmi les spectateurs, Sœur Ba-yi était la plus charitable ; portant son enfant posthume de deux ans, elle se tenait à côté de la femme de Sept-jin pour regarder le spectacle. N'en pouvant plus, elle intervint pour calmer les esprits : « Sœur Sept-jin, laisse tomber. Personne n'est un immortel — qui peut prédire l'avenir ? Même toi, Sœur Sept-jin, n'as-tu pas dit à l'époque que ne pas avoir de natte n'était pas si terrible ? D'ailleurs, le grand mandarin du yamen n'a pas encore publié d'édit... »

La femme de Sept-jin n'avait pas fini d'écouter que ses deux oreilles étaient déjà cramoisies. Elle retourna ses baguettes et les pointa vers le nez de Sœur Ba-yi : « Qu'est-ce que tu racontes ! Sœur Ba-yi, je me considère encore comme une personne raisonnable — est-ce que je dirais de telles absurdités ? À l'époque, j'ai pleuré trois jours entiers — tout le monde l'a vu ; même la petite Six-jin a pleuré... » Six-jin venait de finir un grand bol de riz, tenait le bol vide et tendait la main en réclamant du supplément. La femme de Sept-jin, déjà de fort mauvaise humeur, planta ses baguettes droit entre les deux couettes de l'enfant et hurla : « Qui t'a demandé ton avis ! Petite veuve voleuse de maris ! »

Patatras ! — le bol vide tomba des mains de Six-jin, heurta par malheur un angle de brique et se fêla aussitôt d'une grande brèche. Sept-jin bondit, ramassa le bol cassé, refit les morceaux et l'examina, puis jura : « Bon sang ! » et gifla Six-jin par terre. Six-jin gisait en pleurant ; la vieille Neuf-jin la prit par la main, répétant « De pire en pire à chaque génération », et toutes deux s'en allèrent.

Sœur Ba-yi se mit aussi en colère et dit à haute voix : « Sœur Sept-jin, tu frappes les gens avec le bâton de la haine... »

Zhao Qi-ye avait regardé en souriant ; mais depuis que Sœur Ba-yi avait dit « le grand mandarin du yamen n'a pas encore publié d'édit », il s'était mis en colère. Il était sorti de derrière la table et poursuivit : « ‘Bâton de la haine’, qu'est-ce que ça veut dire ? Les soldats vont bientôt arriver. Savez-vous qui escorte l'Empereur cette fois ? Le Maréchal Zhang ! Le Maréchal Zhang est un descendant de Zhang Yide de Yan — avec sa lance-serpent de dix-huit pieds, il a la valeur de dix mille hommes ! Qui peut lui résister ? » Il serra les deux poings comme s'il tenait une lance invisible et s'avança de quelques pas vers Sœur Ba-yi : « Peux-tu lui résister ? »

Sœur Ba-yi tremblait de rage en serrant son enfant quand elle vit soudain Zhao Qi-ye, le visage ruisselant de sueur huileuse, les yeux écarquillés, fonçant droit sur elle ; terrifiée, elle n'osa finir sa phrase, se retourna et s'en alla. Zhao Qi-ye la suivit ; la foule blâma Sœur Ba-yi de se mêler de ce qui ne la regardait pas et s'écarta. Quelques-uns qui avaient coupé leur natte et la laissaient repousser se cachèrent vite derrière les autres, de peur qu'il ne les remarquât. Zhao Qi-ye n'examina pas de près ; il traversa la foule, disparut soudain derrière le suifier, lança « Peux-tu lui résister ? », enjamba le pont de planches et s'en alla d'un pas altier.

Les villageois restaient plantés là, calculant en eux-mêmes, et tous estimèrent qu'ils ne pourraient véritablement pas résister à Zhang Yide ; ils conclurent donc que Sept-jin allait certainement perdre la vie. Puisque Sept-jin avait enfreint la loi impériale, ils se souvinrent de son air si fier quand il racontait les nouvelles de la ville, sa longue pipe à la bouche — et ils éprouvèrent même une certaine satisfaction face à sa transgression. Ils semblèrent vouloir faire quelques commentaires, mais ne trouvèrent rien à dire. Après un brouhaha confus, les moustiques heurtèrent les torses nus et se retirèrent sous le suifier ; les villageois se dispersèrent aussi peu à peu, rentrèrent chez eux, fermèrent leurs portes et allèrent dormir. La femme de Sept-jin, marmonnant, ramassa les ustensiles, la table et les tabourets, rentra, ferma la porte et alla dormir.

Sept-jin rapporta le bol cassé à la maison et s'assit sur le seuil pour fumer ; mais il était si soucieux qu'il oublia de fumer — le feu dans le fourneau de cuivre blanc de sa pipe de plus de six pieds en bambou tacheté à embout d'ivoire s'éteignit peu à peu. Dans son esprit, il sentait que la situation était extrêmement critique ; il essaya de trouver des solutions, d'élaborer des plans, mais tout restait horriblement confus et ne s'enchaînait pas : « La natte — où est la natte ? Lance-serpent de dix-huit pieds. De pire en pire à chaque génération ! L'Empereur sur le Trône du Dragon. Le bol cassé doit aller en ville pour être recollé. Qui peut lui résister ? C'est écrit dans les livres, article par article. Bon sang... ! »

Le lendemain matin, Sept-jin alla comme d'habitude en bateau de Lu à la ville et revint le soir à Lu, portant encore sa pipe de plus de six pieds et un bol de riz. Au dîner, il dit à la vieille Neuf-jin que le bol avait été recollé en ville ; comme la brèche était grande, il avait fallu seize rivets de cuivre, à trois wen pièce, soit quarante-huit wen au total.

La vieille Neuf-jin dit très mécontente : « De pire en pire à chaque génération — j'ai assez vécu. Trois wen le rivet ! Les rivets d'autrefois étaient-ils ainsi ? Les rivets d'autrefois étaient... J'ai vécu soixante-dix-neuf ans — »

Dès lors, bien que Sept-jin continuât d'aller en ville chaque jour comme d'habitude, l'atmosphère à la maison restait sombre ; les villageois l'évitaient pour la plupart et ne venaient plus écouter les nouvelles qu'il rapportait de la ville. La femme de Sept-jin n'était pas de bonne humeur non plus et l'appelait souvent « forçat ».

Au bout d'une dizaine de jours, Sept-jin rentra de la ville et trouva sa femme de très bonne humeur ; elle lui demanda : « As-tu entendu quelque chose en ville ? »

« Rien. »

« L'Empereur s'est-il assis sur le Trône du Dragon ou non ? »

« Ils n'ont rien dit. »

« Personne non plus à la taverne Xianheng ? »

« Personne. »

« Je crois que l'Empereur ne s'est certainement pas assis sur le Trône du Dragon. Aujourd'hui en passant devant la boutique de Zhao Qi-ye, je l'ai vu assis en train de lire, avec sa natte enroulée au sommet de la tête, et il ne portait pas la longue robe. »

« ... »

« Tu ne penses pas qu'il ne s'est pas assis sur le Trône ? »

« Je pense que non. »

Ainsi Sept-jin retrouva-t-il bientôt auprès de sa femme et des villageois le respect et le traitement qui lui étaient dus. En été, ils mangeaient toujours sur l'aire de terre battue devant leur porte ; tous les saluaient en souriant. La vieille Neuf-jin avait depuis longtemps fêté ses quatre-vingts ans et était toujours mécontente et en bonne santé. Les deux couettes de Six-jin s'étaient changées en une grosse natte ; bien qu'on lui eût récemment bandé les pieds, elle pouvait encore aider la femme de Sept-jin dans ses tâches, et clopinait de-ci de-là sur l'aire en portant le bol de riz aux dix-huit rivets de cuivre.


Français: Lu Xun Complete Works