Hao Qiu Zhuan/fr/Chapter 4
Chapitre 4: 第四回 过公子痴心捉月
De: Hau Kiou-Choaan, ou l'Union bien assortie, roman chinois. Paris: Moutardier, 1828
Note: Texte numerise par OCR. Numeros de page conserves comme [p. N]. Comparez avec l'original chinois et la traduction anglaise de 1761.
Sections originales: Tome 1, CHAPITRE VII; Tome 1, CHAPITRE VIII
CHAPITRE VII (Tome 1)
Kwo-khé-tzu, ayant ainsi épousé une femme qu'il haïssait, et qui différait à tous égards de Shuey-ping-sin, était agité par mille pensées fâcheuses. Il disait cependant en lui-même : " Quoique Ghiang-koo soit extrêmement laide, elle ne laisse pas que d'avoir raison dans ce qu'elle dit, et si elle vient à se tuer, on ne manquera pas de m'imputer sa mort. » Pour prévenir ce malheur, il ordonna à ses domestiques de ne point la quitter lorsqu'il serait absent. Il alla ensuite rendre visite au chefoo, et lui raconta les larmes aux yeux le vilain tour que Shuey-guwin lui avait joué; il lui dit qu'après l'avoir mené voir sa nièce, et l'avoir engagé à l'épouser, il lui avait substitué sa fille, qui était extrêmement laide. « Cette affaire m'a jeté dans de grandes dépenses, lui dit-il. Ce n'est pas là ce qui me chagrine; mais je ne saurais souffrir de me voir ainsi trompé, et d'être pris pour dupe. J'espère que, connaissant mon père, vous vous intéresserez assez à son honneur pour ne ne pas permettre qu'on me trompe d'une manière aussi ignominieuse. <«- Il est certain, lui dit le mandarin, que Shuey-guwin a eu tort de vous tromper de la sorte; mais vous avez eu tort aussi de ne pas vous être conduit avec plus de précaution. Pourquoi n'avez-vous pas envoyé votre présent à la maison même de la demoiselle? Lorsque vous avez reçu les huit lettres, pourquoi ne vous êtes-vous pas informé si c'étaient véritablement les siennes ? Les billets d'invitation étaient au nom de son oncle ; vous avez été hier à sa maison, et vous avez emmené sa fille : il n'y a rien à dire à cela. Si vous eussiez été à la maison de Shuey-ping-sin, et que vous eussiez emmené l'autre, une supercherie aussi noire aurait mérité un châtiment exemplaire. Si l'on vous a donné une femme pour l'autre, pourquoi ne l'avez-vous pas renvoyée dès la nuit même que vous fûtes marié? Votre plainte aurait été reçue, et l'on aurait pu vous donner satisfaction. Dans le cas où vous vous trouvez, on ne peut point suivre le cours de la justice ordinaire, et il faut user de ruse. J'enverrai chercher Shuey-guwin, et lui parlerai sur cette affaire peut-être viendrai-je à bout par la douceur de découvrir la vérité. Gardez-vous bien de publier qu'il vous a mené voir sa nièce: cela ne serait d'aucun avantage pour votre cause. Retournez donc chez vous, et ne faites point de bruit; affectez au contraire de paraître heureux et content; surtout traitez votre femme avec douceur, de peur qu'elle ne se porte à des extrémités dont vous seriez la victime. » Kwo-khé-tzu, voyant qu'il n'avait point d'autre parti à prendre, le remercia de ses conseils, et promit de les suivre. Pendant que ces choses se passaient, Shuey-guwin n'était guère plus heureux. Il n'eut pas plus tôt envoyé sa fille, qu'il craignit les suites de cette démarche. Il ne ferma pas l'oeil de toute la nuit, et, s'étant levé au point du jour, à la maison de son il des envoya gens gendre pour voir si tout s'y passait tranquillement. On vint lui dire que tout était dans un profond repos. Il roula dans son esprit quelle pouvait être la cause de cette tranquillité ; il ne pouvait comprendre la conduite de son gendre, dont il connaissait le tempérament fougueux, et dont il avait sujet de craindre le ressentiment. Comme il était plongé dans ces réflexions, le che-foo l'envoya chercher. Il eut pressentiment que ses affaires allaient mal, et il se rendit à contre-cœur chez le magistrat, qui le reçut dans une seconde salle (1), et qui, après les compliments ordinaires, le pria de s'asseoir. Il fit retirer ses domestiques, et lui parla en ces termes : (( Kwo-khé-tzu m'a présenté ce matin (1) Toutes les maisons des mandarins se ressemblent. On entre d'abord dans une ou deux grandes cours, autour desquelles sont les logements des officiers du tribunal; de là on passe dans la cour intérieure, au bout de laquelle est la salle d'audience; viennent ensuite deux autres petites salles de compagnie. Les cours sont vastes, les portes fort exhaussées et souvent sculptées; mais les salles d'audience ne sont ni belles ni propres. Les maisons à la Chine n'ont qu'un étage. (P. Le Compte, t. 1, page 97; Duhalde, vol. 1, page 284.) une requête, dans laquelle il vous accuse d'une conduite très criminelle. Vous savez que je me suis employé à lui faire épouser votre nièce: comment donc avez-vous pu lui donner votre fille ? Vous l'avez non seulement trompé, mais vous m'avez encore trompé moi-même, et ainsi vous avez marqué le mépris et le peu de respect que vous aviez pour moi. La justice exige que l'on punisse cette fraude avec la dernière rigueur, et le jeune homme lui-même insiste sur la punition; mais le respect que je conserve pour votre frère, qui était un grand-mandarin, m'a empêché d'en venir à cette extrémité jusqu'à ce que je vous eusse parlé. Dites-moi donc la vérité ; sinon n'attendez aucune grâce de moi. » Shuey-guwin, effrayé de ces paroles, se jeta à ses genoux. « Monsieur, lui dit-il, ma vie est entre vos mains: comment oserais-je vous tromper? L'affaire qui s'est passée hier est extrêmement embrouillée; mais ce n'est point moi qui en suis l'auteur: on a forcé ma volonté, et si vous voulez me pardonner, je vous raconterai ce qui en est. » Le che-foo lui ordonna de se lever et de lui parler sans réserve. « Vous saurez donc, lui dit-il, que ma nièce, dont vous connaissez l'aversion pour le mariage, est la seule cause de la position fâcheuse où je suis. On n'a pas fait un pas qu'elle ne l'ait dirigé. Lorsque l'époux est venu hier pour chercher sa femme, j'allai la trouver, croyant qu'elle était disposée à le suivre; mais, loin de vouloir y consentir, elle s'emporta, et me dit que cette affaire ne la regardait pas, me conseillant pour ma sûreté d'envoyer ma fille en sa place. Cette démarche était contraire à ma volonté; cependant je fus forcé d'y accéder par une suite de la nécessité où elle m'avait réduit. Comme je ne puis y remédier, je vous supplie d'intercéder pour moi auprès de Kwo-khé-tzu, et de l'engager à me pardonner. "-Votre nièce a donc beaucoup d'esprit, reprit le che-foo? Je suis ravi d'entendre ce récit et j'ai beaucoup d'amour et d'estime pour une fille qui a autant de sagacité et d'intelligence. S'il en est ainsi, la justice est désarmée, et je crains seulement que le jeune homme ne nourrisse pour elle une passion inutile. «Peut-être même augmentera-telle par le contre-temps qu'il a éprouvé. Cependant, comme la chose est passée, que ma nièce est tranquille, et ne pense plus à un mariage dont elle s'est si heureusement débarrassée, il convient de ne point l'alarmer de nouveau, et d'assoupir cette affaire, du moins pour le présent. Dans le cas où il ne pourrait prendre sur lui de l'oublier, qu'il prenne un peu de patience : j'espère trouver l'occasion de la lui faire épouser. » Le mandarin fut ravi de l'entendre parler de la sorte : « Si vous pouvez, lui dit-il, conclure ce mariage, vous apaiserez son ressentiment, et vous convaincrez le monde de votre innocence. Mais si la fille a autant d'esprit que vous le dites, vous aurez peine à la tromper. Comme ma fille est mariée, re- « prit-il, et que ma nièce est tranquille, elle se tiendra beaucoup moins sur ses gardes; et même, si vous voulez envoyer chercher le jeune homme, je lui parlerai de cette affaire devant vous. » Le che-foo y consentit, et envoya chercher Kwo-khé-tzu. Ce jeune homme, ayant appris de quoi il s'agissait, füt extrêmement satisfait, et lui dit : Si vous pouvez m'unir à votre belle nièce, j'oublierai entièrement l'injure que vous m'avez faite, et je n'en aimerai ni respecterai pas moins votre fille. Mais comment vous y prendrezvous pour effectuer votre promesse ? «—J'y ai pensé, reprit-il. Retournez chez vous; faites beaucoup de caresses à votre femme; ne lui parlez ni de Shuey-ping-sin, ni de ce qui s'est passé; ne témoignez aucun chagrin ; affectez au contraire beauco upde joie et de contentement; et le troisième, le sixième, le neuvième, ou douzième jour, ou dans tel autre qu'on a coutume de régaler les parents, lorsque les hommes sont dans les appartements extérieurs, et les femmes dans ceux de dedans, vous inviterez ma nièce ; vous ferez même venir deux mandarins de la ville; vous changerez les huit lettres du nean-kung en celles de ma nièce, et vous ne négligerez rien pour l'engager à venir chez vous. Tout étant ainsi disposé, lorsqu'elle sera arrivée, et qu'elle sera entrée dans la salle, vous produirez les huit lettres, vous les lui prononcerez, vous lui reprocherez la supercherie dont elle a usé envers vous, et vous prendrez les magistrats et la compagnie à témoins du droit que vous avez de vous faire justice à vous-même. Comment pourra-t-elle refuser de se marier avec vous ? » Kwo-khé-tzu trouva l'expédient admirable, et y applaudit. Le che-foo lui-même le trouva très bien imaginé, mais douta de son succès, connaissant la pénétration de la fille, d'après les preuves qu'elle lui en avait données. a Pourquoi ne réussirait-il point, reprit l'oncle? Ma fille vit en bonne intelligence avec son mari; tout est tranquille qui pourrait l'alarmer? » Ils se séparèrent. Shuey-guwin retourna chez lui, et se rendit chez sa nièce. Il ne lui dit pas un mot qui pût lui donner le moindre soupçon; au contraire, il la félicita sur l'expédient ingénieux dont elle s'était servie pour le tirer d'un pas si épineux; elle reçut ses compliments avec beaucoup de modestie. « J'étais ce matin extrêmement inquiet, lui dit-il, et je craignais quelque malheur: aussi ai-je envoyé mes gens pour savoir ce qui se passait. Ils m'ont rapporté que tout était tranquille, et peut-être Kwo-khé-tzu n'est-il pas mécontent de ma fille. « J'ai peine à le croire, reprit-elle, et je suis sûre qu'il ne saurait l'aimer. Peut-être en saurez-vous quelque chose. «Non pas pour le présent, » repritil en s'en allant. Lorsqu'il fut de retour chez lui, il ne put s'empêcher d'admirer la pénétration de sa nièce, et commença à douter de la réussite de son projet. D'un autre côté, Kwo-khé-tzu était si impatient, que les douze jours lui parurent autant d'années: car, pour éviter tout soupçon, il avait pris le terme le plus long. Trois jours avant qu'il expirât, il envoya cinq tieh-tse ou billets d'invitation (1), un pour la jeune demoiselle, et les autres pour son oncle et ses trois fils. (1) Les thieh-tse, ou billets de visite, consistent en un feuillet de papier rouge embelli de fleurs en or, et plié comme un écran. On écrit sur un des côtés le nom de la personne qui les envoie, Shuey-guwin porta lui-même à sa nièce celui qui lui était destiné. « Le jour, lui dit-il, que je suivis votre avis, et que j'envoyai ma fille, je craignais des suites fâcheuses. Vous m'encourageâtes et me promîtes beaucoup de joie. Votre prédiction se trouve aujourd'hui accomplie, et ma fille et son mari sont en très bonne intelligence, témoins ces billets d'invitation. En voilà un pour vous et vous ne sauriez le refuser, et l'on y joint quelques termes respectueux, suivant le rang de la personne à laquelle on les adresse, par exemple: « Le tendre et sincère ami de votre excellence, et le constant admirateur de votre doctrine, se présente en cette qualité pour vous rendre ses devoirs, et vous faire la révérence jusqu'à terre », ce qui est exprimé par ces mots : Tun-shew-pay. Tout cela ne contient qu'une ligne d'écriture. (P. Duhalde, vol. 1, page 296; P. Semedo, page 60.) vu qu'il y aura plusieurs de vos parentes. Si vous avez dessein de vous rendre à cette invitation, ajouta Shuey-guwin, la coutume exige que vous envoyiez un présent, un ou deux jours auparavant.» La jeune demoiselle promit de s'y rendre. Aussitôt il alla chercher du papier peint et doré, pour expliquer la nature du présent (1). Elle le pria en même (1) Les particuliers accompagnent ordinairement leurs présents de billets. Quelquefois même ils envoient ceux-ci d'avance, afin d'acheter les présents, au goût de la personne à laquelle ils les destinent. On les sépare des autres, en les entourant d'un petit cercle. On envoie ensuite un billet de remercîment, dans lequel on spécifie ce qu'on a choisi. Si l'on refuse, ou si l'on renvoie quelque chose, on ajoute ces mots : Pi-sie (ce sont des perles, je n'oserais y toucher). (P. Duhalde, vol. 1, page 298.) temps de le tenir prêt, lui disant que, comme il s'agissait d'une nouvelle parente, il convenait d'agir de la manière la plus polie. Shuey-guwin lui obéit avec plaisir, et alla trouver son gendre pour lui dire que sa nièce viendrait sans faute. « Préparez, lui dit-il, le nean-kung. Elle ne se doute de rien, vous avez moyen de l'attraper. › le » Kwo khé-tzu alla chercher l'étoffe et les lettres, et les donna à sa femme pour qu'elle les attachât. Shuey-guwin se méfiait cependant de son projet, et craignait que sa nièce ne lui manquât de parole. Il alla donc trouver deux jours auparavant Kwo-khé-tzu, et lui dit d'envoyer chez elle deux de ses servantes pour savoir si elle viendrait. Il goûta son avis, et les envoya en conséquence. Après s'être informées de sa santé, elles lui dirent que leur maître et leur maîtresse étaient si impatients de la voir, qu'ils ne seraient point tranquilles jusqu'à ce qu'ils sussent positivement si elle leur ferait l'honneur de venir. Elle leur répondit que, quand même elles ne seraient pas venues, elle n'aurait pas manqué d'y aller pour les assurer de son obéissance et leur souhaiter toute sorte de prospérités. Elle leur tint ce propos d'un air riant, donna ordre qu'on leur servît du thé, et les fit asseoir dans un coin de la chambre. Les domestiques le leur apportèrent. «Votre maîtresse, leur dit-elle, s'est-elle bien portée depuis qu'elle est chez son mari? «Elle se porte très bien, répondit l'une, et elle passe agréablement son temps à jouer, à raconter des histoires, et à d'autres divertissements semblables. -Ce matin, dit l'autre, mon maître lui a apporté une pièce de twan-ze ou de taffetas rouge, pour y broder je ne sais quoi. « Ce sont apparemment des fleurs? reprit Shuey-ping-sin. «-Ce n'étaient ni des fleurs, ni autre chose colorée, mais de l'or. «-C'étaient donc des lettres? reprit la jeune demoiselle. «< Oui, répondit-elle. Combien y en avait-il ? - Sept à huit. » Après les avoir entretenues quelque temps, elle leur fit un présent et les renvoya Elles retournèrent au logis, et dirent à leur maître que la demoiselle ne manquerait pas de venir. "Voici déjà deux fois, dit Kwo-khé-tzu, que j'envoie des messages; j'y enverrai encore demain, après quoi tout sera dit. » En conséquence, il leur remit une boîte dorée, artistement travaillée, dans laquelle il mit dix perles de la plus belle eau du monde, et les envoya, après leur avoir donné les instructions convenales. Shuey-guwin, qui était présent, lui en demanda la raison. «Les huit lettres, lui répondit-il, n'ont été suivies d'aucun présent, et c'est la raison pour laquelle j'envoie ces bijoux. Vous avez raison, lui dit-il; vous avez une tête aussi bonne que ma nièce, et vous entendez parfaitement le cérémonial ( Si vous êtes une fois mariés, quel beau couple vous ferez ! » (1) Il n'y a rien que les Chinois respectent autant que leurs cérémonies: ils les regardent comme essentielles au bon ordre et à la paix de l'état. Les compliments ordinaires, les visites, les présents, les fêtes, etc., sont plutôt regardés comme des lois que comme des usages. Ils ont plusieurs livres sur ce sujet, dont un entre autres contient plus de trois mille règles de politesse. Ce nombre ne les effraie point: car, accoutumés dès leur enfance à les pratiquer, ils s'en acquittent avec plaisir, et regardent les autres nations comme des barbares. Un des principaux conseils de l'empire, appelé le lipu ou le tribunal des cérémonies, n'a été établi que pour veiller à ce qu'on les observe, et les Chinois sont si rigides à cet égard, que même les ambassadeurs étrangers sont obligés de s'y conformer. (P. Duhalde, vol. 2, page 249, 291; vol. 2, page 62.) Les servantes lui portèrent le présent au nom de la mariée, lui firent ses compliments avec beaucoup de cérémonie, et la prièrent de l'aller voir le plus tôt qu'elle pourrait, parce qu'elle avait mille choses à lui dire. « Elle vous prie, continuèrent-elles, d'accepter cette boîte de perles : elle nous a ordonné de vous les présenter comme une légère reconnaissance des peines que vous avez prises pour son mariage. " - Ces perles, leur dit Shuey-ping-sin, en les regardant, sont très belles et très précieuses,et si elles étaient à vendre, tout ce qui est chez moi ne suffirait pas pour les payer. Si c'est un présent qu'on me fait, je ne suis pas assez hardie pour le recevoir reportez-les donc à votre : maîtresse, et dites-lui que, si je les accepte, ce ne sera qu'après l'avoir vue. -Elles firent d'abord quelque diffiles reprendre. culté pour «--Eh bien, reprit-elle, je n'irai chez vous qu'à cette condition. » Comme elles n'étaient pas prévenues, elles prirent la boite et la remportèrent. Shuey-guwin, étant arrivé sur ces entrefaites, donna l'ordre à ses domestiques d'apprêter la chaise de parade et le whang-san ou le parasol. Sa nièce, l'ayant entendu, lui cria qu'il n'était pas besoin de tant de cérémonie. « cérémonie pour Quoi, lui dit-il, il ne faut point de aller chez votre cousin, où se trouveront tant de mandarins et tant de gens de qualité, et où tout respire la grandeur! Ne devez-vous past y aller avec l'appareil convenable? - Mon père, lui dit-elle, est disgracié et banni: me siérait-il d'affecter tant de pompe dans l'état où je me trouve? Non seulement je m'exposerais à la risée du public; mais si l'empereur venait à le savoir, il croirait que je méprise son autorité. Je vous prie, mon oncle, ne prenez pas tant de peine: je suis en état de donner mes ordres moimême. «-Fort bien, reprit Shuey-guwin, je vous laisse faire; mais comment vous y prendrez-vous? ((- Demain, reprit-elle, quatre paysans viendront m'apporter du blé (1): j'en retiendrai deux. Il y a une petite. (1) Les fermiers de la Chine ne paient aux chaise dans la maison, que deux hommes peuvent porter; elle me suffira. <«-Si vous vous présentez dans cet équipage, lui dit l'oncle, vous serez bien plus exposée à la risée du monde. Quel respect aura-t-on pour vous? «-Que l'on se moque de moi tant que l'on voudra, reprit-elle: je ne vais que comme je dois aller.» Shuey-guwin, voyant sa résolution, lui dit : « Vous ferez comme il vous plaira. Il est temps que je parte j'espère vous revoir dans peu. » Il prit ses trois fils avec lui, et se retira. Kwo-khé-tzu, qui attendait son arripropriétaires que la valeur de la moitié de la récolte. (Hist. moder. univers., 8, 159.) vée avec la dernière impatience, avait envoyé des gens à la découverte pour l'informer de ses démarches. Il fut transporté de joie lorsqu'on vint lui dire qu'elle se disposait à venir. Il pria le che-foo et le che-hien de vouloir bien lui servir de témoins, et ayant fait venir quatre conseillers (1), il leur fit part de la démarche qu'il avait faite, il leur montra la boîte qu'il lui avait envoyée en qualité de présent, de même que les huit lettres qu'il devait produire. Il apposta ensuite sept à huit hommes robustes pour l'arrêter au sortir de sa (1) Outre le che-foo et le che-hien, etc., il y a dans chaque ville dix-neuf magistrats employés à différents offices, subordonnés au principal, dont deux ont un président et quatre conseillers, etc. (P. Semedo, p. 131.) chaise, et l'empêcher d'en venir à quelque violence. I fit même préparer pour la recevoir une chambre dont la tapisserie était d'étoffe d'or et d'argent. Il était midi passé lorsqu'on vint lui dire que la demoiselle était partie, et qu'elle était en route. La joie le transporta si fort, à cette nouvelle, qu'il fit placer les musiciens devant la porte de la maison, leur ordonnant d'entonner l'air de la noce, dès qu'elle se présenterait. Son impatience était si grande, que, ne voyant point paraître la chaise, il sortit pour voir si elle venait. Il l'aperçut à quelque distance, et vit qu'elle était suivie par quatre servantes très bien mises, et par sept à huit laquais. Il fut si ravi de la voir, qu'il resta dans la rue jusqu'au moment où elle approcha. Il rentra alors chez lui, et dit à la compagnie que son épouse était à la porte. Tout le monde lui en fit compliment, à l'exception de deux mandarins, qui se dirent l'un à l'autre : « Cette jeune personne a montré d'abord beaucoup de bon sens et de jugement; mais il y a dans les femmes une faiblesse qui, malgré tout leur esprit, se manifeste tôt ou tard, et leur inconstance les rend fort inférieures aux hommes. La pauvre fille! reprit l'autre, malgré sa précaution et sa prévoyance, elle est enfin tombée dans le filet. » A peine achevait-il de parler, que Shuey-ping-sin arriva. Les quatre suivantes enlevèrent la chaise, et elle se [p. 164] leva de son siége (1) pour sortir, lorsqu'elle entendit la musique et les trompettes. Etonnée de ce bruit, et effrayée de la vue des huit hommes qui étaient à côté de la porte, elle rentra dans sa chaise, et dit en tournant la tête : «Voilà une musique capable de romla tête en mille morceaux : pre rais si j'entrais là-dedans. » mourEn même temps elle fit signe aux porteurs de rebrousser chemin, et on la perdit de vue dans l'instant. Ils étaient venus lentement, pour pouvoir s'en retourner plus vite. (1) La coutume est de s'asseoir au fond de la chaise sur un coussin, les jambes croisées. (Hist. moderne universelle, vol. 8, page 260, note.)
CHAPITRE VIII (Tome 1)
Kwo-khé-tzu, entendant les trompettes et la musique, ne douta pas un moment que Shuey-ping-sin ne fût entrée; il se plaça même dans un coin pour la voir passer. Après avoir attendu quelque temps et avoir entendu la musique deux fois, il fut étonné de ne voir paraître personne. O quelles furent sa confusion et sa surprise, lorsque les huit hommes vinrent lui dire que la belle Shuey-ping-sing s'en était retournée. . La musique, lui dirent-ils, n'a pas plus tôt commencé, qu'elle a paru surprise, et a pris la fuite.» Il leur demanda pourquoi ils n l'avaient pas arrêtée. Ils lui répondirent qu'ils n'avaient pu, à cause de la précaution avec laquelle elle s'était retirée. Il voulut faire courir après elle; mais on lui représenta que cela ne servirait à rien, et qu'elle devait être rendue chez elle, étant partie avec la vitesse d'une flèche. Kwo-khé-tzu, transporté de rage et de fureur, rentra dans la salle, et raconta aux mandarins de la ville et à ses parents ce qui venait d'arriver. Quelques uns en rirent, mais tous parurent surpris. « Cette jeune femme, dit le che-foo, est un prodige. Au seul bruit de la musique, elle a découvert la ruse. «Votre nièce, dit-il à Shuey-guwin, s'adonne-t-elle à la devination? lit-elle quelques livres sur cette matière ? «Dans son enfance, reprit l'oncle, elle était sans cesse occupée à étudier les livres avec son père; et à force de lire et de converser avec lui, elle était venue à bout de prédire les jours heureux ou malheureux, de même que le beau et mauvais temps. Nous ne faisions aucune attention à ce qu'elle disait ; mais il paraît qu'elle a l'art de deviner, puisqu'elle a pénétré nos intentions an seul bruit de la musique. » Tous ceux qui étaient présents ne purent s'empêcher d'estimer et d'admirer une fille qui avait tant de discernement et de pénétration. Kwo-khé-tzu tomba dans la mélancolie la plus profonde. Enfin, revenu à lui-même, il voulut faire un dernier effort, et envoya une seconde fois les deux femmes chez elle, avec ordre de lui dire que c'était le douzième jour du mariage de sa cousine, que ses amis et ses parents étaient assemblés, que leur maîtresse avait une affection particulière pour elle et la priait de nouveau de vouloir bien l'honorer de sa compagnie, et que leur maître avait pour elle le respect et l'estime les plus sincères. Elles lui rapportèrent tout cela, et ajoutèrent qu'elles étaient surprises qu'elle s'en fût retournée, après être venue jusqu'à la porte. «On a renvoyé la musique et nous espérons que rien ne vous empêchera de venir. » « Comme j'ai cru, leur répondit-elle, que l'invitation de votre maîtresse et de son époux était l'effet de leur amitié, j'ai jugé qu'il était de mon devoir de l'accepter. Vous savez vous-mêmes quelles sont leurs vues. S'ils n'avaient aucun mauvais dessein, pourquoi changer les huit lettres? pourquoi m'envoyer hier un présent de perles ? pourquoi faire venir le che-foo et le che-hien, que j'ai aperçus au logis ? N'est-ce pas à dessein de me marier avec votre maître? Grâces au Ciel (1), la musique qui était à la (1) C'est ainsi que les Chinois parlent de la Providence divine, comme on peut le voir dans plusieurs endroits de ce roman. Quoique le bas peuple suive les sectes de Fo et de Tao-tsë, les lettrés et les mandarins ne professent d'autre religion que celle prescrite dans leurs anciens auteurs clase • porte m'en a garantie. Sans l'alarme que j'ai éprouvée, je serais maintenant à sa disposition. » Essuyant ensuite ses larmes, car elle n'avait pu les retenir en réfléme, siques, et qui se réduit au culte d'un Être Suprêdu maître et du souverain principe de toutes choses, qu'ils appellent le Shang-il ou le supréme empereur, mais plus communément Tien ou le Ciel ce qui signifie, suivant leurs interprètes, l'esprit qui préside dans le ciel, parce que le ciel est l'ouvrage le plus parfait qu'ait produit la première cause. Les mêmes livres enjoiguent d'honorer, mais, comme les missionnaires le prétendent, d'un culte subordonné, les esprits inférieurs qui président aux villes, aux rivières, aux montagnes, etc. Il n'y a que l'empereur seul qui sacrifie au Ciel, ce qu'il fait trois ou quatre fois par an, dans un temple magnifique. Presque tous les lettrés modernes prennent le mot Tien dans un sens matériel, et sont de vrais athées. (Voyez Duhalde, vol. 1, page 640, 658, etc.; P. Semedo, page 96.) chissant sur le danger qu'elle avait couru: « Retournez, continua- t- elle, au logis; présentez mes services à votre maître, et conseillez-lui de ma part de vivre en paix avec sa femme; dites-lui faits l'un pour que nous ne sommes pas l'autre, et qu'il fera mieux de ne plus penser à moi, et de me laisser en repos. » Cette réponse ayant été rapportée aux magistrats et à la compagnie, leur admiration augmenta au point qu'ils ne purent s'empêcher de croire qu'elle avait l'esprit de prophétie. Comme on les avait invités à la fête, et qu'ils attendaient depuis long-temps, ils demandérent qu'on dressât la table, et après avoir mangé, ils se retirèrent. Après que la compagnie fut sortie : «Certainement, dit Kwo-khé-tzu à Shuey-guwin, votre nièce a une pénétration extraordinaire; mais je ne crois pas qu'il soit besoin de recourir aux prodiges. Peut-être vous entendez - vous avec elle pour me tromper et lui avezvous fait part de mon dessein. » Shuey-guwin, piqué de ce soupçon, non seulement nia le fait, mais lui offrit même de prêter serment (1) sur la fausseté de cette allégation. (1) Il paraît, non seulement par le texte, mais encore par les auteurs suivants, que les Chinois ont une formule de serment. Le premier est Martinius, lequel, dans son Atlas de la Chine, page 13, nous dit que, parmi les temples idolâtres qui sont bâtis dans chaque ville, il y en a un magnifique dédié au Génie tutélaire. C'est dans ce temple que tous les magistrats qui entrent en charge prêtent serment (sacramentum dicunt) de s'acquitter fidèlement de leur emploi, et de rendre justice à chacun, prenant l'esprit Son offre fut acceptée et Kwo khé-tzu parut satisfait. à témoin de leur promesse, et le priant de les punir si jamais ils se parjurent. Ogilby a copié ce détail, et d'autres auteurs ajoutent d'après lui : « Dans les premiers temps on ne voyait aucune idole dans ces temples, mais seulement un écri- « teau en lettres d'or, où étaient ces mots : Sé- « jour de l'ange gardien de la ville. Mais au- « jourd'hui ils ont substitué des idoles à l'écri- ⚫teau, pour représenter leur protecteur, et imprimer plus de respect à ceux qui prêtent ser- « ment. » (Vol. 2, page 547.) Picart rapporte le même passage, et nous dit que, lorsque les mandarins entrent en charge, non seulement ils rendent d'abord hommage au Chin-hoan, ou au génie tutélaire, et prêtent serment, mais encore qu'ils répètent le même hommage deux fois l'an. (Voy. vol. 4, p. 220.) Martini dit qu'il est rare que les Chinois se parjurent et profèrent des paroles obscènes : Pejerantes obcenave loquentes audire rarum est, ce qui prouve la vérité de ce qu'on avance. Les Chinois ont une formule de serment, ainsi Celui-ci le pria ensuite de s'asseoir et lui dit : «La première fois que je vis votre nièce, j'en devins amoureux, à cause de sa beauté; mais aujourd'hui, fût-elle plus laide que Ghiang-koo, je l'aimerais également à cause de sa pénétration et de son esprit. Imaginez, je vous prie, quelque moyen de m'obliger. » qu'on peut le voir dans les Voyages du père Gerbillon dans la Tartarie, en 1689, de même que dans le P. Duhalde, qui la rapporte d'après lui. Il paraît encore par une lettre du P. Jartoux, rapportée dans les Lettres édifiantes et curieuses, que les Chinois n'ignorent point les formules du serment, et qu'ils admettent celui des autres nations. Il y est dit en termes généraux que, pour lever le scrupule des missionnaires, l'héritier présomptif jure sur la foi d'un prince, et même sur une croix que l'on trace par terre. (Voyez aussi le P. Duhalde, vol. 1, p. 385.) Après un silence de quelques minutes, Shuey - guwin se leva tout transporté, et lui dit : « Voici un moyen qui ne saurait manquer de réussir.» Kwo-khé-tzu l'écouta avec beaucoup d'attention. « Le vingtième du neuvième mois, continua-t-il, est l'anniversaire de la mort de sa mère. Elle a coutume d'aller à son tombeau, d'y brûler de l'encens, et d'offrir un sacrifice (1). Elle reçoit (1) Il n'y a point de nation au monde chez qui l'amour filial soit porté plus loin que les Chinois; ils rendent des honneurs excessifs à leurs parents et à leurs ancêtres après leur mort. Avant d'ensevelir le corps (Denyskao, p. 179), ils se prosternent plusieurs fois devant, offrent des parfums, des fleurs, et allument des cierges. Leur deuil dure très long-temps, savoir, trois ans pour un ce jour-là ses rentes, et va se promener et se divertir deux ou trois jours dans père et un empereur, et pendant ce temps ils ne portent que des habits blancs, d'étoffes grossières, et ne se montrent point au public. Ils se rendent tous les ans, au printemps ou à l'autonne, dans un appartement, qu'ils appellent la salle de leurs ancêtres, où tous les parents s'assemblent, brûlent des parfums, et offrent des viandes délicates devant leurs statues. Les derniers honneurs que les Chinois rendent à leurs parents consistent à se rendre tous les ans à leurs tombeaux, qui sont bâtis hors de la ville, sur une éminence, et entourés de pins, de cyprès et de petits bosquets. Après avoir éclairci le tombeau, et avoir arraché les ronces et les buissons qui le couvrent, ils réitèrent les mêmes expressions de vénération, de reconnaissance et de chagrin dont ils se sont servis à leur mort. Ils mettent sur le tombeau du vin et différentes sortes de mets, qu'ils mangent ensuite. Les jésuites prétendent que ces cérémonies, prescrites par la loi, ne sont que de simples marques de respect, et non des actes d'idolâtrie; mais les jardins. Ayez grand soin d'avoir un bon cheval, et quelques porteurs. Vous leur donnerez ordre de l'épier les missionnaires des autres ordres sont d'un sentiment contraire. Dans le temps que les premiers avaient accès à la Chine, ils permettaient à leurs prosélytes de s'acquitter de ces cérémonies, à condition de placer un crucifix (Voy. le P. Gobien, cité par Picart, p. 213) parmi les statues devant lesquelles ils se prosternaient. Mais tout le monde convient que les bonzes ont introduit quantité de pratiques superstitieuses, comme de brûler du papier doré en forme de monnaie, et même des étoffes de soie, prétendant que les âmes des défunts se repaissent des mets et des parfums qu'on leur offre. On a encore coutume de bâtir sur les tombeaux des personnes de qualité plusieurs appartements où les parents passent quelquefois un mois à se lamenter, et où ils se rendent de temps à autre. (Voy. le P. Duhalde, vol. 1, p. 306, etc.; P. Semedo, part. 1, c. 16, 19; Picart, page 212, etc.) lorsqu'elle retournera, et au premier signal que vous leur ferez, d'arrêter ceux qui portent sa chaise, de les battre, et après qu'ils s'en seront emparés, de la conduire chez vous. » Kwo-khé-tzu fut ravi de ce projet, et promit de le mettre à exécution. « Rien, lui dit-il, ne saurait le faire échouer, à moins que le mauvais temps ne la retienne chez elle. «-- - Quelque mauvais qu'il soit, reprit Shuey-guwin, il ne saurait l'empêcher de sortir, vu le respect qu'elle a pour la mémoire de sa mère.» Kwo-khé-tzu ne douta plus de la réussite, et Shuey-guwin se retira, le laissant se repaître de ses espérances flatteuses. Il ne fut pas plus tôt de retour au logis, qu'il alla trouver sa nièce, et lui reprocha ce qu'elle avait fait. « Le mari de votre cousine, lui dit-il, vous a témoigné toute sorte de politesses; non content de vous inviter, il s'est conduit à votre égard avec tout le respect imaginable: et vous, après être venue jusqu'à la porte, vous vous enêtes retournée, sans daigner seulement entrer chez lui. Quel peut être le motif d'une conduite aussi extraordinaire, qui vous comble de honte ainsi que moi? Je n'ose plus me montrer dans aucune compagnie. « -Je n'ai rien à dire, reprit Shuey-ping-sin vous savez mieux que moi si : mes soupçons sont fondés ou non; mais j'ai eu mes raisons pour me méfier de lui. «- Vous avez tort: il voulait seulement faire politesse à ses parents, et témoigner le respect dû à la cousine de sa femme. «- C'est ce que vous ne me persuaderez jamais, et quoique j'aie cette fois évité le piége qu'il me tendait, je suis sûre qu'il médite quelque nouvelle ruse pour m'attraper. Vous savez si vous et lui êtes parfaitement innocents. Vous nierez peut-être le fait; mais l'événement fera voir si j'ai raison ou non. » Le cœur commença à battre à Shuey-guwin, et il retourna chez lui sans pouvoir proférer un seul mot. Le neuvième mois étant arrivé, Shuey. ping-sin se mit en devoir d'aller rendre ses respects au tombeau de sa mère, et de visiter les lieux où elle avait coutume d'aller tous les ans. En conséquence, elle fit connaître ses intentions à son oncle et à ses trois fils. Shuey-guwin réfléchit aussitôt que, s'il allait avec elle, il passerait pour être complice de son enlèvement, et lui fit dire qu'il était indisposé. Elle pria alors ses deux cousins aînés de l'accompagner: ceux-ci lui répondirent qu'ils étaient occupés, mais que, si elle le jugeait à propos, le cadet irait avec elle. Shuey-guwin fit aussitôt avertir Kwo-khé-tzu de ce qui se passait, et lui fit dire que sa nièce devait partir le lendemain matin. Le jour venu, elle fit aussitôt ses préparatifs avec un soin qui marquait le respect qu'elle avait pour la mémoire de sa mère. Elle fit sortir sa chaise de parade (1), et quatre autres petites chaises pour ses suivantes. Elle avait fait ame- (1) Les compilateurs de l'Histoire moderne universelle nous apprennent que ces chaises sont de deux espèces. Celles des gens de qualité sont portées sur les épaules de deux ou plusieurs hommes. Celles des personnes d'un rang inférieur ont sur le haut un anneau dans lequel on passe une perche pour les porter, et ont la figure d'une grande cage portée par deux hommes, dont l'un, placé derrière, la soutient avec la main, pour empêcher qu'elle ne vacille. On pratique à ces chaises, qui sont ordinairement de bois vernissé, plusieurs petites fentes ou ouvertures pour pouvoir respirer et voir ce qui se passe dans les rues; mais les plus belles sont couvertes d'étoffe, de façon que l'air ni le jour n'y sauraient entrer. Ces mêmes auteurs nous les dépeignent extrêmement basses. (Voy. le vol. 8, page 260, note K.) A en juger par les estampes chinoises, ces chaises ne sont pas aussi basses qu'ils nous les repréner un cheval pour son cousin. (1) Ayant fait entrer la chaise dans la salle, elle se mit dedans. Voici quel était l'ordre de la marche : la chaise marchait la première, précésentent; et, à l'égard de celles dont on se sert pour voyager, le P. Duhalde assure qu'elles sont plus hautes et plus légères que celles dont on se servait en Europe. Elles sont faites, dit-il, de bambou ; on y est assis à son aise, et on les porte comme les nôtres. Lorsqu'il n'y a que deux porteurs, les extrémités des bâtons posent sur leurs épaules; lorsqu'on en met quatre, on passe les extrémités des bâtons de devant et de derrière dans deux noeuds coulants d'une corde flexible, attachée par le milieu à une perche dont les deux bouts portent sur le dos des porteurs. (P. Duhalde, vol. 1, p. 265.) Tous les auteurs nous apprennent que les chaises de parade sont dorées et richement couvertes. (1) Mot à mot, frère. dée d'un magnifique parasol; elle était portée par quatre porteurs; suivaient les quatre autres petites, après lesquelles était son cousin à cheval, accompagné de deux domestiques. tout à Ils étaient déjà hors de la ville, et environ à un lee de distance du tombeau, lorsque six hommes parurent coup, trois du côté droit et trois du gauche. On vit à l'instant sortir du milieu des buissons plus de vingt porteurs, dont six s'emparerent de la chaise, en criant à ceux qui la portaient : « C'est ici notre place voulez-vous nous ôter notre pain? » Après les avoir battus et chassés, ils prirent la chaise, et s'enfuirent le plus vite qu'ils purent. Les domestiques qui étaient à cheval coururent après eux, et leur demandèrent : comment ils osaient insulter une femme de qualité; mais ils doublèrent le pas, sans leur répondre. Un des domestiques était sur le point d'atteindre la chaise, lorsque Kwo-khé-tzu parut et l'arrêta. « Impudent que vous êtes, lui dit-il, cette dame est ma femme. «- Je l'ignore; je ne fais que mon devoir; et si j'y manquais, ma maîtresse me ferait châtier. - Rejetez la faute sur moi, et retournez au logis pour vaquer à vos affaires. » " Le domestique se tut. Kwo-khé-tzu lui défendit d'avancer et courut après la chaise. Sur ces entrefaites, les quatre autres arrivèrent avec leur suite; et, après avoir délibéré quelque [p. 186] temps, les suivantes retournèrent au logis. Cependant Kwo-khé-tzu accompagna sa proie jusque dans la ville; et, après avoir recommandé à ses domestiques de veiller sur elle, il alla trouver le che-foo et le che-hien, pour les prier de venir lui servir de témoins. FIN DU TOME PREMIER. ου H.405 DE L'IMPRIMERIE DE GUIRAUDET, RUE SAINT-HONORÉ, Nº 315.