Hao Qiu Zhuan/fr/Chapter 13

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Chapitre 13: 第十三回 出恶言拒聘实增奸险

De: Hau Kiou-Choaan, ou l'Union bien assortie, roman chinois. Paris: Moutardier, 1828

Note: Texte numerise par OCR. Numeros de page conserves comme [p. N]. Comparez avec l'original chinois et la traduction anglaise de 1761.

Sections originales: Tome 3, CHAPITRE VIII; Tome 3, CHAPITRE IX


CHAPITRE VIII (Tome 3)

A peine avait-il achevé de parler, que Shuey-guwin entra. Il salua Tieh-chung-u et lui dit en riant : « Ma nièce, ayant appris hier le voyage que vous avez fait pour elle, vous a envoyé inviter. J'ignore ce qu'elle a fait pour vous désobliger; mais puisque j'ai le bonheur de vous rencontrer ici, j'espère que vous me permettrez de vous conduire chez elle. « Je suis venu à la hàte, répondit Tieh-chung-u, et je suis obligé de repartir de même. Je n'ai rien à lui : présenter comment oserais - je aller chez elle les mains vides (1)? Je suis venu voir Kwo-khé-tzu, pour lui rendre mes respects, et pour savoir sa demeure. Je serais déjà parti, s'il ne m'avait prié de rester un moment. Je suis honteux de vos politesses, et je serais bien aise que vous m'indiquassiez le moyen de les reconnaître. « Autrefois, dit Shuey-guwin, les (1) C'est une impolitesse, non seulement en Chine, mais encore dans tout l'Orient, d'aller voir une personne qu'on respecte sans lui faire un présent. Ces présents, chez les Chinois, consistent en étoffes, modes, pantoufles, bas, mouchoirs, porcelaines, encre, pinceaux, etc., et même en comestibles. On choisit dans ces sortes d'occasions ce qu'il y a de meilleur. (P. Semedo, page 64.) amis ne faisaient point de façons: pourquoi n'en useriez-vous pas de même avec mon gendre? Vous valez infiniment mieux tous deux que les gens du siècle passé pourquoi voulez-vous suivre les mauvaises coutumes du nôtre? ་ Mon père a raison,» répondit Kwo-khé-tzu en riant. Ces politesses parurent si sincères à Tieh-chung-u, qu'il eut presque honte de ses soupçons. Il s'assit. Kwo-khé-tzu lui donna la place d'honneur, et fit apporter du vin. « Vous m'avez prié, lui dit Tieh-chung-u, de déjeuner avec vous ce matin: pourquoi faites-vous apporter du vin? Il n'est pas encore temps d'en boire. » «< — Buvez-en un peu, reprit Kwo-khé-tzu: il ne peut vous nuire. » Alors ils s'assirent, et se mirent à boire pendant quelque temps; ensuite Tieh-chung-u se leva pour s'en aller. A l'instant on vint annoncer que le jeune Whang venait d'arriver. Il était fils du ping-kho (mandarin de la troisième chaire du tribunal des armes). La compagnie le salua respectueusement et s'assit de nouveau. «Monsieur, lui dit Kwo-khé-tzu, vous venez à propos pour voir ce jeune lettré connu par son courage et sa galanterie. "-Quoi! reprit Whang, est-ce Tieh-chung-u qui força le palais de Tah-quay? «―C'est le même, lui dit Shuey-guwin. -Est-il possible, continua Whang. Ah, monsieur, que je suis heureux de vous rencontrer ici! Qu'on me donne une grande tasse. Il la remplit de vin, et l'offrit à Tieh-chung-u, qui, après avoir bu, la remplit à son tour et la lui présenta. Chaque convive but ainsi successivement trois tasses. Tieh-chung-u voulait de nouveau se retirer, lorsqu'on vint annoncer le jeune Lee, second fils du grand-président du collége royal (Han-lin-yuen) (1). Ils (1) Ce qui signifie littéralement jardin ou bois qui fleurit en science et en savoir. Les Chinois donnent ce nom à un tribunal ou college composé des plus savants de leurs docteurs, qu'ils élisent de la manière suivante: Tous les trois ans, les kin-gin ou licenciés se rendent à Péking pour concourir pour le grade de docteur. On les examine pendant quatorze jours avec sévérité : sur mille il n'y en a pas plus de trois cents qui soient ordinairement reçus. On se levèrent pour le recevoir; mais il leur dit qu'on ne devait point, entre amis, faire les cérémonies. « Dans toute autre occasion, lui dit Kwo-khé-tzu, nous n'en ferions point; mais nous avons ici un étranger.» Alors Tieh-chung-u se leva et lui fit compliment. Lee voulut le prévenir : choisit pour composer le collége de Han-lin ceux qui ont montré le plus de capacité. Ces docteurs s'assemblent au palais impéria!, veillent sur l'éducation des princes, et composent l'histoire de l'empire. L'empereur les consulte sur tout ce qui concerne la littérature. On tire de leur corps les envoyés dans les provinces pour examiner les candidats qui postulent des degrés inférieurs. On choisit parmi eux les co-laus, ou présidents des tribunaux souverains: aussi sontils également craints et respectés. (Duhalde, vol. 1, page 251; P. Magal., page 218; Lettres édifiantes, XXI, page 102, etc.) " Excusez-moi, monsieur, lui dit-il : une personne de votre rang ne me doit rien. Dites-moi, je vous prie, qui vous êtes?» Tieh-chung-u lui apprit son nom que la ville d'où il était. ainsi « Quoi, reprit Lee, vous êtes le fils aîné du grand vice-roi? » Il lui fit en même temps une révérence, et lui dit qu'il s'estimait heureux d'avoir rencontré un homme qu'il désirait depuis long-temps connaître. Kwo-khé-izu les pria de s'asseoir; mais Tieh-chung-u, s'apercevant que le vin commençait à le troubler, dit à son hôte : « Permettez-moi, monsieur, de me retirer. Je sens que la politesse exigerait que je restasse pour tenir compagnie au 7: jeune lettré qui vient d'arriver; mais je suis venu de bonne heure, j'ai assez bu, et il faut que je m'en retourne. » A ces mots le jeune Lee changea de couleur, et lui dit : « Vous faites bien peu de cas de moi, monsieur. Pourquoi ne vous en alliezvous d'abord? Quoi, vous ne sauriezvous arrêter un moment de plus! Me jugez-vous indigne de boire avec vous? «~[] «-Il y a long-temps, dit Shuey-guwin, que monsieur veut s'en aller ce n'est pas vous qui l'obligez à se retirer. Mais ce serait une impolitesse à lui de ne point vouloir trinquer avec vous. Qu'il vous fasse le même honneur qu'il a fait à Whang; ensuite il agira comme bon lui semblera; nous ne le regarderons plus comme notre convive. »> Alors ils s'assirent de nouveau, et burent chacun trois tasses remplies de vin. A peine les avaient-ils vidées, qu'un domestique vint annoncer le jeune Chang, fils aîné du président du tribunal des rites. Comme le domestique achevait de parler, il entra dans la salle, chancelant sur ses jambes, son manteau retroussé, le visage rouge et les yeux étincelants: Qui est ce Tieh, dit-il, ce fils de mandarin? S'il a envie de passer pour brave dans la ville de Tséé-nan, que ne s'adresse-t-il à moi? » Tieh-chung-u s'était d'abord levé pour lui faire compliment; mais il s'arrêta lorsqu'il l'entendit parler ainsi, et lui répliqua : «-Je m'appelle Tieh-chung-u. Avezvous quelque chose à me dire?» Chang, au lieu de lui répondre, le regarda d'un air de mépris, et ajouta en éclatant de rire: « J'avais cru que ce Tieh était un homme redoutable; je me figurais, sur le rapport qu'on m'en avait fait, qu'il avait huit fiels dans l'estomac. Mais il a les sourcils fins et délicats; on le prendrait pour une fille. On prétend qu'il est vaillant; mais je m'imagine que quelque singe a pris sa figure. Qu'on nous verse à boire: nous verrons s'il est aussi brave qu'on le dit. « -Ceux qui sont vigoureux, dirent les convives, montrent leur force dans le boire et le manger. «-On boit du vin pour plusieurs raisons, dit Tieh-chung-u; mais trois seulement sont permises, savoir, l'amitié, la joie, et les besoins de la nature, et trois coupes suffisent pour chacun (1). Que Whang cong tzu commence (1) Tieh-chung est moins modéré que le chevalier Temple. Le premier coup, dit-il, est pour moi, le second pour mes amis, le troisième pour la bonne humeur, et le quatrième pour mes ennemis. Les Chinois sont très grands buveurs; et, lorsqu'ils parlent d'un festin, ils ne font mention que du vin. Nous disons inviter à une fête, donner un repas; et eux, inviter à boire, préparer du vin, parce qu'ils le regardent comme la partie la plus essentielle d'un repas. (Lett. édif. XIX, page 326.) Le P. Semedo rapporte qu'après le repas, ils ont coutume de converser pendant une heure, et qu'on sert alors différentes espèces de viandes salées pour réveiller la soif. (P. Semedo, page 66.) Les Chinois comprennent sous le nom de vin différentes espèces de liqueurs spiritueuses. par en boire trois, et je lui ferai raison. -Fort bien, dit Whang. Asseyonsnous donc. » Et le prenant par la manche, il le força à s'asseoir sur sa chaise. Faisant ensuite apporter deux grandes tasses de vin, il en prit une pour lui, et offrit les deux autres à Tieh-chung-u en lui disant : « Le vin découvre ce qu'on a dans le cœur. Voici la première tasse que je boirai avec vous. » Après avoir bu, il cria: «Il n'y a plus rien. » Thieh-chung-u sentait qu'il aurait de la peine à supporter le vin; mais voyant qu'il lui était impossible de faire autrement, il but sa tasse. «Voilà, dit Chang, ce qui s'appelle agir en ami. » Et aussitôt il ordonna qu'on remplît deux autres tasses. Tieh-chung-u déclara qu'il avait assez bu, et voulut se retirer. « J'ai bu trois tasses avec chacun de ces messieurs, et je viens d'en boire une avec vous : c'est assez; dispensez-moi, je vous prie, de boire davantage. K - Quoi! dit Chang, vous voulez me dérober deux tasses: vous faites donc bien peu de cas de moi? Jene le souffrirai point: je tiens un rang trop considérable dans cette ville. Faites-moi raison. » Et en parlant ainsi, il but un second à sa santé. coup Tieh-chung-u ne pouvait plus se sou tenir, car il avait bu depuis le point du jour jusqu'à dix heures, sans avoir man gé. Il refusa donc de faire raison à Chang, et laissa la tasse sur la table. « C'est une impolitesse, lui dit celuici. Pourquoi ne pas me faire la même politesse qu'aux autres ? « - Je ne le puis, répondit Tieh-chung-u autrement ce serait avec plaisir. « Il faut absolument que vous buviez ce verre? ((- Et si je ne le bois point », reprit Tieh-chung-u. Alors Chang se mit à crier « Qui êtes-vous, animal? Si le vin vous fait du mal, que ne restiez-vous dans votre ville? Pourquoi venir nous. braver? Si vous ne buvez, je vous en ferai repentir. Et en même temps il lui jeta la tasse au visage. N Tieh-chung-u, outré de cette insulte, et transporté de vengeance, le regarde fixement, et, se levant de sa chaise, il le saisit au corps, et lui dit, en le secouant: « Quoi, maraud que vous êtes, vous osez monter sur la tête du tigre, et lui arracher le poil? « - Comment! s'écria Chang, vous voulez donc me battre? ((--- - Oui,» reprit-il; et il lui donna un soufflet. « Que faites-vous ? lui dirent les autres convives. Nous vous avons fait mille politesses, et maintenant, lorsque vous êtes dans l'ivresse, vous nous maltraitėz. Allons, allons, qu'on ferme les portes. Nous allons vous renfermer jusqu'à ce que les fumées du vin soient dissipées, et demain matin nous vous mènerons chez le grand-visiteur. מ Au signal de Kwo-khé-tzu, sept à huit estaffiers sortent d'une chambre voisine. Shuey-guwin fait semblant de vouloir apaiser la querelle, et essaie de lui saisir les mains. Thiel-chung-u aperçoit alors leur dessein, et reconnait qu'on l'a trahi. " Quoi! s'écrie-t-il, vous êtes donc une bande de chiens qu'on lâche sur moi pour me dévorer. » En proférant ces mots, il saisit Chang par le collet, le renverse par terre, et lui donne trois ou quatre coups de pieds. Ensuite il cherche à se saisir d'un pied de la table. Shuey-guwin accourt pour l'en empêmais il lui donna plusieurs coups de pied qui le jettent à vingt covids (pieds) de lui. cher; "1 Remerciez votre nièce, ajoute-t-il, si je ne vous en donne pas davantage. » Les deux autres jeunes gens se contentèrent de crier, et n'osèrent point l'approcher. Kwo-khé-tzu ordonna à ses gens de se jeter sur lui; mais Tieh-chung-u saisit Chang, et, le faisant pirouetter: Je vais l'écraser, dit-il, si quelqu'un approche. Chang fut si effrayé, qu'il cria qu'on le laissât tranquille. Qu'on me laisse sortir, s'écria Tieh-chung-u; mais il faut que vous m'accompagniez jusqu'à la porte. <«-Aïe aïe! de tout mon cœur. » Et lorsqu'il fut dehors, il le lâcha en Jui criant: " Allez-vous - en, et dites à vos camarades 'que, si j'avais eu de quoi me défendre, je ne les aurais pas craints, eussent-ils été cent. Que veulent ces quatre à cinq ivrognes, et ces portiers que vous avez loués? Si je n'avais pas eu d'égard pour vos pères, quelqu'un de vous eût mordu la poussière : remerciez-moi de vous avoir traités si doucement. » En achevant ces mots il retourna au logis, où Siow-tan avait tout fait préparer pour son départ. Il y trouva Shuey-yeong qui l'attendait avec un cheval. Tieh-chung-ului demanda pourquoi il avait amené cette monture. Le domestique lui dit que sa maîtresse, sachant qu'on l'avait invité, avait soupçonné quelque mauvais dessein. «L'événement, dit-il, a confirmé ses soupçons, elle a su ce qui s'était passé, et quoiqu'elle n'ait jamais douté de votre courage, prévoyant que cette affaire peut avoir des suites, elle vous envoie ce cheval, et elle vous prie d'aller chez le visiteur pour l'instruire de cette affaire. » Tieh - chung - u fut charmé de sa discrétion et de son discernement. « Votre maîtresse, lui dit-il, est extrêmement obligeante, et je n'oublierai jamais les bontés qu'elle a pour moi. » Il allait partir, lorsque son hôte l'invita à dîner. Il accepta son offre, monta ensuite à cheval, et se dirigea vers Tong-chang-foo (1), où le grand-visi- (1) Tong-chang-foo est une ville opulente et très peuplée dans la province de Shan-tong, sur le grand canal impérial. La Chine est remplie de très beaux canaux, qui teur venait de transférer son tribunal (1). communiquent d'une province et même d'une ville à l'autre. Ils sont en ligne droite, et revêtus des deux côtés de pierres de taille ou de marbre. Le grand canal impérial a trois cents lieues de long, et forme comme un grand chemin d'eau, sur lequel naviguent une infinité de barques destinées à transporter les tributs que l'empereur tire des provinces méridionales. Ce merveilleux ouvrage est tellement ménagé, qu'au moyen des écluses pratiquées et des communications ouvertes avec les rivières et les autres canaux, on peut aller d'un bout de l'empire à l'autre, c'est-à-dire depuis Péking à Canton et à Macao, ce qui forme un espace de six cents lieues. (Duhalde, vol. 1, page 105; 17, 286 et 325.) (1) Quoique les grands-mandarins, dont la juridiction est étendue, tels que les visiteurs, les vice-rois, etc., aient ordinairement leurs palais dans la capitale de la province, ils n'y résident pas toujours, et se transportent souvent d'un lieu à l'autre pour expédier plus promptement les affaires. Il ne fut pas plus tôt arrivé qu'il présenta une requête pour lui exposer ce qui s'était passé. Il se rendit ensuite à l'audience; mais, trouvant la salle fermée, il frappa sur le tambour. On l'arrêta, et on le conduisit devant le tribunal, sur lequel le visiteur s'était assis aussitôt qu'il avait entendu le tambour. Tieh-chung-u lui présenta sa requête avec le respect qu'on observe dans ces sortes d'occasions (1). Le grand-visiteur soup- (1) Voici, suivant le P. Magalhaëns, les formalités qu'on observe dans les tribunaux de la Chine. Lorsqu'un homme a quelque affaire, il en donne un exposé par écrit, s'en va au palais où se tient le tribunal, et frappe sur un tambour qui est à la seconde porte. Il se met ensuite à genoux, et lève sa requête des deux mains à la hauteur de sa tête. Un officier vient la prendre, et la présente au mandarin qui préside. çonna, avant même de l'ouvrir, qu'elle était de Tieh-chung-u. Lorsqu'ilsut qu'il ne s'était point trompé, il lui parla en ces termes : « J'ai ignoré, monsieur, que vous fussiez dans cette ville. Quel jour y êtesvous venu, et quel motif vous y a amené ? « -Je voyageais pour mon plaisir; étant arrivé la veille à Tséé-nan-foo, j'ai rencontré des gens qui m'ont maltraité, j'ai couru risque de la vie, et m'adresse à votre excellence pour avoir justice. « Qui vous a maltraité ? dit le mandarin. J'en veux faire un exemple. › ((. • Monsieur, vous trouverez leurs noms dans la requête. » Il les lut, secoua la tête, et parut fâché de cette affaire. Tieh-chung-u lui demanda s'il trouvait quelque faute dans sa requête. « Je ne croyais point, dit le mandarin, que ces jeunes gens y eussent part, quoique je les connaisse comme les plus grands libertins qu'il y ait au monde. ་ Qui vous arrête donc ? reprit Tieh-chung-u. Leur qualité doit-elle vous empêcher de les châtier? - » Ce n'est pas que je les craigne ; mais leurs pères sont mes amis, et me sauraient mauvais gré d'avoir procédé contre eux. Ce sont des étourdis, qui comptent sur le crédit de leurs pères ; mais comme cette affaire n'est point de nature à exiger que je les fasse citer devant mon tribunal, et que je suive les formalités ordinaires, je serais bien aise que vous me laissassiez le soin de les punir sans y ((avoir recours. Je serais fâché de faire la moindre peine à votre excellence. J'ai voulu seulement vous avertir de leur conduite, afin que vous veilliez sur eux. » Le visiteur le remercia de ce qu'il voulait bien se désister de ses poursuiles. « Faites-moi la grâce, ajouta-t-il, de rester quelques jours avec moi. » Le jeune homme le remercia de sa politesse, et lui dit qu'il ne pouvait s'arrêter. Alors le mandarin mit douze taels d'argent (1) dans un papier, et les lui donna, en disant : rai « Si vous ne les acceptez pas, je croique vous êtes fâché contre moi. » (1) Douze taels d'argent valent environ quatre livres sterling. Tieh-chung-u les prit pour ne point le désobliger, et se retira. Ceux qui voudront savoir la suite de cet événement la trouveront dans le chapitre suivant.

CHAPITRE IX (Tome 3)

En sortant du tribunal, Tieh-chung-u se rendit chez lui, et raconta à Shuey-yeong ce qui s'était passé chez le visiteur. Il le pria de le recommander à sa maîtresse, et de la remercier de l'avis qu'elle lui avait donné. « Il n'est point en mon pouvoir, ajouta-t-il, de reconnaître ses bontés, et je n'oserai lui envoyer un présent, puisque je suis garçon, et qu'elle n'est point mariée. » Il lui remit son cheval, loua une mule et prit le chemin de sa ville. Shuey-yeong alla rejoindre sa maîtresse. Retournons maintenant à Kwo-khé-tzu et à ses camarades, qui avaient échoué dans leurs desseins contre Tieh-chung-u. On ne saurait exprimer quels furent leur rage et leur désespoir lorsqu'ils virent qu'il s'était tiré de leurs mains. Le premier qui rompit le silence fut Shuey-guwin. Qui aurait jamais cru, leur dit-il, que ce jeune homme fût si fort et si courageux ? « - Il ne nous eût point échappé, reprit son gendre, s'il n'eût saisi Changcong-zu de manière que nous n'avons pu le secourir; mais il faut avoir notre revanche. Rassemblons du monde, allons le chercher, et traitons-le comme il le mérite; qu'il aille ensuite se plaindre au visiteur. » Tous ses camarades approuvent ce projet. Le jeune Chang offre trente hommes, et à son exemple tous les autres promettent d'en fournir autant. Ils s'assemblent donc au nombre de cent. Shuey-guwin se met à leur tête, et ils se répandent dans les rues comme un essaim d'abeilles ; mais lorsqu'ils furent arrivés à l'hôtellerie, on leur dit que le jeune homme était parti après son retour. Cette nouvelle les déconcerta. « Peu importe, leur dit Kwo-khé-tzu. Adressons-nous au grand-visiteur de la province il nous rendra sans doute justice.» Shuey-guwin répondit que leur ennemi, étant de la province de Péking, n'était point soumis à la juridiction de ce mandarin. « Alors, dit Kwo-khé-tzu à ses camarades, il faut présenter une requête, dans laquelle nous l'accuserons de vouloir exciter une révolte (1): ainsi les (1) Pour comprendre cette accusation, il faut savoir qu'en Chine une secte appelée pelien - kia est toujours portée à la révolte, et que ses sectateurs sont punis toutes les fois qu'on les découvre. Cette secte est composée de gens qui se liguent pour détruire le gouvernement présent. Ils emploient certaines cérémonies magiques pour procéder à l'élection d'un empeils distribuent entre eux les principaux emplois de l'état, ils marquent les familles qu'il convient de détruire, et se tiennent cachés jusqu'à ce qu'ils puissent se mettre à la tête de quelque révolte. La Chine est si étendue, si peuplée et si sujette aux famines, que les séditious et les révoltes y sont très fréquentes et toujours dange - à cause de la faiblesse du gouvernement reur, reuses, mandarins de chaque province seront autorisés à le faire arrêter. Le visiteur en donnera avis à la cour; nous instruirons nos parents et nos amis de ce qui se passe, et nous l'humilierons malgré la bravoure dont il se pique. » Ce projet leur parut si bien imaginé, militaire, de manière qu'elles occasionent une révolution totale dans l'état. Or il est souvent arrivé, dans ces occasions, que des gens de la lie du peuple sont parvenus au timon de l'état; ce qui encourage les chefs de partis, qui, à moins qu'on ne les prévienne, se trouvent en peu de temps à la tête d'une foule de séditieux, qui se rendent formidables au gouvernement. Aussi les mandarins sont extrêmement vigilants sur tout ce qui a la moindre apparence de révolte, et ne négligent rien pour en éteindre les premières étincelles, de peur qu'elles n'éclatent en un feu qui embraserait en peu de temps tout l'empire. (P. Semedo, p. 91; Lettres édifiantes, xxvii, page 344; Duhalde, vol. 1, page 243.) qu'ils dressèrent à l'instant une requête, que Shuey-guwin signa comme témoin. Ils se rendirent ensuite à la ville de Tong-chang, et trouvant le tribunal ouvert, ils présentèrent en corps leur requête. Le grand-visiteur la reçut, et fit sortir tout le monde, à l'exception de Shuey-guwin. «Ce papier, lui dit-il, contient le projet d'une rébellion que Tieh-chung-u a voulu exciter dans ce pays. S'il était aussi dangereux que vous l'exposez, pourquoi l'avez-vous invité avec tant d'empressement? Vous a-t-il fait part de son dessein pendant que vous buviez avec lui, ou dans le temps de votre querelle?» Shuey-guwin, qui n'était point préparé à une pareille question, ne savait que répondre et gardait le silence. «Vous êtes un méchant homme, ajouta le mandarin. Je sais tout ce qui s'est passé, et si vous ne me dites la vérité, je vais vous faire appliquer la torture. » A ces mots Shuey-guwin fut saisi d'une frayeur extrême, et vit qu'il ne pouvait absolument lui cacher la vérité. <« Il est vrai, monsieur, lui dit-il, que nous avons bu ensemble. -Fort bien. Vous êtes tous également coupables. Il y a même plus d'apparence que vous cinq avez voulu exciter cette sédition, et que vous l'accusez seulement parce qu'il a refusé d'entrer dans votre complot. --}} - Excellence, c'est Kwo-khé-tzu qui l'a invité, et c'est le vin qui l'a fait parler. Nous n'avons pu l'apaiser: il a renet que, versé les tables, et s'est mis à nous battre, en disant que, quand même nous serions cent, il ne nous craindrait point, s'il était empereur, il ferait raser nos maisons jusqu'aux fondements. Ces jeunes gens ont été tellement effrayés de ce propos, qu'ils ont cru devoir présenter une requête à votre excellence, et ils ne l'auraient sûrement pas fait si la chose n'était vraie. Il est plaisant qu'un seul homme ait pu vous battre tous les cinq. Non, non, ne croyez pas m'en imposer. Monsieur, les débris des meubles attestent ce que j'avance; rien n'est plus certain. «Comment se peut-il qu'un étranger ait causé un pareil vacarme, à moins que vous ne l'ayez insulté? Pourquoi ne l'avez-vous pas arrêté pour me l'amener? «-Il était furieux comme un tigre, et personne n'a osé l'approcher. » Le grand-visiteur ordonna au secrétaire du tribunal d'écrire sa déposition, et dit ensuite à Shuey-guwin: « N'êtes-vous pas honteux à votre âge de venir me conter de pareilles histoires, de fréquenter de pareils étourdis, et de vous mêler de leurs querelles? La requête que vous m'avez présentée. est fausse et scandaleuse. Retournez chez vous, et dites à vos quatre jeunes camarades de rester tranquilles. Je suis. mieux instruit de l'événement qu'ils ne le croient. Si ce n'était par égard pour eux, je vous ferais mettre en prison, et je vous y laisserais mourir de faim. Je veux cependant vous faire présent de quatre à cinq bambous (1). » A ces mots Shuey-guwin se mit à crier qu'il était vieux, le pria de lui pardonner et de ne point le déshonorer. « Quoi! de l'honneur? reprit le mandarin: le connaissez-vous? Je suis le frère du second mandarin du tribunal des armes. (- Vous êtes son frère? Qui a soin de sa maison ? <«-Il n'a point de fils, mais seulement une fille, que V. Exc. a daigné honorer de ses bontés. «- Je vous pardonne pour ((l'amour d'elle; mais dites - moi qui porte une haine si implacable à cet étranger. «--Je ne suis point son ennemi : c'est (1) Voyez une note précédente. Kwo-khé-tzu, qui, n'ayant pu épouser ma nièce, parce que Tieh-chung-u s'y est opposé, a conçu pour lui une haine mortelle, et a résolu de s'en venger. Il l'avait invité chez lui dans le dessein de satisfaire sa vengeance. Quant à moi, je n'ai contre lui aucun ressentiment. » Le grand-visiteur fit mettre sa déposition par écrit, lui rendit sa requête, et lui ordonna de dire de sa part à ces jeunes gens de s'appliquer à leurs études, et de rester tranquilles. « Je leur pardonne cette fois en faveur de leurs pères. Ils seraient sans doute fâchés que ces plaintes vinssent aux oreilles de la cour. » Shuey-guwin fut si ravi de se voir libre, que peu s'en fallut qu'il ne sautât de joie; mais lorsqu'il fut à las porte de l'audience, où ses camarades l'attendaient, il leva les épaules, et leur fit signe de se taire. Ils furent alarmés de le voir revenir avec leur requête; et après qu'il leur eut raconté ce qui s'était passé à l'audience, ils envoyèrent au visiteur un sho-poun (1) (billet de remercîment), et retournèrent couverts de honte et de confusion. Cependant Kwo-khé-tzu ne voulut ni calmer son ressentiment, ni se désister de ses poursuites; et s'étant souvenu que depuis quelque temps il n'avait pas vu son ami Chun-kéé, il envoya demander de ses nouvelles. Celui-ci, pour s'acquitter de sa promesse, s'était rendu en diligence à la cour, et avait remis au ministre Kwo- (1) Lettre avec une enveloppe noire. sho-su la lettre dont son fils l'avait chargé. Le mandarin n'eut pas plus tôt achevé de la lire, qu'il l'introduisit dans sa bibliothèque, le fit asseoir, et lui demanda quelles étaient les propositions de mariage que son fils avait faites à Shuey-ping-sin. « Son père est disgracié, lui dit-il, et ce mariage ne saurait me faire honneur, d'après le rang que je tiens dans l'état. <«--La demoiselle, répondit Chun-kéé, a toutes les perfections de corps et d'esprit qu'on peut désirer dans une femme; elle est d'une modestie sans égale; en un mot, elle n'a point sa pareille dans le monde, et votre fils a résolu de l'épouser à quelque prix que ce soit. » Kwo-sho-su se mit à rire, et lui dit : «En vérité, mon fils est bien faible et bien simple. S'il a envie de l'épouser, pourquoi vous envoyer à la cour lorsque le che-foo et le che-hien, qui sont les pères du pays, peuvent si aisément le satisfaire? Vous avez pris beaucoup de peine pour venir ici, et j'en aurais encore plus s'il me fallait envoyer quelqu'un en Tartarie pour obtenir son consentement. «Il s'est adressé au che-foo etau che-hien, dit Chun-kéé, et n'a rien négligé pour réussir; mais elle a trouvé moyen d'éluder ses poursuites. Votre excellence ne doit compter ni sur l'un ni sur l'autre, puisque le grand-visiteur de la province, dont vous avez été tuteur, après s'être mêlé de ce mariage pour faire plaisir à votre fils, a été obligé de donner une déclaration pour défendre à qui que ce soit d'inquiéter cette demoiselle davantage. Or, si un mandarin de ce rang craint de s'en mêler, qui osera approcher de sa porte? Votre fils n'a plus que vous à qui il puisse s'adresser.» Le mandarin Kwo-sho-su parut surpris de ce récit, et lui dit : «Cette demoiselle a donc beaucoup d'esprit? C'est apparemment la raison qui engage mon fils à l'aimer si ardemment. Shuey-keu-ye, son père, est un homme entêté: si ce mariage ne lui plaît point, il sera bien difficile d'obtenir son consentement; d'ailleurs je ne suis pas fort lié avec lui. C'est un homme qui n'a point d'égard aux personnes: aussi, lorsqu'il donnait audience, on lui présentait très peu de requêtes, parce qu'on savait qu'il ne favorisait personne. Il n'a que cette fille. Je me souviens de la lui avoir fait demander une fois sans pouvoir l'obtenir; mais peut-être qu'étant aujourd'hui disgrâcié, il ne sera pas si inflexible: c'est le moment favorable de la lui demander. «-- Mais comment présenterez-vous votre demande ? «Il faut employer les formalités ordinaires. Un ami doit lui en faire la proposition; alors on lui enverra un présent. Mais une difficulté se présente: comme il est éloigné de nous de deux cents lieues, je n'oserai prier aucun mandarin de faire cette démarche. Je crois donc qu'il vaut mieux lui écrire, et lui envoyer un présent: il ne s'agit plus que de savoir si vous voulez vous charger de le lui porter. [p. 196] (( - Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour obliger votre excellence. Je crois même à propos que vous me chargiez d'une lettre pour les grands-man-- darins du pays, qui peuvent avoir quelque crédit sur lui. K Vous avez raison. » En conséquence le mandarin, ayant choisi un jour heureux, écrivit ses lettres et les lui remit.