Hao Qiu Zhuan/fr/Chapter 16

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Chapitre 16: 第十六回 美人局歪厮缠实难领教

De: Hau Kiou-Choaan, ou l'Union bien assortie, roman chinois. Paris: Moutardier, 1828

Note: Texte numerise par OCR. Numeros de page conserves comme [p. N]. Comparez avec l'original chinois et la traduction anglaise de 1761.

Sections originales: Tome 4, CHAPITRE V; Tome 4, CHAPITRE VI; Tome 4, CHAPITRE VII; Tome 4, CHAPITRE VIII; Tome 4, CHAPITRE IX


CHAPITRE V (Tome 4)

Lorsque le délai de l'année que Shuey-keu-yé avait obtenue pour vaquer à ses affaires fut expiré, l'empereur lui ordonna de revenir à la cour. Alors le mandarin Tieh-ying lui écrivit de vouloir bien amener sa fille. Il n'eut pas plus tôt reçu cette lettre, qu'il engagea Shuey-ping-sin à l'accompagner: « Ne suis-je pas votre fille, lui dit-elle : autant vaudrait-il que vous ne m'eussiez point, si je vivais toujours éloignée de vous? Il est à propos que je vous suive; mais j'ai une grâce à vous demander: si l'on vous propose de me marier avec Tieh-chung-u, n'y consentez point. » Le vieux mandarin rit de sa prière, et l'assura qu'il ne ferait jamais rien de préjudiciable à son bonheur et à sa réputation. Il lui demanda ensuite à qui il pourrait confier le soin de sa maison et de ses biens. Elle lui proposa 'son oncle, comme l'homme le plus capable de gérer les affaires du dehors, et lui conseilla de s'en rapporter à Shuey-yeong pour l'intérieur. Il suivit son avis, et après avoir fait les préparatifs nécessaires, il partit pour Péking, où il arriva en moins d'un mois. Il ne se fut pas plus tôt acquitté de ses hommages à l'empereur, que tous les grands-officiers, et entre autres le mandarin Tieh-ying, allèrent lui rendre visite; ce dernier voulut même que son fils allât le voir. Celui-ci, dans le billet de visite qu'il envoya, ne prit que le titre de cousin, et non point de gendre; mais Shuey-keu-yé attribua cela à sa modestie, et reçut sa visite. Tieh-ying fut ravi de le voir élevé au grade de grand-mandarin, se réjouit de sa préstance (1), (1) Les Chinois, dit le P. Le Compte, n'ont pas la même idée que nous de la beauté. Ils veulent qu'un homme soit gros, corpulent et ramassé, qu'il ait le front grand, les yeux petits et le nez court, de grandes oreilles, la bouche petite, la barbe longue et les cheveux noirs. Un homme, selon eux, est bien fait lorsqu'il remplit bien son fauteuil et qu'il impose par sa gravité et sa corpulence. (Mémoires, tome 1, p. 191.) • et souhaita encore plus vivement de l'avoir « pour gendre. Que ces jeunes gens, dit-il en lui-même, s'opposent tant qu'ils voudront à ce mariage, je saurai bien les réduire, et les rendre heureux en dépit de leurs scrupules. » Après quelques moments d'entretien, Tieh-chung-u prit congé de lui et se retira. Il ne fut pas plus tôt sorti que le secrétaire du tribunal vint dire à Shuey-keu-yé : <« Un de mes parents au service du mandarin Tah-quay m'a chargé d'instruire votre excellence que son maître, 誓 ​ne pouvant avoir l'honneur de venir vous voir, ni de vous envoyer un billet de compliment en forme, vous priait d'agréer ses services, ainsi les vœux que qu'il fait pour votre santé. Il a ajouté que Tah-quay, ayant perdu sa femme, avait dessein de se remarier; et comme il vient d'apprendre que vous avez amené mademoiselle votre fille, il veut engager le mandarin Kwo-sho-su à vous parler en sa faveur. «- Fort bien, répondit Shuey-keu-yé. Et qu'avez-vous répondu au domestique de Tah-quay ? " ― - Je lui ai dit qu'elle était promise depuis long-temps au mandarin Tieh-chung-u. Alors il m'a demandé si ce mariage devait bientôt se conclure. Je lui ai répondu que je n'en savais rien ; mais j'ai cru devoir faire part à votre excellence de l'entretien que j'ai eu avec lui. » Le mandarin lui ordonna, si quelqu'un le questionnait sur ce mariage, de répondre qu'il devait se faire dans deux jours. Ce mandarin, dit Shuey-keu-yé en lui-même, est un homme d'un très mauvais caractère, et qui n'a d'autre vue que de me nuire; mais, quand même il s'adresserait à l'empereur, je ne le crains point. Ma fille est déjà promise en mariage; cependant il est bon de le conclure pour prévenir les contretemps qui pourraient survenir. » En conséquence, il alla trouver sa fille, et lui dit : «Vous ne devez pas trouver mauvais que je vous parle de nouveau de votre mariage avec Tieh - chung -u ; il est même nécessaire qu'il se fasse promptement » $5 Il lui raconta ensuite la conversation du secrétaire. "Si nous ne nous hâtons, ajouta-t-il, Tah-quay peut nous causer beaucoup d'embarras. » Shuey-ping-sin comprit à l'instant que Kwo-khé-tzu ou son père se mêlaient de cette affaire, et fit part de ses conjectures à son père. « Cependant, ajouta-t-elle, si Tah-quay a l'intention de nous faire de la peine, il nous sera aisé, en nous adressant à l'empereur, de lui attirer une disgrâce, et de lui faire subir le châtiment qu'il a mérité. «Le moyen le plus sûr, lui dit Shuey-keu-yé, est de ne point s'opposer à son ennemi, mais de l'éviter. Si HAU-HIOU-CHOAAN, nous concluons ce mariage, ses desseins seront renversés. » Sa fille allait lui répondre, lorsqu'un domestique vint de la part du premier vice-roi l'assurer de ses services, et le prier d'aller le voir, parce qu'il avait une affaire importante à lui communiquer. «Voilà, dit Shuey-keu-yé, une bonne occasion : j'avais dessein de me rendre auprès de lui. » : Aussitôt il fit préparer son cheval, et se dirigea vers l'habitation du premier -vice-roi. Il n'eut pas plus tôt mis pied à terre, que le mandarin Tieh-ying le prit par la main, et le fit entrer dans la salle. « Comme je revenais ce matin de la cour, lui dit-il, j'ai rencontré l'eunuque Chou-thay-kien. Après m'avoir fait une profonde révérence, il m'a dit qu'il avait une grâce à me demander, et qu'il espérait une réponse favorable. L'ayant prié de s'expliquer, il a ajouté qu'il avait une nièce, et qu'il serait bien aise de la marier avec mon fils. J'ai répondu que cette alliance ne pouvait avoir lieu parce qu'il était déjà engagé. Je sais, a-t-il repris, qu'il est promis à Shueyping,sin; mais peu m'importe, puisque le mariage n'est point encore conclu. Ces eunuques, continua le mandarin Tieh, sont des faquins que leur emploi rend insolents; pour qu'il ne m'importune pas davantage, j'ai envoyé prier votre excellence de venir me voir,afin que nous puissions terminer cette affaire au plus tôt. «- - Quoi, dit Shuey - keu - yé, on vous a parlé à ce sujet? On m'a fait aujourd'hui une autre proposition (et aussitôt il lui raconta l'entretien de son secrétaire). Il faut donc au plus tôt finir cette affaire. Le mariage une fois conclu, l'empereur lui-même, tout puissant qu'il est, ne saurait le rompre; ne le remettons point à demain. Je sens que ma fille aura de la peine à s'y résoudre: elle m'objecte qu'elle ne veut point violer les lois ni les usages reçus. «Mon fils allègue la même excuse. <«-Je crois qu'ils s'aiment l'un l'autre: c'est pourquoi il faut négliger leurs objections, et faire usage de notre autorité. «Vous avez raison; mais, sans ces offres impertinentes, nous aurions pu leur accorder plus de temps. Maintenant, il n'y a pas une heure à perdre : je crois que, d'après leur ámour, ils se rendront à nos désirs. » Et aussitôt ils se quittèrent. Le mandarin Tieh-ying s'empressa de faire venir son fils, et lui exposa ce qui arrivait au président et à lui. <« Si vous n'épousez point cette demoiselle, lui dit-il, vous me mettrez dans l'embarras, et je ne vois pas d'autre moyen d'éviter ce contre-temps. «-Monsieur, lui répondit son fils, je suis prêt à vous obéir en tout; je suis seulement fâché que l'affaire soit précipitée. Quant à l'offre de l'eunuque, c'est sûrement Kwo-khé-tzu qui l'a engagé à vous la faire ; mais à quoi pense-t-il en me proposant sa nièce? c'est peine perdue pour lui. -Puisque vous vous sentez le courage de la refuser vous-même, je désirerais que vous aidassiez la demoiselle à se tirer de ce mauvais pas. « - Engagez le mandarin son père à faire courir le bruit de notre mariage. Nous leur fermerons la bouche,nous nous mettrons à couvert de leurs importunités, et nous resterons en cet état en attendant une conjoncture plus favorable. » Le mandarin Tieh goûta son avis, et ne le pressa pas davantage. « Pourvu, lui dit-il, que vous persuadiez au public que vous êtes mariés, vous pourrez vivre en particulier comme il vous plaira. x En conséquence il ordonna à des personnes intelligentes de choisir un jour heureux pour célébrer leur noce.

CHAPITRE VI (Tome 4)

Le lendemain matin, dès que le jour parut, le mandarin Shuey -keu - yé écrivit au vice-roi la lettre suivante : «Je n'eus pas plus tôt quitté hier votre « excellence, que j'allai trouver ma fille « pour lui proposer de conclure son «< mariage; mais elle a d'abord refusé « absolument. Cependant à la fin elle a a consenti à ce qu'on fit courir le bruit " « de son mariage, pourvu qu'on lui " « permît de rester dans le même état. « Je prie votre excellence de me marquer si vous croyez être ainsi satisfait.» Cette lettre fit beaucoup de plaisir au mandarin Tieh-ying; mais il trouva extraordinaire que deux jeunes gens. eussent les mêmes pensées. « Le Ciel, dit-il, les a certainement destinés l'un pour l'autre ; il y a une ressemblance étonnante dans leur fortune, leurs mœurs et leurs sentiments. Cependant, s'ils ne vivent point ensemble, on découvrira bientôt qu'ils ne sont point mariés. Je veux donc envoyer mon fils chez Shuey-keu-yé, et alors cette démarche suffira, on ne doutera plus du mariage. » En conséquence il envoya demander" l'avis de son confrère, qui se rangea au sien. Quelques jours après ils se firent des visites, et, ayant choisi un jour heureux, ils célébrèrent le mariage avec une magnificence sans égale. Tieh-chung-u se rendit chez son épouse accompagné de son père et des autres mandarins. Lorsqu'il fut arrivê à la porte de l'hôtel, le président alla le recevoir en personne, et après les cérémonies ordinaires on servit un repas splendide. L'épouse se retira cependant, et on la conduisit dans son appartement. Lorsque la nuit fut venue', on éclaira l'es appartements. L'époux étant entré dans la seconde salle, Shuey-ping-sin s'y rendit aussi, accompagnée d'un grand བང་མོ་དང་པོ་ག་། ་གསང་གྲོང་གསེས་གངས་རི་ས་གནས་རི་པའི་ས་རྗེ་མཁས་ཀྱིསལ་ལས་ 'ROMAN CHINOIS. nombre de suivantes; et, prenant un air libre, elle le reçut comme un ami. On n'aperçut aucune émotion ni sur son visage ni dans ses gestes. Elle l'aborda avec décence. « Je n'ai point oublié, lui dit-elle, les services que vous m'avez rendus. Quand même je sacrifierais ma vie pour vous, je ne croirais point les avoir assez payés. C'est par ordre de mon père que je me trouve aujourd'hui avec vous. Je suis ravie que cette entrevue me fournisse l'occasion de vous renouveler mes remerciments. ». Elle lui fit ensuite une profonde révérence, et lui présenta un siége. Tieh-chung-u, voyant la manière aisée dont elle l'abordait, et considérant sa beauté, qui était encore relevée par l'éclat de sa parure, la trouva infiniment la plus belle qu'elle ne lui avait paru première fois. Il fut si ravi de sa personne qu'il la prit pour un ange descendu du ciel. Après être un peu revenu de sa première surprise : Madame, lui dit-il, vous m'avez rendu de si grands services, que je manque de termes pour les exprimer. Le souvenir en est si profondément gravé dans mon cœur, qu'il m'occupe nuit et jour. Je suis ravi que Monsieur votre père m'ait fourni l'occasion de vous assurer de ma très vive reconnaissance.» En achevant ces mots il la salua respectueusement. On étendit alors un riche tapis. Tous deux se prosternèrent ainsi qu'il est d'usage dans ces sortes d'occasions. Après cette cérémonie ils s'assirent et burent plusieurs tasses de thé. S'étant mis ensuite à deux tables séparées, ils burent trois tasses à la santé l'un de l'autre. Tieh-chung-u lui adressa la parole: <«Madame, vos bontés, et surtout vos bons conseils, ne sortiront jamais de ma mémoire. C'est à vous que je dois les honneurs dont je suis revêtu. Si je n'avais pas eu le bonheur de vous rencontrer, je serais encore errant dans le monde. -Ce n'est point à moi, reprit Shuey-ping-sin, que vous êtes redevable de votre avancement: ce que j'ai fait pour vous n'est qu'une bagatelle, et le moindre. enfant est en état de montrer le chemin à ceux qui s'égarent. Vous devez votre réputation à la générosité avec laquelle vous avez pris le parti de la jeune dame qu'on avait enlevée, et la défense du général Hû - hiau ce sont deux actions dont vous seul êtes capable. De plus vous avez fait rentrer mon père dans les bonnes grâces de l'empereur: je suis hors d'état de reconnaître-ce service. Que je suis heureuse de pouvoir vous offrir mes remercîments! Mais permettez-moi de vous dire encore un mot ou deux. « Lorsque je vous invitai à venir chez moi pendant votre maladie, j'atteste le ciel que je n'avais aucune mauvaise intention; mais la malignité des hommes est si grande, qu'on a fait courir de faux bruits sur notre compte. Ternirons-nous aujourd'hui le reste de notre vie pour quelques jours de plaisir ROMAN CHINOIS. et de divertissements? Il vaut mieux, selon moi, demeurer comme nous sommes, et attendre, pour conclure notre mariage, que ce nuage soit dissipé. Ce sont là mes sentiments, et je serai ravie de savoir si les vôtres s'accordent avec les miens. » Tieh-chung-u fit une profonde révérence, et lui dit qu'il accueillait son avis avec la même ardeur que la terre reçoit la pluie dans un temps de sécheresse. Il est vrai, ajouta-t-il, que le consentement de nos parents nous donne le droit de consommer notre mariage; mais comme nous pourrions ainsi exciter la malignité publique, je crois comme vous qu'il vaut mieux le différer pour quelque temps. 4: go -L'impatience de nos parents ne vient que de l'impertinence de Tah-quay et de l'eunuque : j'apprécie votre manière de penser, et je concois plus d'estime pour vous. «--Les personnes dont vous parlez ne nous connaissent point et ignorent entièrement nos affaires : c'est Kwo-khé-tzu qui les fait agir; mais la démarche que nous venons de faire leur imposera silence et les forcera de nous laisser en repos. «-Ils peuvent exercer leur vengeance contre nous, en faisant courir de faux bruits sur notre conduite: c'est pourquoi je pense qu'il est à propos de temporiser. « - Quant à moi, lorsque je suis venu chez vous, je croyais que le ciel (1), la terre, vous et moi étions les seuls témoins. (1) Les Chinois ont coutume de parler du ciel et de la terre comme d'êtres intelligents ou de divinités. Par exemple, il est dit dans leurs livres que le Ciel entend et voit toutes choses (Duhalde, vol. 1, page 407, n.), et dans leurs édits impériaux la protection de Tien-ti (du Ciel et de la Terre) vient d'en-haut. (Ibid., p. 528.) Mais les jésuites prétendaient qu'ils ne désignaient que la divinité, ou le maître souverain du ciel et de la terre. Les Chinois ont deux temples superbes à Péking, dont l'un est appelé Tien - Tang, ou le Temple du Ciel; et l'autre Ti-Tang, ou le Temple de la Terre. L'empereur s'y rend toutes les années en grande pompe, et sacrifie de ses propres mains au Ciel et à la Terre, après s'être dépouillé de ses habits, et avoir revêtu un habillement de damas noir ou bleu. Cet office est si essentiel à sa dignité, que se l'arroger, c'est vouloir aspirer au trône. Le sacrifice que l'empereur fait à la Terre est «-Eh bien, si le Ciel a résolu ce mariage, il sera concłu. Les ordres de nos parents nous justifieront aux yeux de tout le monde; mais comme nous avons une raison particulière pour difaccompagné d'une cérémonie. A un certain jour du printemps, il paraît en habit de laboureur, et conduit deux boeufs dont les cornes sont do rées, attelés à une charrue de bois vernissé. Il trace plusieurs sillons, et les ensemence de ses propres mains; les principaux seigneurs achèvent ensuite le labour dans l'espace de terrain destiné à cet usage. Pendant ce temps, l'impératrice et les dames de la cour préparent un repas, auquel ils assistent ensemble. On observe cette cérémonie depuis un temps immémorial, pour encourager l'agriculture, qui est regardée en Chine comme une profession honorable, et on accorde, toutes les années, des prix à ceux qui se distinguent dans cette partie. (Voy. Duhalde, vol. 1, page 275, 660; P. Magal., chap. 21; Martin, Hist., page 11, etc.) férer, feignons d'être mari et femme; le public ajoutera foi à cette vraisemblance, jusqu'à ce que la difficulté qui s'oppose à notre mariage réel soit levée. » Le jeune mandarin fut charmé de sa prudence,et lui dit : «Vos raisonnements m'instruisent, et m'affermissent en même temps dans le respect que j'ai pour la grande loi de la nature. » Ils s'entretinrent ainsi sur leur état présent, et sur les égards qu'ils devaient à l'honneuret à la vertu. Ils racontèrent encore les différents accidents qui leur étaient arrives par l'effet des complots de Kwo-khé-tzu et de son père. Tous deux étaient contents et joyeux, et, après être restés à table autant de temps qu'il était nécessaire, ils se levèrent et se retirèrent chacun dans une chambre séparée, de [p. 94] manière que parent. leur mariage ne fut qu'apOn verra dans le chapitre suivant quelles furent les suites de cette démarche.

CHAPITRE VII (Tome 4)

Quoique Tieh-chung-u vécût avec Shuey-ping-sin, ainsi qu'on vient de l'exposer, il ne pouvait s'empêcher de l'aimer tendrement, tant à cause de son esprit et de son bon sens, qu'à cause de sa beauté et de ses charmes. Il se plaisait si fort à sa conversation qu'il ne la quittait pas un moment, ce qui causait un plaisir extrême à leurs parents. Tandis qu'ils jouissent paisiblement de leur amour, retournons à Tah-quay et à l'eunuque Chou. Ces deux personnes, que Kwo-sho-su avait engagées à faire les propositions, ayant appris la conclusion du mariage avec Tieh-chung-u, jugèrent à propos de renoncer à leur dessein, et firent savoir leur résolution à Kwo-sho-su. Cette nouvelle le chagrina beaucoup. Fâché de ce contre-temps, il envoya quelques uns de ses domestiques chez ✩ la demoiselle et chez le vice roi, pour épier ce qui se passait chez eux. Il apprit d'abord que le jeune mandarin n'a- vait point mené Shuy-ping-sin chez lui, mais s'était rendu chez le père de sa femme. On lui dit ensuite que, malgré le mariage, ils vivaient néanmoins dans des appartemens séparés; Tieh -chung-u était si amoureux de sa femme, qu'il avait passé deux ou trois jours sans sortir. Ces différents récits inquiétèrent Kwo-sho-su; leur conduite lui parut si singu lière et si mystérieuse, qu'il crut y entrevoir quelque chose d'extraordinaire. Il conclut enfin de leur séparation que leur mariage était feint, et qu'ils n'avaient agi ainsi que pour éviter les pro positions de Tah-quay et de l'eunuque Chou. « Puisqu'ils n'ont point encore cohabité ensemble, dit-il, il est aisé de rompre leur mariage. Je vais parler à Tah-guay, et l'engager à renouveler sa demande. Mais peut-être ses amis refuseront-ils de l'écouter; et, comme la demoiselle sort rarement de son appartement, il lui sera difficile de l'enleyer. Avant de faire aucune démarche, il vaut mieux mettre Chou-thay-kien en jeu. Je vais trouver cet eunuque et l'èngager à attirer Tich chez lui. Lorsqu'il y sera, il pourra le forcer à épouser sa nièce. » L'esprit rempli de son projet, il allą chez Chou - thay - kien lui faire part de ce qu'il avait appris, et des mesures qu'il convenait de prendre. L'eunuque goûta sa proposition, et lui promit de l'avertir aussitôt que le jeune homme serait chez lui, le priant de s'y rendre sur-le-champ. Kwo-sho-su fut ravi de le voir applaudir si promptement à son projet, et l'assura que rien ne seraiț capable de l'arrêter, lorsqu'il le ferait appeler. Il prit congé de l'eunuqué et retourna chez lui, attendant avec impatience le moment favorable. Tieh-chung-u, à l'occasion de son prétendu mariage, avait obtenu de l'empereur la permission de s'absenter dix jours de la cour. Ce temps expiré, il fallut y retourner. Shuey-ping - sin dont la pénétration était admirable, le voyant sur le point de partir, lui parla en ces termes : $ Kwo-sho-su, dans le dessein de nous séparer, a formé le dessein de nous marier, vous à la nièce de l'eunuque Chou, et moi à Tah-quay. Il n'a pu jusqu'ici réussir dans son projet ; mais je ne crois pas qu'il y ait renoncé, et sans doute il imaginera quelque moyen de nous causer de l'embarras. A l'égard de Tah-quay, comme il n'est point dans l'enceinte du palais, s'il commet quelque faute, on peut le faire citer à un tribunal supérieur, et, par conséquent, je ne le crains point; mais cet eunuque, étant domestique de l'empereur, et comptant sur sa protection, suivra son inclination. Si vous allez à la cour, je vous recommande surtout de vous méfier de lui. -Vous avez raison, répondit Tieh-chung-u, et j'aperçois dans ce que vous dites une nouvelle preuve de votre jugement et de votre discernement. Mais cet eunuque est un homme de basse naisşance que peut-il faire, et qu'ai-je à craindre de lui? ((- Il est vrai que ces sortes de gens sont extrêmement méprisables; mais, dans l'état où sont maintenant les choses, vous ne sauriez trop vous tenir sür vos gardes.» Le jeune mandarin promit de suivre ses avis, prit congé d'elle, et se rendit au palais. Comme il s'en retournait chez lui, il rencontra l'eunuque, qui le salua avec beaucoup de familiarité. Tieh-chung-u voulait continuer son chemin; mais Chou arrêta son cheval par la bride, et lui dit :: " « J'allais envoyer un messager chez vous je désire vous entretenir. " -Quelle affaire pouvez-vous avoir avec moi? lui dit Tieh-chung-u. Nous n'avons rien à démêler ensemble. Mon district est hors du palais, et le vôtre est dedans. -Si cette affaire me regardait personnellement, je n'aurais pas pris la liberté de vous arrêter; mais je désire vous parler de la part de l'empereur sur un sujet qui ne souffre aucun délai: faites-moi donc la grâce de venir chez moi. «--Je ne m'y rendrai que lorsque je saurai le but de votre entretien. «.- -Croyez-vous que je veuille vous tromper et abuser ainsi de l'autorité de mon maître? Sa Majesté, sachant que vous composez très bien la poésie, voudrait que vous écrivissiez quelques vers au bas de deux tableaux dont elle fait grand cas. » Tieh - chung - u lui demanda où ils étaient. « Chez moi,» répondit l'eunuque. Tieh-chung-u se ressouvint à l'instant du conseil de Shuey-ping-sin; mais il lui fut impossible d'éviter le piége, à cause de l'ordre de l'empereur: en conséquence il se rendit chez Chou-thaykien. Il ne fut pas plus tôt entré dans sa maison que l'eunuque fit apporter du thé et dresser le couvert pour lui offrir une collation. «Il n'est point question de boire, lui dit Tieh-chung-u: je viens voir les tableaux, et je n'entreprendrai rien que les vers ne soient faits. Monsieur, vous connaissez l'ignorance des eunuques; cependant j'ai tant de plaisir de voir un homme aussi savant et aussi spirituel, que vous ne me refuserez pas, du moins, je l'espère, la faveur de boire une tasse avec moi, ni d'accepter un repas offert comme une marque de mon respect pour vous. Je suis persuadé que, si je vous avais fait inviter, vous ne seriez point venu; mais puisque les affaires de l'empereur vous ont amené, obligez-moi de ne pas nous quitter sitôt. Ne me regardez point avec le même mépris que mes autres confrères, puisque j'ai l'honneur de vous recevoir chez moi, et permettez-moi de m'asseoir avec vous. Ne parlez point ainsi, je vous prie: ne sommes-nous pas tous deux les serviteurs de l'empereur ? Commençons par obéir à ses ordres, ensuite nous converserons ensemble. 5e«2-Peut-être vous retirerez-vous après avoir composé. Ecrivez d'abord vos vers sur un tableau, et avant de les composer pour l'autre, vous me ferez la grâce de boire une tasse avec moi. » Tieh-chung-u consentit à sa prière. Chou-thay-kien, l'ayant fait entrer dans la salle, ordonna à un domestique d'apporter le tableau, et de le poser sur la table. Il représentait un jasmin double. Tieh-chung-u le trouva fort beau, et, ayant tiré son pinceau, écrivit quelques vers. A peine eut-il fini qu'on vint annoncer le mandarin Kwo-sho-su. L'eunuque ordonna de l'introduire, et lui dit qu'il arrivait à propos pour voir le grand docteur Tieh-chung-u, qui était venu par ordre de l'empereur composer des vers sur quelques tableaux. «Il vient d'écrire, ajouta-t-il, les vers que vous pouvez lire, en moins de temps qu'on ne met à boire une tasse de thé. » Kwo-sho-su répondit que ceux qui possédaient leur art étaient ordinairement très prompts. Je vous prie, monseigneur, lui dit l'eunuque Chou, de lire l'inscription, et de m'en dire le sens, afin que je puisse converser avec l'empereur lorsque je lui porterai le tableau. » Le mandarin les lut, et Tieh-chung-u le pria de pardonner les fautes qu'il pouvait y avoir trouvées, Kwo-sho-su, ayant achevé de les lire, s'écria : « De ma vie je n'ai rien lu de și spirituel ni de si sensé. » L'eunuque fut ravi de l'entendre, et ordonna qu'on servît. Tieh-chung-u le pria de le laisser terminer sa composition; mais Chou ne voulut pas le lui permettre. « Vous écrivez, lui dit-il, avec beaucoup de facilité; buvez quelques tasses, vous finirez ensuite vos vers à loisir. »

CHAPITRE VIII (Tome 4)

Lorsqu'on eut servi, Kwo-sho-su se mit à la première table, et l'eunuque, avec Tieh-chung-u, à la seconde. Après avoir conversé ensemble sur plusieurs sujets indifférents, Chouthay - kien adressa la parole à Tiehchung-u : « L'empereur, connaissant les qualités qui vous distinguent, a envoyé ces deux tableaux chez moi, afin que vous composiez quelques vers sur ce sujet; mais c'est à ma sollicitation, car vous ne seriez pas venu chez moi, quoique j'aie quelque chose d'important à vous communiquer. Il est même heureux que ce mandarin se trouve ici, pour être témoin de ce que je vais vous dire. « - Quoi! reprit Kwo-sho-su, vous avez à dire à Tieh-chung-u quelque affaire qui me regarde? « Un tambour, dit l'eunuque, ne fait aucun bruit, si on ne frappe dessus, et la même chose arrive à l'égard d'une cloche: excusez-moi donc si j'entre aussitôt en matière. J'ai une nièce qui, sans être belle, n'est pas absolument désagréable; elle est d'un excellent caractère, gaie et facétieuse. Elle a environ dix-huit ans, et je n'ai encore trouvé jusqu'ici aucun parti qui lui convienne. Or j'ai jeté les yeux sur vous, et j'ai obtenu le consentement de votre père. J'ai prié l'empereur de permettre la conclusion de ce mariage, et il m'a donné ces deux tableaux pour ratifier le contrat. » Tieh-chung-u, quoique surpris et fâché de cette trahison, fut assez maître de lui-même pour dissimuler. Il parut même très satifait de cette déclaration, et dit à l'eunuque: Je vous suis infiniment obligé de ce que vous avez jeté les yeux sur moi. Votre proposition est si agréable, que je n'aurais osé la refuser, s'il m'avait été possible de l'accepter; mais je suis déjà marié avec Shuey-ping-sin, fille du président des armes, et je ne peux pas prenii dre votre nièce pour seconde femme. » Chou-thay-kien se mit à rire, et lui dit : « Ne croyez pas m'en imposer : j'ai examiné cette affaire, et je sais la vérité. Vous vous êtes servi d'une feinte pour ne point épouser ma nièce, et pour empêcher Tah - quay d'épouser Shuey-ping-sin. La ruse est si grossière que je suis surpris que vous ayez osé l'employer. Votre excellence m'étonne, répondit Tieh-chung-u. Dans toute autre affaire la chose serait possible; mais comment en imposerais-je sur un mariage? Si vous êtes véritablement marié, reprit l'eunnque, pourquoi, au lieu d'aller demeurer chez votre beaupère, n'avez-vous pas amené votre femme chez vous ? Pourquoi ne cohabitezvous pas avec elle, et faites-vous lit à part? <«- Je n'ai point amené ma femme chez moi, parce que son père n'a point d'autre enfant, et si je demeure chez lui, c'est pour le servir et le consoler dans sa vieillesse. A l'égard de nos appartements séparés, c'est une chose qui nous regarde, et qui n'importe à personne il suffit que notre mariage ait été célébré dans les formes ordinaires. D'ailleurs, comment votre excellence, étant toujours auprès de l'empereur, peut-elle savoir ce qui se passe dans les maisons des particuliers? Pourquoi ajoute-t-elle foi à ce qu'on lui rapporte? «- Je me mets peu en peine de ce qu'on dit il suffit que j'aie parlé à l'empereur de votre mariage avec ma nièce, et qu'il l'ait approuvé; c'est en vain que vous chercheriez à l'éviter. » «L'éviter! reprit Tieh-chung-u. On n'a jamais ouï dire qu'un homme raisonnable ait quitté sa femme pour en épouser une autre. J'ai épousé Shuey-ping-sin avec toutes les formalités que la loi prescrit, et je n'aurai point d'autre femme. Si vous m'eussiez proposé auparavant votre nièce, je ne l'aurais pas refusée. (( <«- Avant de parler ainsi, il fallait prouver que vous êtes véritablement marié. Pour que le mariage soit consacré, il faut que la femme ait été conduite dans la maison de son mari; les rites l'exigent ainsi. « - J'avoue à Votre Exc. que cette cérémonie a lieu ordinairement, la sûreté des deux parties le requiert; mais on peut s'en dispenser entre gens d'honsurtout lorsque les parents le , veulent. t « -Vous parlez de l'obéissance qu'on doit à ses parents; vous dispenset-elle d'obéir aux ordres de l'empereur? Croyez-vous que leurs ordres doivent l'emporter sur les siens? » «Loin de moi cette pensée, répondit Tieh -chung- u, qui s'impatientait de l'entendre parler d'une manière aussi peu raisonnable. « Mais je dis seulement que le mariage est une affaire très importante, dans laquelle on doit agir avec ordre et régularité, à moins de vouloir violer les lois et les rites de l'empire. Ce n'est point une affaire particulière entre vous et mọi, mais une affaire publique, et, s'il plaisait à Sa Majesté de consulter les docteurs de l'empire, elle verrait que mes raisons sont justes, Pourquoi se donner tant de peine, et consulter les docteurs, lorsque nous avons ici Kwo-sho-su, qui peut décider seul la question? « -Vous avez raison: voulez-vous vous en rapporter à sa décision ? en « — Monsieur, dit l'eunuque, s'adressant à Kwo-sho-su, vous venez d'être témoin de notre discussion: vou- : driez vous bien nous communiquer votre avis? « Si vous seul, répondit le ministre, m'eussiez interrogé, si Tieh-chung-u ne se fût point adressé à moi, je ne me serais point mêlé de votre dispute; mais puisqu'il me prie de lui dire mon sentiment, je vous répondrai conformément à ce que la conscience me dicte, sans aucune partialité. A l'égard des rites du mariage, il y a tant de raisons à alléguer pour et contre, et la question est si embrouillée, que tous les docteurs de l'empire ne sauraient la décider; mais, quant à l'autorité de l'empereur, je suis persuadé qu'elle s'étend sur les rites du mariage, et qu'il peut les régler comme bon lui semble. Vous trouverez, en lisant l'histoire, qu'il a le pouvoir de changer les lois de l'em-pire, et même d'abolir tous les mandarins, quoique eux-mêmes les maintiennent et les fassent exécuter. » A ce discours, l'eunuque Chou' ne put dissimuler sa joie, et lui dit en riant : « Votre Excellence a raison, et le mandarin Tich n'a rien à répliquer. » Il se fit ensuite apporter un verre de vin, et le présenta respectueusement à Kwo-sho-su, le priant de vouloir bien être le médiateur du mariage de sa nièce. « Comme vous avez obtenu la permission de Sa Majesté, répliqua celui-ci, en s'adressant à Chou-thay-kien, vous n'êtes plus le maître de vous en mêler. J'agirai comme entremetteur, pour ne point désobéir à l'empereur. En achevant ces mots, il but le vin qu'on lui avait présenté. L'empereur, dit-il ensuite à Tiehchungu, ayant autorisé ce mariage, vous ne pouvez vous y refuser, malgré l'engagement que vous avez pris avec Shuey-ping-sin je vous conseille donc de ne plus différer, et d'obéir paisiblement. Alors tout ira bien. » : Tieh-chung- u avait beauconp de peine à se contenir; mais plusieurs raisons l'obligèrent à modérer le ressentiment que ce discours avait excité dans son cœur. La première fut l'autorité de l'empereur, dont ils faisaient leur point d'appui; ensuite cet eunuque, ayant l'oreille de Sa Majesté, pouvait donner à cette affaire la tournure qui lui plairait. Il craignait encore qu'il ne l'empêchât de sortir, et, comme il ne voulait point se brouiller ouvertement avec Kwo-sho-su, il lui répondit avec douceur : « Je n'ai rien à objecter aux raisons de Votre Excellence, et, puisque l'empereur le veut ainsi, je suis prêt à obéir à ses ordres; mais au moins faut-il que j'en donne avis à mon père et à ma mère, afin qu'ils puissent choisir un jour heureux, et fixer le présent que je dois offrir à ma femme. ((- Vous ne cherchez qu'à gagner du temps, lui dit l'eunuque; mais votre ruse est inutile: il faut ou obéir, ou mépriser les ordres de l'empereur. Ce jour - ci est un jour heureux; tout ce qui regarde les invitatations est fait, la musique est ici, le repas est prêt, et 1.20 nous avons heureusement ici le mandarin Kwo-sho-su,qui remplirà l'office d'entremetteur. Votre chambre est préparée: célébrons donc ce mariage. C'est le devoir le plus important dont j'aie à m'acquitter. Si votre père et votre mère vous refusaient leur consentement, l'ordre de l'empereur vous servira d'excuse. Quant au présent, je vous en laisse entièrement le maître nous n'aurons aucune discussion à ce sujet. -En vérité, monsieur, dit Kwo-sho-su à Tieh, monseigneur Chou-thaykien ne saurait vous témoigner plus d'affection, et vous ne pouvez refuser son offre sans passer pour le plus ingrat de tous les hommes: «-Pour reconnaître un bienfait, reprit Tieh-chung-u, il faut savoir quelle ROMAN CHINOIS, est sa nature. Je suis venu pour faire quelques vers sur deux tableaux de sa majesté; j'ai fini ceux du premier ; je ne puis rien entreprendre que je n'aie achevé les autres: je prie donc Votre Excellence de me faire apporter le second tableau; ensuite nous parlerons d'autre chose. . «-Vous avez raison, dit l'eunuque; mais comme le tableau est fort grand, et qu'il serait difficile de l'apporter ici, il vaut mieux passer dans l'appartement où il est placé. » ་ Tieh-chung- u soupçonna qu'on lui tendait quelque piége; il obéit cependaut. « Fort bien, dit l'eunuque. Buvons encore une tasse, nous passerons ensuite dans l'appartement: car je sens, comme vous le dites fort bien, qu'il faut terminer une chose avant d'en entrepreudre une autre, » Le jeune Tieh dit en lui-même : « Lorsque j'aurai fini les vers de l'autre tableau, peut-être trouverai-je moyen de sortir d'ici.» En conséquence il se leva de table en disant « Allons done finir les vers je ne saurais boire davantage. 22 Kwo-sho-su témoigna l'envie de les accompagner; mais, sur un signal que fit l'eunuque, il resta et dit : « Ma présence est inutile pendant la composition de ces vers je vous attendrai ici, et lorsque vous aurez fini, je conclurai le mariage. » Tieh suivit l'eunuque, et tomba dans le piége qu'on lui avait tendu aussitôt U : qu'il entra dans l'appartement, Chou se retira, et deux servantes l'enfermèrent.

CHAPITRE IX (Tome 4)

Tieh-chung-u fut surpris de la magnificence de l'appartement où il se trouvait renfermé: l'or et l'argent y brillaient de toutes parts. II passa dans une autre chambre, et aperçut une femme richement habillée, et ornée de bijoux d'un prix infini. En la voyant ainsi parée comme une princesse, il composa sur-le-champ dans son imagi- " nation des vers dont le sens peut s'expliquer ainsi : K « J'ai vu sa figure: rien n'est plus superbe que les habits dont elle est parée; mais elle a la bouche aussi large que la mer, et la tête aussi grosse qu'une montagne. Les démons pùis- « sent-ils la voir et la faire rougir. " " Cette dame, qui n'était autre que lá nièce de l'eunuque, voyant entrer le jeune mandarin, se leva de son siége et fit signe à ses suivantes de le saluer; ce qu'elles firent, en le priant de s'approcher et de converser avec leur maîtresse. Loin de se rendre à leur prière, il tourna le dos pour se retirer; mais, trouvant les portes fermées et ne sachant comment sortir, il revint sur ses pas, s'approcha de la dame, lui fit une profonde révérence, et s'éloigna sans que la demoiselle lui dit une seule parole. Une vieille suivante, s'apercevant de ce manége, s'approcha de Tieh-chung-u, et lui dit: « Votre Excellence est venue ici pour épouser ma maîtresse ; l'homme et la femme étant mariés ne font qu'un même corps et une même chair. Cette maison est maintenant à vous ne soyez donc point honteux; asseyez-vous à côté de votre femme. « Je suis venu ici, répondit Tieh-chung-u, pour composer des vers sur deux tableaux de l'empereur: comment donc pouvez-vous dire que le désir de me marier m'y a amené ? " Les tableaux dont vous parlez, dit la suivante, ne sont point ici. Si Votre Excellence est venue seulement pour ce motif, pourquoi n'est-elle point restée dehors? L'obéissance que vous devez à l'empereur n'exige point que vous entriez ici. C'est l'appartement des femmes, et vous ne pouvez y être venu que pour épouser ma maîtresse. C'est l'oncle de votre maîtresse qui m'y a attiré ; il m'a trompé. C'est manquer d'égards envers un homme de mon rang, et offenser Sa Majesté, qui m'a élevé au rang des premiers docteurs de l'empire. <- Puisque vous y êtes venu, soyez de bonne humeur, et ne parlez point de ce qui se passe dehors. Vous vous entendez toutes pour me tromper, reprit-il tout transporté de colère. Votre maître m'a dit que les tableaux étaient ici, et Kwo-sho-su en est témoin. Vous vous trompez si vous espérez venir à bout de moi. Je m'ap÷ pelle Tieh, c'est-à-dire fer; mon corps et mon cœur sont de fer, durs et inflexibles, et vous ne sauriez m'émouvoir. Je suis plus ferme et plus résolu que ces deux anciens héros Lieu-hiauwhey et Quan-in-chang (1), si célèbres dans l'histoire par leur fermeté et leur courage. Mais quel est le but de ces complots. Votre maîtresse est non seu- A (1) ´Un auteur chinois s'exprime ainsi : • Vous avez ouï parler du célèbre Lieu-hiau¬ « whey... Ni la pauvreté affreuse dont il était « menacé, ni le premier rang dans l'empire, « qu'on lui offrait ne furent capables de t lement laide, mais hideuse; malgré sa parure, je ne puis la regarder sans horreur. » A ces mots, la demoiselle, qui avait d'abord été éprise de la beauté et de la bonne mine de Tieh, ne put se contenir, et lui parla en ces termes : « Comment osez-vous traiter ainsi la nièce d'un grand-officier de l'empereur, d'un officier qui jouit continuellement de sa présence? Cet honneur le met de pair avec tous les mandarins, et je mé « le porter au vice, ni de le détourner de la « vertu. » Le second, savoir, Quan-in-chang, fut un général si renommé par sa bravoure et ses exploits, qu'il est encore révéré en Chine, et même adoré comme un dieu; ses images sont placées dans les temples des idoles. (Voyez Denys Kao, page 125, ete.) rite autant d'égard qu'une siauw-tsieh (une de leurs filles ). Sa Majesté veut que notre mariage se fasse, et cette volonté me paraît raisonnable. Pourquoi donc vous plaignez-vous d'être trompé ? Comment osez-vous me mépriser à ce point? Vous déshonorez ma famille. Mais puisque vos n'avez ni honte ni pudeur, je veux vous apprendre si je suis aussi méprisable que vous le dites. « Allons, dit-elle à ses suivantes', qu'on amène ce jeune homme. «- Notre maîtresse, dirent-elles à Tieh-chung-u, nous a ordonné de vous amener devant elle, afin que vous lui rendiez le respect dû à sa naissance : si vous ne le faites, nous vous y forcerons. » Tieh, malgré son chagrin, ne put ROMAN CHINOIS. ་ s'empêcher de rire de ces paroles; cependant il ne se dérangea pas de sa place, et ne leur répondit point une seule syllabe. Les suivantes, irritées de son mépris, se jetèrent sur lui et s'efforcèrent de l'amener devant leur maîtresse, ce qui ne se fit point sans beaucoup de bruit. Quelque indigné que fût Tieh-chung-u de la situation où il se trouvait, il sentit combien il était ridicule de vouloir lutter contre des femmes : il prit donc patience, et s'anima par le souvenir de l'ancien proverbe : Qui honorerait les petits démons des bois (1)? Il s'assit (1) Le bas peuple est persuadé que chaque canton de l'univers est dominé par de bons ou de mauvais esprits, qui ont leurs districts respectifs. L'application du proverbe est maintenant sur un siége, et pendant que les suivantes se débattaient autour de lui, il demeura tranquille, répétant en lui-même les vers suivants : Les substances dures deviennent molles, celles qui sont molles deviennent dures, et prennent avec le temps une consistance solide. L'eau est molle, et cependant rien ne peut lui résister. Dans ce moment l'eunuque Chou entra dans l'appartement par une porte dérobée. « Quel vacarme! dit-il aux suivantes. aisée à faire. Rien ne peut mieux marquer la faiblesse de ces femmes que de les comparer à ces petits ennemis, qui, présidant dans des lieux déserts, n'ont aucune occasion de nuire, quelque enclins qu'ils soient à mal faire. Retirez-vous. Comment osez-vous vous comporter ainsi devant des lettrés ? » S'adressant ensuite à Tieh-chung-u: «C'est en vain que vous résistez; vous feriez beaucoup mieux d'obéir et de mettre fin à ces troubles. « Je ne refuse point ce mariage; mais il faut obéir aux lois. « --- K- Qui vous en empêche? Votre Excellence a sans doute oublié qu'une loi défend aux mandarins du palais de se mêler des affaires de ceux du dehors (1). Puisque nous nous trouvons dans ce cas, différons ce mariage pour quelque temps, (1) C'est un règlement que les empereurs ont souvent jugé à propos de remettre en vigueur, pour rabaisser le pouvoir excessif des eunuques, et empêcher les relations qu'ils pourraient avoir ·- Cette loi n'a plus lieu: pourquoi l'observerait-on ? Nous en avons une autre aujourd'hui: c'est d'obéir aux ordres de l'empereur, et de faire ce qu'il commande. Nous suivons celle-là; l'autre est surannée. & Si vous voulez que j'exécute ces ordres, montrez-moi votre déclaration, afin que j'aille remercier l'empereur de avec les autres grands-officiers. (Voyez le P. Duhalde, vol. 1', page 226, etc.) Les mandarins du palais sont les eunuques, qui sont les seuls domestiques attachés à l'empereur. Ils sont si nombreux, que le P. Semedo dit que de son temps on en comptait douze mille. Lors-. qu'un empereur est faible, les eunuques prennent sur lui ordinairement un ascendant qui leur inspire une insolence insupportable. Depuis que les Tartares se sont rendus maîtres de la Chine, on a diminué leur nombre et leur autorité. (P. Semedo, p. 114.) ce qu'il daigne se souvenir de moi (1) car comment oserais-je me marier sans l'avoir auparavant remercié de ses bontés ? » : Pendant leurs discussions, deux petits eunuques demandèrent à parler à Chou-thay-kien, et lui dirent que Huhiau, commandant des frontières de la Tartarie, venait d'arriver avec beaucoup de prisonniers, et était suivi de plusieurs ambassadeurs chargés de tributs considérables (2). Ils ajoutèrent que (1) Les mandarins sont obligés d'aller remercier l'empereur, et de lui rendre hommage toutes les fois qu'il daigne penser à eux. Cet hommage consiste à se prosterner trois fois devant lui, ou devant son trône lorsqu'il est absent. (Voy. Duhalde.) (2) Les idées d'ambassade et de tribut sont inséparables à la Chine. Les Chinois s'imaginent que l'envoi d'une aml'empereur leur avait fait préparer un festin, et que Sa Majesté voulait que le mandarin Tieh-chung-u, protecteur de ce général, y assistât. « Le festin est prêt; nous nous sommes rendus à la maison de ce seigneur, et nous ne l'y avons point trouvé. On nous a dit qu'il était venu chez vous ce matin, et nous venons le chercher. Le messager d'état l'attend dans l'avant-cour, et ses domestiques lui ont amené un cheval. Priez-le de venir incessamment. » L'eunuque Chou, voulant s'assurer de la vérité de ce message, vint lui-même bassade est un acte de soumission: aussi n'en envoient-ils aucune. Ils se sont cependant éloignés une fois de cette règle, sous le règne de l'impératrice Anne de Russie. (Voy. Bayer, tome I, dédicace.) à la porte, accompagné de Kwo-sho-su, et ayant reconnu qu'on ne les trompait point, ils se regardèrent l'un l'autre sans dire mot et tout confus, surtout lorsqu'ils virent le mandarin chargé du festin. L'eunuque, voyant tout délai impossible, fit incontinent ouvrir les portes et permit à Tich-chung-u de se retirer. Ce dernier ne savait que penser de cette prompte délivrance, lorsque le mandarin et le messager de l'empereur lui apprirent l'invitation de Sa Majesté, et l'engagèrent à se rendre sur-le-champ à la cour. Alors Chou-thay-kien lui dit d'un air chagrin : « Quoique l'empereur vous ordonne de vous trouver au festin, il vous a aussi commandé de composer des vers; vous avez encore un tableau à ? finir: que lui dirai-je demain, lorsqu'il me demandera pourquoi vous n'avez pas terminé? Vous ne pouvez vous en aller sans avoir mis fin à votre ouvrage, » Il parlait ainsi dans le dessein de l'empêcher de se trouver au festin; mais Tiehchung-u lui répondit: «Je vous ai demandé plusieurs fois l'autre tableau, et vous me l'avez refusé. Il est ici, mais vous m'avez fait accroire qu'il était dans l'appartement des femmes, pour m'y attirer; cependant je veux bien le finir: faites-le apporter. Il acheva ses vers, prit congé de lui, et se retira. Chou-thay-kien l'accompagna jusqu'à la porte, et alla ensuite rejoindre son ami Kwo-sho-su. « Voilà, lui dit-il, un jeune homme très habile: qui aurait cru qu'il se fût tiré de ce piége? Ce message de l'empereur vient de rompre nos mesures, » Tous deux étaient au désespoir de ce contre-temps, lorsque Kwo→ sho-su, après quelques moments de si→ lence, lui dit: « Imaginons quelque autre expédient, Son mariage avec Shuey-ping-sin n'est point encore conclu; tout le monde sait qu'ils ont des appartements séparés: je veux absolument le rompre. Ne croyez pas la chose impossible. Je vais réveiller les soupçons sur leur compte, à l'occa→ sion du séjour qu'il a fait chez elle pendant sa maladie. Je ferai voir la fausseté de ce prétexte, je les accuserai d'avoir eu des motifs illicites, et je les déférerai au censeur de l'empire, afin qu'il aver tisse l'empereur. Je dirai que, après avoir entretenu un commerce criminet, ils portent le scandale au point de se dire mariés. Je ferai voir combien une pareille conduite, surtout de la part des personnes de leur rang, tend à faire mépriser les lois. Votre Excellence m'aidera à appuyer cette accusation. Sa Majesté ordonnera au tribunal des rites d'en prendre connaissance. Je m'adresserai alors au che-hien de la ville où l'affaire s'est passée, et je l'engagerai à chercher parmi ses papiers des preuves qui appuient cette accusation. Le moins qui puisse leur arriver, c'est d'être séparés pour toujours. l'un de l'autre. «Si cela arrive, lui dit l'eunuque il me sera facile de parler à l'empereur au sujet du mariage de ma nièce.» Cette résolution prise, ils convinrent tous deux de la tenir secrète, pour assurer le succès.