Hao Qiu Zhuan/fr/Chapter 17

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Chapitre 17: 第十七回 察出隐情方表人情真义侠

De: Hau Kiou-Choaan, ou l'Union bien assortie, roman chinois. Paris: Moutardier, 1828

Note: Texte numerise par OCR. Numeros de page conserves comme [p. N]. Comparez avec l'original chinois et la traduction anglaise de 1761.

Sections originales: Tome 4, CHAPITRE X; Tome 4, CHAPITRE XI; Tome 4, CHAPITRE XII


CHAPITRE X (Tome 4)

Aussitôt que que Tieh-chung-u eut obtenu sa liberté, il avertit son père de la manière dont il vivait avec Shuey-pingsin. " Quoique vous viviez tous deux séparés, lui dit le mandarin Tieh-ying, je suis persuadé que votre mariage est valide, et que rien ne peut le dissoudre. Mais pourquoi ne menez-vous pas votre femme chez vous, pour convaincre le public de votre union, et pour éviter le scandale? L'eunuque Chou vous hait à cause de sa nièce. Consultez votre femmè sur les moyens qu'il convient d'employer dans cette conjoncture critique.» Alors il alla raconter à sa femme ce que son père lui avait dit. K Monsieur, répondit-elle, avec sa douceur ordinaire, je suis prête à vous seconder, et je ferai tout ce qu'il vous plaira pour éviter ces clameurs. Toutes ces tracasseries ne viennent que de Kwo-sho-su et de son fils: achevons done au plutôt les cérémonies qui restent, pour convaincre le public que notre mariage a été célébré conformément aux lois. Tieh-chung- u fut ravi de voir sa femme se prêter aux conseils de son père. « Vous êtes une femme, lui dit-il, qui écoutez toujours la voix de la raison. Je ne manquerai pas d'instruire mon père et ma mère de vos intentions; j'en ferai même part à mon ami Hû-hiau. Je m'adresserai ensuite au tribunal de kintien-kien (1), afin qu'on choisisse un jour fortuné pour célébrer nos noces, et j'inviterai tous les mandarins à la fête. En effet nous ne nous sommes point (1) Le kin-tien kien est composé d'un président, de deux assesseurs et de mandarins subalternes, qui s'appliquent à l'astronomie et à l'astrologie, composent le calendrier impérial, et distinguent les jours, les heures, etc., en heureux et en malheureux. Leur principal emploi est de prédire les éclipses, dont ils dressent des tables qu'ils présentent à l'empereur. Celui-ci les envoie au tribunal des rites, qui les répand dans toutes les provinces, afin qu'on bserve les cérémonies usitées dans cette occaprésenté du vin l'un à l'autre, la coutume l'exige (1). ainsi que Kwos-ho-su fnt extrêmement fàché d'apprendre que ces jeunes gens se disposaient à célébrer de nouveau leur mariage. Afin de l'empêcher, il s'adressa à sion, qui consistent à battre les timbales pendant la durée des éclipses; les mandarins se prosternent; le peuple jette des cris épouvantables pour effrayer le dragon, qui, à ce qu'il croit, est sur le point de dévorer le soleil on la lune. Ce tribunal députe aussi toutes les nuits cinq astronomes pour aller faire leurs observations à l'observatoire royal, et rapporter le matin les phénomènes qu'ils ont observés. (Voy. Magal., page 251; Hist. modern. univers., VIII, page 186; Duhalde, Le Compte, etc.) (1) Pendant la première nuit des noces, lorsque les époux sont entourés de leurs amis, le inari présente une tasse de vin à sa femme, qui, après avoir bu, lui en présente une autre à son tour. un des mandarins chargés d'accuser ceux qui commettent des crimes énormes, et fit tant par ses prières, qu'il l'engagea à accuser Tieh - chung - u et la demoiselle au tribunal de l'empereur. Voici comment l'accusation était conçue : " « Je, Vang-yo, accusateur et moni- « teur de l'empire, présente à Votre Majesté, avec tout le respect et la vé- «nération que je lui dois, ce papier <« d'accusation au sujet d'un mariage « scandaleux et contraire à la loi, afin « que Votre Majesté puisse s'en instruire elle-même, et découvrir la vérité. Le « mariage tenant le premier rang entre «les cinq choses qui appartiennent à la nature humaine (1), on doit y appor- «ter beaucoup de soin et d'attention, « et le célébrer avec toutes les cérémo- « nies que les empereurs ont prescrites depuis un temps immémorial. Or il " « est inouï qu'une jeune fille sans père « ni mère habite sous le même toit avec <« un jeune homme également éloigné de ses parents, sans l'entremise d'au- « cun médiateur et à l'insu de tout le « monde. Cela arrive pourtant, et les « parents des coupables sont les man- <« darins Shuey-keu-yé et Tieh-ying, « tous deux grands-officiers du conseil " (1) Par ces cinq choses les Chinois entendent les différentes relations de la vie sociale: ces cinq devoirs sont ceux des pères et des enfants, du prince et des sujets, du mari et de la femme, des cadets et des aînés, et des amis. « de Votre Majesté. Depuis que le fait « est devenu notoire à tout le monde, ils « trament un mariage entre les parties. « " coupables, qui ont l'audace de le célé- «brer avec le plus grand appareil. Cependant, tandis que la procession nup-~ tiale marche dans les rues, tout le K ་ peuple murmure d'une chose inouïe « entre des lettrés. Tous ces faits étant <« venus à ma connaissance, j'ai cru « devoir en avertir Votre Majesté, afin « que les coupables soient punis et que <«leur châtiment serve d'exemple à la postérité. » « Le mandarin Vang-yo ayant présenté cet écrit, l'empereur le renvoya à un conseiller nommé Ko-chung, qui fit le rapport suivant: "( « Lorsqu'il s'agit de la réputation d'une jeune fille, on ne doit rien avan- « cer qu'on ne soit en état de prouver. « Or, dans le cas dont il s'agit, il n'y a « aucun témoin, pas même un simple «ouï-dire. Que l'on fasse donc inces- <« samment les recherches nécessaires « pour appuyer cette accusation. » L'eunuque Chou sollicitait tous les jours ces perquisitions avec la dernière rigueur; cependant, long-temps après seulement, on envoya cette accusation au tribunal des rites pour l'examiner. L'eunuque Chou, impatient de ce délai, s'adressa au grand-eunuque, qui a inspection sur tous les eunuques du palais (1). Celui-ci fit tant, que l'em- (1) Les eunuques du palais ont plusieurs tribupereur voulut enfin examiner lui-même l'affaire. Après l'avoir lue, il dit : « Comme Tieh-chung-u est un jeune homme, le prétexte qu'il a pris pour aller chez la demoiselle me paraît très suspect. » Pendant que le tribunal des rites délibérait sur la réponse à faire à l'empereur, le mandarin Tieh-ying, ayant su ce qui se passait, fut si alarmé, qu'il alla sur-le-champ raconter à Tieh-chung-u et Shuey-ping-sin ce qu'il avait appris. « Le mandarin Vang-yo, leur dit-il, par inimitié pour vous, vient de présenter une requête à l'empereur. C'est à vous d'examiner ce que vous devez allénaux particuliers dont ils relèvent, et auxquels seuls ils sont responsables de leur conduite. (P. Semedo, page 114.) guer pour votre défense: il faut présenter une autre requête. -Depuis long-temps nous nous y attendions, lui dirent-ils. Voyons auparavant quelle sera la réponse de l'empereur, et nous présenterons ensuite notre requête. L'empereur avait renvoyé la requête au tribunal des rites, qui la fit remettre au viceroi de la province de Shan-tong, afin qu'il s'occupa des recherches nécessaires. Le mandarin Kwo-sho-su n'en eut pas plus tôt avis, qu'il écrivit à son fils de mettre le che hien de la ville dans ses intérêts, et qu'il lui adressa même pour ce magistrat une lettre écrite de sa propre main. Kwo - khé-tzu, ravi de l'expédient qu'on lui offrait, joignit cent pièces d'or (1) à la lettre de son père, en la faisant remettre au che-hien. Le mandarin qui exerçait dans ce temps cet emploi se nommait Wey-phey. C'était le même à qui Tieh-chung-u avait fait rendre sa maîtresse. Il venait d'entrer en charge lorsque Kwo-khé-tzu lui présenta les cent pièces d'or avec la lettre " (1) C'est le nom que les nations donnent à l'or non monnoyé dont les Chinois se servent dans le commerce. Ces pièces sont de deux grandeurs; les plus grandes valent plus de cent livres sterling, et les petites la moitié de ce prix, où à proportion de leur poids, car l'argent ni l'or monnoyés n'ont point cours à la Chine; tous les paiements se font au poids. Aussi tous les marchands chinois portent toujours avec eux une petite balance et une paire de cisailles pour couper l'or selon la somme dont ils ont besoin, ce qu'ils font avec beaucoup de justesse. Les Chinois sont si rusés, que, si l'argent de son père. En la lisant il fut surpris de ce qu'on voulait non seulement nuire à son bienfaiteur, mais le choisir lui-même comme l'instrument de son malheur. Feignant cependant d'entrer dans les vues de Kwo-sho su: « J'accepte, lui dit-il, votre présent, et lorsque je recevrai la requête, je ne négligerai rien pour vous obliger. » monnoyé avait cours chez eux, ils l'altéreraient sans cesse. Aussi, lorsqu'ils portent de l'or chez l'étranger, les marchands ont la précaution de le couper en deux, n'osant point se fier à des gens qui ont souvent l'adresse d'y mettre un tiers de cuivre ou d'argent. La seule monnaie courante à la Chine consiste dans de petites pièces de cuivre percées au milieu, pour pouvoir les enfiler plus commodément. Elles ne valent que six deniers. (Voy. Tavernier, part. 2, page 8; Duhalde, vol. 1, page 330.) Kwo-khé-tzu le remercia de sa bonne volonté et se retira. Le gouverneur Wey-phey, ayant assemblé les officiers de son tribunal (1), leur ordonna d'examiner l'affaire de Tieh-chung-u, et de s'informer du motif qui avait engagé Shuey-ping-sin à le recevoir chez elle. Tous lui dirent unanimement qu'elle l'avait reçu par reconnaissance du service qu'il lui avait rendu en la tirant des mains de Kwo-khé-tzu, et que le fait était connu de tout le monde. Wey - phey leur demanda ensuite si depuis ce temps leur conduite avait (1) Les officiers de chaque tribunal sont entrenus aux dépens du public et logés dans les cours attenantes; leurs emplois sont à vie, de manière que les affaires vont toujours leur train, quoique les mandarins soient déplacés, ce qui arrive sonvent. (Duhalde, vol. 1, p. 284; Lett. édif,, etc. ) été blâmable. Ils répondirent que le pao-che-hien son prédécesseur, ayant eu quelque doute sur leur vertu, les avait fait épier par un homme qui s'était caché chez eux pendant quelque temps, et qu'il avait rendu un si bon témoignage, que le pao-che-hien avait regardé le jeune étranger comme un saint, et avait conçu la plus haute estime pour lui. Aussitôt le gouverneur Wey-phey manda l'espion, ainsi que supérieur de la pagode où Tieh-chung-u avait logé. Il les questionna séparément, et tous deux lui dirent que sa conduite était irréprochable. Ravi de cette découverte, Wey-phey n'attendit plus que l'arrivée des dépêches du tribunal des rites et du vice-roi pour faire son rapport. Elles parvinrent au bout le de cinq jours, et sur-le-champ il répondit au vice-roi. Ce mandarin convint qu'il n'y avait rien que de louable dans cette affaire, et fit son rapport à la cour. -Le tribunal des rites loua la conduite de Tieh-chung-u, le regarda comme un saint, et reconnut la mauvaise foi de Kwo-sho-su; mais comme il était obligé d'observer les formalités ordinaires, il informa ce mandarin de la réponse qu'on lui avait faite, et l'invita à la venir lire lui-même. Kwo-sho-su frémit de rage en la lisant, et adressa mille reproches au gouverneur Wey-phey. «Il n'y a que très peu de temps, dit-il, qu'il est docteur; il vient d'entrer en charge: comment a-t-il pu instruire si rapidement cette affaire? Il faut être bien imprudent et bien hardi pour oser absoudre ce criminel, sous des prétextes aussi légers. Je ne veux point que sa conduite reste impunie. » Il pria en conséquence les grands-mandarins de faire citer Wey-phey, afin d'exposer ses raisons. Vang-yo de son côté présenta aussi une requête à l'empereur, qui la reçut et qui manda Wey-phey pour qu'il yînt justifier sa conduite, Wey-phey, en recevant cet ordre du vice-roi, fut averti en secret de travailler à sa défense, avec d'autant plus d'activité qu'il avait des ennemis redoutables. Il alla remercier le vice-roi de son conseil, et l'assura qu'il n'avait rien à se reprocher. Attendant avec calme le résultat de cette affaire, il emmena l'espion que son prédécesseur avait employé. Le supérieur des bonzes apporta la lettre de Kwo-sho-su et les cent pièces d'or, et partit pour la cour. Wey-phey n'osa pas d'abord se présenter à l'empereur; mais il demanda audience au hing-pu (tribunal des crimes), qui lui demanda comment il avait osé, vu le peu de temps qu'il était en charge, décider si positivement de la conduite de Tieh-chung-u et de la demoiselle. On alla même jusqu'à lui demander si on ne l'avait pas gagné. Depuis que Sa Majesté, répondit Wey-phey, m'a honoré de la charge de che-hien, je me fais un devoir de m'instruire à fond des affaires déférées à mon tribunal. Il est vrai que je ne connaissais pas assez celle-ci pour la décider moi-même : aussi je me suis adressé aux officiers de mon tribunal pour en prendre connaissance. Ils m'ont adressé à une personne que le pao-che-hien mon prédécesseur avait chargée d'épier leur conduite, et c'est d'elle que je tiens ce que j'ai avancé. Vos Excellences me demandent si Tieh-chung-u ne m'a point fait de présent. Je n'ai rien recu de ce mandarin; mais j'ai reçu de Kwo-sho-su une lettre qu'il m'a écrite de sa propre main, et cent pièces d'or que son fils m'a remises en main propre. Voilà l'espion dont je vous ai parlé; voilà la lettre et les pièces d'or. » Les mandarins ne surent que lui répondre, et ne trouvant aucun sujet de le blâmer, ils le renvoyèrent avec l'ordre d'attendre la réponse de l'empereur, [p. 160] et de se présenter toutes les fois qu'on le manderait. Wey-phey fit sa révérence et se retira. On verra la suite de cette histoire dans le chapitre suivant.

CHAPITRE XI (Tome 4)

Les mandarins qui composaient le tribunal des crimes, voyant qu'ils ne pouvaient favoriser Kwo-sho-su sans courir le risque de se perdre, prièrent le tribunal des rites de présenter un mémoire à l'empereur, afin de l'instruire des démarches qu'ils avaient faites. L'empereur, après l'avoir lu lui-même! dit: « Voilà un fait extraordinaire. Si ce rapport est vrai, je puis me vanter d'a voir dans mon empire un homme d'un rare mérite. L'eunuque Chou, qui était présent, lui répondit: « Ce rapport vient d'un gouverneur qui n'a su cette affaire que par le bruit public; j'ai peine à y ajouter foi car si leur conduite est irréprochable, pourquoi le père de Tieh-chung-u n'a-t-il pas consulté Votre Majesté? Ces jeunes gens ont vécu ensemble et se marient aujourd'hui. ». Après quelques moments de réflexion, l'empereur ajouta : « Je crois que vous avez raison. Qu'on ordonne à chaque partie de me présenter un mémoire, afin que je puisse examiner moi-même cette affaire. » Lorsque les jeunes gens reçurent cet ordre, ils furent enchantés. Au contraire Kwo-sho - su, qui s'était flatté de les perdre, fut saisi d'une frayeur extrême, et vit qu'il s'était perdu lui-même. Il crut pouvoir se tirer de ce mauvais pas en faisant connaître à l'empereur les démarches de son fils pour épouser Shueyping-sin, et les raisons qui l'obligeaient à ne plus penser à ce mariage; il s'imaginait ainsi que sa cause deviendrait meilleure, et en conséquence il présenta à l'empereur la requête suivante. "< " « Moi, serviteur de Votre Majesté, je prends la liberté de lui présenter cette requête sur l'affaire dont il lui a plu « de prendre connaissance. J'avais eu « dessein de marier mon fils avec la fille «de Shuey-keu-yé, et je m'étais adressé « à son père; mais ayant appris depuis plusieurs faits qui ternissaient sa ré- «putation, je changeai de sentiment. « Comment donc peut-on s'imaginer que « mon fils ait voulu la ravir de force? « C'est ce que je prie Votre Majesté de « vouloir bien considérer. » Tieh-chung-u, ayant vu la requête de son adversaire, présenta aussitôt à l'empereur la sienne : « C'est pour obéir aux ordres de Vo- « tre Majesté que je la supplie de croire « que je lui dirai la vérité sans aucun « déguisement. Si je ne lui ai point parlé jusqu'ici de cette affaire, c'est « parce que je l'ai crue indigne de son « attention, vu qu'il ne s'agissait que « d'un mariage entre des particuliers. « Je voyageais dans les provinces, avec « la permission de mon père, lorsqu'en « entrant dans la ville de Tséé-nan, j’a- • perçus beaucoup de tumulte dans les « rues. J'en demandai la cause, et l'on « me dit que le fils de Kwo-sho-su en- «levait la fille de Shuey-keu-yé, dans « le dessein de l'épouser malgré elle. Indigné d'un pareil outrage, je représentai au ché-hien que le mariage «ne pouvait avoir lieu sans le consen- «tement des deux parties, indépen - « damment des autres formalités que « rites prescrivent. Il eut égard à mes « remontrances, et fit ramener la der - " " les moiselle chez elle. Je ne connaissais « point les parties, et je n'avais d'autre « yue que de les arranger. Le fils de « Kwo-sho-su, outré de ce que je m'é- ; K « tais opposé à ses desseins, conçut con- "tre moi la haine la plus violente. J'étais logé dans une pagode: il engagea « le bonze à mêler du poison dans ma ་ nourriture, ce qui me mit à deux doigts « de la mort. Shuey-ping-sin ayant appris que j'étais dangereusement ma- « lade, me fit transporter chez elle, - voulant reconnaître ainsi le petit ser- «vice que je lui avais rendu. Pendant <« tout le temps que j'ai demeuré chcz « elle, je me suis conduit de manière à « ne causer aucun scandale. « A l'égard du mariage que je viens «de contracter avec elle, je n'y ai sou- « scrit qu'afin d'obéir à mon père et à « ma mère. C'est la conséquence du ser- «vice rendu au général Hû-hiau, qui, au moyen des victoires qu'il a rem- " portées, a fait rappeler le père de « la demoiselle de l'exil auquel il avait « été condamné à l'instigation de Kwo-sho-su. Ce général, voulant recon- <« naître le service que je lui avais <« rendu, m'a servi de médiateur, et a engagé Shuey-keu-yé à me donner sa « fille, sans que j'en eusse connaissance. « " Quoique notre mariage ait été célébré « deux fois, il n'a point encore été con- « sommé, tant nous avons été jaloux de « notre réputation et de notre honneur. « Nous avons vécu jusqu'ici ensemble dans une aussi grande innoncence que « des enfants. C'est tout ce que j'ai à représenter à Votre Majesté dans ma requête, pour me conformer à sa vo- « lonté. » " ་ HAU-KIOU-CHOAAŃ, Voici quelle était la requête de la demoiselle. ་ Shuey-ping-sin, pour obéir aux « ordres de Votre Majesté, lui présente « ce mémoire, que la vérité seule a dicté. «Ma mère étant morte et mon père * « banni, je restai seule au logis, et j'y « vivais avec la plus grande circonspec- « tion, et ma porte toujours fermée (1), " sans songer à me marier, lorsque «Kwo-sho-su entreprit de troubler «le repos dont je jouissais. Son fils, qui est de la même ville que moi, « me méprisa assez pour vouloir m'épouser par force, et m'enleva sous (1) C'est-à-dire dans la retraite. " prétexte d'un ordre de Votre Majesté. « Comme il m'emmenait, Tieh-chung-u « me rencontra, et prit ma défense au- " près du che-hien, qui me fit recon- <«duire chez moi. Kwo-khé-tzu, outré « " « de voir son projet échouer ainsi, « conçut une haine mortelle pour mon libérateur, et chercha tous les moyens possibles de lui nuire, au point d'enga- «ger le bonze du couvent où il était logé « à lui donner du poison, ce qui le mit « à deux doigts de la mort. Ayant ap- " pris sa maladie, j'aimai mieux hasar- « der ma réputation que de laisser périr « mon bienfaiteur. Je le fis donc trans- ་་ porter chez moi pour le soigner. « Je vécus avec lui sous le même toit « pure et nette, et avec la plus grande « modestie, sans avoir jamais la moindre pensée déshonnête. Il est aussi « innocent que moi, et tout ce qu'on « rapporte sur notre mariage est. faux. « C'est mon père qui l'a dirigé. Le gé- « néral Hû-hiau nous a servi de média- <«teur, et a pris lui-même la peine de dresser le contrat. Cependant, quoiv que mariés, nous n'avons point encore « été réunis dans le même lit. Comme «c'est une affaire particulière entre « mari et femme, je n'en aurais rien dit « à Votre Majesté, si elle ne m'avait or- « donné de parler. Je la supplie d'a- « voir égard à la justice de ma cause. » Le mandarin Tieh-ying présenta pareillement le mémoire suivant à l'empereur. «Je, Tich-ying, tu-cha-yuen (supé- « rieur des vice-rois), présente ce mé- « moire à Votre Majesté avec tout le «respect que je lui dois. Les rites du mariage doivent être observés par le « ་་ père et la mère de chaque partie. Lors- « qu'un père a dessein de marier son fils, <« il est de son devoir de lui chercher « une femme vertueuse. Mon fils, qui est « un des premiers docteurs de l'empire, « ne peut ignorer les cérémonies et les « coutumes, ni encore moins violer les « lois de l'empire. Etant soumis à Votre (( Majesté et aux mandarins, comment «oserions-nous les enfreindre? La jeune demoiselle Shuey - pingsin a trop « d'honneur et de bon sens pour con- « sentir à ce qui peut nuire à sa réputa- « tion. Ce qu'on a dit à Votre Majesté <« au sujet de ce mariage est absolument contraire à la vérité. Ces troubles ne «sont arrivés que par un effet de la « haine et de l'envie de certaines per- "sonnes. Votre Majesté a assez de lu- «mière pour découvrir la vérité. » Voici quel fut le mémoire du père de la demoiselle. « Je, Shuey-keu-yé, président du tri- «bunal des armes, présente ce mémoire « à Votre Majesté avec le respect et la « soumission qui lui sont dus. « Le mariage est un engagement libre, qui requiert le consentement mutuel « des deux parties. Ma fille n'a point « voulu épouser Kwo-khé-tzu, dont le père, étant un des conseillers de Votre Majesté, et ayant inspection sur tout l'empire, ne peut ignorer les lois ni « les coutumes. Non content des outra- « ges qu'il m'a faits, il continue de pré- « senter des mémoires à Votre Majesté, « remplis de faussetés et de mensonges, « de faits injurieux à ma fille, qui a eu « l'honneur de lui présenter un mémoire, auquel je supplie humblement Votre Majesté d'avoir égard. » འ L'empereur, ayant reçu ces cinq mémoires, fit assembler tous les mandarins de son conseil, et leur ordonna de les examiner avec soin. Tous convinrent unanimement de la vérité des faits, savoir, que Kwo-khé-tzu avait enlevé la demoiselle par force, et qu'elle avait reçu Tieh-chung-u chez elle pour le faire soigner pendant sa maladie ; mais qu'à l'égard de la conduite qu'ils avaient tenue depuis, ils ne pouvaient rien décider, et qu'il fallait s'en informer auprès du mandarin qui exerçait la charge de che-hien dans le temps où l'affaire avait eu lieu. Ils firent venir aussitôt ce mandarin, qui se rendit en conséquence à la cour. L'empereur voulut l'interroger lui-même: « Vous qui étiez, lui dit-il, che-hien de ce district, connaissez-vous l'affaire qui s'est passée entre Tieh-chung-u et Shuey-ping-sin? Examinez ces cinq mémoires; dites-moi qui a raison ou tort autrement je vous punirai aussi sévèrement que les coupables. » Le pao-che-hien, les ayant lus, répondit à Sa Majesté que les défendeurs n'avaient rien avancé qui ne fût vrai; mais qu'il ne pouvait rien décider touchant leur mariage, vu qu'il s'était fait à Péking. L'eunuque Chou dit alors à l'empereur: «Il est possible qu'ils aient vécu auparavant comme on le dit, mais ayant depuis été mariés deux fois, il n'est pas vraisemblable qu'ils aient conservé leur chasteté ainsi qu'ils le disent. » L'empereur trouva sa remarque juste, et ordonna à tous les mandarins de se rendre au palais le lendemain matin, et à Tieh-chung-u et à la demoiselle de les accompagner.

CHAPITRE XII (Tome 4)

Tous les mandarins s'étant rendus au palais avec Tieh-chung-u et sa femme, l'empereur vint à l'audience, où, après avoir reçu le salut ordinaire (1), il ordonna à Tieh-chung-u de se présenter. L'empereur fut ravi de sa bonne mine, et lui dit : (1) Ce salut consiste à se prosterner neuf fois devant le trône, en frappant du front contre terre. (Voyez Duhalde.) « Est-ce vous qui avez forcé le palais de Tah-quay, et qui avez délivré Hanyuen avec sa femme et sa fille ? » Il répondit affirmativement. « Est-ce vous, reprit Sa Majesté, qui avez protégé le général Hû-hiau? « C'est moi-même. «-Ces deux actions vous font honneur, et annoncent un grand courage. Est-il vrai, comme on le dit, que vous avez demeuré chez Shuey-ping-sin pendant votre maladie, et que vous êtes resté cinq jours et cinq nuits avec elle sans aucun mauvais dessein. Cela est encore vrai. «-On peut trouver un homme juste et sincère, mais il est difficile d'en trouver un qui vous ressemble. Vous dites dans votre requête que vous avez été mariés deux fois : comment cela s'est-il fait? ((- - Lorsqu'on m'a transporté chez cette demoiselle pendant ma maladie, on fit courir de faux bruits sur notre conduite, et voilà la cause de nos deux mariages. Si nous eussions cohabité ensemble la première fois que nos parents convinrent de notre mariage, nous aurions nui à notre réputation: en conséquence, nous avons vécu séparés jusque aujourd'hui. Puisque Votre Majesté veut connaître la conduite que nous avons tenue, nous osons l'assurer que nous avons été comme le soleil parmi les nuages: c'est la présence seule de Votre Majesté qui nous tire de cette obscurité et qui nous rend notre éclat. » L'empereur l'écouta avec beaucoup d'attention, et lui dit : " Shuey-pingsin est donc encore vierge ? » Il fit ensuite appeler la demoiselle, qui lui parut aussi belle qu'un ange, et lui demanda si elle se nommait Shuey-ping-sin. « C'est mon nom, répondit-elle. «-- Le che-hien de votre ville m'a dit que vous vous étiez tirée trois fois par votre esprit des mains de Kwo-khé-tzu. ((-- Je suis une pauvre fille : Kwo-khé-tzu, profitant de l'exil de mon père dans la Tartarie, a voulu me contraindre à l'épouser, et, voyant que je n'étais pas en état de lui résister de vive force, j'ai eu recours à la ruse pour me délivrer de ses importunités. » L'empereur se mit à rire, et ajouta : « Comment se peut-il que vous, qui avez eu peur de Kwo-khé-tzu, ayez eu le courage de recevoir un étranger chez vous? N'avez-vous pas craint qu'on parlât mal de vous? «Le service qu'il m'avait rendu était trop grand pour ne point le reconnaître, même au prix de ma réputation. » Alors l'empereur se mit de nouveau à rire. « Avant que vous ne connussiez Tiehchug-u, dit-il, vous l'avez d'abord reçu chez vous, sans aucun égard pour les murmures et les reproches du public; aujourd'hui vous l'avez épousé par ordre de vos parents, et vous vivez dans des appartements séparés pourquoi agissez-vous ainsi ? : « Ces murmures étaient légers, et je compris que le départ de Tieh-chung-u les ferait cesser; mais aujourd'hui, lorsque nous sommes unis par les nœuds d'un mariage légitime, je craindrais de me couvrir d'infamie pour le reste de mes jours. Ce n'est qu'en tremblant que je parais devant Votre Majesté. » L'empereur, ravi de son ingénuité, de la modestie et de la défiance avec laquelle elle défendait sa cause, lui dit: ་ Jeune femme, la conduite que vous avez tenue est si belle, qu'il serait impossible de trouver votre pareille, quand même on remonterait à l'antiquité la plus reculée. Vous méritez d'être révérée comme une sainte dans toutes les parties du monde. Que quatre eunuques la conduisent chez l'impératrice (1), et qu'elle ordonne à ses femmes d'examiner si elle est vierge ou non. » Quatre eunuques la conduisirent aussitôt chez l'impératrice, qui ordonna à deux suivantes de s'assurer de sa virgi- (1) Comme la polygamie est permise à la Chine, l'empereur a coutume d'avoir un grand nombre de femmes; mais une seule porte le titre d'impératrice, ou d'épouse choisie, et a la permission de manger avec lui. Parmi celles d'un rang inférieur, il y en a neuf du second et trente du troisième, qu'on appelle simplement femmes. Viennent après les concubines, dont le nombre est au gré de l'empereur. Elles se tiennent dans des appartements séparés des premières, à moins qu'il n'en prenne quelqu'une en amitié, et dans ce cas il la fait nité. Elles revinrent un moment après, et lui dirent : « Nous avons exécuté les ordres de Votre Majesté, et nous lui déclarons que Shuey-ping-sin est vierge. » L'impératrice lui fit servir du thé, et envoya leur réponse à l'empereur, qui la communiqua aux mandarins de sa cour. passer dans la cour intérieure. En général il témoigne plus d'amitié à celles qui lui donnent le plus d'enfants, surtout à la mère du premier, quoiqu'elles soient toutes inférieures à l'impératrice, et obligées de la servir à table. (Voyez´ Hist. mod. univ., viп1, p. 64; Magal., p. 290, 308; Semedo, page 113; Duhalde, vol. 1, page 293.) Les mandarins ont soin de choisir les plus belles filles de leur gouvernement pour le sérail de l'empereur. « Quoique Shuey-ping-sin, leur dit-il, ait été mariée deux fois avec Tieh-chung-u par ordre de ses parents, et qu'elle soit restée auparavant cinq jours avec lui dans la même maison, elle a néanmoins conservé sa virginité, la chose n'est plus douteuse. Je m'estime heureux de posséder un diamant aussi précieux. C'est le fait le plus extraordinaire qui soit jamais arrivé: je veux le faire connaître à mes sujets, afin qu'il leur serve d'exemple. Cependant, si je n'avais pas examiné cette affaire moi-même, un mérite aussi rare eût été enseveli dans la disgrâce, comme une pierre précieuse tombée dans le fumier. » Il demanda ensuite à ses mandarins leur avis. « Votre Majesté, lui répondirent-ils, a examiné et jugé l'affaire: nous nous en rapportons à sa décision. » L'empereur, ayant fait appeler le mandarin Kwo-sho-su, lui parla en ces termes : «Vous êtes ministre d'état et un des premiers conseillers de l'empire: pourquoi n'avez-vous pas puni votre fils? Il a essayé trois fois d'enlever une jeune fille de bonne naissance, il l'a insultée de la manière la plus injurieuse; non content de le soutenir, vous vous êtes efforcé de diffamer un innocent: ce sont des crimes que je ne saurais pardonner. » A ces mots, Kwo-sho-su fut saisi d'une frayeur extrême, et se jeta aux pieds de l'empereur, en disant : ་ Tieh-chung-u et Shuey-ping-sin, sont dans la fleur de la jeunesse, et sont restés ensemble dans la même maison je n'ai pu m'imaginer qu'ils : eussent agi avec réserve et modestie. J'espère donc que Votre Majesté voudra bien me pardonner. » L'empereur fit ensuite appeler Vang-yo et lui parla ainsi : « Vous êtes censeur de l'empire: pourquoi n'avez-vous pas mieux examiné cette affaire avant de m'en faire le rapport? Rien n'est plus injuste que de m'en imposer dans un cas qui intéresse l'honneur et la réputation de tant de personnes. Si je m'en fusse rapporté à vous et si je n'eusse pas examiné moimême l'affaire, la vérité eût été étouffée par la honte et l'infamie. » Le mandarin, frappé de ce reproche juste et sévère, se jeta aux genoux de l'empereur en s'écriant: <«Je mérite d'être puni; je suis à la discrétion de Votre Majesté. » Lorsque le gouverneur Wey-phey se présenta, l'empereur lui adressa ainsi la parole: « Comme vous avez eu égard à la justice, que vous avez résisté aux présents, et rétabli la réputation de Shuey-ping-sin, je veux vous récompenser des peines et des soins que vous avez pris. » Sa Majesté donna aussitôt la déclaration suivante : « Deux de mes sujets viennent de donner un exemple si rare de leur mé- , que je trouve à rite, propos de le publier dans tout mon empire, pour qu'il serve d'encouragement aux personnes de l'un et de l'autre sexe. Shuey-ping-sin est une fille dont on ne peut trop louer la vertuet le courage. Sa vertu l'a mise trois fois en état de résister aux poursuites les plus pressantes, pour conserver sa pureté et sa chasteté. Par un effet de son courage, elle a reconnu les services que lui avait rendus son bienfaiteur, au risque de nuire à sa réputation: car, quoique seule et délaissée, elle a reçu chez elle un étranger pour le soigner pendant sa maladie. Son mérite et sa vertu seraient encore inconnus et méprisés, si je n'avais eu le bonheur de les découvrir moi-même. J'ai trouvé Shuey-ping-sin pure et sans tache, et digne par conséquent d'être célébrée dans toute l'étendue de mon empire. « Tieh-chung-u est un jeune homme vertueux, intègre et courageux. Il n'a pas craint de forcer le palais d'un homme de qualité, pour tirer un vieillard, sa femme et sa fille, de l'oppression sous laquelle ils gémissaient. Il s'est rendu caution pour le général Hû-hiau, et s'est déclaré son protecteur. Il a tiré Shuey-ping-sin des mains de la violence. Quoique marié avec elle pour la deuxième fois, il a conservé sa chasteté, dans le temps même où l'on murmurait publiquement de sa conduite. Tout cela était inconnu, et c'est moi, empereur, qui l'ai découvert, et en ai reconnu la vérité. Il mérite d'être loué dans tout l'empire, et d'avoir le pas sur tous les capitaines. Il est digne de recevoir Shuey-ping-sin pour épouse, et Shuey-ping-sin mérite de l'avoir pour époux. Ils sont tous deux d'une vertu supérieure, et je ne puis m'empêcher de les louer et de les applaudir. C'est pourquoi j'élève ledit Tieh-chung-u au degré de ta-hio-tse (magistrat d'une capacité éprouvée), et le constitue de plus co-lau ( ministre d'état ). Quant à Shuey-ping-sin, je la crée fu-gen. Je veux être moi-même leur médiateur, et en cette qualité je leur fais présent de cent pièces d'or fin (1), et de cent pièces d'or et d'argent, d'un habit de ma garderobe et d'une couronne. Je veux que ma musi- (1) Ce que les Portugais, et plusieurs autres nations, appellent pains d'or, est appelé par les Anglais shoes of gold, et par les Hollandais goltschut ou bateaux d'or, parce qu'ils ont la fique les accompagne, que leur noce soit célébrée à mes dépens, et que tous les chanceliers, les mandarins et les officiers de ma cour, accompagnent l'épouse chez son mari, afin que tout le monde sache que je sais récompenser la vertu et le mérite. « A l'égard des mandarins Shuey-keu-yé et Tieh-yinh, je les avance de trois degrés (1), pour les récompenser gure d'un soulier ou d'un bateau. Cent de ces pains valent dix mille livres sterling. Ils sont d'un or très fin et très pur. (Tavernier, part. 2, page 8.) (1) Ces degrés sont des distinctions honorifiques. Lorsque la conduite d'un mandarin mérite une récompense ou un châtiment léger, ses supérieurs l'élèvent ou l'abaissent de trois ou quatre degrés. Le mandarin est obligé de mettre à la tête des ordres qu'il expédie le nombre de dede la bonne éducation qu'ils ont donnée à leur fils et à leur fille. « Quant à Wey-phey, je le renvoie à son poste de che-hien pour trois ans après lesquels je l'élèverai à un poste plus considérable, afin de le récompenser de son intégrité. « J'avance l'ancien gouverneur pao-che-hien d'un degré, en faveur de l'exactitude avec laquelle il m'a rendu compte de cette affaire. « Le ministre Kwo-sho-su mériterait la mort pour avoir mal élevé son fils, et grés dont il a été avancé ou reculé. Lorsqu'un homme a été élevé au dixième degré, il est fait pour l'ordinaire grand-mandarin, comme au contraire, s'il est abaissé de dix degrés, il court risque de perdre son emploi. (Voyez Duhalde, vol. 1, page 258.) pour avoir diffamé des gens de mérite; mais ayant égard aux services qu'il m'a rendus, je le renvoie au tribunal des crimes pour y être dépouillé de son emploi, et y recevoir cinquante coups de bâton (1). « Le censeur Vang-yo, dont l'accusation a été reconnue fausse, sera déchu de trois degrés, et perdra trois ans de ses honoraires. « Kwo-khé-tzu, qui a tenté trois fois d'enlever Shuey-ping-sin, et qui a fait (1) A la Chine, les plus grands ministres ne sont pas à l'abri des châtiments; lorsque l'empereur reconnaît leurs fautes, il les traite comme les derniers de ses sujets. Ces sortes d'exemples sont fréquents à la cour de Péking. Le P. Le Compte rapporte que, pendant son séjour à la Chine, trois mandarins du rang de co-lau (ministre) furent cassés pour s'être laissé corrompre. J'ai ignoré, dit-il, ce que les deux donner du poison à Tieh-chung-u, a commis un crime énorme. Je le renvoie au gouverneur de la ville, pour recevoir cent coups de bâton, et je le banpour vingt ans du lieu de sa naisnis sance. « Je récompense chacun selon son mérite. Ceux qui feront bien auront part à mes faveurs, ceux qui feront mal seront punis. Que cette sentence soit publiée dans toute l'étendue de mon empire. » autres devinrent; mais le troisième, qui était un ancien magistrat, vénérable par son âge, et fort estimé par sa capacité, fut condamné à garder une des portes du palais. Je le vis un jour dans cet état d'humiliation, montant la garde comme une simple sentinelle : je le saluai en passant, en mettant un genou en terre, tous les Chinois respectant encore en lui l'ombre de la dignité dont il avait été revêtu.