Hao Qiu Zhuan/fr/Chapter 8

From China Studies Wiki
Jump to navigation Jump to search

EN · DE · 中文 · 正體 · FR · ES · RU

Chapitre 8: 第八回 一言有触不俟驾而行

De: Hau Kiou-Choaan, ou l'Union bien assortie, roman chinois. Paris: Moutardier, 1828

Note: Texte numerise par OCR. Numeros de page conserves comme [p. N]. Comparez avec l'original chinois et la traduction anglaise de 1761.

Sections originales: Tome 2, CHAPITRE VIII


CHAPITRE VIII (Tome 2)

Tieh-chung-u, recevant ce message, se mit à rire et leur dit : « Je ne suis point habitant de la juridiction ni de la ville du che-hien, et je ne dois rien à personne: pourquoi donc vous envoiet-il auprès de moi ? » Les officiers ne surent que répondre, et ne voulurent pas cependant le laisser partir. Alors il devint si furieux, qu'il fut sur le point de se battre avec eux, lorsque le che-hien arriva. Il avait compris que les officiers qu'il avait envoyés ne réussiraient point dans leur message: aussi les avait-il suivis à cheval, et avait-il eu soin d'en faire amener un second. Il mit pied à terre en abordant Tieh-chung-u, et le salua très respectueusement. « Monsieur, lui dit-il, je suis un homme fort ordinaire, j'ai des yeux qui ne voient point, et mon entendement est si obscurci, que je n'ai pu discerner en vous un homme de mérite. Je sors aujourd'hui comme d'un songe, et je reconnais mon erreur. Aussi je viens vous demander mon pardon. J'espère que vous me ferez la grâce de m'accompagner à l'audience. ((-- Ce discours, répondit le jeune homme, ne s'accorde point avec les paroles que vous avez prononcées l'autre jour. Comment se peut-il que vous, qui avez toujours été si attaché aux honneurs et aux richesses, deveniez tout à coup si véridique et si sincère ? Peut-être avez vous dessein de me tromper, et avezvous imaginé un nouveau moyen de me nuire. -Ne parlez point ainsi, je me pique aujourd'hui de sincérité. Quant à l'injure que je vous ai faite, je sais que vous me l'avez pardonnée à la sollicitation de Shuey-ping-sin, qui a intercédé pour moi avec une bonté que je n'oublierai jamais.» Tieh-chung-u, surpris de l'entendre parler ainsi : « Voilà, dit-il enfin, un changement bien extraordinaire. P- Pour vous convaincre de mes paroles, daignez venir chez moi je vous ferai une proposition qui vous sera sans doute agréable. » Tieh-chung-u, persuadé de sa sincérité, monta sur le cheval qu'il avait a- mené, et le suivit au logis. Lorsqu'ils se furent assis, le che-hien lui dit : « Permettez-moi de vous demander la raison qui vous oblige à partir si précipitamment ? Ce n'était pas mon dessein, répondit Tieh-chung-u, de partir aussi, tôt ; mais on m'a tenu un discours qui m'a si fort déplu, qu'il m'a été impossible de rester plus long-temps. 食 ​Qui a osé vous offenser? • →→→ L'oncle de Shuey-ping-sin m'a proposé de me marier avec elle. » " «- - Quel mal trouvez-vous dans cette proposition? n'a-t-il pas raison ? « -Vous savez que j'ai demeuré quelque temps chez cette jeune demoiselle, mais sans aucune vueintéréssée. Nous ne nous sommes point cachés, nous n'avons rien fait que nous ne puissions avouer au ciel, aux génies et aux anges; mais il est difficile de convaincre le public de notre innocence. Or son oncle, en me proposant ce mariage, a témoigné qu'il avait une aussi mauvaise opinion de sa nièce que de moi. Cette proposition m'a si fort déplu, que je l'ai quitté sans lui donner le temps d'achever. «-Je conviens que s'il s'était passé en tre vous quelque chose dont le public n'eût point connaissance, vous auriez très grand tort de vous marier; mais ROMAN CHINOIS. 4 temps il y souvenez-vous que dans les premiers avait un homme d'un savoir et d'une sagesse si rares, qu'on ne trouvait aucune femme digne de lui, et qu'il se trouva, dans un autre siècle, une femme si accomplie, qu'on ne savait quel mari lui donner. Si le hasard eût fait naître ces deux personnes dans le même temps, elles se seraient sûrement mariées ensemble. J'ai eu beaucoup de peine à vous engager à venir chez moi. Vous êtes d'un caractère si inflexible que si je vous offrais un présent en or, et si je vous faisais servir un repas, j'éprouverais un refus. Je n'ai donc qu'un moyen de vous témoigner ma reconnaissance; et je me souviens à ce sujet d'un vieux proverbe, qui dit : Un homme et une femme qui peuvent vivre ensemble, et conserver leur chasteté, sont incapables de violer la loi (1). On voit arriver aujourd'hui ce qu'on croyait ne pouvoir avoir lieu que dans les premiers siècles. Quoi que vous n'aperceviez rien d'extraordinaire dans cette conduite elle me paraît inconcevable. En un mot, je croirais manquer à ce que je me dois si je ne ménageais une affaire aussi avan. geuse pour vous. Puisque vous avez bien (1) Voici un passage de l'auteur de l'Esprit des lois (liv. 6, chap. 8.) Le soin que l'on a de séparer les femmes des hommes, et la contrainte dans laquelle on les tient, sont une suite nécessaire de la pluralité deş femmes. L'ordre domestique exige que cela soit ainsi. Un débiteur insolvable cherche à se mettre à couvert des poursuites de ses créanciers. Il y a des climats où la nature a tant de force, que la morale ne saurait la contenir. Laissez un homine seul avec une femme, les tentatives seront des voulu venir ici, je vous prie d'attendre qu'elle soit conclue, et de ne point laisser échapper une occasion aussi favorable, par trop de précipitation. " A ces mots, Tieh-chung-u poussa un profond soupir, et lui dit : « Ah! Monsieur, ne me parlez point de ce mariage. Quiconque veut vivre dans ce monde doit se conformer aux usages et aux couchutes, l'attaque sûre et la résistance nulle; dans ces sortes de pays, au lieu de préceptes, il faut des verroux. On regarde comme un prodige à la Chine qu'un homme et une femme se trouvent seuls sans que le premier attente à sa pudicité. « Trouver un trésor dans un lieu écarté, dit « un moraliste Chinois, et le rendre à celui à qui « il appartient, où trouver une femme seule sans a la séduire, secourir son ennemi dans le danger, « c'est là la pierre de touche du cœur. » tumes, agir avec ordre (1) et décence. Me siérait-il, parce que je reconnais notre souverain maître pour empereur, de lier connaissance et amitié avec lui? J'aurais aussi peu de raison si je concluais un mariage auquel les circonstances tristes où je me suis trouvé ont donné lieu. (1) Les Chinois réduisent toute la morale à ces trois points: ordre, régularité et bienséance. Tout ce que le Ciel exige des hommes, dit un de leurs ministres d'état, dans un mémoire présenté à l'empereur, est compris dans le mot ming (ordre). S'acquitter de tout ce que cette expression renferme est le comble de la perfection. C'est sur cette base que sont fondés, dans une famille, les devoirs réciproques d'un père et d'un fils; dans un état, ceux d'un souverain et de ses sujets et qu'existent l'union, l'amitié, la politesse, et les autres liens de la société. Ce sont les caractères d'une supériorité que le Ciel (Tien) a attribuée aux hommes sur les autres animaux. (Voyez le P. Duhalde, vol. 1, p. 285, 486.) ་ «- Vous avez vu le monde, et vous avez de l'esprit pourquoi donc tenir : un propos aussi déplacé? Puisque vous êtes si exact et si rigide, pourquoi avezvous demeuré chez elle pendant votre maladie? Vous vous portez bien maintenant, et le public est aussi satisfait des raisons qui vous y ont décidé que de la conduite que vous avez tenue: quel mal y aurait-il à épouser Shuey-ping-sin? Pourquoi, par un faux scrupule, vous forcer à la regretter tant que vous vivrez? - Quel service vous ai-je rendu pour prendre un sigrand intérêt à moi ? ."- -Quoique mon emploi soit peu considérable et peu lucratif (1), peu s'en est (1) On trouve dans les Lett, édif. xvn, 1777 fallu que je ne l'aie perdu. Il est heureux un mémoire dans lequel uu che-hien dit, en parlant de lui : « Je ne suis qu'un petit mandarin, et mon autorité est fort bornée. » Les Chinois affectent de parler modestement d'eux-mêmes et de ce qui leur appartient; mais ils croient devoir, par politesse, parler d'autrui en termes pompeux. Par exemple, ce serait une trop grande familiarité pour eux de dire à un homme qui vient rendre visite, je, ou vous, etc.; mais ils disent Serviteur de mon seigneur: je prie votre excellence de permettre à votre hum ble esclave. Lorsqu'un fils parle à son père, il s'appelle son cadet, ou son petit-fils, lors même qu'il est marié et qu'il a des enfants. De même un père, en parlant à son fils, dit, mon cadetou mon petit-fils; un maître, mon jeune écolier. S'ils parlent du lieu où ils font leur séjour, ils disent cette pauvre ville ou pauvre province, etc; et après un repas, Le repas que j'ai donné à mon Seigneur est bien modique, etc. Une personne qui plaide devant un tribuual se traite de coupable. Un fils parlant de son père l'appelle le père pour moi que Shuey-ping-sin vous ait de la maison, un domestique le maître de la maison. Ils donnent même un nom honorable à un homme de basse condition. Par exemple, ils appelleront un domestique, si c'est un homme grave, le grand maître de la maison; un batelier le principal maître du vaisseau ; un muletier, le grand conducteur, à moins qu'ils ne veuillent le mortifier, car alors ils l'appellent de son nom ordinaire can-kio (le piéton). Ils appellent les officiers qui accompagnent un mandarin des hommes à cheval, ou des cavaliers. Parmi le bas peuple, ceux qui ne se connaissent point s'appellent frères (Hiung). S'ils parlent à une femme qu'ils ne connaissent même pas, c'est la tasao, ou la belle soeur. S'ils parlent à quelqu'un d'une chose qui lui appartient, ils emploient des phrases particulières. Par exemple, si c'est de son fils, c'est toujours le noble fils; si c'est de sa fille, c'est l'amourprécieux ; si c'est de son pays, c'est la c; noble province ou ville; même en parlant de la maladie de quelqu'un, c'est la noble maladie (Voy. Duhalde, vol. 1, p. 294; P. Semedo, part. 1, chap. 11, p. 63; Hist. mod, univ., vIII, 208.) T. I'. engagé à me pardonner. Lorsque j'appris cette nouvelle, je fis serment de changer de conduite, et d'agir conformément aux lois de la justice et de l'honneur. Témoin de l'exactitude avec laquelle vous les observez, et réfléchissant à la modestie de Shuey-ping-sin, j'ai été surpris que deux personnes d'un mérite aussi distingué se fussent rencontrées dans la même ville, et j'ai pensé que le Ciel vous avait créés l'un pour l'autre. Il eût été fâcheux que cette affaire ne fût point venue à ma connaissance. Mais en vous voyant et en vous entendant, j'ai reconnu que vous étiez faits l'un pour l'autre. Les habitants me sauraient mauvais gré si je vous laissais partirsans vous marier ensemble. Ne refusez donc pas ma proposition, je vous prie, «-C'est donc dans le seul but de vous attirer du crédit que vous prenez intérêt à cet affaire? «- Point du tout je n'envisage que votre bonheur. <«- Fort bien; je veux que rien ne s'oppose à ce mariage: quel moyen employer pour le conclure? Nos pères ni nos mères n'y ont point consenti, mes parents sont absents. Où se trouve le père de Shuey-ping-sin ? Quoi, parce que je vois une belle personne, dois-je l'épouser? Un mariage conduit avec si peu d'ordre et de régularité pourrait-il être heureux? Vous qui me pressez si fortement, que ne le proposez-vous à Kwo-khé-tzu: il le souhaite, et il serait ravi de cette proposition. Je vous remercie cependant de la peine que vous avez prise; mais il faut absolument que je parte. <«--Soit. Vous méprisez mes conseils, mais souvenez-vous qu'un temps viendra où vous en reconnaîtrez la sagesse. Je voudrais vous retenir plus long-temps, mais je vois qu'il est impossible de vous faire abandonner la résolution que vous avez prise. Je n'ose pas non plus vous offrir de l'argent, dans la crainte de vous offenser. Si jamais j'ai le bonheur de vous revoir, j'espère vous couvaincre de ma sincérité; vous aurez une meilleure opinion de moi que vous ne l'avez présentement. « Cr Je vous suis obligé, monsieur, de vos politesses: les dernières paroles que vous venez de dire me pénètrent de la plus vive reconnaissance. » Alors il le salua, et prit congé de lui. Lorsqu'il fut hors de la porte de la ROMAN CHINO'S. ville, il dit à Siow-tan de louer une mule pour le porter lui et son bagage. « Monsieur, dit celui-ci, il vaudrait mieux louer un âne. « - Quelle est la raison de cette préférence? » Siow-tan lui donna à entendre qu'il avait peu d'argent. Sur ces entrefaites, Shuey-yeong arriva, et après l'avoir salué, il lui dit que sa maîtresse l'avait envoyé dès le point du jour pour l'attendre: il était midi passé. « En vous ordonnant de m'attendre, dit Tieh-chung-u, quel a été son motif? R- - Voyant que Shey-guwin allait chez vous pour vous entretenir, ma maîtresse a compris que son discours ne vous serait pas agréable: en effet, elle a su, depuis, que les propos quil vous paravait tenus vous avaient décidé à tir. Elle m'a chargé de vous remettre ce petit présent aussitôt que vous seriez arrivé. » Tieh-chung-u fut ravi de sa générosité. "Votre maîtresse, lui dit-il, m'a témoigné tant de bontés, que je ne puis trouver des termes pour exprimer ma reconnaissance. «Je suis obligé, reprit Shuey-yeong, de m'en retourner: avez-vous quelque chose à mander à ma maîtresse? » Le domestique remit le présent à Siow-tan, et alla s'acquitter du message dont on l'avait chargé. Tieh-chung-u et Siow-tan louèrent une mule et se mirent en chemin; mais voyant le soleil couché, ils s'enquirent de la distance qui les séparait du village de Thong-chun. Le garçon qui suivait la mule leur dit qu'il y avait trois lieues. Aussitôt Tieh-chung-u doubla le pas l'espace d'une lieue. Tout à coup sort d'un bosquet situé près de la route un jeune homme portant un paquet sur ses épaules, et suivi d'une jeune femme qui paraissait extrêmement effrayée. Ils n'eurent pas plus tôt vu Tieh-chung-u, qu'ils cherchèrent à se cacher dans le bois. Il leur dit de s'arrêter, et demanda au jeune homme qui il était, et où il allait avec cette jeune femme. Celle-ci, toute effrayée, le conjura de ne point le tuer. Le jeune homme jeta son paquet par terre, et se mit à courir; mais Tieh-chung-u' l'arrêta, et lui dit : " Qui êtes-vous ? Je ne veux point vous faire du mal. -Cette jeune femme, répondit le jeune homme, fait sa résidence dans le village que vous voyez devant vous. Elle est la concubine d'un homme fort riche, qui se nomme Lee-thay-coon. Comme il est extrêmement vieux, elle s'est lassée de vivre avec lui, et elle m'a prié de l'aider à s'échapper. «-Vous êtes sûrement son séducteur. «-Vous vous trompez: je m'appelle Suan-yin, et je suis cousin du vieillard dont je vous ai parlé. » Tieh-chung-u, ajoutant foi à ses paroles, le laissa aller. Il demanda ensuite à la jeune femme si elle était véritablement la concubine de Lee-thaycoon. -Certainement, » répondit-elle. «-Quelqu'un vous a débauchée. Retournez chez vous: je veux vous accompagner. «-On m'a conseillé de m'enfuir; mais Lee-thay-coon ne voudra point me croire; il s'imaginera que j'ai pris moimême ce parti, et me châtiera sévèrement si je retourne. J'aime beaucoup mieux vous suivre et vous servir, si vous le trouvez bon.» Tieh-chung-u, riant de son offre, lui dit: : « Venez donc je verrai ce que vous savez faire. » Il ordonna à son domestique de prendre son paquet, et de le mettre sur la mule. La jeune femme, voyant que la résistance serait inutile, le suivit. A peine avaient-ils fait une demilieue, lorsqu'ils virent accourir une foule de gens, qui reconnurent la jeune femme et s'écrièrent : « La voilà, la voilà!» Et aussitôt ils entourèrent la femme, Tieh-chung-u et son domestique. Ils détachèrent en même temps deux personnes pour aller avertir Lee-thay-coon de ce qui se passait. « Bonnes gens, leur dit Tieh-chung-u, vous avez tort de faire tant de vacarme. Si j'avais eu dessein d'enlever cette jeune femme, j'aurais pris une autre route. Je viens de la rencontrer, et je la ramène à Lee-thay-coon. «Nous ignorons votre intention, reprirent-ils; vous êtes tous deux jeuet nous ne sommes point obligés de savoir si vous dites la vérité il faut venir avec nous chez le mandarin. » Après avoir fait encore quelques pas, ils virent venir un grand nombre de gens avec des flambeaux et des lanternes (il était nuit close), à la tête lesquels était Lee-thay-coon. Celui-ci, outré de voir un homme avec sa concubine, et sans s'informer de son nom, le saisit et lui dit: « Qui êtes-vous, pour avoir osé ainsi séduire ma concubine? » Tieh-chung-u le repoussa en répondant ainsi : « Ce vieillard est une vraie brute de me traiter d'une façon aussi grossière, sans savoir si j'ai tort ou raison. Votre concubine s'enfuyait avec un autre, , je l'ai arrêtée, et lorsque je vous la ramène, loin de me remercier, vous me traitez d'une manière aussi incivile. K - Qui peut l'avoir enlevée, reprit le vieillard? Elle est avec vous, et le paquet qui est sur votre mule m'appartient. » Tieh-chung-u, voyant qu'il était trop pour écouter ses raisons : irrité « Eh bien, lui dit-il, quand même il en serait ainsi, il est nuit, et nous ne pouvons éclaircir cette affaire. Allons chez le mandarin. » Le magistrat chez qui ils se rendirent, entendant ce vacarme, en demanda le motif. On lui rapporta que Lee-thay-coon venait d'arrêter des gens qui s'enfuyaient avec sa concubine, et qu'il les lui amenait. Le mandarin s'appelait Swin-kientze. Comme il ne trouvait pas souvent l'occasion de piller les habitants du lieu, à cause de leur pauvreté, il fut ravi qu'un homme aussi riche que Lee-thaycoon (1) fût tombé entre ses mains. Il se fit apporter ses plus beaux habits, et rassemblant le plus de gens qu'il put, pour rendre son audience plus nombreuse, il s'assit sur son tribunal, (1) Selon un proverbe chinois, lorsque l'empereur crée des mandarins, ce sont autant de bourreaux, de meurtriers, de chiens et de loups qu'il lâche pour ruiner et dévorer le pauvre peuple. (Voyez le P. Magal., p. 155, etc.) Coinme les magistrats ne parviennent que par leur mérite et leur application, qu'ils sont souvent de basse condition, et par conséquent fort pauvres, ils sont souvent tentés de s'enrichir à quelque prix que ce soit. Les lois de la Chine tendent surtout à corriger ce penchant : en effet, ils ont établi le recours aux tribunaux supérieurs, la recherche de la conduite des mandarins tous les trois ans, le compte exigé de leur administration, des visiteurs envoyés dans les provinces pour veiller sur leur conduite et pour écouter les plaintes du peuple. etc. (Voyez le P. Magal., p. 222, 223; le P. Le Compte, tome 2, p. 21, 29.) Quoique les premiers législateurs chinois aient comme s'il eût été le vice-roi de la province. Le vieillard se présenta le premier et lui dit : « Monsieur ; je m'appelle Leethay-coon. J'avais une concubine nommée Thao-chéé. Profitant du moment où les portes étaient ouvertes et où j'éeu des notions de la providence, ils n'ont point envisagé un état futur. Confucius lui-même n'en dit presque rien. Ces opinions ont été adoptées par les adorateurs de Fo, qui ont puisé dans l'Inde la croyance de la métempsychose. Les bons effets qui pourraient résulter de cette doctrine sont anéantis par la doctrine corrompue de bonzes, qui ont trouvé une infinité de moyen de racheter les péchés. De ce nombre sont le jeûne, les pénitences, les pèlerinages, les aumônes, les legs faits à leurs pagodes, en un mot, tout, excepté la probité et la vertu. La religion de Fo n'a dû ses progrès en Chine qu'aux récompenses proposées dans l'autre vie, et qui flattent si vivement l'esprit humain. (Voy. Kæmpfer, p. 248.) ROMAN CHINOIS, tais occupé, elle s'est enfuie avec un jeune homme, avec lequel je viens de l'arrêter. J'ignore comment il s'y est pris, ni d'où il vient, ni comment il s'appelle. » Le mandarin ordonna qu'on amenât le séducteur. Tieh-chung-u parut, et se mit à rire lorsque le mandarin l'invita à se mettre à genou. Le mandarin, outré de son mépris, lui dit : « Qui êtesvous? Ignorez-vous le respect que vous devez au tribunal de l'empereur? «-Cet endroit, répondit le jeune homme, n'est pas la grande audience du li-pu (1) devant ce tribunal, je vous dirais mon nom. (1) Il y a six cours souveraines à Pékin, dont le pouvoir et l'autorité s'étendent sur tout l'empire. La première est le li-pu, ou le tribunal des Le mandarin, voyant le peu de cas qu'il faisait de sa personne, ajouta : Quelque grand que vous puissiez être, cette affaire n'est aussi risible que pas vous le pensez ; vous êtes coupable d'un crime énorme. «-Etes-vous bien sûr que j'aie en levé cette concubine? où sont les témoins? Si je l'avais enlevée, j'aurais pris une autre route. Que votre office soit grand ou petit, peu m'importe : l'empereur ne vous a accordé une place mandarins, dont l'emploi est de nommer les officiers des provinces, de veiller sur leur conduite, d'examiner leurs bonnes et leurs mauvaises qualités, et d'en instruire l'empereur, pour qu'on élève les uns et qu'on abaisse les autres. Ce sont proprement des inquisiteurs d'état. La troisième est appelée le tribunal des Rites, dont l'emploi est de faire observer les rites et les cérémonies anciennes dans tout l'empire, de veilque pour administrer la justice. Il faut que ceux qui vous ont envoyé ici ne voient pas bien clair. » Le mandarin, étonné de sa réponse, répliqua : : « Vous êtes un imposteur et un coquin de me parler ainsi, et de me mépriser à cause de la petitesse de mon emploi. Je vous somme à comparaître demain devant le tao-yéé (1) : nous verrons si vous parlerez de même. » Tieh-chung-u ne daigna pas lui répondre. Le mandarin fit ensuite appeler le ler sur les matières qui concernent la religion, les arts et les sciences, les titres honorifiques et les marques de distinction; d'examiner ceux qui aspirent à quelque degré; d'avoir soin des temples, des sacrifices; de recevoir, de défrayer et de renvoyer des ambassadeurs étrangers. Voyez le P. Magal., p. 208; Du Halde, vol. 1., p. 249, etc.) (1) Le quatrième tribunal après celui du vice-roi. vieillard, et lui dit : « Comment avez vous pu, à l'âge où vous êtes, prendre une femme aussi jeune pour concubine? Cette inégalité honteuse est la cause du désordre qui arrive. Amenez-moi cette Thao-chéé. » On la fit venir; mais lorsqu'il la vit, il ne put s'empêcher de rire, tant elle avait mauvaise mine. ου « Est-ce de votre propre volonté, lui dit-il, que vous vous êtes enfuie, quelqu'un vous a-t-il conseillé de fuir?» Comme elle ne répondait rien : « Il est trop tard, ajouta-t-il, pour examiner cette affaire. Je vous ferai conduire demain chez le tao-yéé, il ordonnera de vous serrer les doigts (1), et vous avoue- (1) L'instrument qu'on emploie pour cet effet s'appelle tzan-zeh: c'est la torture qu'on emploie pour les femmes. (Voyez les Lettres édifiant. et cur., etc., recueil 28, p. 280.) rez la vérité.» Ayant ensuite fait appeler Lee-thay-coon: Je mets cejeune homme et cette fille sous votre garde, lui dit il; ayez-en soin: vous me les présenterez demain, lorsque j'irai au tribunal supérieur. » Le mandarin, jugeant par la manière dont Tieh-chung-u lui avait parlé qu'il n'était pas un homme du commun, craignit de s'avancer trop loin, et ne voulut rien entreprendre sans l'ordre d'un tribunal supérieur. D'un autre côté, Leethay-coon, voyant le mépris avec lequel cet étranger regardait le mandarin, ne savait que penser, et ne fut pas peu embarrassé, lorsque le mandarin lui ordonna de le prendre chez lui, de savoir comment il devait le traiter. Il n'osait ni le laisser avec ses domestiques, de peur de s'attirer son ressentiment, ni l'enfermer dans une chambre, dans la crainte qu'il n'eût quelque rapport avec sa concubine. Cependant s'étant souvenu que le mandarin lui avait recommandé d'en avoir soin, il pensa en lui-même qu'une nuit est bientôt passée: en conséquence on le conduisit dans une chambre, où il lui fit servir un excellent souper. Lee-thay-coon aurait désiré eminener sa concubine; mais réfléchissant qu'elle était prisonnière du mandarin : « Je ne le puis, dit-il, car je ne saurais justifier ma conduite. Ce n'est que pour une nuit, laissons-les donc ensemble. » Il se plaça dans un endroit d'où il pouvait voir tout ce qui se passerait entre eux, et dit : « Nous verrons demain ce qu'il en sera. » FIN DU TOME SECOND. HAU - KI O U – CHOAAN, Ou H.405. DE L'IMPRIMERIE DE GUIRAUDET, RUE SAINT-HONORÉ, Nº 315.