Lu Xun Complete Works/fr/Shuxin
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Lettres
书信 par Lu Xun (鲁迅, 1881–1936)
Chapitre 3 : Barbicane conduit une procession aux flambeaux à travers les villes — L’Observatoire envoie une lettre sur les questions astronomiques
On raconte que le président, assis parmi l’auditoire, observait les yeux écarquillés leurs clameurs frénétiques. Lorsqu’il voulut reprendre la parole, la foule ne lui prêtait plus attention. Quelqu’un frappa la cloche pour calmer les masses, mais les cris couvraient le tintement. Ils se précipitèrent vers le président, le couvrant de louanges. Selon la coutume américaine, les membres formèrent des rangs, allumèrent des torches et défilèrent dans toutes les rues. Les étrangers du Maryland firent chorus — comme si, après Washington, Barbicane était le plus grand homme. Le ciel était d’un bleu immaculé, les étoiles brillantes, et une pleine lune éclatante éclairait le président.
À minuit, l’agitation ne faiblissait pas. Tout le peuple était en émoi — savants, marchands, étudiants, cochers et portefaix — tous louant cette entreprise. Le président, tiré, poussé, soulevé comme un culbuto, tournoyait en tous sens. Le calme ne revint qu’à deux heures du matin.
Le lendemain, les discussions se multiplièrent. Les Américains sont résolus par nature. Napoléon avait dit : « Parce que “impossible” figure dans le dictionnaire, les hommes se laissent abuser ! » Cinq cents journaux commentèrent. Les sociétés savantes de Boston, Albany, New York, Philadelphie et Washington envoyèrent des félicitations. La réputation du président s’éleva comme le soleil levant.
Le président ne pouvait ni manger ni dormir. Il envoya une lettre à l’Observatoire de Cambridge. La réponse contenait cinq propositions sur les questions astronomiques : sur la possibilité d’envoyer un projectile sur la lune ; sur la distance précise terre-lune (maximale : 247 552 miles, minimale : 218 657 miles) ; sur la durée du trajet (97 heures 13 minutes 20 secondes avant l’arrivée de la lune) ; sur la position lunaire la plus favorable (4 décembre de l’an prochain, périgée et passage au zénith simultanés) ; et sur la direction de visée (entre l’équateur et le 28e degré de latitude, angle de 64 degrés). Après lecture, tous les doutes se dissipèrent.
Sur le Jeu — rédigé pour la revue de l’Exposition nationale des beaux-arts
Depuis le premier numéro de « Création », les « Lettres sur l’éducation esthétique » de Schiller sont publiées en traduction, ce qui m’a incité à exposer quelques réflexions sur le jeu. Dans la vie pratique, nous sommes contraints des deux côtés matériel et spirituel. Mais en nous existe un surplus de force vitale avec lequel nous cherchons un domaine plus parfait et harmonieux — où sens et raison, devoir et inclination s’accordent. C’est le jeu. L’art naît de cette impulsion ludique. Cet état est la « belle âme ».
Spencer expliqua la théorie de Schiller plus scientifiquement : quand il y a un surplus d’énergie, on veut le décharger — c’est le jeu. Le professeur Groos de Bâle proposa une interprétation nouvelle : le jeu naît non comme contrecoup mais comme préparation à l’activité. L’homme et l’animal ne jouent pas parce qu’ils sont jeunes ; ils sont jeunes parce qu’ils jouent. Les deux théories doivent être employées conjointement pour expliquer la véritable signification de l’art en tant que jeu.
Au-delà de ce qu’on appelle profession, travail et vie pratique, nous avons encore une vie nourrie par le surplus de force vitale. Comparés aux personnes âgées et aux adultes, les jeunes et les enfants possèdent une vitalité bien plus vigoureuse et exubérante ; plus cette vitalité est riche, plus le surplus de force est grand. Quand nous voulons utiliser ce surplus pour créer une vie plus libre, plus harmonieuse, plus belle et meilleure que la présente, c’est une aspiration vers le haut, c’est le progrès. Non seulement l’art — toute vie intellectuelle est, en ce sens, un jeu sérieux.
Entre le travail et le jeu, il n’y a originellement pas de différence essentielle. Que l’on peigne ou que l’on joue du piano, cela peut devenir jeu ou travail professionnel selon les circonstances. Le jardinage à la sueur du front est un travail pour le jardinier, mais pour le riche rentier, c’est un excellent jeu.
La différence entre le travail et le jeu, comme le dit Schiller, tient simplement au fait que dans le premier, l’inclination et le devoir ne sont pas convenablement réconciliés, tandis que dans le second, les deux sont harmonieusement accordés. Autrement dit, dans le travail on n’œuvre pas par nécessité intérieure, tandis que dans le jeu on œuvre pour soi-même.
Même aux temps primitifs, il n’existait pas de distinction aussi stricte entre travail professionnel et création ludique. Tous pouvaient œuvrer joyeusement par motivation intérieure. Quand ils s’agenouillaient devant l’autel pour accomplir le rituel, ils exécutaient le « jeu divin » : musique, danse masquée et offrande de beaux chants.
En somme : le jeu est une activité naissant du besoin intérieur pur ; il transcende toutes les contraintes venant de l’argent, du devoir, de la morale et autres liens sociaux, et crée une vie du moi authentique. Schiller dit dans la quinzième de ses Lettres : « L’homme ne joue que lorsqu’il est homme dans la pleine acception du mot, et il n’est pleinement homme que lorsqu’il joue. » À mon avis, il n’y a rien au monde qui soit une affaire plus sérieuse que le jeu.
Depuis les débuts de l’humanité, l’art a rempli une fonction essentielle dans la vie sociale. Les cérémonies religieuses des temps primitifs, les danses guerrières, les chants de la communauté — tout cela était à la fois jeu et préparation. L’art n’a jamais été un simple luxe mais une nécessité de l’existence humaine. Le lien entre la théorie du surplus de force et la théorie de la préparation réside ici : le jeu satisfait la force intérieure tout en préparant à la vie. L’art comme forme suprême du jeu unit ces deux aspects.
Cependant, parce que l’humour naît de la « fuite rationnelle » devant le chagrin, il pousse souvent les gens à se moquer froidement du monde. Face à tout ce qui est révoltant, au lieu de s’indigner franchement, on tire sur sa cigarette en ricanant — c’est facile. Dans les mots de John Stuart Mill : « Le gouvernement despotique rend les gens cyniques. » C’est parce que sous un régime despotique, les personnes franches et sensibles périssent de colère. La personne franche est tuée comme martyr. Celle qui ne l’est pas se réfugie dans l’humour et vit avec un sourire froid.
C’est pourquoi l’humour est comme le feu, comme l’eau : employé convenablement, il peut enrichir la vie et rendre le monde heureux ; mais en excès, il brûle les maisons et entrave le progrès de la société.
Ce qui empêche l’humour de sombrer dans le sarcasme froid est avant tout la sympathie sincère. La sympathie est la pierre angulaire de toute chose. Anatole France disait que la pierre angulaire du génie est la sympathie ; Tolstoï considérait aussi la sympathie comme la condition essentielle du vrai génie.
L’humour peut être abondant ; seule la sympathie ne doit pas manquer. Traiter la vie comme un jeu d’enfant et passer ses journées en souriant, c’est du sarcasme froid. Ressentir profondément la dignité de la vie, ne pas perdre le profond amour pour l’humanité, et pourtant sourire — c’est l’humour.
Ce qu’on appelle communément « humour » n’est souvent qu’un masque de la lâcheté et de l’indifférence. Le véritable humour exige du courage : le courage de voir la souffrance du monde, et la force de la porter avec un sourire. Là réside la grandeur de l’humoriste.
Si la satire frappe avec l’épée de la colère, l’humour caresse avec la main de la compassion. Les deux sont nécessaires, mais l’humour est plus difficile car il exige l’acuité de l’intellect et la chaleur du cœur.
On peut dire des choses similaires de la caricature. La caricature est l’humour dessiné, la satire picturale. Elle exagère pour rendre la vérité visible. Les grands caricaturistes comme Daumier et Hogarth étaient aussi de grands humanistes. La forme d’expression de la caricature a une longue histoire dans l’art. Des peintures rupestres aux caricatures politiques d’aujourd’hui, un fil de commentaire humoristique sur l’existence humaine se poursuit. Dans la littérature moderne, l’humour a acquis une signification particulière. De Mark Twain à Tchékhov en passant par Lu Xun : les grands humoristes de la littérature mondiale sont à la fois les observateurs les plus aigus des faiblesses humaines et les défenseurs les plus chaleureux de la dignité humaine.
Le 29 mars de cette année, à l’occasion du soixantième anniversaire de l’écrivain révolutionnaire Maxime Gorki et du trente-cinquième anniversaire de sa carrière littéraire, des célébrations festives furent organisées dans toute la Russie pendant une semaine, atteignant une ampleur sans précédent. Des représentants de tous les domaines avaient été réunis pour former un comité de célébration. Rykov, président du Conseil des commissaires du peuple, proclama les grands services rendus par Gorki à la classe ouvrière et à l’Union soviétique et annonça à la nation entière la signification de cette célébration.
Toute une époque de la littérature russe est inséparablement liée au nom de Gorki ; son art reflète la grande signification sociale de cette époque. Quand Gorki apparut sur la scène littéraire, la Russie était en pleine transformation économique : les forces capitalistes triomphaient du système féodal, et la classe ouvrière montait pour la première fois sur la scène de l’histoire sociale. Dès lors, l’appel révolutionnaire de Gorki, ardent comme le feu, retentit ; même pendant la période réactionnaire, il ne se tut jamais.
Gorki est le seul écrivain qui, en tant qu’auteur révolutionnaire dans la Russie pré-révolutionnaire, acquit une renommée mondiale. D’autres artistes talentueux liés aux mouvements révolutionnaires — Andreïev, Kouprine, Tchirikov — où sont-ils maintenant ? Ils vivent à l’étranger, maudissant le succès de la révolution et gaspillant leur vie en exil. Seul Gorki resta fidèle à la révolution.
Le mérite particulier de Gorki réside dans l’encouragement de jeunes écrivains issus de la classe ouvrière. Il a ouvert la voie de la littérature à d’innombrables autodidactes. Sa signification pour le développement de la littérature soviétique ne saurait être surestimée. Il fut non seulement un grand artiste, mais aussi un grand organisateur et promoteur de la vie littéraire.
L’œuvre de Gorki se caractérise par un lien profond avec le peuple simple. Ses récits dépeignent toujours la vie de ceux en marge de la société. Il a donné une voix aux sans-voix et un visage aux oubliés.
Gorki lui-même témoigna qu’entre 1906 et 1910, il avait lu plus de quatre cents manuscrits d’écrivains autodidactes. « La majorité de ces manuscrits » — dit l’auteur de « Tchelkache » — « sont l’œuvre de gens qui comprennent à peine un peu de littérature. Ces manuscrits ne seront probablement jamais imprimés ; pourtant l’âme de personnes vivantes y est gravée, la voix des masses y résonne directement. »
« Presque chaque fois » — écrivit Gorki — « quand le facteur apporte les cahiers gris remplis sur du papier à deux kopecks par des mains peu habituées à tenir la plume, une lettre les accompagne. Des inconnus et des connaissances me demandent de “jeter un coup d’œil” à leurs œuvres et de répondre : “Ai-je du talent ? Ai-je le droit d’attirer l’attention des gens ?” Leur cœur est pressé par la joie et le chagrin à la fois, et en leur for intérieur brûle un grand espoir. »
Ailleurs Gorki dit : « Je suis fermement convaincu que la classe ouvrière sera capable de créer son propre art — au prix de grandes peines et de grands sacrifices — tout comme elle a jadis fondé son propre quotidien. Cette conviction m’est venue de l’observation prolongée des efforts de centaines d’ouvriers, d’artisans et de paysans qui tentent de coucher sur le papier leur propre vision de la vie. »
De nombreux écrivains connus de la Russie moderne doivent leur carrière littéraire à Gorki. Selon la Bibliothèque centrale municipale de Léningrad, parmi les deux mille sept cents auteurs du fonds, seuls sept cents avaient des lecteurs ; les deux mille autres restaient entièrement ignorés. Parmi ces sept cents, seuls trente-huit auteurs étaient lus quotidiennement. Gorki occupait toujours la première place.
L’influence de Gorki s’étendit bien au-delà de la Russie. En Chine, au Japon, en Turquie, en Inde et dans beaucoup d’autres pays, ses œuvres furent traduites et reçues avec enthousiasme. Son roman « La Mère » devint l’un des romans les plus influents de la littérature prolétarienne mondiale. Gorki prouva que la grande littérature ne doit pas nécessairement naître dans la tour d’ivoire mais peut croître de la vie du peuple.
Ainsi, Garchine était de ceux qui donnaient leur sympathie aux chagrins et aux souffrances d’autrui et qui décrivaient dans leurs nouvelles la douleur née en eux-mêmes de cette compassion. C’est pourquoi dans ses récits simples et sobres, on entend le cri d’un homme passionné qui remue les cœurs.
Le héros de sa nouvelle « La Fleur rouge », c’était lui-même. Dans sa folie, dans la cour de l’asile, il cueillit cette fleur rouge où se concentrait tout le mal du monde.
Celui qui vécut comme sa propre agonie la souffrance d’un soldat gisant sur le champ de bataille pendant quatre jours, c’était lui aussi.
Dans une lettre à Afanassiev, il écrivit qu’il créait chaque mot avec une goutte de sang.
Une femme avisée raconta un jour à Pavlovsky les circonstances dans lesquelles Garchine décrivit la vie des prostituées ; c’était ainsi :
Garchine appartenait aux natures plus tendres et plus sensibles de la littérature russe. Son destin fut tragique : il fut consumé par la compassion pour la souffrance d’autrui. Tandis que d’autres écrivains pouvaient observer et décrire la misère sans en périr eux-mêmes, Garchine était incapable de maintenir une distance. Il ressentait la souffrance de ses personnages comme la sienne propre.
Cette qualité fit de lui l’un des écrivains les plus authentiques de Russie, mais aussi l’un des plus vulnérables. Sa vie brève et sa fin tragique — il mourut jeune par suicide — témoignent d’un homme brisé par sa propre compassion.
L’œuvre littéraire de Garchine n’est pas volumineuse, pourtant chacune de ses nouvelles est un chef-d’œuvre de condensation. Il n’écrivit pas beaucoup, mais ce qu’il écrivit était d’une intensité sans égale dans la littérature russe. Tourguéniev reconnut son talent immédiatement et le soutint ; Tchékhov admira sa prose.
La signification de Garchine réside moins dans son influence littéraire que dans l’exemple qu’il donna : celui d’un écrivain qui paya son œuvre de toute sa vie. Il incarnait cette tradition de l’intelligentsia russe qui ressent la souffrance d’autrui comme une obligation morale personnelle — une tradition allant de Belinski à Nekrassov jusqu’à Garchine, et qui caractérise encore aujourd’hui la grande littérature russe.
Mais à part Stachelski, personne ne connaissait les hésitations de Levinson. Dans le détachement, personne ne savait probablement que Levinson aussi pouvait hésiter. Il ne partageait ses pensées et ses sentiments avec personne, répondant toujours par des « oui » et « non » tout faits. C’est pourquoi, pour tous — sauf ceux qui connaissaient sa vraie valeur, comme Toubeyev, Stachelski et Gontcharenko — il paraissait une personne particulièrement correcte. Tous les partisans, surtout le jeune Baklanov qui voulait imiter le commandant en tout, jusqu’à l’apparence extérieure, pensaient généralement : « Moi, bien sûr, je suis un homme ordinaire, mais Levinson — lui, c’est différent. »
Depuis que Levinson avait été élu commandant, personne ne pouvait lui imaginer une autre position — tous sentaient que lui seul pouvait commander le détachement. Si Levinson avait raconté comment, enfant, il aidait son père à vendre de la brocante, et comment son père rêva de s’enrichir jusqu’à sa mort tout en ayant peur des souris et en jouant d’un violon médiocre, tous auraient probablement cru à une bonne plaisanterie. Mais Levinson ne racontait jamais ces choses. Non parce qu’il était secret, mais parce qu’il savait que tous le considéraient comme un homme à part.
Par une nuit humide de début août, un courrier à cheval arriva au détachement. Il était envoyé par le vieux Soweykov-Kovtoun, chef d’état-major des détachements de partisans. Le vieux Soweykov-Kovtoun écrivait que le village de Yanutchino, où les forces principales des partisans étaient concentrées, avait été attaqué par les troupes japonaises ; que dans le combat désespéré près d’Istvotka, plus de cent personnes étaient mourantes ; qu’il avait lui-même reçu neuf balles et se cachait dans une cabane d’hiver d’un chasseur ; et que sa propre vie ne durerait probablement plus longtemps.
La rumeur de la défaite se répandit avec une vitesse inquiétante le long des vallées. Mais le courrier la devançait encore. Les messagers sentirent instinctivement que c’était le courrier le plus terrible depuis le début du mouvement. L’agitation des hommes se communiqua aux chevaux. Les chevaux de partisans aux crinières ébouriffées montraient les dents et galopaient le long des chemins de village humides et sombres d’un village à l’autre — l’eau boueuse giclant sous les sabots.
Levinson rencontra le courrier à minuit et demi. Une demi-heure plus tard, le petit escadron de cavalerie sous le berger Medjeriza avait déjà dépassé le village de Krilovka et se déployait en éventail dans trois directions le long des sentiers cachés de Sikhosté-Aline — envoyant des messages inquiets aux détachements dans la zone de combat de Svagen.
Puis il étira ses membres fatigués, bâilla et alla dans l’arrière-cour. Dans l’écurie, les chevaux piaffaient et mâchaient de l’herbe fraîche. Le veilleur de nuit dormait sous la toile de tente, serrant son fusil. Levinson pensa : « Si les autres sentinelles dorment aussi comme ça, que faire ? » Il resta un moment debout, surmontant péniblement sa propre envie de dormir, fit sortir un étalon de l’écurie et lui mit le harnais. Le garde n’avait toujours pas bougé. « Regardez-moi ce fils de chien » — pensa Levinson. Il prit soigneusement le bonnet du garde, le cacha dans le foin, sauta en selle et partit inspecter les sentinelles.
Il longea les buissons jusqu’au portail. « Qui va là ? » demanda la sentinelle d’un ton rude, faisant claquer la culasse. « Camarade… » « Levinson ?… Pourquoi vous promenez-vous la nuit ? » « Comme ça, je ne peux pas dormir » — répondit brièvement Levinson.
Il sortit dans le champ, dans l’obscurité humide. Le vent d’automne soufflait froid. Les étoiles scintillaient au loin, indifférentes, au-dessus de la terre endormie. L’herbe bruissait doucement sous les sabots du cheval.
Levinson inspecta les sentinelles une à une. Certaines étaient éveillées et attentives, d’autres somnolaient, d’autres encore dormaient profondément. Il ne réveilla pas les dormeurs mais mémorisa leurs visages, comptant les rappeler à l’ordre le lendemain.
Quand il revint au campement, il était près de trois heures du matin. La nuit était calme et paisible, comme s’il n’y avait ni guerre, ni danger, ni mort. Mais Levinson savait mieux. Il savait que l’ennemi était proche, que la situation pouvait changer à tout moment. Il attacha son cheval, entra dans sa hutte et se coucha sans se déshabiller. Ainsi s’endormit-il — à demi éveillé, comme un loup, prêt à bondir au moindre bruit.