Hao Qiu Zhuan/fr/Chapter 2
Chapitre 2: 第二回 探虎穴巧取蚌珠还
De: Hau Kiou-Choaan, ou l'Union bien assortie, roman chinois. Paris: Moutardier, 1828
Note: Texte numerise par OCR. Numeros de page conserves comme [p. N]. Comparez avec l'original chinois et la traduction anglaise de 1761.
Sections originales: Tome 1, CHAPITRE III; Tome 1, CHAPITRE IV
CHAPITRE III (Tome 1)
Au bout de deux jours, l'empereur répondit à la requête du mandarin Tieh-u-sheh, et lui fit remettre secrètement sa lettre. Après que tout le monde se fut retiré, il l'ouvrit, et y trouva un ordre de sortir, et d'aller arrêter les personnes en question. Cette nouvelle le réjouit si fort, qu'il offrit du feu, et pria pour la prospérité de l'empereur. Il reprit ensuite la lettre, la plia de et proposa à son fils de parnouveau, et proposa tir avec lui pour aller les chercher. « Je ne le saurais, lui dit Tieh-chung-u ce serait le moyen de faire naître quelque soupçon ; on ne manque. de faire savoir à Tah-quay votre rait pas délivrance, et notre projet ne réussirait point. Laissez-moi aller seul à son château ; je ferai enfoncer les portes, et lorsque j'aurai trouvé les trois personnes que nous cherchons, vous monterez à cheval, vous vous rendrez sur les lieux avec les ordres de l'empereur, et vous direz hautement qu'il vous a donné pouvoir de les arrêter. » Son père y consentit. Le mandarin de la prison, ayant vi qu'ils avaient fait du feu et qu'ils l'avaient offert, vint leur demander quelles nouvelles ils avaient apprises. Tieh-u-sheh lui communiqua l'ordre secret qu'il avait reçu, et lui recommanda le secret. Il dit ensuite à son fils: « Partez, et ne négligez rien. » Le fils s'empressa d'obéir, et vint raconter à sa mère tout ce qui était arrivé. Il lui demanda sa masse d'armes de fonte, pesant vingt catty (1), dont il s'était servi malgré sa pesanteur à l'âge de onze à douze ans, mais que ses pa- (1) Le catty ou catte, qui est la livre chinoise, vaut six tael, et le tael dix mace; seize catte valent vingt -six livres portugaises, de seize onces chacune; et par conséquent vingt catty valent vingt livres poids d'Europe. (Voy. P. Semedo, part. 1, chap. 2, p. 52.) Les gardes du vice-roi sont armés de massues, lorsqu'ils marchent en cérémonie. (Voy. Duhalde, vol. 1, page 255.) rents avaient retirée de ses mains, de peur qu'il ne se fît du mal. Sa mère fut surprise de sa demande et lui dit : « Votre père m'a ordonné de vous l'ôter et de ne jamais vous la donner : pourquoi donc me la demandez-vous? Je vais, lui répondit Tieh-chung-u, attaquer un tigre dans sa caverne : si je n'ai pas ma masse, comment me défendrai-je ? » ― Alors sa mère la lui donna. Il demauda du vin, et en but autant qu'il en fallait pour se mettre de bonne humeur ; il prit ensuite son habit de soldat, mit sou autre habit par-dessus, et ayant ordonné qu'on équipât un cheval blanc, il partit, suivi de vingt domestiques, auxquels il donna ordre de se tenir à une certaine distance, n'emmenant à ses côtés que Siow-tan. Il marcha à petits pas jusqu'à ce qu'il fût hors de la porte de la ville; alors il se rendit au grand galop à un palais somptueux, où il s'arrêta et mit pied à terre. il arAprès avoir fait quelques pas, riva dans une cour qui avait trois portes très fortes, très hautes et parfaitement bien travaillées. Sur celle du milieu étaient écrits les trois mots Yanghien-tang, ou le nom du palais. Il trouva ces portes trop fortes et trop bien fermées pour pouvoir les enfonmais il comprit qu'un palais aussi magnifique devait avoir une autre entrée, et, regardant tout autour, il aperçut dans une allée une petite porte cer; peinte en rouge, au-dessus de laquelle était l'inscription suivante : Par ordre de l'empereur, il est défendu à qui que ce soit d'oser regarder ici, sous peine de châtiment exemplaire. Tieh-chung-u, ayant découvert une fente à cette porte, regarda au travers, et vit quantité de domestiques qui servaient, et chuchotaient entre eux. Il se retira le plus doucement qu'il put, et alla rejoindre son domestique. Il quitta le surtout qui couvrait son habit de soldat, prit ses armes, et remonta à cheval, paraissant avec toute la gloire d'un héros, ou plutôt d'un ange (1), tant il (1) C'est-à-dire génie ou esprit. Quoique les Chinois n'aient pas la même idée que nous des esprits, le traducteur n'a pas laissé était beau et ses armes brillantes. « Va-t'en, dit-il à Siow-tan; ordonne aux domestiques qui sont restés en arrière d'avancer; ensuite tu iras trouver le grand-mandarin ton maître dans la prison, et tu le prieras de venir ici sur-lechamp. » S'étant ensuite approché de la porte rouge, il mit pied à terre, heurta et cria à haute voix : «Je viens ici de la part de l'empereur pour parler au mandarin Tah-quay : avertissez-le incessamment. » Les domestiques lui répondirent d'un ton de voix brutal : que d'employer partout le mot d'ange, et l'éditeur l'a conservé, parce qu'il ne s'en sert que dans un sens figuré. ▾ Notre maître n'est point ici; il est en ville. Cela est faux, reprit-il, il y est; esclaves que vous êtes, comment osezvous résister aux ordres de l'empereur? Ils se turent. "Ouvrez-moi la porte sans délai, continua-t-il. » Un des domestiques lui répondit : Comment oserions-nous ouvrir la porte lorsque notre maître n'y est point? Quand même elle serait ouverte, qui oserait y entrer? L'empereur l'a défendu. Je suis chargé, reprit Tieh-chung-u, des ordres de l'empereur, et si vous ne m'ouvrez point la porte, je sau rai l'ouvrir moi-même. » En achevant ces mots, il appuya son pied contre la porte, et donnant un coup coururent dessus avec sa massue, il la jeta à bas, et entra malgré la résistance que firent les domestiques du mandarin. Aussitôt, quelques uns avertir leur maître, qui était occupé à punir séparément les parents qui lui avaient refusé leur fille, leur représentant qu'il était en état de les dédommager, et qu'étant aussi pauvres, ils étaient insensés de s'opposer avec tant d'opiniâtreté à ses désirs. Ils lui répondaient qu'ils ne pouvaient consentir à une chose aussi déraisonnable. « Je suis docteur en loi du second degré, disait le viellard; j'ai de la naissance, et j'aime mieux vivre dans l'indigence que de commettre une action aussi honteuse : vos richesses ne me tentent point. » Tah-quay, outré de sa réponse, donnait ordre de le dépouiller, de le lier et de le fouetter. On allait exécuter ses volontés, lorsque quatre à cinq domestiques accoururent en criant: «Mauvaises nouvelles! il vient d'arriver une mauvaise affaire! » Tah-quay apprit alors qu'un jeune homme venait de forcer la porte, en disant qu'il exécutait l'ordre de l'empereur. Tieh-chung-u avait déjà pénétré dans la grande salle, ce qui surprit si fort Tah-quay, qu'il chercha à se cacher; mais il fut prévenu. «Ching-leav, je suis votre serviteur, lui dit le jeune homme en l'abordant. L'empereur m'a ordonné de venir vous parler pourquoi me refuse-t-on la porte? : <«-Si vous avez un pareil ordre, lui dit-il, pourquoi ne m'en avez-vous point averti, au lieu de forcer ma porte avec tant de vacarme et de m'insulter? » Tieh-chung-u lui répondit que c'était un ordre secret, qui n'exigeait point de pareille formalité. Alors, s'avançant sur lui, il le saisit d'une main et prit son épée de l'autre, en lui demandant si l'empereur ne lui avait donné ce palais que comme un lieu de retraite et de plaisirs, et non point comme un lieu où il dût administrer la justice. 11 ajouta Pourquoi a-t-on lié et dépouillé cette personne ? : " «-Cet homme, reprit-il, est mon domestique, et ni la justice publique ni l'empereur n'ont rien à voir à ceci. « -- - Je ne suis point son domestique, s'écria le vieillard; je suis docteur en loi, et je ne dépends point de lui. «-Si vous êtes docteur, reprit Tieh-chung-u, qu'avez-vous fait pour mériter ce châtiment (1)? Comment vous appelez-vous? « - Han-yuen, répondit-il. «- Si c'est là votre nom, pourquoi vous êtes-vous caché lorsque l'empereur vous a ordonné de vous présenter?» S'étant ensuite tourné, il fit signe à Siow-tan d'appeler ses domestiques. «Gardez cet homme, leur dit-il. C'est (1) Les Chinois qui ont obtenu quelque degré ne peuvent être condamnés à la bastonnade par les mandarins; ils ont un gouverneur qui veille sur eux, et à qui ils sont tous responsables de leur conduite. (Duhalde, vol. 1, page 376.) une personne dont la cause appartient à la connaissance du tribunal de l'empereur: " dit-il. Comment êtes-vous venu ici? lui «-On m'y a amené par force, lui dit le vieillard, à cause de ma fille; et il ne m'a pas été plus possible de résister qu'il l'est à un agneau de résister à un tigre (1). Si vous ne fussiez point venu, j'ignore si je serais encore en vie. (( Votre femme et votre fille sontelles ici? lui demanda-t-il. (1) Le tigre est presque la seule bête sauvage que l'on connaisse à la Chine, où elle commet souvent d'étranges ravages. (Voy. l'Ambassade par Nieuhoff, et la Chine de Kircher.) Cet animal paraît fournir aux Chinois autant d'images que le lion en fournit à Homère. ((- Ma femme et ma fille sont dans la chambre voisine; celle-ci refuse tous les jours de se rendre aux sollicitations de Tah-quay, et elle mourra plutôt que de lui céder. J'ignore si elle est morte ou vive. » Cette réponse affligea Tieh-chung-u; il ordonna à quelques uns de ses gens de s'assurer de la mère et de la fille. Tah-quay commença alors à s'emporter. « Comment osez-vous, lui dit-il, violer cet endroit, et mettre la main sur celui à qui il appartient? Si j'ai commis quelque faute, c'est à vous à me montrer l'ordre de l'empereur, à moins de vouloir me faire un outrage ineffaçable. » En achevant ces mots, il fit des efforts pour s'enfuir, et appela ses domestiques à son secours; mais Tieh-chung-u leur défendit d'approcher, sous peine de la vie. " J'agis, dit-il, par ordre de l'empereur. Qui oserait me faire violence, et porter ses mains sur moi?» par En parlant ainsi, il saisit leur maître la ceinture, et, le faisant pirouetter, il repoussa ceux qui venaient à son secours, de manière que Tah-quay lui-même leur cria à la fin : Retirez-vous, ne disputez pas davantage avec lui.
CHAPITRE IV (Tome 1)
Sur ces entrefaites, il arriva plusieurs grands-mandarins de la connaissance de Tah-quay, qui, le voyant dans cet état, et aussi tremblant qu'une souris qui est sous la griffe du chat, dirent à Tieh-chung-u: « Ce mandarin tient un rang considérable dans l'empire; et quand inême il aurait commis quelque faute vous ne devez point le traiter d'une manière qui offense sa dignité et son honneur, mais faire part à d'autres, ou à quelques uns de nous, de votre différent, afin que nous puissions le terminer. ((- «- Cet homme, répliqua Tieh-chung-u, a trompé l'empereur par un faux témoignage, et s'est rendu coupable des plus grands crimes. Quel égard doit-on avoir pour son honneur et pour sa dignité? «- Si cela est ainsi, reprirent les mandarins, on doit en informer l'empereur, pour qu'il le punisse comme il le jugera à propos; mais il ne vous convient point de le traiter de la sorte. "1 Vous avez raison, reprit Tieh-chung-u; mais comment m'aurait - is traité si je ne me fusse assuré de lui et que je fusse venu seul ? Vous êtes très brave et très vaillant, lui dirent les mandarins; mais dites-nous, s'il vous plaît, si vous venez pour venger quelque querelle particulière ou pour secourir ces personnes. Je ne viens ni l'un ni pour -» pour l'autre, leur répondit-il, mais par ordre. de mon souverain, pour les arrêter comme des gens qui sont cachés chez lui. " - Pourquoi donc ne montrez-vous point cet ordre? lui dirent-ils; lisez-le devant nous. » « - Vous allez le voir, reprit-il. Tah-quay, voyant un grand nombre le ses amis autour de lui, commença à eprendre courage. « Ne l'écoutez point, s'écria-t-il : I n'y a pas un mot de vrai dans ce qu'il lit; il n'est point officier de l'empereur; il n'est point autorisé à exécuter ses ordres; il n'est point mandarin de justice. Il vient sous ce prétexte pour enlever son ami Han-yuen, sa femme et sa fille, d'une manière illégitime. ((- Si vous n'avez aucun ordre de l'empereur, dirent les autres mandarins à Tieh-chung-u, vous commettez le plus noir de tous les crimes, en venant ainsi offenser un grand-mandarin, et en manquant à ce qui est dû à son honneur et à sa dignité. Vous eussiez pu commettre sans rien craindre une pareille action dans quelque village éloigné; elle eût passé pour une prouesse ; mais venir offenser si près de la ville, et dans les limites de la cour, un gentilhomme, et déshonorer sa famille et son rang, c'est là une offense impardonnable; et quand même vous auriez des acles, vous ne sauriez échapper au châtiment qu'elle mérite. Nous allons envoyer chercher les mandarins de justice. ((- «- C'est fort bien fait, reprit Tieh-chung-u; faites-les appeller, » ce qu'on fit aussitôt. Le che-foo arriva, et fut suivi un moment après du che-hien (1). Les mandarins leur racontèrent ce qui s'était passé. (1) Dans toutes les grandes villes, il y a un premier mandarin, ou gouverneur, appelé che-foo, qui est du quatrième ordre des mandarins. Il y a encore un ou plusieurs magistrats inférieurs appelés che-hien, dont la juridiction est très étendue, et qui sont des mandarins de la septième classe. (Voyez Duhalde, vol. 1, pages 2, 251, etc.) Nous ne savons, leur dirent ces magistrats, de quel côté est la vérité. Si c'est un ordre de l'empereur, il n'y a qu'à le lire. » En conséquence, le che-hien fit dresser un tribunal, et lorsqu'on l'eut préparé, il ordonna de produire l'ordre en question. On allait lui répondre, lorsqu'on apprit que Tieh-u-sheh venait d'arriver, ce qui surprit extrêmement Tah-quay et toute sa compagnie. « Cet homme, se disaient-ils les uns aux autres, est enfermé: comment at-il pu venir ici? » Aussitôt Tieh-u-sheh entra, portant l'ordre de l'empereur enveloppé de jaune (1). (1) Le jaune est la couleur de l'empereur. PerSon fils s'écria: «Respectez les ordres de l'empereur. Ils s'agenouillèrent. (1) Tieh-u-sheh, voyant plusieurs mandaríns présents, dit : « Je suis chargé de faire la lecture de cet ordre ; mais ma vue est affaiblie. Monsieur, dit-il, en s'adressant au che-foo, ayez la bonté de le lire. » Celui-ci le prit, et lut ce qui suit :: « Cet ordre porte que Tieh-u-sheh ira à la maison de Tah-quay, et s'assurera de Han-yuen, de sa femme et de sa fille. En quelque endroit que ces trois sonne ne peut la porter que lui, et on ne l'emploie que dans les choses qui le concernent directement. (Duhalde.) (1) Tous les messages de l'empereur, qu'ils soient par écrit ou de vive voix, doivent être reçus à genoux. (Voy. les Lettres édif., VIII, 377; Hist. mod. univ., vIII, 164, et Duhalde.) personnes soient cachées, cet ordre autorise Tieh-u-sheh à les chercher et à s'en assurer. « Cet ordre sera valide pendant trois jours. » Cela fait, Tich-u-sheh et toute la compagnie firent une profonde révérence et se levèrent. Les grands-mandarins de la connaissance de Tah-quay se retirèrent en silence, et le laissèrent avec les deux mandarins de la ville. « Ces trois personnes, dit Tieh-u-sheh au che-hien, sont prisonnières de l'empereur; je les commets à votre garde, et je vais le trouver pour savoir ses ordres. » fond Han-yuen témoigna le plus prorespect à Tieh-u-sheh, reconnaissant que lui-même, sa femme et sa fille étaient redevables de la vie à sa pitié et à sa justice. Il leur dit qu'ils ne la devaient qu'à l'empereur; et, s'adressant au che-foo:« J'ai chargé, lui dit-il, le che-hien de ces personnes, pour les présenter à un tribunal supérieur; mais comme Tah-quay est un grand-mandarin, et d'un caractère grave et respectable, je vous charge de l'accompagner seul à la même audience. » Tieh-u-sheh s'en retourna ensuite à la prison avec son fils, pour y attendre les ordres de l'empereur. Il présenta une requête pour informer Sa Majesté de ce qu'il avait fait. Elle la reçut avec beaucoup de bonté, et lui répondit : « Vous avez très bien agi, et vous vous êtes conduit dans cette affaire comme un vrai mandarin de justice. Lorsqu'elle sera terminée, je vous élèverai à une plus haute dignité. » Elle expédia en même temps des ordres pour le faire sortir de prison. Cependant Tah-quay ne demeura point oisif. Il offrit des présents aux mandarins du tribunal; mais aucun n'osa les recevoir. Les parties irritées contre lui avaient des dépositions trop violentes, et pouvaient prouver l'enlèvement de même que le mauvais traitement, qu'elles avaient reçu. Les grands-mandarins de l'audience, voyant qu'il n'y avait d'autre pas moyen de sauver leur ami, prononcèrent le jugement suivant : « Tah-quay est âgé et n'a point d'enfants c'est ce qui l'a obligé à enlever : la jeune fille (1); mais quoiqu'il l'ait menée chez lui, il ne paraît point qu'il ait attenté à son honneur. Il descend d'une famille illustre ; plusieurs de ses ancêtres ont servi l'empereur en qualité de généraux, et ont fait de grandes conquêtes; il y a eu part, et a donné des preuves de sa capacité et de son courage. Tout cela considéré, comme l'enlèvement de la jeune femme n'a eu d'autre motif que celui énoncé, et qu'il ne lui a fait aucune violence, il ne paraît pas que son crime soit fort grand, ni qu'il mérite un châtiment sévère : (1) Les Chinois sont si jaloux de leur postérité, qu'ils regardent comme légitimes tous les moyens qui tendent à leur procurer des enfants. (Duhalde, vol. 1.) c'est ce que nous laissons à décider à Sa Majesté. » Voici quelle fut la réponse de l'empereur. K Tah-quay (1) est d'une famille illustre et d'un rang respectable : il s'est (1) L'original rapporte tous ses titres Tah-quay-gkeou-shau-lee: les deux premiers mots marquent son nom, les autres son rang, qui répond à celui de duc parmi nous. La noblesse à la Chine n'est point héréditaire, de manière que les fils mêmes des mandarins sont obligés de travailler à leur fortune. Malgré cela, il y a des occasions où l'empereur accorde à ceux qui se distinguent par leur mérite des titres de noblesse qui se transmettent jusqu'à la dixième génération, selon les services qu'ils ont rendus au public. Ceux qui les obtiennent ont soin de les spécifier dans leurs lettres, et de les écrire sur la façade de leurs maisons. Il y a cependant une famille qui fleurit depuis plus de deux mille ans sans interruption, et qui est la plus ancienne non rendu indigne de l'un et de l'autre. Il a fait un usage tyrannique de son pouvoir, en exerçant des violences sur des personnes. La fille était déjà promise à un autre, et par conséquent son entreprise est injuste. Ayant su que Tieh-u-sheh m'avait présenté une reseulement de la Chine, mais du monde entier. C'est celle de Confucius, célèbre philosophe chinois. Elle descend d'un de ses neveux, son fils étant mort sans enfants, et elle jouit encore aujourd'hui de plusieurs honneurs et immunités. On accorde encore à ceux qui sont du sang royal quelques honneurs héréditaires, qui consistent à porter une ceinture jaune, dans quelques titres de distinction, et dans une petite pension. Ceux-ci sont très nombreux, et quelques uns sont si pauvres, qu'ils cachent ces distinctions, pour ne point avilir leur naissance. (Voy. Duhalde, vol. 1, pag. 269, etc.-P. Magal, page 145, etc. - P. Semedo, page 121. derne univer. vii, 15. - Hist. moquête, il les a enfermées dans sa maison, au mépris de mon autorité, et a accusé à faux ce mandarin, en quoi il e abusé de ma confiance. La justice exige donc que je lui ôte son emploi, que je le relègue pour trois ans chez lui, et qu'il paie à Han-yuen une année dɩ revenu de sa charge. Ce n'est qu'en fa veur de ses ancêtres que ne le châ tie point plus sévèrement. Ma volont est que la jeune femme épouse Wey phey, que Han-yuen soit avancé en grade, et que Tieh-u-sheh soit promi à celui de tu-cha-yuen, ou de supérieu des vices-rois; et enfin, que le manda rin de l'audience, qui a jugé cette cause, perde trois mois de ses honoraires. » Ce jugement de l'empereur ayant été rendu public, tout le monde admira la sagesse et le courage de Tieh-chung-u. Sa renommée se répandit au-dehors, et il devint le sujet des conversations. Les mandarins vinrent de toute part lui rendre visite (1) et le féliciter; d'autres vinrent lui faire leurs compliments. « Ces honneurs et ces respects rendus à un jeune homme, disait le mandarin en lui-même, peuvent avoir des suites funestes, en l'exposant à l'envie, (1) Les Chinois regardent les visites comme une marque de politesse. Ils en font dans toutes les occasions, et tout s'y passe avec la plus grande formalité, selon l'étiquette du cérémonial public. Tout y est réglé, le nombre des révérences, les compliments, les titres, les génuflexions, les différents tours à droite et à gauche. (Voyez Duhalde, vol. 1 , page 226.) et en lui inspirant de l'orgueil; on peut les interpréter à son désavantage; ils peuvent même le rendre négligent. « - Mon fils, lui dit-il un jour, un arc trop tendu se rompt à la fin; tout excès est dangereux. Tah-quay est maintenant prisonnier; mais il obtiendra un jour sa liberté, et n'oubliera jamais l'offense que vous lui avez faite; il cherchera à s'en venger. L'empereur vient de m'accorder un emploi auquel je suis obligé de vaquer: je ne puis l'abandonner, et il faut que je reste ici; mais vous êtes le maître d'aller où bon vous semblera. Vous vous êtes acquis de l'honneur; on vous regarde comme un jeune homme d'une prudence et d'un courage extraordinaires; votre réputation ne saurait augmenter, et elle peut diminuer. Monsieur, lui dit Tieh-chung-u, je suis assez heureux pour avoir les mêmes sentiments. Je n'ambitionne point l'estime du public, et je m'absenterais volontiers, si mon devoir ne m'obligeait à rester auprès de vous, pour vous rendre les services qui sont en mon pouvoir. «- : Je n'en ai pas besoin, reprit le père je n'étais ci-devant qu'un petit mandarin, et le rang où je me trouve maintenant me met à couvert de la malice de mes ennemis. Retirez-vous donc de la cour, et continuez vos études, ou, pour mieux faire, voyagez. Je vous laisse libre de vos actions ; mais veillez attentivement sur vos passions; attachez-vous à modérer votre ressentiment, et à réprimer cette fougue de jeunesse à laquelle votre tempérament vous porte. » Tieh chung-u lui fit une profonde révérence, et se rendit chez sa mère pour lui faire ses adieux. Elle parut fâchée de le voir partir sitôt, et le pria de différer son voyage de quelques jours. Il y consentit; mais il reçut pendant trois jours un si grand nombre de visites, que, ne pouvant plus y tenir, il dit adieu à son père et à sa mère, et partit accompagné de son valet Siow-tan. Il arriva dans la ville où il avait coutume de faire sa résidence; mais sa renommée l'ayant devancé, il trouva le peuple en rumeur, et les rues où il passait remplies de monde. Les mandarins, ayant su son arrivée, vinrent lui rendre visite et le féliciter sur l'avancement de son père. " Quoi, dit Tieh-chung-u, j'ai quitté la cour pour me soustraire à l'importunité des visites, et j'en reçois plus que jamais! Ne valait-il pas mieux rester avec mon père : j'aurais eu l'avantage de vivre avec lui, et d'acquérir de véritables amis. La dissipation est la même ici, et je suis de plus privé de leur compagnie. Je veux donc profiter de la permission que mon père m'a donnée, et aller visiter les quatre parties du monde (1). Le mois fini, je laisserai le کر (1) Cette expression dans la bouche d'un Chinois signifie un peu plus que l'empire de la Chine. Le P. Duhalde raconte une histoire plaisante. Quelques lettrés prièrent un jour le-P. Chavagnac de leur montrer une carte du globe terrestre. Ils [p. 78] soin de ma maison à mon intendant, et je partirai. Lorsque ce temps fut écoulé, il fit ses préparatifs et partit avec son domestique. y cherchèrent long-temps la Chine. A la fin, ils prirent un des deux hémisphères, qui contenait l'Europe, l'Asie et l'Afrique, pour la Chine, jugeant l'Amérique trop grande eu égard au reste du monde. Le père les laissa quelque temps dans cette erreur; enfin un d'entre eux le pria de lui expliquer les lettres et les noms qui étaient sur la carte. Voilà, leur dit-il, l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Dans l'Asie se trouvent la Perse, les Indes. et la Tartarie. Où est donc la Chine? lui direntils. C'est ce petit coin de terre, et ce sont là ses bornes. Ils se regardèrent avec étonnement les uns les autres, et dirent en chinois: Sraute-kin (c'est bien petit). Vol. 1, page 280.