Hao Qiu Zhuan/fr/Chapter 7
Chapitre 7: 第七回 五夜无欺敢留髡以饮
De: Hau Kiou-Choaan, ou l'Union bien assortie, roman chinois. Paris: Moutardier, 1828
Note: Texte numerise par OCR. Numeros de page conserves comme [p. N]. Comparez avec l'original chinois et la traduction anglaise de 1761.
Sections originales: Tome 2, CHAPITRE V; Tome 2, CHAPITRE VI; Tome 2, CHAPITRE VII
CHAPITRE V (Tome 2)
Shuey-guwin, qui s'attendait à trouver sa nièce en défaut et à lui fermer la bouche, fut entièrement confondu en l'entendant se justifier avec tant d'éloquence. De retour chez lui, il trouva un domestique de Kwo-khé-tzu, qui lui dit : « Mon maître désire vous parler. » Shuey-guwin lui adressa ainsi la parole en entrant: « Tieh est sans doute dans la maison de ma nièce; c'est elle qui l'a fait venir pour se montrer reconnaissante du service qu'il lui a rendu. «--Comment, répondit Kwo-khé-tzu en colère, une fille ose-t-elle recevoir un homme dans sa maison? Vous êtes son oncle et son plus proche parent: c'est à vous qu'il appartient de la châtier, à vous qui êtes chargé de sa conduite ; votre devoir vous y oblige, et vous ne pouvez vous en dispenser. «-Hélas! je lui ai parlé, et je lui ai adressé beaucoup de reproches; mais elle a une langue dont elle sait très bien se servir, elle à une bouche d'où il sort des paroles plus tranchantes que la lame d'un canif ou d'un rasoir. A peine ai-je eu le temps de lui dire un mot, elle m'a allégué aussitôt un grand nombre d'arguments tirés des auteurs tant anciens que modernes, et elle m'a accablé d'une multitude de raisons auxquelles je n'ai su que répondre. » Kwo-khé-tzu fut curieux de connaître ce qu'elle avait allégué pour se justifier. Shuey-guwin lui rapporta les raisons dont il se souvenait. Alors Kwo-khé-tzu s'emporta comme un furieux et un enragé. Ce n'est qu'un prétexte, dit-il; tout cela part de sa bouche plutôt que de son cœur. Pouvez-vous croire à ses paroles! ་ -Jen'y ajoute aucune foi; mais quel remède employer? Elle n'a rien fait dont on puisse la blâmer, sa conduite n'a rien de clandestin, et on ne saurait lui imputer aucun crime. «―J'ai parlé hier de cette affaire avec mon ami Chun-kéé. Il m'a dit que ce jeune homme est très beau, et que la vue de votre nièce, qui est fort belle, lui avait inspiré un ardent amour. Ce motif l'a engagé à prendre connaissance de ce qui s'est passé chez le che-hien. Croyez-vous que votre nièce n'ait d'autre but que de reconnaître la politesse de Tich, et de le récompenser de sa vertu? Ce n'est qu'un prétexte pour abuser le public. Elle est poussée par un tout autre motif: car comment un jeune homme et une fille pourraient-ils vivre ensemble dans la même maison, sans qu'il se passe rien de mal entre eux? Fussentils des dieux, la chose serait impossible. « Il est inutile de parler plus long- R temps à ce sujet. Aussitôt que je serai de retour chez moi, j'enverrai une servante qui épiera leur conversation sans qu'ils s'en aperçoivent si je découvre le moindre mal dans leur conduite, nous les accuserons. » : Kwo-khé-tzu approuva son dessein et retourna chez lui pour le mettre à exécution. Shuey-guwin attendit que la nuit fût venue, et ayant ouvert une porte qui communiquait avec la maison de sa nièce, il appela une fille intelligente, et la fit cacher dans le bûcher, avec ordre d'épier avec soin tout ce qui se passerait. Elle obéit, et se tint dans l'endroit indiqué (1). Minuit étant (1) Les maisons des Chinois sont élevées d'un seul étage: on peut comprendre ainsi comment une personne cachée dans un bûcher peut voir tout ce qui s'y passe. sonné, Shuey-ping-sin se retira dans sa chambre, et la fille retourna chez son maître. Celui-ci l'interrogea aussitôt. « Le jeune homme, dit-elle, se trouve un peu mieux ; mais il garde toujours le lit, sur lequel on lui apporte sa nourriture. «-Que fait ma nièce ? «-Elle reste dans la salle avec ses gens, qui s'occupent à faire du thé, des bouillons et d'autres remèdes. -Est-t-elle entrée dans la chambre du jeune homme ? «-Non: un seul domestique y entre pour lui porter ce dont il a besoin. «-Elle est donc sage et circonspecte? On vous a sûrement gagnée, et vous ne me dites pas la vérité. » La domestique confirma son récit par un serment solennel. Shuey-guwin la renvoya, et envoya tous les soirs des gens pour épier leur conduite. Ceux-ci lui rapportèrent tous la même chose. Il alla donc trouver son gendre, qui l'attendait avec impatience. « Voici quatre nuits, dit Shucy-guwin, que j'envoie des gens chez elle pour l'épier, sans que je puisse trouver le moindre reproche dans sa conduite. Ma nièce est juste et parfaite. «-Ah! reprit Kwo-khé-tzu, cela est bon à dire à des idiots. Je ne connais qu'une seule femme qui lui ressemble : c'est Leeu-hiau-whoey. Si ce que vous dites est vrai, votre nièce sera la seconde; mais je n'ai pas assez de foi pour le croire. Permettez que j'aille chez le che-hien je le prierai d'envoyer chercher : une de ses servantes, et je suis assuré qu'en lui faisant mettre les doigts à la torture (1), il la forcera bientôt à avouer la vérité alors vous serez convaincu de : mes paroles. Continuez de la faire épier, observez bien toutes ses démarches, et vous ne tarderez pas long-temps à revenir de votre erreur. » Aussitôt qu'il fut parti, Kwo-khé-tzu alla trouver le che-hien, et lui raconta ce qui se passait chez la demoiselle. « Comme je ne puis, dit-il, m'en rap- (1) La torture qu'on applique aux mains des criminels consiste à mettre les doigts contre trois petites pièces de bois, appelées toan zu, que l'on presse les unes contre les autres; on les serre ensuite avec une petite corde, et on les entoure de papier : le criminel reste dans cet état pendant quelque temps. (P. Duhalde, vol. 1, p. 313; P. Semedo, p. 143; Ogilby, vol. 2, p. 436.) porter à ces seules apparences, je vous prie d'envoyer chercher une de ses femmes, afin qu'elle avoue la vérité. «-Quelque disposé que je sois à vous servir, reprit le magistrat, je ne puis agir contre les lois de la justice. Pour citer quelqu'un devant mon tribunal, il faut présenter une requête dans laquelle vous exposiez vos griefs. Cette affaire regarde une jeune demoiselle d'un rang élevé, et exige ainsi beaucoup de ménagement. Ce que vous m'avez dit d'elle et de l'étranger n'a rien qui soit blåmable; je ne pense pas avoir le droit de la faire arrêter. --Quoi! vous laisserez donc s'assoupir cette affaire! vous qui êtes le père de la ville, et qui devez veiller sur la conduite et les moeurs de ses habitants ! Vous permettez donc qu'un jeune homme et une jeune fille vivent ensemble dans le libertinage! N'est-ce pas permettre qu'on viole les lois ?. Quiconque commet les crimes dont vous parlez viole la loi; mais je ne vois dans la conduite de ces jeunes gens rien de blâmable ou de contraire à la modestie. Vous ne pouvez avoir oublié la manière dont Shuey-ping-sin s'est conduite jusqu'à présent, ainsi que la réputation qu'elle s'est acquise. Soyez donc assuré qu'en recevant cet étranger chez elle, pour le soigner durant sa maladie, elle n'a rien fait qui puisse blesser son honneur. «-Hélas! je n'ai donc pris tant de peines que pour me voir déçu dans mes espérances. N'abandonnez point, je vous prie, cette affaire; imaginez quelque expédient pour en connaître le fond. -Ne vous chagrinez point : j'ai un officier de l'audience d'une dextérité sans égale, et à qui rien n'est impossible. Il est entré à mon service depuis peu de temps, et je viens de l'envoyer en prison pour une faute qu'il a commise. Je vais lui accorder son pardon, et je le chargerai d'épier ce qui se passe chez la demoiselle. Si nous pouvons découvrir quelque chose de criminel dans sa conduite, vous n'avez qu'à me présenter une requête, et il yous servira de témoin; mais autrement, je vous conseille d'abandonner cette affaire. » Kwo-khé-tzu approuva son dessein, et lui dit : « Si vous voulez bien me rer dre ce service, vous m'obligerez sensiblement, et j'aurai pour vous le même respect que pour mon père et ma mère. » Aussitôt qu'il fut sorti, le mandarin envoya chercher Shan-yeo, et lui parla en ces termes : « D'après la faute que vous avez commise, vous devriez être privé de votre emploi. Cependant, comme j'ai besoin de vous, je consens à vous pardonner, à condition que vous vous acquitterez fidèlement de la commission que je vais vous donner. Allez chez la jeune demoiselle Shuey-ping-sin, tâchez de vous introduire chez elle, et cachez-vous dans un endroit d'où vous puissiez voir et entendre tout ce qui s'y passe. Elle a reçu un jeune homme chez élle, et je serais bien aise de savoir de quelle manière ils se conduisent en- [p. 124] semble. Allez, et informez-moi exactement de ce qui se passera ; mais prenez garde de me tromper il vous en coùterait la vie. «-Monsieur, répondit Shan-yeo, je ne suis point capable de vous tromper, et soyez assuré que vous serez exactement instruit de ce que j'aurai vu et entendu. »
CHAPITRE VI (Tome 2)
Kwo-khé-tzu, ayant appris que l'émissaire du che-hien était parti pour remplir sa mission, demeura chez lui, attendant avec impatience le résultat de cette démarche. Shan-yeo, ayant reçu ses ordres, alla aussitôt reconnaître la maison, pour aviser aux moyens de s'y introduire. Lorsque la nuit fut venue, il escalada une muraille, et se glissa dans le vestibule. Alors il entendit des gens qui préparaient dans la cuisine un repas pour Tieh-chung-u, et qui s'entretenaient de sa guérison. Il passa ensuite dans la salle, qui n'était point encore éclairée, et se cacha sur une poutre (1), d'où il pouvait voir commodément ce qui se passait. Il n'y avait pas long-temps qu'il était caché, lorsqu'il entendit Shuey-ping-sin ordonner à ses domes- (1) Pour comprendre ceci, il faut se souvenir que les maisons à la Chine n'ont qu'un étage, et que les salles où l'on reçoit les visites sont extrêmement simples, n'étant ornées que d'un seul rang de colonnes de bois peintes ou vernissées, qui soutiennent les maîtresses poutres et la charpente, de manière qu'il reste un vide sous les tuiles. (P. Lecompte, tome 1, p. 226; P. Duhalde, etc.) tiques de pendre un rideau (1) de nacre de perles à travers la salle, de placer la table pour son hôte au-dehors, et de mettre dessus deux flambeaux. Elle leur recommanda aussi de placer une seconde table (2), mais sans lumière, en-deçà (1) C'est-à-dire une espèce de treillis enrichi de nacre de perles. Les Chinois amincissent les coquilles de nacre, et s'en servent comme de carreaux pour les fenêtres de leurs maisons. (P. Duhalde, vol. 1, p. 286, etc.) (2) Les Chinois observent beaucoup de cérémonie dans la manière dont ils placent leurs tables. Dans les grandes fêtes, ils les placent de côté et d'autre de la salle, de manière que les convives sont en face les uns des autres. Ils les avancent ou les reculent, les exhaussent ou les abaissent, selon le rang et la qualité de ceux qu'ils invitent. Ils font honneur aux étrangers à proportion de l'éloignement de leur pays. (P. Duhalde, vol. 1, p. 299, 301, etc.) du rideau, afin d'observer ce qui se passait, sans être aperçue. Par ses ordres, un magnifique tapis fut étendu sur le plancher; deux domestiques se tinrent entre les deux tables. Lorsque tout fut prêt, elle fit appeler Siow-tan, et l'invita à prier son maître de passer dans la salle. Tieh-chung-u se trouvait que guéri de la maladie que le poison presmêlé avec la rhubarbe lui avait causée. Sa joie était d'autant plus vive qu'il se voyait en état de remercier lui-même Shuey-ping-sin de ses bontés. Lorsque Siow-tan vint lui dire que cette demoiselle l'invitait à un repas, il sortit de sa chambre, et fut extrêmement flatté de l'ordre qui présidait à tous les préparatifs. Shuey - pingsin l'envoya prier de prendre la place d'honneur, en lui disant qu'elle lui était due. Après avoir fait étendre un tapis en-deçà du rideau (1), elle envoya un domestique l'assurer de ses respects. Tieh-chung-u, apprenant les honneurs qu'elle lui faisait, répondit que c'était à lui à lui rendre les siens. Ils se saluèrent l'un l'autre quatre fois (2); ensuite la demoiselle parla ainsi derrière le rideau : (1) Dans une première visite, lorsque les personnes sont du même rang, on met un tapis devant elles, et après le premier salut, elles se mettent à genou, et frappent quatre fois de leur front la terre. (P. Semedo, p. 59; Ogilby, vol. 2, P. 442.) (2) La politesse des dames chinoises se borne ordinairement à une simple révérence. Quoique cette coutume soit générale, il y a cependant des occasions où elles se mettent à genou comme les " Mon père, malheureusement pour moi, est absent. Nous ne sommes point mariés ni l'un ni l'autre, et l'on trouve mauvais que je vous aie reçu chez moi. Vous m'avez rendu un si grand service, que j'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour le reconnaître, et je me mets fort peu en peine des bruits qui courent sur notre compte. Si j'avais agi autrement, j'aurais été plus cruelle qu'une bête sauvage. La joie que j'éprouve de votre rétablissement est si grande, que j'ai cru devoir vous la témoigner par un petit repas; j'espère que vous voudrez bien le partager. «—Madame, répondit Tieh-chung-u, hommes, et inclinent la tête trois ou quatre fois, selon que la politesse l'exige. (V. le P. Semedo, p. 58; le P. Duhalde, vol. 1, p. 295.) vous n'avez point votre pareille dans le monde; personne ne vous égale en vertu et en sagesse. Je ne pensais qu'à la mort lorsque j'étais dans le couvent. Dénué de tout secours, je ne m'attendais pas à ce qu'un ange consolateur soulageât mes maux. Je n'ose vous comparer à aucune femme de notre temps; vous êtes sans doute une héroïne des premiers siècles, envoyée, par le ciel pour me sauver la vie. Comment reconnaître tant de bonté et de vertu! Asseyez-vous, je vous prie, et permettez-moi de vous témoigner mon humble reconnaissance en me prosternant devant vous. » La demoiselle le pria de passer sous silence ces compliments, et répondit qu'elle n'avait fait que remplir ses devoirs. HAU-HIOU-CHOAAN, Quels malheurs n'aurais - je pas éprouvé, ajouta-t-elle, si je ne vous avais rencontré lorsqu'on m'enlevait de force! Vous avez été mon protecteur, et c'est moi qui dois me prosterner devant vous; vous êtes le seul homme au monde qui ait eu assez de vertu et de courage pour me délivrer du péril où je me trouvais. » Le domestique qui lui rapporta ces paroles annonça en même temps qu'elle lui faisait ses compliments. Tieh-chung-u y répondit d'une manière convenable; ensuite ils s'assirent l'un et l'autre. Shuey-ping-siu ordonna à un domestique de lui présenter du vin (1). Lorsqu'il eut vidé trois tasses, elle lui demanda (1) C'est la plus grande politesse qu'on puisse ROMAN CHINOIS. quelle affaire l'avait amené dans la province de Shan-tong. « J'ai entrepris, répondit-il, du consentement de mon père, un voyage qui m'y a amené. » faire à un homme à qui l'on veut parler. (Voy. le P. Duhalde, vol. 1, p. 600.) Les Chinois ne font point leur vin avec le raisin, mais avec une espèce de riz différent de celui dont ils font leur nourriture. I:s en font aussi avec du froment, et en tirent de différentes espèces de fruits. Les Chinois tirent encore par la distillation une liqueur spiritueuse de la chair de mouton, d'agneau, etc., dont les Tartares font un très grand cas. Quoique le thé soit la boisson ordinaire des Chinois, ils sont aussi fort adonnés aux liqueurs spiritueuses. En Chine on a coutume de manger froid et de boire chaud. (Voyez Duhalde, vol. 1, p. 300, 303; Histoire moderne et universelle, vol. 8, p. 279.) Cette réponse excita si vivement sa curiosité, qu'elle l'interrogea sur le motif de ce voyage. Tieh-chung-u lui dit : " « Pendant que j'étais à la cour, j'ai délivré une jeune femme des mains d'un grand-mandarin nommé Tah-quay, qui a été condamné à trois ans de prison. Mon père, craignant qu'il ne se venge tôt ou tard, m'a conseillé de voyager. Peu s'en est fallu que je n'aie éprouvé un plus grand malheur. Qui pourrait s'imaginer qu'il y eût au monde des personnes aussi méchantes que le che-hien et le jeune mandarin, et qu'ils eussent poussé la scélératesse jusqu'à vouloir m'ôter la vie! Comme je suis maintenant guéri, j'irai demain chez le che-hien, et je publierai sa conduite en présence de tous les habitants. Je veux 135. l'arracher de son tribunal et l'accabler de coups, à la vue de tout le monde ; je le mènerai ensuite devant le vice-roi de la province, qui est fort ami de mon père, et je lui ferai ôter son emploi, en présence de toute la cour. «--Cela n'est pas difficile, dit la jeune demoiselle. On connaît sa conduite, et personne ne sera surpris de så disgrâce, depuis la dispute que vous avez eue avec luj. Mais considérez, je vous prie, la corruption de notre siècle. Aujourd'hui deux mots seuls règlent la conduite des mandarins et du peuple, savoir, richesse et autorité. Le che hien a vu que mon père était disgracié et banni; le père de Kwo-khé-tzu a été élevé à une haute dignité: est-il étonnant qu'il ait craint d'offenser un jeune homme appuyé sur une aussi puissante protection? S'il l'eût fait, il eût couru risque de perdre sa place. Considérez qu'il lui a fallu beaucoup d'études pour l'obtenir; il a employé quinze à vingt ans pour remplir ses grades et pour y parvenir. Jugez par là combien il doit craindre de perdre son emploi, et ne soyez point surpris qu'il se serve de moyens illicites pour le conserver. Enfin, je vous conseille de lui pardonner, et d'avoir pitié de lui. » Tieh-chung-u, quoique étonné de cet avis, en comprit la sagesse. Il rompit enfin le silence et lui dit : « J'ai été jusqu'ici le jouet de mes passions, et j'ai fermé les oreilles à la voix de la raison. Je m'étais fait une loi de persister dans la résolution que j'a- · ROMAN CHINOIS. vais prise, bonne ou mauvaise; mais je reconnais aujourd'hui la témérité et la folie de ma conduite. J'avouerai même à ma honte que, lorsque j'entrepris de vous tirer des mains de Kwo-khé-tzu, je suivis plutôt la chaleur et la fougue de mon tempérament qu'un motif louable. Vos paroles ont fait sur moi une impression qui ne s'effacera jamais. Vous m'avez convaincu je pardonne au che-hien, et je ne veux plus l'inquiéter, j'en fais le serment. Combien je m'estime heureux de vous avoir rencontrée, non seulement à cause des bienfaits que j'ai reçus de vous, mais encore à cause des instructions que vous m'avez données et que je n'oublierai jamais! : «-Monsieur, vous me donnez ainsi des preuves de votre fermeté, de votre vertu, et du penchant que vous avez à pardonner les injures qu'on vous a faites. » Ces paroles confirmèrent Tieh chung-u dans les sentiments pacifiques qu'il avait conçus, et restèrent gravées profondément dans sa mémoire. « Madame, dit-il, je ne sais comment vous remercier de vos bontés à mon égard. Je compte partir demain. «―Je vous ai fait conduire ici, reprit la demoiselle, à cause de votre maladie : ce motif est si louable, qu'il me justifie des reproches qu'on peut m'imputer. Vous êtes le maître de partir ou de rester, et je ne prétends point vous imposer aucune gêne; mais votre départ me semble bien précipité. Faites-moi la grâce de le différer d'un jour ou deux : ce délai nous permettra de nous entretenir plus au long sur le sujet que nous avons abordé. «-Puisque vous le désirez, madame, je resterai encore ici deux jours. » Lorsqu'il eut fini de parler, Shuey-ping-sin ordonna à ses domestiques de lui verser du vin. Après avoir bu, il continua ainsi : « à J'ai entrepris ce voyage du consentement de mon père, pour me garantir des disgrâces que je pouvais essuyer la cour. Puisque j'ai été assez heureux pour rencontrer une personne aussi prudente et aussi sage que vous, je vous prie de vouloir bien m'indiquer quelle route je dois prendre. Quel est votre avis? «Je ne blâme point la résolution que vous avez prise de voyager pour acquérir des connaissances; mais si vous voulez être véritablement sage, vous agirez beaucoup plus sagement en restant chez vous (1). Notre premier doc- (1) Les connaissances estimées chez les Chinois sont celles de la morale, du gouvernement, de l'histoire, des arts et de la littérature de l'empire; les voyages leur semblent inutiles, et quiconque est studieux paraît en état de les acquérir. Aussi font-ils très grand cas des gens d'étude. Un de leurs docteurs a été appélé, à cause de la vie retirée qu'il menait, le docteur de la porte fermée. (Voy. Duhalde, vol. 1, page 386.) Comme les Chinois regardent toutes les nations limitrophes comme des barbares, ils ne se soucient point de voyager. Ils ont un souverain mépris pour les étrangers, et s'imaginent que leur empire comprend la meilleure et la plus grande partie de la terre habitable : ils l'appellent Tien hia, ou tout ce qui est compris sous le ciel. Ils 14F teur Chang-lee, qui savait toutes choses, a toujours vécu dans la retraite. Votre l'appellent encore Chon-que, ou le royaume du milieu, parce qu'ils le placent au centre de la terre, qu'ils croient carrée. Pour se conformer à cette opinion, un missionnaire plaça la Chine au centre d'une mappemonde qu'il avait dressée pour leur usage. Les Chinois donnent dans leurs cartes une étendue immense à leur empire, et placent tous les autres royaumes, dont le nombre, selon eux, s'élève à 72, au hasard, comme autant de petites îles qu'ils désignent par des noms ridicules, par exemple Siao-gin-que, le royaume des nains, prétendant que les habitants sont si petits qu'ils sont obligés de s'attacher plusieurs ensemble, en forme de grappe, pour n'être point enlevés par les aigles et les vautours ; Chuen-sinque, ou le royaume dont les habitants ont un trou au milieu de la poitrine, dans lequel ils enfoncent un morceau de bois, et se transportent les uns les autres d'un pays dans l'autre. (Voy. le P. Magal.) Depuis qu'ils ont entendu parler de l'Europe ils l'ont placée dans leur carte comme une des îles " père occupe un poste considérable à la où les savants sont en grand nomcour, des Canaries, et comme un pays inculte. Le viceroi de Gantong, en 1668, après en avoir parlé, dans un mémoire qu'il présenta à l'empereur, au sujet de l'ambassade des Portugais, ajoute: « Nous savons, à n'en point douter, que l'Europe ne forme que deux petites îles au milieu de la mer. » Cependant les Chinois sont revenus de leur erreur depuis qu'ils font le commerce avec les Européens. Leur orgueil est si grand, qu'ils n'ont jamais daigné envoyer des ambassadeurs à aucun souverain étranger, et qu'ils regardent les lettres qu'on leur envoie et les présents qu'on leur offre comme un tribut et une marque de soumission: aussi mettent-ils, dans kurs histoires, les pays qui envoient des ambassadeurs au nombre des royaumes tributaires de la Chine. On peut juger de la manière dont les Chinois regardent les autres nations par ces paroles du défunt empereur Yong-ching, qui mourut le 7 octobre 1735, et qu'il adressait aux jésuites : « Je suis maître souverain du royaume du milieu; tous les autres états, grands et petits, me paient tribut; bre: pourquoi donc vous exposer à tant de fatigue pour visiter les pays étrangers? Vous ferez mieux, selon moi, de retourner chez votre père; il peut aisément obtenir pour vous une place auprès de l'empereur. Tieh-chung-u fut ravi de son conseil, et l'en remercia en ces termes : « Ce que vous venez de me dire, madame, est extrêmement sensé; vous me tirez de la léthargie dans laquelle j'étais plongé depuis que je suis né, » On lui présenta une grande tasse de vin (1); il le but, et continua ainsi : je prends plaisir à les instruire; s'ils profitent de mes leçons, taut mieux; sinon, peu m'importe.» (Voy. les Lett. édif., rec. 18, préf. 34; le P. Magall., page 61, 2; Duhalde, vol. 1, page 45, 237, 394, 668; Confucius, page 3, etc.) (1) Les tasses des Chinois sont d'argent, de por- ་ « Comment, à votre âge, possédezvous autant de connaissances? «-Hélas! reprit-elle, ce que je sais est bien peu de chose. Où aurais-je acquis de la science? » Après quelques autres propos semblables, le jeune homme comprit qu'il celaine, ou de quelques bois précieux; on les sert sur des soucoupes d'argent on de bois vernissé. Celles dont ils usent au commencement du repas ne tiennent pas plus d'une cuillerée de vin, mais ils en prennent ensuite de plus grandes. Ils boivent avec beaucoup de cérémonie. Dans les grands repas, le maître d'hôtel met un genoux en terre, et crie à haute voix : « On vous invite, messieurs, à prendre chacun votre tasse. » Alors chaque convive prend sa tasse à deux mains, la lève à la hauteur de sa tête, la baisse ensuite sous la table, et tous boivent à la fois à trois ou quatre reprises. Au second avertissement, ils prennent leurs baguettes d'ivoire, et mangent tous à la fois. avait assez bu, et que la politesse exigeait qu'il se retirât. Il se leva, et la jeune demoiselle lui dit qu'elle ne voulait pas le retenir plus long-temps, de peur de nuire à sa santé ; et qu'au reste il était le maître d'agir comme bon lui semblerait. Elle ordonna à un domestique de l'éclairer, et de le conduire dans sa chambre. " Siow-tan, l'ayant rencontré, lui dit : Bien, Monsieur! Lorsque vous sortez de maladie, pourquoi vous retirer aussi tard? La cloche a sonné cinq fois (dix heures sonnées) (1). » Shuey-ping-sin (1) Les Chinois, et quelques autres nations orientales divisent le jour naturel en douze heures, qu'ils commencent à compter à minuit ainsi une de leurs heures en vaut deux. Ces heures, du moins parmi le bas peuple, sont crdonna à ses domestiques de ne point le quitter avant qu'il fût couché. Après · chacune désignées par le nom d'un des douze sigues, et leurs diseurs de bonne aventure leur attribuent une qualité prédominente, selon la nature de l'animal dont elles portent le nom. On peut voir à ce sujet la dissertation que le fameux Goliuse a mise à la fin de l'Atlas de la Chine, du P. Martini. On y a joint une table curieuse des caractères dont les Chinois se servent pour distinguer leurs heures. J'en ai extrait la liste de leurs noms, de même que les heures qui leur répondent, selon notre façon de compter. II, cheu. HI, yin. 4, 5. 1, çu. IV, mao. 12, 1 minuit, 2, 3. 6, 7- V, shin. VI, su. VII, u. VIII, vi. 8, 9, 10, II. 12, 1 midi. 2, 3, IX, shin. X, yeu. XI, sio. XII, hai. 4, 5. 6, 7, 8, 10, 11. J La première de ces heures, à l'instant où onze heures sonnent chez nous ; il en est de même des autres. Chacune de ces heu ou cu, commence qu'on eût ôté le couvert, elle se retira dans son appartement. Shan-yeo, voyant ce qui se passait, res est partagée en d'autres parties plus petites, qui répondent à nos minutes, etc. Nous nous servons de nombres pour compter nos heures, et de noms particuliers pour désiguer nos mois; les Chinois au contraire désignent leurs mois par des nombres, leurs heures par des noms et des caractères particuliers. Nous disons, par exemple, janvier, février, etc.; mais les Chinois disent le premier ou le second mois. Nous disons une, deux, trois heures, et les Chinois ont des noms particuliers pour chacune, comme on peut le voir dans la table. Si les Chinois l'emportent sur nous par quelques inventions, ils nous sont fort inférieurs sur la manière de compter les heures du jour. Voici comment ils s'y prennent: Il y a dans chaque ville une tour, où l'on mesure les heures par le moyen d'un clepsydre, qui consiste dans un vaisseau d'où l'eau, s'écoulant dans un autre, marque les noms des heures sur un ais. Lorsque et jugeant qu'il était inutile de rester plus long-temps, descendit, franchit la muraille, et alla se coucher. Le lendel'heure sonne, des gens préposés pour cet effet en avertissent le public, en frappant sur un gros tambour, et montrent l'ais ou la tablette sur laquelle le nom de l'heure est marqué en caractères d'or de la longueur d'une demi-aune. (Voyez Dayer, tome 2, p. 336.) Les Chinois emploient dans leurs annales des cycles de 60 ans, de même que les Grecs employaient les olympiades. Leur année civile, qui commence vers le 25 janvier, est de 354 jours, qu'ils ajustent avec le cours du soleil, en ajoutant un mois intercalaire chaque 3e ou 5e année. Quoique les Chinois n'observent pas le sabbat, ils divisent néanmoins la semaine comme nous selon l'ordre des planettes, comptant successivement le 28 de chaque mois de sept en sept. (Voy. Duhalde, vol. 2, page 132; Selden, Jus nat. et gent., lib. 3, cap. 22; Huet, Demonst. évang., prop. 4, cap. 11, p. 264; Grotius, De veritate, lib. 1, sect. 16. main matin, il se présenta à l'audience du che-hien. Celui-ci, ne voulant point lui parler en public, lui fit signe de passer dans son cabinet. Shan-yeo lui raconta ce qu'il avait vu et entendu. Lorsqu'il exposa les témoignages de ressentiment que Tieh-chung-u avait donnés pour l'injure qu'il avait reçue, et les menaces qu'il avait faites de venir l'insulter à l'audience, et de le traduire devant le vice-roi de la province, ce magistrat, qui se sentait coupable, fut tellement effrayé, qu'il fit fermer les portes de la salle d'audience, et publier qu'il ne recevrait ce jour-là aucune requête. « Ne vous effrayez pas, Monsieur, lui dit Shan-yeo: cet étranger, malgré ses menaces, ne viendra pas aujourd'hui. La jeune demoiselle l'a apaisé, en lui 150. disant que vous n'étiez point un homme d'un savoir même médiocre (1), que vous ne connaissiez ni la vertu ni la grandeur d'âme, et que vous ôter un emploi qui vous avait coûté tant de travail et d'étude à obtenir, ce serait vous. rendre misérable. Elle l'a prié d'avoir pitié de vous, et d'oublier l'injustice que vous lui aviez faite. » (1) Les Chinois n'ont point d'alphabet, mais des caractères dont chacun exprime un mot, ou, plutôt l'idée que ce mot signifie. Comme le nombre de nos idées est presque infini, on ne doit pas être surpris que le nombre de leurs caractères monte à près de 80,000, quoique leurs mots ne passent pas 3000. Les Chinois parlent plutôt aux yeux qu'aux oreilles aussi tout se passe chez eux en mémoires et en requêtes. Comme tous leurs livres sont écrits dans ces caractères, ceux qui en savent le plus sont estimés les plus savants; et comme ces caractères sont non seulement nom-. Après lui avoir rapporté plusieurs autres particularités de leur conversation, il lui dit : «Voilà, Monsieur, quel a été leur entretien; tout s'est passé entre eux avec beaucoup de décence et de politesse. Shuey-ping-sin a remercié son hôte du service qu'il lui avait rendu en venant à son secours, et lui, à son tour, des peines qu'elle s'était données dnrant sa maladie. Je n'ai vu ni entendu rien de plus. t breux, mais extrêmement compliqués, chaque idée complexe étant exprimée par un caractère composé de quantité d'autres simples, il s'ensuit qu'il faut beaucoup de temps et d'application pour les connaître et pour les écrire. On prétend néanmoins que, pourvu qu'on en connaisse 10,000, on est en état de s'exprimer et de lire la plupart des livres. La plupart des savants n'en connaissent que 15 à 20,000, et peu de docteurs plus de 40,000, (Voyez Duhalde, vol. 1, page 363, 364, etc.) que Le che-hien, ayant appris les services. la demoiselle lui avait rendus, et se voyant hors de danger, fut très content, et dit : « Shuey-ping-sin est une femme qui a autant de bonté que d'esprit. Elle n'agit ainsi que pour reconnaître la politesse qu'elle a reçue de moi lorsque je l'ai fait conduire chez elle en chaise à porteur. Mais n'ont-ils rien dit qui puisse offrir une mauvaise interprétation? <«- Rien du tout, répondit Shan-yeo: leur conversation n'a roulé que sur la morale et sur des traits de l'histoire ancienne; ils n'ont rien fait qui puisse blesser ni la vertu ni la bienséance. » Le che-hien se tut pendant quelque› temps, et s'écria à la fin : « Cet événenement est incroyable. Est-il possible qu'une jeune fille, belle et vermeille comme une rose, et qu'un jeune homme aussi brillant que le crystal, vivent dans la même maison, conversent cnsemble, boivent du vin; que, tous deux reconnaissants, tous deux spirituels et ingénieux, ils ne laissent échapper aucune parole amoureuse dans leur conversation, et conservent toute la sainteté d'un ermite et d'un sage? Personne ne croira jamais. Sans doute on vous a le payé pour me cacher la vérité; vous avez reçu quelque présent. -Monsieur, je n'ai aucune liaison avec eux, et ils ne me connaissent point: comment pourraient-ils m'avoir offert un présent? Je vous jure que je n'ai pas dit une syllabe qui ne soit vraie. » Le che-hien, entendant ce récit, fut frappé d'admiration. " « On n'a jamais vu, dit-il, deux personnes aussi vertueuses, Si ce que vous dites est vrai, la vertu de Tieh-chung-u est rare, et le savoir de Shuey-ping-sin extraordinaire. Si j'étais grand mandarin, je les ferais connaître à l'empereur, afin qu'il les récompensât (1) comme ils le méritent. Ayant ensuite appelé Shan-yeo : « Je compte, ajouta-t-il, que tout ce que vous m'avez dit est vrai : en consé- (1) C'est un usage en Chine de rendre des honneurs particuliers aux personnes qui se distinguent par leurs vertus. On leur érige des arcs de triomphe, et on insère leurs noms dans l'histoire topographique du lieu où elles sont nées. On peut voir divers extraits de ces histoires dans le P. Duhalde. quence, je ne vous accuse point jusqu'à présent; mais si je découvre que vous ayez menti, vous serez châtié sévèrement. » Il le renvoya ensuite en lui recommandant d'être plus sage à l'avenir. Le che-hien se mit à réfléchir sur la conversation de ces deux jeunes gens, sur leurs remarques judicieuses relatives aux mots de richesse et de puissance, sur le pouvoir qu'elles avaient sur le cœur humain, et sur la difficulté de résister à leurs charmes. « Ce sont, dit-il, deux personnes extraordinaires. Leurs pères occupent des postes considérables: comment ai-je été assez insensé pour vouloir leur nuire ? Si le jeune étranger avait suivi les impulsions de son ressentiment, et s'il m'eût traduit chez le vice-roi, j'aurais perdut ma charge et j'aurais imploré inutilement le secours du père de Kwo-khé-tzu. J'occupe un poste assez considérable; mon rang de tsin-së (1) (docteur en loi) exige que je sois respecté; je ne saurais l'être qu'en agissant conformément aux lois de la justice et de la sagesse. Pourquoi donc ambitionner si ardemment les honneurs et les richesses,. qui n'ont aucun prix réel par ellesmêmes, et qui peuvent causer de si grands maux. Tandis que je néglige ma sûreté et ma réputation, cette jeune fille (1) Le P. Duhalde écrit tsin-së ou tsë. Il est si difficile d'assujettir les mots chinois à notre orthographe, qu'il n'est pas étonnant de trouver une si grande varieté dans les auteurs. (Voy. le P. Duhalde, vol. 2, p. 140.) m'assure l'une et l'autre. Tieh-chung-u, continua-t-il, est un jeune homme plein de probité, de vertu et de sagesse, et si cette jeune fille néglige de l'épouser, elle ne trouvera jamais un parti aussi convenable. Shuey-ping-sin joint à une grande vivacité d'esprit et à beaucoup de jugement une grande connaissance des livres et un grand fonds de littérature: où ce jeune homme trouvera-t-il jamais une femme qui lui ressemble? Je crois qu'il serait à propos de m'intéresser pour ces personnes accomplies, et de faire conclure ce mariage. » Pendant qu'il agitait ces réflexions, Kwo-khé-tzu, qui brûlait d'impatience de savoir ce qui s'était passé, arriva. Le che-hien le lui raconta mot pour mot, et lui dit : [p. 158] « Vous ne devez point regarder cette demoiselle comme une personne ordinaire. Elle égale par son esprit et sa capacité les hommes les plus sages. Il sera difficile d'obtenir son consentement suivant vos désirs. Ne songez donc plus à elle, et jetez vos vues sur une autre. » Kwo-khé-tzu, apprenant en détail ce qui s'était passé, et voyant que la conduite de Shuey-ping-sin était irréprochable, ne sut que répondre. Il commença même à sentir que de nouvelles démarches seraient inutiles, et prit congé du che-hien. Le mandarin ne fut pas fâché de le voir partir, et envoya sur-le-champ un domestique pour avoir des nouvelles de Tieh-chung-u, avec ordre, s'il sortait de chez la demoiselle, de lui en donner aussitôt avis.
CHAPITRE VII (Tome 2)
Le che-hien, ayant réfléchi sur tout ce que Shan-yo lui avait dit de la conduite de ces jeunes gens, conçut tant d'estime et d'affection pour eux, qu'il ne se lassait point d'en parler à ses amis, s'estimant heureux d'avoir deux personnes de ce caractère dans une ville de sa juridiction. Shuey-guwin, voyant que ses soupçons étaient mal fondés, et que le che-hien était convaincu de leur innocence, commença à raisonner ainsi eu lui-même : « Quoique j'aie désiré jusqu'ici de marier ma nièce avec Kwo-khé-tzu, j'ai agi bien moins dans le dessein de l'obliger que de m'emparer de son bien. Je ne vois point d'apparence que ce mariage puisse jamais se conclure. D'un autre côté, quoique la conduite que ma nièce a tenue avec ce jeune homme soit entièrement irréprochable, il y a lieu de croire qu'elle l'aime. Si sa modestic n'était un obstacle, je ne doute point qu'elle ne reçût avec plaisir la proposition qu'il lui ferait de l'épouser. Je crois donc lui rendre un service signalé en le lui proposant pour mari. Si elle l'accepte, je me mettrai également en possession de ses biens. » Plein de ces espérances, il se rendit aussitôt chez sa nièce par une porte dérobée, et lui parla en ces termes : "On dit communément qu'un tambour ne fait aucun bruit si on ne frappe dessus, et qu'une cloche ne rend point de son si on ne la met en braule (1). On dit encore que celui qui a mal aux yeux voit clair au bout de dix jours, (1) Les Chinois partagent la nuit en cinq veilles, chacune d'environ deux heures, qu'ils ont soin de marquer en battant sur une grosse cloche ou sur un tambour, et quelquefois sur tous les deux. La première veille est marquée par un coup, la seconde par deux coups, et ainsi de suite. On prétend que le tambour qui est à Pékin a 15 pieds de diamètre. Les cloches sont aussi fort grosses; quelques unes pèsent 120,000 livres sont de figure cylindrique, et leur épaisseur dilorsqu'il a soin de n'y point toucher. Le jour où vous fites amener Tieh-chung-u chez vous pour le soigner durant sa maladie, non seulement vous avez offert au public l'occasion de médire sur votre compte, mais vous m'avez même causé beaucoup d'inquiétude. Je suis main tenant convaincu que vous ressemblez tous deux à l'or pur, qui ne reçoit aucun dommage dans le creuset. » Shuey-ping-sin lui répondit : minue en montant. Elles n'ont point de battants, mais on les frappe avec de gros marteaux faits d'un bois que l'on appelle, à cause de sa dureté, tié-mű (bois de fer ). Les Chinois distinguent leurs cloches par des noms bizarres, comme la pendante, la mangeuse, la dormeuse, la fuyante, etc. (Voy. le P. le Compte, tome 1, p. 124; le P. Magal., p. 122; Hist. mod. univer., v, 8, p. 301, etc.) Quel reproche peut-on adresser à une personne qui tient une conduite régulière, et qui ne pèche ni contre le bon ordre ni contre la décence? Tieh-chung-u m'a rendu un service important, et j'ai tâché de le reconnaître le mieux qu'il m'a été possible. «-Vous avez raison, et je vous fais maintenant une offre qui vous convaincra de ma sincérité; vous ne me reprocherez plus de ne chercher que mes in térêts, ni d'avoir d'autre chose en vue que mon propre avantage. « -On doit conduire toute affaire avec ordre et avec décence. Si elle me convient, je l'accepterai; sinon, dis pensez-vous de votre proposition. ((- Il y a un vieux proverbe qui me vient à l'idée fort à propos : Un homme et une femme doivent se marier lors- : qu'ils sont en âge de le faire. Vous êtes maintenant nubile si votre père était ici, ce serait à lui à penser à votre mariage; mais il est relégué dans un pays d'où personne ne peut prévoir son retour. Ce serait une folie de passer votre jeunesse sans vous marier, dans l'espoir d'un événement aussi incertain. Lorsque Kwo-khé-tzu vous a recherchée, vous ne devez pas vous imaginer que ses ruses et ses tourments aient été l'effet de mes conseils. Si j'ai feint d'approuver ses démarches, c'est par condescendance pour lui. Je sens aujourd'hui que vous vous êtes conduite avec sagesse et avec prudence. Kwo-khé-tzu est à la vérité riche et puissant; mais il n'a ni capacité, ni intelligence, et je commence à m'apercevoir qu'il n'est point un parti convenable pour vous. Où trouver un époux digne de vous? Il est vrai qu'on ne manque ni de gens d'esprit, ni de lettrés; mais je ne crois pas qu'aucun puisse vous égaler en esprit et en prudence. Il se présente aujourd'hui une occasion favorable. Comme le ciel, qui vous a douée de tant de perfections, ne fait rien que de parfait et d'achevé, il y a lieu de croire qu'il n'a créé Tieh -chung-u que pour vous, et qu'il ne lui a donné d'aussi grands talents que pour les assortir avec les vôtres. Quoique vous ayez vécu quelque temps ensemble sous le même toit, avec l'ordre et la décence convenables, je sens que la modestie vous a empêchés l'un et l'autre d'aborder un sujet aussi délicat. Je viens donc par pure amitié lever cette difficulté, et négocier ce mariage entre vous. Mon oncle, le ciel avait accordé à Con-fu-cee (1) une sagesse et un en- " (1) Con-fu cee (ou plutôt Gong-fu-tsë) ou Confucius, le plus célèbre philosophe de la Chine, naquit, suivant le P. Duhalde, dans le royaume de Lu, aujourd'hui la province de Shantong, 551 1 ans avant J.-C., et fut par conséquent contemporain de Pythagore et de Solon, et antérieur de quelques années à Socrate. Il n'avait que trois ans lorsque son père mourut, et il n'hérita de lui que l'honneur de descendre d'un empereur de la première dynastie. On aperçut en lui dès son enfance une prudence et unc sagesse extraordinaires. Il s'adonna vers l'âge de 15 ans à l'étude des anciens auteurs. Il se maria à 19, et n'eut qu'une seule femme, mais il s'en sépara quelque temps après, afin de vaquer plus librement à l'étude. Con-fu-cee se fit estimer par son savoir et ses bonnes qualités, au point qu'on lui déféra la magistrature dans différents endroits. Il ne l'accepta 167*. tendement supérieurs à tout autre : que pour réformer les mœurs et le gouvernement, et s'en dépouilla toutes les fois qu'il reconnut ses efforts inutiles. A l'âge de 50 ans, il donna un exemple signalé de ses qualités. On l'engagea à accepter le poste de premier mandarin dans le royaume de Lu: la Chine contenait alors plusieurs petits royaumes subordonés à l'empereur. Il réforma tellement les mœurs des habitants dans l'espace de trois mois que le roi Tsi, étant devenu jaloux de sa prospérité, fit présent au roi de Lu de plusieurs filles superbes qui le corrompirent ainsi que toute sa cour. " Confucius se démit de son emploi, et vécut errant dans l'empire, quelquefois estimé, quelquefois méprisé, et réduit à l'indigence, sans se démentir. On prétend néaumoins qu'il s'attacha 3000 disciples, dont 500 parvinrent dans la suite aux premiers emplois de l'État. Il y en eut 72 qui se distinguèrent par leur savoir, et dix surtout qu'on appela par excellence les dix philosophes. Il partagea ses disciples en quatre classes: pourquoi n'a-t-il pas été empereur? II u'a été qu'un simple philosophe, destiné ceux de la première s'adonnaient à la méditation; ceux de la seconde s'attachaient à raisonner juste, et à composer des pièces d'éloquence; ceux de la troisième étudiaient la politique, et l'enseignaient aux mandarins; les quatrièmes enfin composaient des traités de morale, d'un style concis et élégant. Après avoir achevé quantité d'histoires et de traités de morale, qui composent les livres canoniques des Chinois, il mourut dans son pays natal, âgé de 73 ans, généralement regretté de tous ses compatriotes. Quelque temps avant sa dernière maladie, il dit à ses disciples, les larmes aux yeux: La montagne est tombée, la grande machine est détruite, et on ne verra plus de sages, voulant dire par là que l'édifice de perfection qu'il s'était efforcé d'élever était renversé par la dissolution des mocurs qui réguaient. Sept jours avant sa mort, il leur dit encore: Les rois refusent de suivre mes maximes, et puisque je ne suis plus utile au monde, il faut que j'en sorte. Après avoir achevé ces mots, il tomba en létharà instruire les peuples. De même, le ciel créa autrefois une femme d'une beauté et d'une intelligence parfaites, pourgie, et expira entre les bras de ses disciples. Depuis sa mort, les Chinois le regardent, sinon comme une de leurs divinités, du moins avec un profond respect. Ils l'appellent non seulement le grand-maître, le roi illustre des lettres, le héros orné de la plus parfaite sagesse, et regardent toutes ses maximes comme des oracles; mais il y a dans chaque ville une salle magnifique où son nom est écrit en lettres d'or, et où tous les lettrés rendent honneur à sa mémoire. Dans le temps de l'examen, tous les gradués vont se prosterner devant son nom, et le reconnaître pour leur maître. Le jour de la fête que l'on célèbre en son honneur, on lui sacrifie un cochon, et on lui offre des mets, du vin et des légumes, avec beaucoup d'appareil. (Voy. Confuc., pref., p. 117; P. Duhalde, vol. 1, p. 166, 295, 415, etc.; P. Lecompte, tom. 1, p. 293; P. Semedo, p. 48; P. Magale. p. 147; Hist. mod. univ., v., 8, p. 104, etc.) quoi n'a-t-elle pas épousé un empereur? Au contraire, elle épousa un homme d'un rang très médiocre. Toutes ces cho, ses ne dépendent que du hasard et du caprice. Je sais que Tieh-chung-u est un jeune homme intelligent, et d'un mérite et d'une intégrité peu communs. Mais si vous ne me proposez de l'épouser (1) que parce qu'il est jeune, vous vous trompez étrangement. Comme vous êtes liés l'un avec l'autre par les services que vous vous êtes rendus réciproquement, et que vous connaissez vos inclinations, votre union serait convenable. «- C'est justement à cause de ces (1) Mot à mot, si yous ne prononcez les deux lettres en caractère de mariage. obligations que j'accuse votre ignorance. Il n'y a rien de régulier ni de conforme à la bienséance; il n'y a ni père ni mère qui aient connaissance de cette affaire; il n'y a point de consentement, et par conséquent un pareil mariage est impossible. Nous avons lié connaissance dans un temps de trouble et de discorde, et nos relations ne doivent leur origine qu'à la querelle de cet étranger avec le che-hien. Considérez aussi qu'à l'occasion de cette querelle, je l'ai fait venir chez moi d'une manière précipitée, mais dans la seule vue de le soigner durant sa maladie; je n'ai pas eu la moindre intention de me marier avec lui. .- Il n'y a rien qui doive vous embarrasser. Tout le monde connaît aujourd'hui la pureté de vos intentions, et il importe peu de savoir comment yous l'avez attiré chez vous. Votre conduite est sans reproche, et tout le monde est convaincu de votre pureté. Puisqu'il en est ainsi, si l'on n'aperçoit dans la suite aucune liaison. entre ce jeune homme et moi, ma conduite passera pour irréprochable, et personne ne me blâmera; mais si je me mariais avec lui, qui croirait mes inten tions pures et innocentes? On me regarderait comme coupable, et nous serions tous deux malheureux. Je ne puis donc consentir à cette proposition, et je vous prie de ne pas insister davantage. » Shuey-guwin, outré de cette réponse, s'écria: « Vous prenez un ton bien haut. Comment osez-vous, à votre âge, me donner des leçons, et mépriser mes conseils? Allez, je ne vous parlerai plus. Je m'adresserai au jeune homme, et ic discuterai cette affaire avec lui. Si je puis le gagner, je m'embarrasse fort peu des objections que vous pourrez me faire. » Illa quitta, et se rendit dans la chambré de Tieh-chung-u. Siow-tan vint lui dire que l'oncle de la demoiselle venait lui rendre visite. Il alla à sa rencontre, le fit entrer, et l'invita à s'asseoir. Shuey-guwin lui exposa d'abord que ses affaires l'avaient empêché de le venir voir, et le pria de lui pardonner sa négligence. Tieh-chung-u répondit que, sortant de maladie, il n'avait pu aller lui rendre ses devoirs, et le priait à son tour de l'excuser. « Je viens, lui dit Shuey-guwin, vous communiquer une affaire importante. «-Expliquez-vous,» répondit Tieh-chung-u. «- J'ai dessein de vous marier avec ma nièce. «-Me marier avec votre nièce ! (Et sur le champ il changea de couleur.) « Je vous prie de ne point me parler sur ce sujet ce seraient autant de paroles perdues dans l'air. Je suis étranger. Si vous avez quelque autre chose à me dire, je vous écouterai avec attention. Mais pourquoi me proposez-vous d'épouser votre nièce ? <«-Monsieur, je ne me serais point mêlé de cette affaire si je n'avais su que le service que vous avez rendu à mạ ROMAN CHINOÍS. nièce vous a causé beaucoup de peine et de chagrin. «- -Le service que j'ai rendu à votre nièce a été l'effet du hasard; témoin de l'injure qu'on lui faisait, je n'ai pu m'enpêcher de la secourir. Je ne puis voir un homme dans l'oppression sans m'intéresser à sa situation. C'est la seule impulsion de mon cœur; mais je conclus de vos paroles que vous m'avez cru quelque mauvais dessein lorsque je suis venu ici; je veux dissiper votre soupçon. » Shuey-guwin, s'apercevant que son discours l'avait offensé, lui dit, pour l'apaiser: « Je vous prie, Monsieur, de ne point prendre mes paroles en mauvaise part. Je n'ai nul dessein de vous offenser, et je ne viens ici que dans une bonne intention. Ayez la bonté de m'écouter, et vous jugerez ensuite si ma proposition mérite votre attention. «J'ai toujours entendu dire que ce qui n'est pas bon à faire n'est pas bon à dire. N'insistez. donc pas davantage. Je suis persuadé que votre intention est bonne ; mais vous ne sentez pas com. bien elle me serait préjudiciable. Il est temps, je crois, de me retirer. » Il se leva de son siége, appela un domestique, et le chargea de remercier sa maîtresse : Vous lui direz, que son oncle m'ayant fait sentir qu'il était temps de me retirer, je n'ai osé moi-même prendre congé d'elle. » Il ordonna alors à son domestique de le suivre, et sortit avec tant de précipi. tation, que Shuey-guwin ne put le préROMAN CHINOIS.. venir. Celui-ci courut pour le prier de revenir, mais il ne put l'engager à retourner, ce qui lui causa tant de confusion, qu'il n'osa point rentrer chez sa nièce; et en revenant chez lui: « Ce jeune homme, dit-il en lui-même, n'à point la gravité d'un étudiant, il est grossier et opiniàtre; on le prendrait plutôt pour un homme d'épée. » Shuey-ping-sin, dès que son oncle la quitta, prévit quelles seraient les suites de sa politesse. Dans la crainte que son hôte ne manquât d'argent pour son voyage, elle se fit apporter vingt onces d'argent fin et quelques fruits secs, appela ensuite un vieux domestique nommé Shuey-yeong, et lui ordonna d'aller attendre l'étranger hors de la porte de la ville, afin de lui offrir ses services, et de le prier d'accepter le petit présent qu'elle lui envoyait. Le domestique partit aussitôt, sans communiquer sa commission à qui que ce fût. Tieh-chung-u en sortant de chez la jeune demoiselle, retourna à la pagode, et envoya son domestique demander son lit et ses habillements. Le supérieur des bonzes, apprenant son arrivée, alla à sa rencontre pour le complimenter. « Monsieur, dit-il, votre départ précipité, dont je n'ai jamais pu deviner le motif, m'attira la colère et des reproches sévères du che-hien. Je suis heureux de vous revoir, et si je vous laissais partir de nouveau, le mandarin me blâmerait sans aucun doute. «―J'oublie ce qui s'est passé, répon. dit le jeune homme; mais cessons les compliments. Je vous jure que je ne mettrai plus le pied dans votre couvent, ni ne boirai plus de votre cha (1) (thé), Quant au che-hien, je ne le verrai plus. Allez sans délai me chercher mon lit et mes habits. «- - Votre domestique est venu les chercher. Quoique vous soyez fâché contre moi, je ne saurais vous laisou, (1) Il y a plusieurs espèces de thé à la Chine, savoir, le vert, ou song-lo-cha, ainsi appelé d'une montagne de ce nom dans la province de Kiangnan, où l'on cultive la meilleure espèce, et le bou, comme les Chinois prononcent, le vú-i-cha, qui prend son nom de la montagne Vu-i-shan dans celle de Fo-kien. On cueille leurs feuilles dans deux différentes saisons de l'année, le bou un mois ou cinq semaines plus tôt que le vert, lorsque la plante est pleine de sève; tandis que l'autre, demeurant sur la plante jusqu'à ce que sa sève soit desséchée et épaissie par la chaser partir, et je vous prie de rester. » A ces mots, Tieh-chung-u perdit patience, et s'écria: « Quelle affaire avez-vous avec moi pour vouloir me retenir? Quoi! voulezvous en plein jour exercer vos infamies envers les étrangers qui viennent dans votre couvent? Avez-vous dessein et le che-hien vous a-t-il ordonné de m'empoisonner. J'irai demain chez le vicelear du soleil, devient verdâtre. Telle est la différence de leurs qualités. Le thé est un arbrisseau garni de feuilles depuis le sommet jusqu'au pied. Elles sont oblongues, pointues et dentelées comme celles du rosier. Le hou nẹ diffère du vert que par la forme; seş feuilles sont plus rondes et plus courtes. En automne, la fleur tombe, et des baies de la grosseur d'une noisette, spongieuses et assez agréables au goût, succèdent. Les Chinois en tirent une huile qu'ils emploient dans leurs sauces. roi, et je l'instruirai de vos procédés à mon égard. Il vous enverra chercher, et il vous punira d'une manière éclatante. » A peine avait-il achevé de parler, que deux officiers du che-hien arrivèrent et lui dirent que leur maître désirait lui parler. Ce magistrat, qui avait reconnu le mérite de Tieh - chung - u, -u, cherchait l'occasion de le voir, pour solliciter son pardon aussi l'attendait-il avec la plus vive impatience. Il avait envoyé tous les jours des messagers chez Shuey-ping-sin, pour savoir le jour de son départ. II ne l'eut pas plus tôt appris, qu'il envoya ces deux officiers pour l'inviter à son audience.