Difference between revisions of "History of Sinology/fr/Chapter 9"
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| − | = Chapitre 9 : La Grande-Bretagne = | + | = Chapitre 9 : La Grande-Bretagne — Diplomates, missionnaires et la tradition du traducteur-érudit = |
| − | + | == 1. Les premiers contacts britanniques par le commerce == | |
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| − | + | L'histoire de la sinologie britannique est une histoire de départs tardifs, de négligence institutionnelle et de la tension persistante entre l'utilité pratique et le savoir désintéressé. Alors que la France pouvait se réclamer d'une tradition ininterrompue d'engagement savant avec la Chine remontant aux missions jésuites du XVIIe siècle jusqu'à la fondation de la chaire du Collège de France en 1814, la relation de la Grande-Bretagne avec le savoir chinois fut irrégulière, motivée par le commerce et — pendant une grande partie de son histoire — remarquablement mince. Comme l'observe Zhang Xiping, « la Manche séparait la Grande-Bretagne du continent, et sa mentalité insulaire, son fort sentiment de supériorité nationale et son ouverture relativement limitée aux cultures étrangères ont contribué à un modèle distinctif de développement sinologique qui la distinguait de la tradition continentale ».<ref>David B. Honey, ''Incense at the Altar: Pioneering Sinologists and the Development of Classical Chinese Philology'' (New Haven : American Oriental Society, 2001), préface, xxii.</ref> | |
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| + | La connaissance britannique de la Chine remonte à l'époque des Tudors (1485–1603), mais elle resta presque entièrement dérivée. Les savants anglais ne disposaient pas des moyens de se rendre en Chine et dépendaient des traductions d'ouvrages continentaux — l'''Historia'' de Mendoza dans la version anglaise de Richard Hakluyt (1588), les traductions de l'''Imperio de la China'' de Semedo et du ''De Bello Tartarico'' de Martini (tous deux publiés en anglais en 1655) — pour leur connaissance de l'Empire du Milieu. La qualité de ces traductions était inégale, et la compréhension qu'elles transmettaient était proportionnellement superficielle.<ref>Honey, ''Incense at the Altar'', préface, x.</ref> | ||
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| + | Élisabeth Ire aurait tenté d'envoyer une lettre, rédigée en un latin incertain, à l'empereur de Chine, bien qu'il n'existe aucune preuve qu'elle ait jamais été remise. Son successeur Jacques Ier réessaya en anglais ; la lettre est conservée à la James Ford Bell Library de l'Université du Minnesota. Lorsque Zheng Chenggong (Koxinga) expulsa les Hollandais de Taïwan, les Anglais envisagèrent brièvement que ses descendants pourraient reconquérir le continent, et Charles II écrivit au « Roi de Taïwan » — une initiative diplomatique qui fut discrètement abandonnée lorsque les Qing consolidèrent leur contrôle.<ref>Zhang Xiping, cours 1, « Introduction aux études de sinologie occidentale », pp. 165–168.</ref> | ||
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| + | Le « quasi-sinologue » le plus notable du XVIIe siècle fut Thomas Hyde (1636–1703), bibliothécaire de la Bodléienne à Oxford, un éminent persaniste qui compila le premier catalogue britannique de livres chinois (''Varia Chinesia'') avec l'aide de Shen Fuzong, un visiteur chinois arrivé en Angleterre en 1683 avec le jésuite Philippe Couplet. Le catalogue contenait toutefois des erreurs embarrassantes — le ''Mengzi'' y était classé comme roman populaire. Robert Hooke, le scientifique, acquit également un dictionnaire chinois et consacra un effort considérable à son étude. Et John Webb, un architecte sans aucune connaissance du chinois, publia en 1668 un traité extraordinaire soutenant que le chinois était la langue originelle parlée par l'humanité avant la Tour de Babel — le premier ouvrage de longueur par un Anglais tentant d'assigner au chinois une place dans l'histoire linguistique du monde.<ref>Peter K. Bol, "The China Historical GIS," ''Journal of Chinese History'' 4, n° 2 (2020).</ref> | ||
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| + | Le XVIIIe siècle apporta des contacts commerciaux intensifiés mais peu de progrès intellectuels. L'intérêt de la Grande-Bretagne pour la Chine était massivement motivé par le commerce — en particulier le désir de la Compagnie des Indes orientales d'ouvrir les marchés chinois — et les savants de la nation se contentaient d'apprendre sur la Chine de seconde main, principalement par des sources françaises. Zhang Xiping fait une observation révélatrice au sujet de cette période : « Au XVIIIe siècle, l'influence chinoise la plus évidente sur la Grande-Bretagne provint des arts appliqués et de l'art des jardins. » L'architecte William Chambers, qui avait visité Canton dans sa jeunesse, publia des ouvrages sur l'architecture et l'art des jardins chinois, et construisit une célèbre pagode chinoise dans les jardins de la princesse de Galles à Kew. Joseph Spence traduisit une lettre du peintre jésuite frère Attiret décrivant les jardins du Yuanmingyuan — le « Palais d'Été ancien » — un texte qui devint « la plus ancienne description détaillée de ce sujet en anglais » et influença le développement du jardin paysager anglais. Mais il s'agissait d'emprunts esthétiques, non d'engagements savants ; ils reflétaient un goût pour l'exotique plutôt qu'un désir de comprendre la civilisation chinoise dans ses propres termes. | ||
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| + | L'inadéquation de cette approche fut cruellement mise en lumière en 1793, lorsque la Grande-Bretagne envoya enfin une ambassade officielle en Chine sous Lord Macartney. Comme le note Zhang Xiping, « lorsque la Grande-Bretagne décida enfin d'envoyer une délégation officielle, pas un seul interprète qualifié ne put être trouvé dans tout le pays ».<ref>Hilde De Weerdt, "MARKUS: Text Analysis and Reading Platform," dans ''Journal of Chinese History'' 4, n° 2 (2020) ; voir aussi le guide Digital Humanities de l'Université de Chicago.</ref> Le secrétaire de Macartney, George Staunton, dut recruter deux interprètes chinois au séminaire de Naples. La seule contribution linguistique durable de la mission fut le jeune George Thomas Staunton, alors âgé de onze ans, qui commença à apprendre le chinois pendant le voyage et impressionna suffisamment l'empereur Qianlong pour recevoir une bourse jaune de la taille impériale — un honneur singulier. Le jeune Staunton publia une traduction anglaise du ''Da Qing lüli'' (Code juridique des Qing) en 1810, la première traduction complète d'une œuvre chinoise en anglais depuis la traduction du ''Hao qiu zhuan'' par Wilkinson en 1719. Il servit également de vice-ambassadeur lors de l'ambassade de Lord Amherst en 1816 — une autre mission échouée, torpillée par le refus de pratiquer le kowtow — et devint plus tard membre du Parlement, où il défendit vigoureusement la cause de la Guerre de l'Opium. Sa carrière incarnait la combinaison caractéristiquement britannique de compétence linguistique, d'intérêt commercial et d'ambition impériale.<ref>Tu Hsiu-chih, "DocuSky, A Personal Digital Humanities Platform for Scholars," ''Journal of Chinese History'' 4, n° 2 (2020).</ref> | ||
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| + | == 2. Robert Morrison et les linguistes missionnaires == | ||
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| + | Le fondement de la sinologie britannique en tant qu'entreprise savante fut posé non par des diplomates ou des commerçants mais par des missionnaires protestants, et sa figure fondatrice fut l'Écossais Robert Morrison (1782–1834). La réalisation de Morrison fut extraordinaire : travaillant en grande partie dans l'isolement, dans des conditions hostiles, il créa l'infrastructure linguistique qui rendit possible l'érudition britannique ultérieure. | ||
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| + | Morrison arriva à Canton en 1807, premier missionnaire protestant à résider en Chine. Honey, dans ''Incense at the Altar'', le place à la tête de la tradition sinologique britannique, aux côtés d'Alexander Wylie et de Herbert Giles, comme membre du « triumvirat britannique ».<ref>Peter K. Bol et Wen-chin Chang, "The China Biographical Database," dans ''Digital Humanities and East Asian Studies'' (Leiden : Brill, 2020).</ref> La motivation première de Morrison était évangélique — la traduction de la Bible en chinois — mais les outils qu'il créa dans la poursuite de cet objectif eurent une valeur savante durable. Comme l'observe Honey, « la sinologie britannique est née du service des missionnaires protestants en Chine, principalement les Écossais Robert Morrison (1782–1834) dans le domaine de la lexicographie et de la traduction biblique, Alexander Wylie (1815–1887) dans le domaine de la bibliographie, de l'astronomie et des mathématiques, et James Legge (1815–1897) dans le domaine des classiques ». Cette trinité de missionnaires — lexicographe, bibliographe et classiciste — établit les trois piliers sur lesquels la sinologie britannique allait reposer pour le reste du XIXe siècle. | ||
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| + | La plus grande réalisation de Morrison fut le ''Dictionary of the Chinese Language'' (1815–1823), un imposant dictionnaire chinois-anglais publié avec le soutien financier de la Compagnie des Indes orientales (qui contribua à hauteur de 2 000 livres). Zhang Xiping le qualifie de « dictionnaire chinois-occidental le plus autorisé de l'époque », un ouvrage qui « inaugura la pratique parmi les savants occidentaux du XIXe siècle, y compris d'autres missionnaires, de compiler des ouvrages de référence similaires, fournissant ainsi des outils indispensables à l'échange culturel sino-occidental moderne ».<ref>Voir le chapitre 22 (Traduction) de ce volume sur les défis de la traduction par l'IA.</ref> Il co-traduisit également la Bible en chinois avec William Milne, produisant d'abord l'Évangile selon Matthieu (1810) puis la Bible complète (l'édition « Canton-Malacca », 1823). En 1818, il fonda l'Anglo-Chinese College à Malacca, la première institution consacrée à l'enseignement du chinois aux Occidentaux sous les auspices protestants. Lors d'un bref retour en Angleterre en 1824, il créa l'Oriental Translation Fund à Londres et devint le premier Anglais à enseigner le chinois dans la capitale.<ref>"WenyanGPT: A Large Language Model for Classical Chinese Tasks," prépublication arXiv (2025).</ref> Honey souligne le rôle de Morrison en tant que précurseur de la sinologie professionnelle : Morrison n'était pas un érudit au sens philologique — son dictionnaire et ses traductions étaient des outils pour le travail missionnaire — mais il établit la possibilité d'un engagement britannique avec la langue chinoise sur une base sérieuse et soutenue.<ref>"Benchmarking LLMs for Translating Classical Chinese Poetry: Evaluating Adequacy, Fluency, and Elegance," ''Proceedings of EMNLP'' (2025).</ref> | ||
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| + | Alexander Wylie (1815–1887), le deuxième membre du « triumvirat britannique » de Honey, était un agent de la London Missionary Society chargé de la distribution de la Bible en Chine. Ses contributions savantes dépassèrent toutefois largement ses fonctions officielles. Travaillant avec le grand mathématicien chinois Li Shanlan dans les années 1850 au Mohai shuguan (presses de la London Missionary Society) à Shanghai, Wylie facilita l'achèvement de la traduction chinoise des ''Éléments'' d'Euclide — les neuf derniers livres que Xu Guangqi et Matteo Ricci avaient laissés inachevés deux siècles et demi plus tôt. Cette collaboration, l'un des jalons de l'échange intellectuel sino-occidental, fut rendue possible par la profonde connaissance qu'avait Wylie des mathématiques occidentales et du chinois classique. Sa contribution la plus durable à la sinologie fut ses ''Notes on Chinese Literature'' (1867), une bibliographie systématique et classée des œuvres littéraires et savantes chinoises qui demeura un ouvrage de référence pendant des décennies. | ||
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| + | Morrison ne fut pas le seul missionnaire britannique travaillant sur le chinois au début du XIXe siècle. Au Bengale, le laïc catholique Lassar et le missionnaire baptiste Joshua Marshman collaborèrent à une traduction séparée de la Bible (l'édition « Serampore », complète en 1822) et à une grammaire, ''Elements of Chinese Grammar'' (1814), qui pourrait être la première grammaire publiée du chinois classique en langue occidentale. L'« école du Bengale » fut bientôt éclipsée par les travaux de Morrison à Canton.<ref>"A Multi Agent Classical Chinese Translation Method Based on Large Language Models," ''Scientific Reports'' 15 (2025).</ref> William Milne, ami et collaborateur de Morrison, servit comme directeur de l'Anglo-Chinese College à Malacca, co-traduisit la Bible, édita l'''Anglo-Chinese Gleaner'' et publia le premier périodique en langue chinoise en Asie du Sud-Est, le ''Cha shi su mei yue tong ji zhuan'' (1815–1821).<ref>Voir, par ex., Mark Edward Lewis et Curie Viragh, "Computational Stylistics and Chinese Literature," ''Journal of Chinese Literature and Culture'' 9, n° 1 (2022).</ref> | ||
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| + | Le développement des collections de bibliothèques chinoises en Grande-Bretagne fut lent et aléatoire comparé à la France. Les premiers livres chinois en Angleterre entrèrent à la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford par l'intermédiaire de réseaux savants néerlandais : un livre chinois fragmentaire fut reçu dès 1601, et d'autres donations de savants néerlandais suivirent. En 1613, la Bodléienne détenait environ dix-sept textes médicaux chinois fragmentaires. La première acquisition publique significative eut lieu en 1823, lorsque George Thomas Staunton fit don de sa collection de 186 volumes chinois à la Royal Asiatic Society. La bibliothèque de l'Université de Cambridge reçut sa plus importante acquisition ancienne lorsque Wade fit don de sa collection personnelle de plus de 4 300 livres chinois, comprenant une rare édition xylographique des Ming du ''Yiyu tuzhi'' et des copies manuscrites du début des Qing du ''Ming shilu'', ainsi que de précieux matériaux sur le Royaume céleste Taiping. Giles compléta par la suite la collection de Cambridge et publia un catalogue. Les fonds chinois du British Museum s'enrichirent plus lentement que ceux du continent. Une partie de la collection fut pillée à Canton ; une autre fut acquise auprès de marchands français. Le musée n'établit un programme systématique d'acquisitions par l'intermédiaire d'agents à Pékin que bien avant dans le XXe siècle — près d'un siècle derrière ses homologues européens. | ||
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| + | La collection Stein, acquise par le British Museum au début du XXe siècle, transforma l'importance de l'institution pour la recherche sinologique. Les expéditions d'Aurel Stein en Asie centrale (1900–1901, 1906–1908, 1913–1916) rapportèrent des milliers de manuscrits, de peintures et de textiles des grottes de Dunhuang et d'autres sites. Les manuscrits chinois furent catalogués par Lionel Giles ; les peintures furent cataloguées par Arthur Waley durant ses années au Museum (1913–1930). Ces collections placèrent la Grande-Bretagne au centre du champ émergent des études de Dunhuang. | ||
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| + | == 3. Les diplomates-sinologues : Wade, Giles et le système Wade-Giles == | ||
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| + | Le deuxième pilier de la sinologie britannique fut érigé par les diplomates-sinologues du milieu à la fin du XIXe siècle. Contrairement à la tradition française, enracinée dans l'université depuis 1814, la sinologie britannique dépendit longtemps d'hommes qui avaient acquis leur chinois au cours du service gouvernemental et ne se tournèrent vers l'érudition qu'à leur retraite. Cela donna à la sinologie britannique un cachet caractéristique : empirique, pratique, parfois brillante dans sa maîtrise du chinois parlé et écrit, mais institutionnellement précaire et théoriquement peu ambitieuse. | ||
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| + | Thomas Francis Wade (1818–1895) entra dans le service diplomatique britannique en Chine en 1841 et s'éleva jusqu'au poste de ministre britannique en Chine (1871–1883). Durant ses années en Chine, il conçut le système de romanisation qui porte son nom, publié pour la première fois dans ses manuels ''Yü-yen tzu-erh chi'' (1867) et ''Wen-chien tzu-erh chi'' (1867). Le système Wade, fondé sur la prononciation du dialecte de Pékin, fut ultérieurement affiné par Herbert Giles et devint la romanisation standard des noms chinois dans le monde anglophone jusqu'à l'adoption du pinyin à la fin du XXe siècle.<ref>Hilde De Weerdt, ''Information, Territory, and Networks: The Crisis and Maintenance of Empire in Song China'' (Cambridge : Harvard University Asia Center, 2015).</ref> À son retour en Angleterre, Wade fit don de sa collection personnelle de plus de 650 livres chinois à l'Université de Cambridge et fut nommé premier professeur de chinois à Cambridge — une position créée expressément pour accueillir sa donation et en assurer l'usage. Zhang Xiping note l'ironie : la chaire était, en effet, une condition du don plutôt qu'une expression d'un engagement institutionnel en faveur des études chinoises.<ref>China-Princeton Digital Humanities Workshop 2025 (chinesedh2025.eas.princeton.edu).</ref> | ||
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| + | Herbert Allen Giles (1845–1935) succéda à Wade à Cambridge et occupa la chaire pendant trente-cinq ans (1897–1932), durant lesquels il devint l'une des figures les plus prolifiques — et les plus controversées — de la sinologie britannique. Diplomate de carrière ayant servi dans divers postes consulaires à travers la Chine de 1867 à 1893, Giles se tourna vers l'érudition avec une énergie formidable à son retour en Angleterre. Honey traite Giles comme une figure de transition : « l'un des derniers fonctionnaires consulaires à se tourner vers l'université », qui « fonctionne comme une figure de transition dans le processus douloureux qui transforma la sinologie britannique d'une activité à temps partiel en une occupation à plein temps ».<ref>Zhang Xiping, cours 1, pp. 54–60.</ref> Sa production fut énorme. Le ''Chinese-English Dictionary'' (1892, révisé en 1912) resta le dictionnaire de référence pour les étudiants anglophones de chinois pendant un demi-siècle. Ses ''Gems of Chinese Literature'' (1884) et son ''A History of Chinese Literature'' (1901) furent des œuvres pionnières de synthèse littéraire. Honey note que les « rimes victoriennes tirées du chinois de Giles, ainsi que les effusions littéraires encore plus impressionnistes d'Ernest Fenollosa, menèrent d'un côté au vorticisme d'Ezra Pound, et de l'autre aux propres variations de Waley sur le rythme accentuel ».<ref>Zhang Xiping, cours 1, pp. 102–113.</ref> Son ''Chinese Biographical Dictionary'' (1898) fut un ouvrage de référence monumental, quoique supplanté en précision par des compilations ultérieures. Zhang Xiping observe que les réalisations de Giles lui valurent un doctorat honorifique d'Oxford et son élection à l'Académie française, mais que ses recherches n'étaient pas toujours de la plus haute qualité.<ref>Zhang Xiping, cours 1, pp. 114–117.</ref> | ||
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| + | == 4. James Legge et les classiques chinois == | ||
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| + | James Legge (1815–1897) occupe une position unique dans l'histoire de la sinologie britannique : il fut, de l'avis unanime, le premier savant britannique à acquérir une réputation internationale pour la qualité et l'exhaustivité de ses traductions. Les érudits chinois l'honorèrent du titre de « Xuanzang de la sinologie britannique » (''英国汉学界的玄奘'') — une comparaison qui témoigne de la vénération dans laquelle son œuvre était tenue.<ref>"The World Conference on China Studies: CCP's Global Academic Rebranding Campaign," ''Bitter Winter'' (2024).</ref> | ||
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| + | Legge était un missionnaire écossais de la London Missionary Society qui servit à Malacca et à Hong Kong de 1840 à 1873. Honey consacre un chapitre entier à Legge, le traitant comme l'incarnation de l'« acculturation riccienne à travers les Classiques » — l'idée, descendant de la politique d'accommodation de Ricci, que l'engagement le plus profond avec la civilisation chinoise requérait la maîtrise de ses textes canoniques.<ref>Honey, ''Incense at the Altar'', préface, xxii.</ref> Ses traductions des ''Chinese Classics'' — les ''Analectes'', le ''Mencius'', la ''Grande Étude'', la ''Doctrine du Milieu'', le ''Shijing'', le ''Shujing'', le ''Chunqiu'' avec le ''Zuozhuan'', et le ''Yijing'' — parurent en plusieurs volumes entre 1861 et 1872 (avec des révisions ultérieures publiées dans la série ''Sacred Books of the East'' de Max Müller). | ||
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| + | Le traitement de Legge par Honey met l'accent sur sa réalisation philologique. La maîtrise par Legge de la tradition commentariale chinoise — les siècles d'exégèse accumulés autour de chaque texte canonique — « rivalisa avec celle des érudits autochtones en Chine, où il était considéré comme un spécialiste du ''Shijing'' au sens de l'exégèse classique chinoise de la vieille école ».<ref>"Academic Freedom and China," rapport de l'AAUP (2024) ; ''Sinology vs. the Disciplines, Then & Now'', China Heritage (2019).</ref> Ses traductions se distinguaient par leur fidélité à l'original — parfois jusqu'à la gaucherie — et par la minutie de leur annotation. Comme le dit Honey, Legge préférait ses traductions « plutôt maladroites que floues » — une formule qui saisit à la fois sa force et sa limite. En 1875, Legge reçut le prix Stanislas Julien, la distinction internationale pour la traduction du chinois — une reconnaissance qui le plaçait en compagnie des plus grands sinologues français.<ref>"They Don't Understand the Fear We Have: How China's Long Reach of Repression Undermines Academic Freedom at Australia's Universities," Human Rights Watch (2021).</ref> | ||
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| + | En 1876, Legge fut nommé premier professeur de chinois à Oxford, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort en 1897. Honey retrace l'évolution de Legge de « traducteur missionnaire à sinologue professionnel » — une transformation qui s'opéra graduellement au cours de sa carrière à Hong Kong. Dans ses premiers travaux, les traductions de Legge étaient motivées par le désir de démontrer la compatibilité (ou l'incompatibilité) de la pensée confucéenne avec la doctrine chrétienne. Mais à mesure que sa maîtrise de la tradition commentariale chinoise s'approfondissait, son érudition devint de plus en plus autonome — portée par un engagement envers la précision et l'exhaustivité qui transcendait tout programme doctrinal. Au moment de sa nomination à Oxford, Legge était sinologue d'abord et missionnaire ensuite. | ||
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| + | La signification de l'œuvre de Legge peut se mesurer à sa longévité. Plus d'un siècle après sa mort, ses traductions des ''Analectes'', du ''Mencius'' et du ''Shijing'' restent largement utilisées. Elles ont été continuellement rééditées, et aucun traducteur ultérieur ne les a entièrement supplantées. Legge eut pour successeur à Oxford T.L. Bullock, un ancien diplomate dont la production savante fut modeste, puis William Edward Soothill (1861–1935), un missionnaire baptiste qui avait passé des décennies en Chine. Les publications de Soothill comprenaient ''The Three Religions of China'' (1913) et ''Timothy Richard of China'' (1924), mais il n'était pas un philologue du calibre de Legge.<ref>Kubin, ''Hanxue yanjiu xin shiye'', ch. 7, pp. 100–111.</ref> | ||
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| + | == 5. Arthur Waley — Le génie indépendant == | ||
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| + | Arthur Waley (1889–1966) fut le plus éminent traducteur de littérature chinoise et japonaise dans le monde anglophone, et l'une des figures les plus remarquables de l'histoire de la sinologie. Sa carrière fut anomale à presque tous les égards : autodidacte en chinois et en japonais, il n'occupa aucun poste universitaire, ne visita jamais l'Asie et travailla entièrement en dehors du cadre institutionnel de la sinologie universitaire. Pourtant, ses traductions transformèrent la compréhension occidentale de la littérature est-asiatique et fixèrent un standard de qualité littéraire rarement égalé. | ||
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| + | Né Arthur David Schloss à Tunbridge Wells, Waley étudia à la Rugby School et au King's College de Cambridge, où il fut l'élève des philosophes G. Lowes Dickinson et G.E. Moore. En 1913, il entra au Département des estampes et dessins orientaux du British Museum, où il catalogua les peintures chinoises et japonaises de la collection Stein. C'est au Museum qu'il apprit seul le chinois et le japonais, travaillant avec des dictionnaires et des textes originaux sans instruction formelle.<ref>Thomas Michael, "Heidegger's Legacy for Comparative Philosophy and the Laozi," ''International Journal of China Studies'' 11, n° 2 (2020) : 299.</ref> Honey consacre à Waley un chapitre entier, le qualifiant de « poète par excellence parmi les sinologues » et de « dernier et meilleur de la lignée des sinologues autodidactes engendrée par les intérêts ecclésiastiques, commerciaux et politiques du XIXe siècle ».<ref>Steven Burik, ''The End of Comparative Philosophy and the Task of Comparative Thinking: Heidegger, Derrida, and Daoism'' (Albany : SUNY Press, 2009).</ref> | ||
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| + | Le premier livre de Waley, ''A Hundred and Seventy Chinese Poems'' (1917), fut une révélation. Réimprimé plus d'une douzaine de fois et traduit en français et en allemand, il fit entrer la poésie classique chinoise dans les foyers occidentaux ordinaires pour la première fois. Les critiques contemporains comparèrent l'expérience à « la découverte d'un nouveau continent ». À une époque où les lecteurs de journaux occidentaux associaient la Chine à la guerre, à la famine et à l'effondrement politique, les traductions de Waley révélèrent « un autre monde — un paradis oriental de moralité, de civilisation, de compassion, d'honnêteté et de normes sociales ». Il employa une technique qu'il appela « rythme accentuel » (''sprung rhythm'') — une forme de vers libres utilisant des syllabes accentuées pour approximer l'effet du vers monosyllabique chinois, abandonnant la rime au profit de la cadence rythmique et de la fidélité à l'imagerie de l'original.<ref>David L. Hall et Roger T. Ames, ''Thinking Through Confucius'' (Albany : SUNY Press, 1987), préface.</ref> Ses recueils suivants étendirent sa palette sur toute l'étendue de la poésie chinoise. Comme l'observe Zhang Xiping, Waley considérait la période antérieure aux Tang comme l'âge d'or de la poésie chinoise et préférait le style simple et naturel de la chanson populaire à l'artifice élaboré des périodes ultérieures. Il traduisit 108 poèmes de Bai Juyi, son poète chinois préféré, et publia une étude biographique, ''The Life and Times of Po Chü-i'' (1949). Sa relation avec Li Bai était plus ambivalente : dans ''The Poetry and Career of Li Po'' (1950), il critiqua la répétitivité et le manque de sérieux moral de Li Bai — un jugement qui, comme le note Zhang Xiping, reflétait « le fossé culturel » entre les standards moraux anglais de Waley et les valeurs de la culture littéraire chinoise des Tang.<ref>François Jullien, ''Détour et accès : Stratégies du sens en Chine, en Grèce'' (Paris : Grasset, 1995) ; cf. "China as Method: Methodological Implications of François Jullien's Philosophical Detour through China," ''Contemporary French and Francophone Studies'' 28, n° 1 (2024).</ref> | ||
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| + | Au-delà de la poésie, les traductions de Waley embrassèrent toute la gamme de la littérature classique chinoise. Sa traduction abrégée du ''Xiyou ji'', publiée sous le titre ''Monkey'' (1942), devint l'un des livres chinois les plus connus en Occident, réimprimé d'innombrables fois et traduit en de nombreuses langues. Sa traduction du ''Shijing'' (1937) fut saluée comme la plus belle version anglaise du ''Livre des Odes''.<ref>Wolfgang Kubin, ''Hanxue yanjiu xin shiye'' (Guilin : Guangxi shifan daxue chubanshe, 2013), ch. 11, pp. 194–195.</ref> Sa traduction des ''Analectes'' (1938) devint la version anglaise standard pour une génération, et ''The Way and Its Power'' (1934), traduction du ''Dao De Jing'', démontra sa maîtrise de la prose philosophique chinoise ancienne. Son étude ''The Opium War Through Chinese Eyes'' (1958) fut un exercice pionnier de présentation d'un événement historique majeur du point de vue chinois — une approche qui anticipait les sensibilités postcoloniales des décennies suivantes. En littérature japonaise, la traduction par Waley du ''Dit du Genji'' (1925–1933) fut universellement saluée comme l'un des chefs-d'œuvre de la traduction littéraire en langue anglaise. | ||
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| + | Les honneurs reçus par Waley reflétèrent sa position unique dans la vie culturelle britannique : Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique (1952), doctorat honorifique d'Oxford (1953), Médaille d'or de la Reine pour la poésie (1953) et Compagnon d'honneur (1956). Le sinologue américain Jonathan Spence résuma son accomplissement : « Le choc que Waley administra aux gens ne sera jamais égalé, car la plupart des œuvres qu'il traduisit étaient inconnues dans le monde occidental, et c'est précisément pour cette raison que ces traductions exercèrent une influence aussi extraordinaire. » | ||
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| + | Le refus de Waley de visiter la Chine ou le Japon — l'excentricité la plus célèbre de sa carrière — n'a jamais été pleinement expliqué. Vers la fin de sa vie, il confia à un ami : « Pour moi, le lieu le plus familier en Chine est le Chang'an de la dynastie Tang, mais je soupçonne qu'il a quelque peu changé depuis. »<ref>Bryan W. Van Norden, ''Taking Back Philosophy: A Multicultural Manifesto'' (New York : Columbia University Press, 2017).</ref> L'évaluation de Honey est équilibrée. Waley était un génie littéraire qui « popularisa la lecture de la littérature chinoise et japonaise en traduction » et « fixa un standard presque inimitable qui, dans l'ensemble, demeura aussi précis — pour ses fins — que lisible ».<ref>Carine Defoort, "Is There Such a Thing as Chinese Philosophy? Arguments of an Implicit Debate," ''Philosophy East and West'' 51, n° 3 (2001) : 393–413.</ref> Mais sa position hors de la sinologie universitaire signifiait qu'il ne pouvait former d'étudiants ni bâtir un héritage institutionnel. | ||
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| + | Plusieurs autres figures méritent mention dans tout récit de la sinologie britannique du XIXe siècle. Samuel Beal (1825–1889), aumônier de la flotte britannique, devint un pionnier de l'étude du bouddhisme chinois, publiant des traductions des récits de voyage de Faxian et de Song Yun et une vie de Xuanzang. Son œuvre faisait pendant à celle de Rémusat et Julien en France. Henry Yule (1820–1889), un officier militaire écossais, produisit ''Cathay and the Way Thither'' (1866) et ''The Book of Ser Marco Polo'' (1871), des traductions annotées qui valurent le respect même de Pelliot, notoirement parcimonieux en éloges. John Fryer (1839–1928), un missionnaire au Bureau de traduction de l'Arsenal de Jiangnan de 1868 à 1896, collabora avec des érudits chinois à la traduction de centaines d'ouvrages scientifiques et techniques occidentaux en chinois — une entreprise d'une importance énorme pour la modernisation du savoir chinois. | ||
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| + | == 6. Joseph Needham et ''Science et civilisation en Chine'' == | ||
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| + | Joseph Needham (1900–1995) fut le sinologue britannique le plus ambitieux et le plus influent du XXe siècle, bien qu'il soit venu aux études chinoises relativement tard dans sa vie et à partir d'une discipline entièrement différente. Biochimiste distingué à Cambridge — Fellow de la Royal Society, auteur de l'''Embryologie chimique'' en trois volumes (1931) — Needham découvrit grâce à trois étudiants chinois de troisième cycle arrivés dans son laboratoire en 1937 (parmi eux Lu Gwei-djen, qui allait devenir sa collaboratrice de toute une vie et sa seconde épouse) que la civilisation chinoise avait apporté des contributions fondamentales à la science et à la technologie qui étaient presque entièrement inconnues en Occident. Il résolut d'écrire une histoire de la science chinoise, apprit le chinois et, à la fin des années 1930, avait commencé à publier sur le sujet.<ref>Carine Defoort, "'Chinese Philosophy' at European Universities: A Threefold Utopia," ''Dao'' 16, n° 1 (2017) : 55–72.</ref> | ||
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| + | Durant la Seconde Guerre mondiale, Needham servit comme conseiller scientifique à l'ambassade britannique à Chongqing et directeur du Bureau de coopération scientifique sino-britannique (1942–1946). Il parcourut plus de 50 000 kilomètres à travers dix provinces en guerre, visitant plus de 300 institutions scientifiques et éducatives et rencontrant plus d'un millier de chercheurs chinois. Cette expérience lui fournit à la fois les contacts humains et les ressources documentaires pour l'œuvre de sa vie. | ||
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| + | La méthodologie de Needham pour son immense projet reposait sur six principes, tels que Zhang Xiping les énumère : la collecte et l'indexation systématiques des matériaux ; la conduite de travaux de terrain et l'observation directe des artisanats et technologies traditionnels ; l'utilisation de la reconstruction expérimentale pour vérifier les affirmations scientifiques trouvées dans les textes chinois ; l'insertion de la science chinoise dans le cadre de l'histoire mondiale ; la combinaison d'approches internes et externes — en prêtant attention à la fois à la logique interne du développement scientifique et aux facteurs sociaux et institutionnels qui le façonnèrent ; et la cultivation de la collaboration savante internationale. | ||
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| + | Le premier volume de ''Science and Civilisation in China'' parut en 1954, et l'ouvrage finit par compter sept volumes principaux (avec de nombreux sous-volumes), couvrant les mathématiques, l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie, l'ingénierie, la médecine et le contexte social de la science chinoise. L'argument central de Needham était que la Chine avait été bien en avance sur l'Europe en science et en technologie pendant la majeure partie de l'histoire écrite, et que le récit occidental conventionnel, qui attribuait le progrès scientifique exclusivement aux traditions gréco-romaine et européenne, était profondément trompeur. Il posa également ce qui devint connu sous le nom de « question de Needham » : pourquoi la Révolution scientifique et la Révolution industrielle ne se produisirent-elles pas en Chine, malgré l'avance technologique antérieure de la Chine ?<ref>Sur l'imprimerie coréenne et la transmission textuelle, voir l'inscription au Registre Mémoire du monde de l'UNESCO pour le ''Jikji'' (plus ancien exemplaire existant d'imprimerie à caractères métalliques mobiles, 1377) ; sur le Tripitaka Koreana, voir l'inscription au Patrimoine mondial de l'UNESCO.</ref> Les honneurs qui suivirent comprirent la médaille George Sarton de l'Union internationale d'histoire et de philosophie des sciences (1968), l'élection comme Fellow de la British Academy (1971) et un prix de sciences naturelles de première classe de l'Académie chinoise des sciences (1983).<ref>Sur la période coloniale, voir "Kangaku and the State: Colonial Collaboration between Korean and Japanese Traditional Sinologists," ''Sungkyun Journal of East Asian Studies'' 24, n° 2 (2024).</ref> L'œuvre de Needham étendit le champ de la sinologie des humanités aux sciences naturelles — une contribution sans parallèle dans aucune autre tradition nationale. | ||
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| + | == 7. Développement institutionnel : SOAS, Cambridge, Oxford == | ||
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| + | L'histoire institutionnelle de la sinologie britannique est un récit de sous-financement chronique, de reconnaissance tardive et de dépendance à l'égard d'événements extérieurs — en particulier les guerres — pour stimuler le soutien gouvernemental. Les premières chaires universitaires britanniques en chinois furent créées non par conviction intellectuelle mais par les accidents de la donation et du patronage. La chaire de Londres (1837) fut dotée par George Thomas Staunton à condition que la bibliothèque de Morrison fût hébergée à University College ; le poste revint à Samuel Kidd, un missionnaire décédé en 1843, après quoi la chaire fut supprimée. La chaire d'Oxford (1876) fut créée pour Legge. Celle de Cambridge (1888) fut créée pour Wade, comme condition de sa donation de livres. Celle de Manchester (1901) revint à Edward Harper Parker.<ref>Sur la « collaboration coloniale », voir ibid.</ref> Au début du XXe siècle, la Grande-Bretagne comptait cinq chaires en chinois, mais aucune n'était adéquatement financée, et les titulaires étaient presque tous des diplomates ou des missionnaires à la retraite plutôt que des chercheurs formés. | ||
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| + | Le rapport Reay (1909) recommanda la création d'une School of Oriental Studies dédiée au sein de l'Université de Londres, mais la fondation de la SOAS fut retardée par la Première Guerre mondiale jusqu'en 1916.<ref>Sur la sinologie coréenne d'après-guerre, voir "Two Millennia of Sinology: The Korean Reception, Curation, and Reinvention of Cultural Knowledge from China," ''Journal of Chinese History'' (Cambridge University Press).</ref> La SOAS connut une croissance rapide en nombre d'étudiants mais souffrit d'un financement insuffisant et d'un gouvernement qui la considérait principalement comme un centre de formation d'interprètes plutôt que comme un centre de recherche. Zhang Xiping note que l'écrivain chinois Lao She enseigna le chinois à la SOAS dans les années 1920, compilant un manuel et enregistrant une série de disques Linguaphone d'enseignement du chinois.<ref>Ibid.</ref> | ||
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| + | Deux érudits européens émigrés apportèrent les standards philologiques continentaux à la sinologie britannique au milieu du XXe siècle. Walter Simon (1893–1981), né à Berlin, fuit l'Allemagne en 1938 et devint professeur de chinois à la SOAS (1947–1960). Spécialiste de la linguistique sino-tibétaine, sa reconstruction des consonnes finales du vieux chinois fut une contribution pionnière à la phonologie historique. Gustav Haloun (1898–1951), formé à Leipzig sous August Conrady, occupa des chaires à Prague, Halle et Göttingen avant d'émigrer à Cambridge en 1938. Honey traite Haloun comme un maître de la critique textuelle dont les travaux sur le ''Guanzi'' et sur les problèmes de la Bactriane et des Yuezhi dans les sources chinoises démontrèrent une rigueur nouvelle pour la sinologie britannique. | ||
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| + | La Seconde Guerre mondiale démontra le coût de la négligence britannique des études orientales. En 1940–1941, seuls vingt-six étudiants dans toutes les universités britanniques étudiaient le chinois. Deux rapports gouvernementaux d'après-guerre tentèrent de remédier à la crise. Le rapport Scarborough (1947) appela à la création de départements d'études orientales correctement financés, entraînant une expansion significative à la SOAS et dans d'autres institutions. Le rapport Hayter (1961) appela à une expansion supplémentaire, y compris la création de centres d'études régionales. Sous son influence, la SOAS établit cinq centres de recherche régionaux en 1966, et un Contemporary China Institute fut fondé en 1967–1968 avec le soutien de la Fondation Ford.<ref>"Two Millennia of Sinology," ''Journal of Chinese History''.</ref> Les acquis de la période d'après-guerre se révélèrent fragiles. Sous les mesures d'austérité du gouvernement Thatcher, le budget de la SOAS fut réduit de 37 % et son personnel enseignant de 25 %. Le rapport Parker (1986) livra une évaluation cinglante des études orientales britanniques.<ref>Sur la période chinoise, voir Keith Weller Taylor, ''The Birth of Vietnam'' (Berkeley : University of California Press, 1983).</ref> Le verdict global de Zhang Xiping sur l'histoire institutionnelle est sévère : « Tout au long de cette période, l'accent mis par le gouvernement britannique sur les intérêts commerciaux et diplomatiques à court terme, son insistance sur la formation d'interprètes plutôt que sur le soutien à la recherche, et son sous-financement chronique du domaine ont abouti à un niveau de réalisation sinologique bien inférieur à celui de la France, de l'Allemagne, des États-Unis, de l'Union soviétique et du Japon. »<ref>Sur l'utilisation du chinois classique au Vietnam indépendant, voir l'article Wikipédia « History of writing in Vietnam » ; Alexander Woodside, ''Vietnam and the Chinese Model'' (Cambridge, MA : Harvard University Press, 1971).</ref> | ||
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| + | Une caractéristique distinctive de la sinologie britannique du XXe siècle fut la contribution de chercheurs chinois résidant en Grande-Bretagne. Xiang Da fut invité par Oxford en 1936 pour cataloguer ses fonds chinois. Lao She enseigna le chinois à la SOAS dans les années 1920. D.C. Lau (Liu Dianjue) enseigna à la SOAS avant de rejoindre l'Université chinoise de Hong Kong, contribuant des traductions faisant autorité des ''Analectes'' et du ''Mencius''. Les bourses d'indemnité des Boxers, établies par accord entre le gouvernement chinois républicain et le gouvernement britannique en 1931, canalisèrent une partie des paiements du Protocole des Boxers vers l'échange culturel. Le University China Committee qui en résulta supervisa les salaires des professeurs chinois à Oxford, Cambridge et Londres, et accorda des subventions de voyage aux chercheurs britanniques travaillant sur des sujets chinois. | ||
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| + | == 8. La sinologie britannique contemporaine == | ||
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| + | Malgré les difficultés institutionnelles répertoriées ci-dessus, la sinologie britannique a produit des œuvres d'une importance durable, et la fin du XXe siècle a vu à la fois consolidation et renouveau. | ||
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| + | Denis Twitchett (1925–2006), qui occupa des chaires à la SOAS (1956–1968) et à Cambridge (1968–1980), fut parmi les sinologues britanniques les plus influents de la période d'après-guerre. Historien de la Chine des Tang et des Song, il co-dirigea (avec John King Fairbank de Harvard) la ''Cambridge History of China'' en plusieurs volumes, qui comptait au début du XXIe siècle quinze volumes couvrant l'histoire chinoise de la dynastie Qin à l'ère post-Mao. Bien que projet international, son foyer intellectuel était à Cambridge, et sa direction éditoriale reflétait les forces distinctives de la tradition historique anglo-américaine : attention minutieuse aux preuves documentaires, sensibilité à l'histoire institutionnelle et préférence pour la synthèse narrative plutôt que l'abstraction théorique.<ref>Sur le système d'examens vietnamien, voir l'article Wikipédia « Confucian court examination system in Vietnam » ; sur le Temple de la Littérature, voir l'inscription au Registre Mémoire du monde de l'UNESCO.</ref> | ||
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| + | Lionel Giles (1875–1958), fils d'Herbert Giles, passa sa carrière au British Museum, où il catalogua les manuscrits chinois rapportés par Stein de Dunhuang — un labeur compilé sur trente-huit ans. Il traduisit également le ''Sunzi bingfa'' (''L'Art de la guerre'', 1910), produisant ce que Zhang Xiping décrit comme « la première expression relativement complète et exacte de la pensée militaire de Sun Tzu » en anglais. Michael Sullivan (1916–2013), historien de l'art qui passa quatre ans au musée de l'Université associée nationale du Sud-Ouest en Chine en temps de guerre, produisit ''The Arts of China'' (1973), l'introduction en langue anglaise de référence à l'art chinois. | ||
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| + | David Hawkes (1923–2009), professeur de chinois à Oxford de 1960 à 1971, produisit ce qui est largement considéré comme la meilleure traduction anglaise d'un roman chinois : sa version en cinq volumes du ''Hongloumeng'' (''The Story of the Stone''), publiée par Penguin Books entre 1973 et 1986. (Les quarante derniers chapitres furent traduits par le gendre et élève de Hawkes, John Minford, sous sa direction.) Zhang Xiping note que le ''Times Literary Supplement'' la compara favorablement à la traduction par Waley du ''Dit du Genji''.<ref>Sur le contenu des examens, voir ibid. ; l'article Britannica « chu nom ».</ref> Dans son essai « Chinese Poetry and the English Reader », Hawkes analysa les obstacles fondamentaux à la traduction de la poésie chinoise en anglais — l'intraduisibilité des schémas tonaux, la destruction du ''duizhang'' (parallélisme) qui résulte inévitablement des exigences grammaticales de la prose anglaise. Ces constatations franches sur les limites de la traduction coexistaient avec un engagement tout aussi ferme en faveur de la possibilité d'une communication littéraire translinguistique significative. L'érudition de Hawkes s'étendait au-delà du ''Hongloumeng'' à sa traduction du ''Chuci'' (''Les Chants du Sud'', 1959) — la première traduction anglaise complète de cette anthologie ancienne — et à ses études du « drame quanzhen », un sous-genre de ''zaju'' des Yuan consacré aux thèmes taoïstes de transformation spirituelle. | ||
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| + | Aucun récit de la sinologie britannique ne serait complet sans mentionner l'affaire Edmund Backhouse — ce que Zhang Xiping appelle « une grande tragédie dans l'histoire de la sinologie britannique ». Backhouse (1873–1944), diplômé d'Oxford arrivé à Pékin en 1898, fit don d'environ 27 000 volumes de livres chinois à la Bibliothèque Bodléienne et co-écrivit avec J.O.P. Bland deux ouvrages largement cités sur l'histoire de la fin des Qing. Ces livres furent traités comme sources primaires par les chercheurs pendant des décennies. La mise au jour vint avec l'''Hermit of Peking'' (1976) de Hugh Trevor-Roper, qui révéla que Backhouse avait falsifié nombre des « journaux de cour » et documents sur lesquels ses livres étaient fondés. Le scandale discrédita non seulement l'œuvre de Backhouse mais jeta le doute sur tout un corpus de recherches qui s'était appuyé sur ses fabrications. L'affaire Backhouse servit d'avertissement sur les dangers de se fier à des sources non vérifiées et sur l'importance du type de vérification philologique rigoureuse sur laquelle des érudits comme Pelliot insistaient. | ||
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| + | La SOAS reste le plus grand centre d'études chinoises en Grande-Bretagne, offrant des programmes couvrant toute la gamme de la langue, de l'histoire, de la littérature, de la religion, de la politique et de l'économie chinoises. Oxford et Cambridge continuent de maintenir des chaires et des programmes, et plusieurs autres universités — Leeds, Édimbourg, Durham, Sheffield — ont développé un enseignement et une recherche significatifs liés à la Chine. Une enquête menée au début des années 1990 identifia environ 160 spécialistes des études chinoises travaillant en Grande-Bretagne, dont environ 60 % se concentraient sur la Chine moderne et contemporaine et moins de 25 % sur la période pré-moderne. Cet accent mis sur les études modernes — que Zhang Xiping interprète comme une continuation de la « tendance utilitariste » (''实用主义倾向'') qui a caractérisé la sinologie britannique depuis ses origines — contraste avec la tradition française, qui a maintenu un engagement plus fort envers la philologie classique et l'histoire pré-moderne.<ref>Sur l'impact social des examens, voir "Persistent legacy of the 1075–1919 Vietnamese imperial examinations," MPRA Paper 100860 (2020).</ref> | ||
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| + | == 9. Bilan == | ||
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| + | L'histoire de la sinologie britannique n'est pas, dans l'ensemble, une histoire de réussite institutionnelle. Comparée à la France, avec sa tradition du Collège de France ; à l'Allemagne, avec ses chaires à Berlin, Hambourg et Leipzig ; ou aux États-Unis, avec l'expansion massive des études régionales après 1945, la contribution de la Grande-Bretagne a été modeste en ampleur et précaire en soutien institutionnel. Pourtant, elle a été distinguée par une poignée d'individus — Morrison, Legge, Waley, Needham, Hawkes — dont les réalisations personnelles se classent parmi les plus hautes de l'histoire de la discipline. La sinologie britannique a été, par essence, une tradition de brillance individuelle opérant face à l'indifférence institutionnelle — une tradition de traducteurs-érudits dont les œuvres ont survécu bien après que les comités et les rapports qui n'ont pas su les soutenir ont été oubliés. | ||
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| + | Le traitement par Honey de la tradition britannique saisit ce paradoxe. Il note que « la sinologie britannique est née du service des missionnaires protestants en Chine » — un héritage qui lui donna une compétence linguistique pratique et une tradition de travail textuel minutieux, mais qui limita aussi ses ambitions théoriques et son soutien institutionnel. La transition de la sinologie amateur à la sinologie professionnelle — des « sinologues à trait d'union : missionnaires-sinologues, fonctionnaires-sinologues ou hommes d'affaires-sinologues » du XIXe siècle aux universitaires à plein temps du XXe — fut « douloureuse » et incomplète. Même Waley, le plus grand sinologue britannique du XXe siècle, se tenait « en dehors de l'orbite institutionnelle de la sinologie professionnelle ». | ||
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| + | La perspective savante chinoise, telle que représentée par les cours de Zhang Xiping, offre une évaluation complémentaire. Zhang reconnaît les réalisations individuelles extraordinaires mais insiste sur le fait que la trajectoire globale de la sinologie britannique a été entravée par l'utilitarisme persistant de la nation — sa tendance à valoriser les études chinoises pour leurs applications commerciales et diplomatiques pratiques plutôt que pour leur contribution au savoir humaniste. Ce qui est hors de question est la valeur durable des œuvres que la tradition britannique a produites. Les traductions des classiques chinois par Legge, les versions de la poésie chinoise par Waley, l'histoire de la science chinoise par Needham, le ''Story of the Stone'' de Hawkes et la ''Cambridge History of China'' constituent ensemble l'une des grandes réalisations de l'érudition humaniste occidentale. | ||
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| + | == Notes == | ||
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| + | == Bibliographie == | ||
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| + | === Sources primaires === | ||
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| + | * Giles, Herbert A. ''A Chinese-English Dictionary''. 2e éd. Londres et Shanghai, 1912. | ||
| + | * Giles, Herbert A. ''A History of Chinese Literature''. Londres : William Heinemann, 1901. | ||
| + | * Hawkes, David, trad. ''The Story of the Stone'' (''Hongloumeng''). 5 vol. Harmondsworth : Penguin Books, 1973–1986. | ||
| + | * Legge, James. ''The Chinese Classics''. 5 vol. Hong Kong et Londres, 1861–1872. | ||
| + | * Morrison, Robert. ''A Dictionary of the Chinese Language''. 6 vol. Macao, 1815–1823. | ||
| + | * Needham, Joseph, et al. ''Science and Civilisation in China''. 7 vol. (plusieurs parties). Cambridge : Cambridge University Press, 1954–. | ||
| + | * Waley, Arthur. ''A Hundred and Seventy Chinese Poems''. Londres : Constable, 1917. | ||
| + | * Waley, Arthur. ''The Analects of Confucius''. Londres : George Allen and Unwin, 1938. | ||
| + | * Waley, Arthur. ''Monkey''. Londres : George Allen and Unwin, 1942. | ||
| + | * Waley, Arthur. ''The Book of Songs''. Londres : George Allen and Unwin, 1937. | ||
| + | |||
| + | === Sources secondaires === | ||
| + | |||
| + | * Barrett, T.H. ''Singular Listlessness: A Short History of Chinese Books and British Scholars''. Londres : Wellsweep, 1989. | ||
| + | * Honey, David B. ''Incense at the Altar: Pioneering Sinologists and the Development of Classical Chinese Philology''. American Oriental Series 86. New Haven : American Oriental Society, 2001. | ||
| + | * Zhang Xiping 张西平. « Cours 9 : Développement de la sinologie britannique » (第九讲:英国汉学的发展). Dans ''Cours sur l'histoire de la sinologie occidentale''. | ||
| + | * He Yin 何寅 et Xu Guanghua 许光华. ''Guowai hanxueshi'' 国外汉学史 (Histoire de la sinologie à l'étranger). Shanghai : Shanghai Waiyu Jiaoyu Chubanshe, 2002. | ||
| + | * Huang Changzhu 黄长著, Sun Yuesheng 孙越生 et Wang Zuwang 王祖望, éd. ''Ouzhou Zhongguo xue'' 欧洲中国学 (Études chinoises en Europe). Pékin : Shehui Kexue Wenxian Chubanshe, 2005. | ||
| + | * Twitchett, Denis, et John K. Fairbank, éd. ''The Cambridge History of China''. Plusieurs vol. Cambridge : Cambridge University Press, 1978–. | ||
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| + | == Références == | ||
| + | <references /> | ||
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Latest revision as of 04:39, 26 March 2026
Chapitre 9 : La Grande-Bretagne — Diplomates, missionnaires et la tradition du traducteur-érudit
1. Les premiers contacts britanniques par le commerce
L'histoire de la sinologie britannique est une histoire de départs tardifs, de négligence institutionnelle et de la tension persistante entre l'utilité pratique et le savoir désintéressé. Alors que la France pouvait se réclamer d'une tradition ininterrompue d'engagement savant avec la Chine remontant aux missions jésuites du XVIIe siècle jusqu'à la fondation de la chaire du Collège de France en 1814, la relation de la Grande-Bretagne avec le savoir chinois fut irrégulière, motivée par le commerce et — pendant une grande partie de son histoire — remarquablement mince. Comme l'observe Zhang Xiping, « la Manche séparait la Grande-Bretagne du continent, et sa mentalité insulaire, son fort sentiment de supériorité nationale et son ouverture relativement limitée aux cultures étrangères ont contribué à un modèle distinctif de développement sinologique qui la distinguait de la tradition continentale ».[1]
La connaissance britannique de la Chine remonte à l'époque des Tudors (1485–1603), mais elle resta presque entièrement dérivée. Les savants anglais ne disposaient pas des moyens de se rendre en Chine et dépendaient des traductions d'ouvrages continentaux — lHistoria de Mendoza dans la version anglaise de Richard Hakluyt (1588), les traductions de lImperio de la China de Semedo et du De Bello Tartarico de Martini (tous deux publiés en anglais en 1655) — pour leur connaissance de l'Empire du Milieu. La qualité de ces traductions était inégale, et la compréhension qu'elles transmettaient était proportionnellement superficielle.[2]
Élisabeth Ire aurait tenté d'envoyer une lettre, rédigée en un latin incertain, à l'empereur de Chine, bien qu'il n'existe aucune preuve qu'elle ait jamais été remise. Son successeur Jacques Ier réessaya en anglais ; la lettre est conservée à la James Ford Bell Library de l'Université du Minnesota. Lorsque Zheng Chenggong (Koxinga) expulsa les Hollandais de Taïwan, les Anglais envisagèrent brièvement que ses descendants pourraient reconquérir le continent, et Charles II écrivit au « Roi de Taïwan » — une initiative diplomatique qui fut discrètement abandonnée lorsque les Qing consolidèrent leur contrôle.[3]
Le « quasi-sinologue » le plus notable du XVIIe siècle fut Thomas Hyde (1636–1703), bibliothécaire de la Bodléienne à Oxford, un éminent persaniste qui compila le premier catalogue britannique de livres chinois (Varia Chinesia) avec l'aide de Shen Fuzong, un visiteur chinois arrivé en Angleterre en 1683 avec le jésuite Philippe Couplet. Le catalogue contenait toutefois des erreurs embarrassantes — le Mengzi y était classé comme roman populaire. Robert Hooke, le scientifique, acquit également un dictionnaire chinois et consacra un effort considérable à son étude. Et John Webb, un architecte sans aucune connaissance du chinois, publia en 1668 un traité extraordinaire soutenant que le chinois était la langue originelle parlée par l'humanité avant la Tour de Babel — le premier ouvrage de longueur par un Anglais tentant d'assigner au chinois une place dans l'histoire linguistique du monde.[4]
Le XVIIIe siècle apporta des contacts commerciaux intensifiés mais peu de progrès intellectuels. L'intérêt de la Grande-Bretagne pour la Chine était massivement motivé par le commerce — en particulier le désir de la Compagnie des Indes orientales d'ouvrir les marchés chinois — et les savants de la nation se contentaient d'apprendre sur la Chine de seconde main, principalement par des sources françaises. Zhang Xiping fait une observation révélatrice au sujet de cette période : « Au XVIIIe siècle, l'influence chinoise la plus évidente sur la Grande-Bretagne provint des arts appliqués et de l'art des jardins. » L'architecte William Chambers, qui avait visité Canton dans sa jeunesse, publia des ouvrages sur l'architecture et l'art des jardins chinois, et construisit une célèbre pagode chinoise dans les jardins de la princesse de Galles à Kew. Joseph Spence traduisit une lettre du peintre jésuite frère Attiret décrivant les jardins du Yuanmingyuan — le « Palais d'Été ancien » — un texte qui devint « la plus ancienne description détaillée de ce sujet en anglais » et influença le développement du jardin paysager anglais. Mais il s'agissait d'emprunts esthétiques, non d'engagements savants ; ils reflétaient un goût pour l'exotique plutôt qu'un désir de comprendre la civilisation chinoise dans ses propres termes.
L'inadéquation de cette approche fut cruellement mise en lumière en 1793, lorsque la Grande-Bretagne envoya enfin une ambassade officielle en Chine sous Lord Macartney. Comme le note Zhang Xiping, « lorsque la Grande-Bretagne décida enfin d'envoyer une délégation officielle, pas un seul interprète qualifié ne put être trouvé dans tout le pays ».[5] Le secrétaire de Macartney, George Staunton, dut recruter deux interprètes chinois au séminaire de Naples. La seule contribution linguistique durable de la mission fut le jeune George Thomas Staunton, alors âgé de onze ans, qui commença à apprendre le chinois pendant le voyage et impressionna suffisamment l'empereur Qianlong pour recevoir une bourse jaune de la taille impériale — un honneur singulier. Le jeune Staunton publia une traduction anglaise du Da Qing lüli (Code juridique des Qing) en 1810, la première traduction complète d'une œuvre chinoise en anglais depuis la traduction du Hao qiu zhuan par Wilkinson en 1719. Il servit également de vice-ambassadeur lors de l'ambassade de Lord Amherst en 1816 — une autre mission échouée, torpillée par le refus de pratiquer le kowtow — et devint plus tard membre du Parlement, où il défendit vigoureusement la cause de la Guerre de l'Opium. Sa carrière incarnait la combinaison caractéristiquement britannique de compétence linguistique, d'intérêt commercial et d'ambition impériale.[6]
2. Robert Morrison et les linguistes missionnaires
Le fondement de la sinologie britannique en tant qu'entreprise savante fut posé non par des diplomates ou des commerçants mais par des missionnaires protestants, et sa figure fondatrice fut l'Écossais Robert Morrison (1782–1834). La réalisation de Morrison fut extraordinaire : travaillant en grande partie dans l'isolement, dans des conditions hostiles, il créa l'infrastructure linguistique qui rendit possible l'érudition britannique ultérieure.
Morrison arriva à Canton en 1807, premier missionnaire protestant à résider en Chine. Honey, dans Incense at the Altar, le place à la tête de la tradition sinologique britannique, aux côtés d'Alexander Wylie et de Herbert Giles, comme membre du « triumvirat britannique ».[7] La motivation première de Morrison était évangélique — la traduction de la Bible en chinois — mais les outils qu'il créa dans la poursuite de cet objectif eurent une valeur savante durable. Comme l'observe Honey, « la sinologie britannique est née du service des missionnaires protestants en Chine, principalement les Écossais Robert Morrison (1782–1834) dans le domaine de la lexicographie et de la traduction biblique, Alexander Wylie (1815–1887) dans le domaine de la bibliographie, de l'astronomie et des mathématiques, et James Legge (1815–1897) dans le domaine des classiques ». Cette trinité de missionnaires — lexicographe, bibliographe et classiciste — établit les trois piliers sur lesquels la sinologie britannique allait reposer pour le reste du XIXe siècle.
La plus grande réalisation de Morrison fut le Dictionary of the Chinese Language (1815–1823), un imposant dictionnaire chinois-anglais publié avec le soutien financier de la Compagnie des Indes orientales (qui contribua à hauteur de 2 000 livres). Zhang Xiping le qualifie de « dictionnaire chinois-occidental le plus autorisé de l'époque », un ouvrage qui « inaugura la pratique parmi les savants occidentaux du XIXe siècle, y compris d'autres missionnaires, de compiler des ouvrages de référence similaires, fournissant ainsi des outils indispensables à l'échange culturel sino-occidental moderne ».[8] Il co-traduisit également la Bible en chinois avec William Milne, produisant d'abord l'Évangile selon Matthieu (1810) puis la Bible complète (l'édition « Canton-Malacca », 1823). En 1818, il fonda l'Anglo-Chinese College à Malacca, la première institution consacrée à l'enseignement du chinois aux Occidentaux sous les auspices protestants. Lors d'un bref retour en Angleterre en 1824, il créa l'Oriental Translation Fund à Londres et devint le premier Anglais à enseigner le chinois dans la capitale.[9] Honey souligne le rôle de Morrison en tant que précurseur de la sinologie professionnelle : Morrison n'était pas un érudit au sens philologique — son dictionnaire et ses traductions étaient des outils pour le travail missionnaire — mais il établit la possibilité d'un engagement britannique avec la langue chinoise sur une base sérieuse et soutenue.[10]
Alexander Wylie (1815–1887), le deuxième membre du « triumvirat britannique » de Honey, était un agent de la London Missionary Society chargé de la distribution de la Bible en Chine. Ses contributions savantes dépassèrent toutefois largement ses fonctions officielles. Travaillant avec le grand mathématicien chinois Li Shanlan dans les années 1850 au Mohai shuguan (presses de la London Missionary Society) à Shanghai, Wylie facilita l'achèvement de la traduction chinoise des Éléments d'Euclide — les neuf derniers livres que Xu Guangqi et Matteo Ricci avaient laissés inachevés deux siècles et demi plus tôt. Cette collaboration, l'un des jalons de l'échange intellectuel sino-occidental, fut rendue possible par la profonde connaissance qu'avait Wylie des mathématiques occidentales et du chinois classique. Sa contribution la plus durable à la sinologie fut ses Notes on Chinese Literature (1867), une bibliographie systématique et classée des œuvres littéraires et savantes chinoises qui demeura un ouvrage de référence pendant des décennies.
Morrison ne fut pas le seul missionnaire britannique travaillant sur le chinois au début du XIXe siècle. Au Bengale, le laïc catholique Lassar et le missionnaire baptiste Joshua Marshman collaborèrent à une traduction séparée de la Bible (l'édition « Serampore », complète en 1822) et à une grammaire, Elements of Chinese Grammar (1814), qui pourrait être la première grammaire publiée du chinois classique en langue occidentale. L'« école du Bengale » fut bientôt éclipsée par les travaux de Morrison à Canton.[11] William Milne, ami et collaborateur de Morrison, servit comme directeur de l'Anglo-Chinese College à Malacca, co-traduisit la Bible, édita l'Anglo-Chinese Gleaner et publia le premier périodique en langue chinoise en Asie du Sud-Est, le Cha shi su mei yue tong ji zhuan (1815–1821).[12]
Le développement des collections de bibliothèques chinoises en Grande-Bretagne fut lent et aléatoire comparé à la France. Les premiers livres chinois en Angleterre entrèrent à la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford par l'intermédiaire de réseaux savants néerlandais : un livre chinois fragmentaire fut reçu dès 1601, et d'autres donations de savants néerlandais suivirent. En 1613, la Bodléienne détenait environ dix-sept textes médicaux chinois fragmentaires. La première acquisition publique significative eut lieu en 1823, lorsque George Thomas Staunton fit don de sa collection de 186 volumes chinois à la Royal Asiatic Society. La bibliothèque de l'Université de Cambridge reçut sa plus importante acquisition ancienne lorsque Wade fit don de sa collection personnelle de plus de 4 300 livres chinois, comprenant une rare édition xylographique des Ming du Yiyu tuzhi et des copies manuscrites du début des Qing du Ming shilu, ainsi que de précieux matériaux sur le Royaume céleste Taiping. Giles compléta par la suite la collection de Cambridge et publia un catalogue. Les fonds chinois du British Museum s'enrichirent plus lentement que ceux du continent. Une partie de la collection fut pillée à Canton ; une autre fut acquise auprès de marchands français. Le musée n'établit un programme systématique d'acquisitions par l'intermédiaire d'agents à Pékin que bien avant dans le XXe siècle — près d'un siècle derrière ses homologues européens.
La collection Stein, acquise par le British Museum au début du XXe siècle, transforma l'importance de l'institution pour la recherche sinologique. Les expéditions d'Aurel Stein en Asie centrale (1900–1901, 1906–1908, 1913–1916) rapportèrent des milliers de manuscrits, de peintures et de textiles des grottes de Dunhuang et d'autres sites. Les manuscrits chinois furent catalogués par Lionel Giles ; les peintures furent cataloguées par Arthur Waley durant ses années au Museum (1913–1930). Ces collections placèrent la Grande-Bretagne au centre du champ émergent des études de Dunhuang.
3. Les diplomates-sinologues : Wade, Giles et le système Wade-Giles
Le deuxième pilier de la sinologie britannique fut érigé par les diplomates-sinologues du milieu à la fin du XIXe siècle. Contrairement à la tradition française, enracinée dans l'université depuis 1814, la sinologie britannique dépendit longtemps d'hommes qui avaient acquis leur chinois au cours du service gouvernemental et ne se tournèrent vers l'érudition qu'à leur retraite. Cela donna à la sinologie britannique un cachet caractéristique : empirique, pratique, parfois brillante dans sa maîtrise du chinois parlé et écrit, mais institutionnellement précaire et théoriquement peu ambitieuse.
Thomas Francis Wade (1818–1895) entra dans le service diplomatique britannique en Chine en 1841 et s'éleva jusqu'au poste de ministre britannique en Chine (1871–1883). Durant ses années en Chine, il conçut le système de romanisation qui porte son nom, publié pour la première fois dans ses manuels Yü-yen tzu-erh chi (1867) et Wen-chien tzu-erh chi (1867). Le système Wade, fondé sur la prononciation du dialecte de Pékin, fut ultérieurement affiné par Herbert Giles et devint la romanisation standard des noms chinois dans le monde anglophone jusqu'à l'adoption du pinyin à la fin du XXe siècle.[13] À son retour en Angleterre, Wade fit don de sa collection personnelle de plus de 650 livres chinois à l'Université de Cambridge et fut nommé premier professeur de chinois à Cambridge — une position créée expressément pour accueillir sa donation et en assurer l'usage. Zhang Xiping note l'ironie : la chaire était, en effet, une condition du don plutôt qu'une expression d'un engagement institutionnel en faveur des études chinoises.[14]
Herbert Allen Giles (1845–1935) succéda à Wade à Cambridge et occupa la chaire pendant trente-cinq ans (1897–1932), durant lesquels il devint l'une des figures les plus prolifiques — et les plus controversées — de la sinologie britannique. Diplomate de carrière ayant servi dans divers postes consulaires à travers la Chine de 1867 à 1893, Giles se tourna vers l'érudition avec une énergie formidable à son retour en Angleterre. Honey traite Giles comme une figure de transition : « l'un des derniers fonctionnaires consulaires à se tourner vers l'université », qui « fonctionne comme une figure de transition dans le processus douloureux qui transforma la sinologie britannique d'une activité à temps partiel en une occupation à plein temps ».[15] Sa production fut énorme. Le Chinese-English Dictionary (1892, révisé en 1912) resta le dictionnaire de référence pour les étudiants anglophones de chinois pendant un demi-siècle. Ses Gems of Chinese Literature (1884) et son A History of Chinese Literature (1901) furent des œuvres pionnières de synthèse littéraire. Honey note que les « rimes victoriennes tirées du chinois de Giles, ainsi que les effusions littéraires encore plus impressionnistes d'Ernest Fenollosa, menèrent d'un côté au vorticisme d'Ezra Pound, et de l'autre aux propres variations de Waley sur le rythme accentuel ».[16] Son Chinese Biographical Dictionary (1898) fut un ouvrage de référence monumental, quoique supplanté en précision par des compilations ultérieures. Zhang Xiping observe que les réalisations de Giles lui valurent un doctorat honorifique d'Oxford et son élection à l'Académie française, mais que ses recherches n'étaient pas toujours de la plus haute qualité.[17]
4. James Legge et les classiques chinois
James Legge (1815–1897) occupe une position unique dans l'histoire de la sinologie britannique : il fut, de l'avis unanime, le premier savant britannique à acquérir une réputation internationale pour la qualité et l'exhaustivité de ses traductions. Les érudits chinois l'honorèrent du titre de « Xuanzang de la sinologie britannique » (英国汉学界的玄奘) — une comparaison qui témoigne de la vénération dans laquelle son œuvre était tenue.[18]
Legge était un missionnaire écossais de la London Missionary Society qui servit à Malacca et à Hong Kong de 1840 à 1873. Honey consacre un chapitre entier à Legge, le traitant comme l'incarnation de l'« acculturation riccienne à travers les Classiques » — l'idée, descendant de la politique d'accommodation de Ricci, que l'engagement le plus profond avec la civilisation chinoise requérait la maîtrise de ses textes canoniques.[19] Ses traductions des Chinese Classics — les Analectes, le Mencius, la Grande Étude, la Doctrine du Milieu, le Shijing, le Shujing, le Chunqiu avec le Zuozhuan, et le Yijing — parurent en plusieurs volumes entre 1861 et 1872 (avec des révisions ultérieures publiées dans la série Sacred Books of the East de Max Müller).
Le traitement de Legge par Honey met l'accent sur sa réalisation philologique. La maîtrise par Legge de la tradition commentariale chinoise — les siècles d'exégèse accumulés autour de chaque texte canonique — « rivalisa avec celle des érudits autochtones en Chine, où il était considéré comme un spécialiste du Shijing au sens de l'exégèse classique chinoise de la vieille école ».[20] Ses traductions se distinguaient par leur fidélité à l'original — parfois jusqu'à la gaucherie — et par la minutie de leur annotation. Comme le dit Honey, Legge préférait ses traductions « plutôt maladroites que floues » — une formule qui saisit à la fois sa force et sa limite. En 1875, Legge reçut le prix Stanislas Julien, la distinction internationale pour la traduction du chinois — une reconnaissance qui le plaçait en compagnie des plus grands sinologues français.[21]
En 1876, Legge fut nommé premier professeur de chinois à Oxford, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort en 1897. Honey retrace l'évolution de Legge de « traducteur missionnaire à sinologue professionnel » — une transformation qui s'opéra graduellement au cours de sa carrière à Hong Kong. Dans ses premiers travaux, les traductions de Legge étaient motivées par le désir de démontrer la compatibilité (ou l'incompatibilité) de la pensée confucéenne avec la doctrine chrétienne. Mais à mesure que sa maîtrise de la tradition commentariale chinoise s'approfondissait, son érudition devint de plus en plus autonome — portée par un engagement envers la précision et l'exhaustivité qui transcendait tout programme doctrinal. Au moment de sa nomination à Oxford, Legge était sinologue d'abord et missionnaire ensuite.
La signification de l'œuvre de Legge peut se mesurer à sa longévité. Plus d'un siècle après sa mort, ses traductions des Analectes, du Mencius et du Shijing restent largement utilisées. Elles ont été continuellement rééditées, et aucun traducteur ultérieur ne les a entièrement supplantées. Legge eut pour successeur à Oxford T.L. Bullock, un ancien diplomate dont la production savante fut modeste, puis William Edward Soothill (1861–1935), un missionnaire baptiste qui avait passé des décennies en Chine. Les publications de Soothill comprenaient The Three Religions of China (1913) et Timothy Richard of China (1924), mais il n'était pas un philologue du calibre de Legge.[22]
5. Arthur Waley — Le génie indépendant
Arthur Waley (1889–1966) fut le plus éminent traducteur de littérature chinoise et japonaise dans le monde anglophone, et l'une des figures les plus remarquables de l'histoire de la sinologie. Sa carrière fut anomale à presque tous les égards : autodidacte en chinois et en japonais, il n'occupa aucun poste universitaire, ne visita jamais l'Asie et travailla entièrement en dehors du cadre institutionnel de la sinologie universitaire. Pourtant, ses traductions transformèrent la compréhension occidentale de la littérature est-asiatique et fixèrent un standard de qualité littéraire rarement égalé.
Né Arthur David Schloss à Tunbridge Wells, Waley étudia à la Rugby School et au King's College de Cambridge, où il fut l'élève des philosophes G. Lowes Dickinson et G.E. Moore. En 1913, il entra au Département des estampes et dessins orientaux du British Museum, où il catalogua les peintures chinoises et japonaises de la collection Stein. C'est au Museum qu'il apprit seul le chinois et le japonais, travaillant avec des dictionnaires et des textes originaux sans instruction formelle.[23] Honey consacre à Waley un chapitre entier, le qualifiant de « poète par excellence parmi les sinologues » et de « dernier et meilleur de la lignée des sinologues autodidactes engendrée par les intérêts ecclésiastiques, commerciaux et politiques du XIXe siècle ».[24]
Le premier livre de Waley, A Hundred and Seventy Chinese Poems (1917), fut une révélation. Réimprimé plus d'une douzaine de fois et traduit en français et en allemand, il fit entrer la poésie classique chinoise dans les foyers occidentaux ordinaires pour la première fois. Les critiques contemporains comparèrent l'expérience à « la découverte d'un nouveau continent ». À une époque où les lecteurs de journaux occidentaux associaient la Chine à la guerre, à la famine et à l'effondrement politique, les traductions de Waley révélèrent « un autre monde — un paradis oriental de moralité, de civilisation, de compassion, d'honnêteté et de normes sociales ». Il employa une technique qu'il appela « rythme accentuel » (sprung rhythm) — une forme de vers libres utilisant des syllabes accentuées pour approximer l'effet du vers monosyllabique chinois, abandonnant la rime au profit de la cadence rythmique et de la fidélité à l'imagerie de l'original.[25] Ses recueils suivants étendirent sa palette sur toute l'étendue de la poésie chinoise. Comme l'observe Zhang Xiping, Waley considérait la période antérieure aux Tang comme l'âge d'or de la poésie chinoise et préférait le style simple et naturel de la chanson populaire à l'artifice élaboré des périodes ultérieures. Il traduisit 108 poèmes de Bai Juyi, son poète chinois préféré, et publia une étude biographique, The Life and Times of Po Chü-i (1949). Sa relation avec Li Bai était plus ambivalente : dans The Poetry and Career of Li Po (1950), il critiqua la répétitivité et le manque de sérieux moral de Li Bai — un jugement qui, comme le note Zhang Xiping, reflétait « le fossé culturel » entre les standards moraux anglais de Waley et les valeurs de la culture littéraire chinoise des Tang.[26]
Au-delà de la poésie, les traductions de Waley embrassèrent toute la gamme de la littérature classique chinoise. Sa traduction abrégée du Xiyou ji, publiée sous le titre Monkey (1942), devint l'un des livres chinois les plus connus en Occident, réimprimé d'innombrables fois et traduit en de nombreuses langues. Sa traduction du Shijing (1937) fut saluée comme la plus belle version anglaise du Livre des Odes.[27] Sa traduction des Analectes (1938) devint la version anglaise standard pour une génération, et The Way and Its Power (1934), traduction du Dao De Jing, démontra sa maîtrise de la prose philosophique chinoise ancienne. Son étude The Opium War Through Chinese Eyes (1958) fut un exercice pionnier de présentation d'un événement historique majeur du point de vue chinois — une approche qui anticipait les sensibilités postcoloniales des décennies suivantes. En littérature japonaise, la traduction par Waley du Dit du Genji (1925–1933) fut universellement saluée comme l'un des chefs-d'œuvre de la traduction littéraire en langue anglaise.
Les honneurs reçus par Waley reflétèrent sa position unique dans la vie culturelle britannique : Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique (1952), doctorat honorifique d'Oxford (1953), Médaille d'or de la Reine pour la poésie (1953) et Compagnon d'honneur (1956). Le sinologue américain Jonathan Spence résuma son accomplissement : « Le choc que Waley administra aux gens ne sera jamais égalé, car la plupart des œuvres qu'il traduisit étaient inconnues dans le monde occidental, et c'est précisément pour cette raison que ces traductions exercèrent une influence aussi extraordinaire. »
Le refus de Waley de visiter la Chine ou le Japon — l'excentricité la plus célèbre de sa carrière — n'a jamais été pleinement expliqué. Vers la fin de sa vie, il confia à un ami : « Pour moi, le lieu le plus familier en Chine est le Chang'an de la dynastie Tang, mais je soupçonne qu'il a quelque peu changé depuis. »[28] L'évaluation de Honey est équilibrée. Waley était un génie littéraire qui « popularisa la lecture de la littérature chinoise et japonaise en traduction » et « fixa un standard presque inimitable qui, dans l'ensemble, demeura aussi précis — pour ses fins — que lisible ».[29] Mais sa position hors de la sinologie universitaire signifiait qu'il ne pouvait former d'étudiants ni bâtir un héritage institutionnel.
Plusieurs autres figures méritent mention dans tout récit de la sinologie britannique du XIXe siècle. Samuel Beal (1825–1889), aumônier de la flotte britannique, devint un pionnier de l'étude du bouddhisme chinois, publiant des traductions des récits de voyage de Faxian et de Song Yun et une vie de Xuanzang. Son œuvre faisait pendant à celle de Rémusat et Julien en France. Henry Yule (1820–1889), un officier militaire écossais, produisit Cathay and the Way Thither (1866) et The Book of Ser Marco Polo (1871), des traductions annotées qui valurent le respect même de Pelliot, notoirement parcimonieux en éloges. John Fryer (1839–1928), un missionnaire au Bureau de traduction de l'Arsenal de Jiangnan de 1868 à 1896, collabora avec des érudits chinois à la traduction de centaines d'ouvrages scientifiques et techniques occidentaux en chinois — une entreprise d'une importance énorme pour la modernisation du savoir chinois.
6. Joseph Needham et Science et civilisation en Chine
Joseph Needham (1900–1995) fut le sinologue britannique le plus ambitieux et le plus influent du XXe siècle, bien qu'il soit venu aux études chinoises relativement tard dans sa vie et à partir d'une discipline entièrement différente. Biochimiste distingué à Cambridge — Fellow de la Royal Society, auteur de l'Embryologie chimique en trois volumes (1931) — Needham découvrit grâce à trois étudiants chinois de troisième cycle arrivés dans son laboratoire en 1937 (parmi eux Lu Gwei-djen, qui allait devenir sa collaboratrice de toute une vie et sa seconde épouse) que la civilisation chinoise avait apporté des contributions fondamentales à la science et à la technologie qui étaient presque entièrement inconnues en Occident. Il résolut d'écrire une histoire de la science chinoise, apprit le chinois et, à la fin des années 1930, avait commencé à publier sur le sujet.[30]
Durant la Seconde Guerre mondiale, Needham servit comme conseiller scientifique à l'ambassade britannique à Chongqing et directeur du Bureau de coopération scientifique sino-britannique (1942–1946). Il parcourut plus de 50 000 kilomètres à travers dix provinces en guerre, visitant plus de 300 institutions scientifiques et éducatives et rencontrant plus d'un millier de chercheurs chinois. Cette expérience lui fournit à la fois les contacts humains et les ressources documentaires pour l'œuvre de sa vie.
La méthodologie de Needham pour son immense projet reposait sur six principes, tels que Zhang Xiping les énumère : la collecte et l'indexation systématiques des matériaux ; la conduite de travaux de terrain et l'observation directe des artisanats et technologies traditionnels ; l'utilisation de la reconstruction expérimentale pour vérifier les affirmations scientifiques trouvées dans les textes chinois ; l'insertion de la science chinoise dans le cadre de l'histoire mondiale ; la combinaison d'approches internes et externes — en prêtant attention à la fois à la logique interne du développement scientifique et aux facteurs sociaux et institutionnels qui le façonnèrent ; et la cultivation de la collaboration savante internationale.
Le premier volume de Science and Civilisation in China parut en 1954, et l'ouvrage finit par compter sept volumes principaux (avec de nombreux sous-volumes), couvrant les mathématiques, l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie, l'ingénierie, la médecine et le contexte social de la science chinoise. L'argument central de Needham était que la Chine avait été bien en avance sur l'Europe en science et en technologie pendant la majeure partie de l'histoire écrite, et que le récit occidental conventionnel, qui attribuait le progrès scientifique exclusivement aux traditions gréco-romaine et européenne, était profondément trompeur. Il posa également ce qui devint connu sous le nom de « question de Needham » : pourquoi la Révolution scientifique et la Révolution industrielle ne se produisirent-elles pas en Chine, malgré l'avance technologique antérieure de la Chine ?[31] Les honneurs qui suivirent comprirent la médaille George Sarton de l'Union internationale d'histoire et de philosophie des sciences (1968), l'élection comme Fellow de la British Academy (1971) et un prix de sciences naturelles de première classe de l'Académie chinoise des sciences (1983).[32] L'œuvre de Needham étendit le champ de la sinologie des humanités aux sciences naturelles — une contribution sans parallèle dans aucune autre tradition nationale.
7. Développement institutionnel : SOAS, Cambridge, Oxford
L'histoire institutionnelle de la sinologie britannique est un récit de sous-financement chronique, de reconnaissance tardive et de dépendance à l'égard d'événements extérieurs — en particulier les guerres — pour stimuler le soutien gouvernemental. Les premières chaires universitaires britanniques en chinois furent créées non par conviction intellectuelle mais par les accidents de la donation et du patronage. La chaire de Londres (1837) fut dotée par George Thomas Staunton à condition que la bibliothèque de Morrison fût hébergée à University College ; le poste revint à Samuel Kidd, un missionnaire décédé en 1843, après quoi la chaire fut supprimée. La chaire d'Oxford (1876) fut créée pour Legge. Celle de Cambridge (1888) fut créée pour Wade, comme condition de sa donation de livres. Celle de Manchester (1901) revint à Edward Harper Parker.[33] Au début du XXe siècle, la Grande-Bretagne comptait cinq chaires en chinois, mais aucune n'était adéquatement financée, et les titulaires étaient presque tous des diplomates ou des missionnaires à la retraite plutôt que des chercheurs formés.
Le rapport Reay (1909) recommanda la création d'une School of Oriental Studies dédiée au sein de l'Université de Londres, mais la fondation de la SOAS fut retardée par la Première Guerre mondiale jusqu'en 1916.[34] La SOAS connut une croissance rapide en nombre d'étudiants mais souffrit d'un financement insuffisant et d'un gouvernement qui la considérait principalement comme un centre de formation d'interprètes plutôt que comme un centre de recherche. Zhang Xiping note que l'écrivain chinois Lao She enseigna le chinois à la SOAS dans les années 1920, compilant un manuel et enregistrant une série de disques Linguaphone d'enseignement du chinois.[35]
Deux érudits européens émigrés apportèrent les standards philologiques continentaux à la sinologie britannique au milieu du XXe siècle. Walter Simon (1893–1981), né à Berlin, fuit l'Allemagne en 1938 et devint professeur de chinois à la SOAS (1947–1960). Spécialiste de la linguistique sino-tibétaine, sa reconstruction des consonnes finales du vieux chinois fut une contribution pionnière à la phonologie historique. Gustav Haloun (1898–1951), formé à Leipzig sous August Conrady, occupa des chaires à Prague, Halle et Göttingen avant d'émigrer à Cambridge en 1938. Honey traite Haloun comme un maître de la critique textuelle dont les travaux sur le Guanzi et sur les problèmes de la Bactriane et des Yuezhi dans les sources chinoises démontrèrent une rigueur nouvelle pour la sinologie britannique.
La Seconde Guerre mondiale démontra le coût de la négligence britannique des études orientales. En 1940–1941, seuls vingt-six étudiants dans toutes les universités britanniques étudiaient le chinois. Deux rapports gouvernementaux d'après-guerre tentèrent de remédier à la crise. Le rapport Scarborough (1947) appela à la création de départements d'études orientales correctement financés, entraînant une expansion significative à la SOAS et dans d'autres institutions. Le rapport Hayter (1961) appela à une expansion supplémentaire, y compris la création de centres d'études régionales. Sous son influence, la SOAS établit cinq centres de recherche régionaux en 1966, et un Contemporary China Institute fut fondé en 1967–1968 avec le soutien de la Fondation Ford.[36] Les acquis de la période d'après-guerre se révélèrent fragiles. Sous les mesures d'austérité du gouvernement Thatcher, le budget de la SOAS fut réduit de 37 % et son personnel enseignant de 25 %. Le rapport Parker (1986) livra une évaluation cinglante des études orientales britanniques.[37] Le verdict global de Zhang Xiping sur l'histoire institutionnelle est sévère : « Tout au long de cette période, l'accent mis par le gouvernement britannique sur les intérêts commerciaux et diplomatiques à court terme, son insistance sur la formation d'interprètes plutôt que sur le soutien à la recherche, et son sous-financement chronique du domaine ont abouti à un niveau de réalisation sinologique bien inférieur à celui de la France, de l'Allemagne, des États-Unis, de l'Union soviétique et du Japon. »[38]
Une caractéristique distinctive de la sinologie britannique du XXe siècle fut la contribution de chercheurs chinois résidant en Grande-Bretagne. Xiang Da fut invité par Oxford en 1936 pour cataloguer ses fonds chinois. Lao She enseigna le chinois à la SOAS dans les années 1920. D.C. Lau (Liu Dianjue) enseigna à la SOAS avant de rejoindre l'Université chinoise de Hong Kong, contribuant des traductions faisant autorité des Analectes et du Mencius. Les bourses d'indemnité des Boxers, établies par accord entre le gouvernement chinois républicain et le gouvernement britannique en 1931, canalisèrent une partie des paiements du Protocole des Boxers vers l'échange culturel. Le University China Committee qui en résulta supervisa les salaires des professeurs chinois à Oxford, Cambridge et Londres, et accorda des subventions de voyage aux chercheurs britanniques travaillant sur des sujets chinois.
8. La sinologie britannique contemporaine
Malgré les difficultés institutionnelles répertoriées ci-dessus, la sinologie britannique a produit des œuvres d'une importance durable, et la fin du XXe siècle a vu à la fois consolidation et renouveau.
Denis Twitchett (1925–2006), qui occupa des chaires à la SOAS (1956–1968) et à Cambridge (1968–1980), fut parmi les sinologues britanniques les plus influents de la période d'après-guerre. Historien de la Chine des Tang et des Song, il co-dirigea (avec John King Fairbank de Harvard) la Cambridge History of China en plusieurs volumes, qui comptait au début du XXIe siècle quinze volumes couvrant l'histoire chinoise de la dynastie Qin à l'ère post-Mao. Bien que projet international, son foyer intellectuel était à Cambridge, et sa direction éditoriale reflétait les forces distinctives de la tradition historique anglo-américaine : attention minutieuse aux preuves documentaires, sensibilité à l'histoire institutionnelle et préférence pour la synthèse narrative plutôt que l'abstraction théorique.[39]
Lionel Giles (1875–1958), fils d'Herbert Giles, passa sa carrière au British Museum, où il catalogua les manuscrits chinois rapportés par Stein de Dunhuang — un labeur compilé sur trente-huit ans. Il traduisit également le Sunzi bingfa (L'Art de la guerre, 1910), produisant ce que Zhang Xiping décrit comme « la première expression relativement complète et exacte de la pensée militaire de Sun Tzu » en anglais. Michael Sullivan (1916–2013), historien de l'art qui passa quatre ans au musée de l'Université associée nationale du Sud-Ouest en Chine en temps de guerre, produisit The Arts of China (1973), l'introduction en langue anglaise de référence à l'art chinois.
David Hawkes (1923–2009), professeur de chinois à Oxford de 1960 à 1971, produisit ce qui est largement considéré comme la meilleure traduction anglaise d'un roman chinois : sa version en cinq volumes du Hongloumeng (The Story of the Stone), publiée par Penguin Books entre 1973 et 1986. (Les quarante derniers chapitres furent traduits par le gendre et élève de Hawkes, John Minford, sous sa direction.) Zhang Xiping note que le Times Literary Supplement la compara favorablement à la traduction par Waley du Dit du Genji.[40] Dans son essai « Chinese Poetry and the English Reader », Hawkes analysa les obstacles fondamentaux à la traduction de la poésie chinoise en anglais — l'intraduisibilité des schémas tonaux, la destruction du duizhang (parallélisme) qui résulte inévitablement des exigences grammaticales de la prose anglaise. Ces constatations franches sur les limites de la traduction coexistaient avec un engagement tout aussi ferme en faveur de la possibilité d'une communication littéraire translinguistique significative. L'érudition de Hawkes s'étendait au-delà du Hongloumeng à sa traduction du Chuci (Les Chants du Sud, 1959) — la première traduction anglaise complète de cette anthologie ancienne — et à ses études du « drame quanzhen », un sous-genre de zaju des Yuan consacré aux thèmes taoïstes de transformation spirituelle.
Aucun récit de la sinologie britannique ne serait complet sans mentionner l'affaire Edmund Backhouse — ce que Zhang Xiping appelle « une grande tragédie dans l'histoire de la sinologie britannique ». Backhouse (1873–1944), diplômé d'Oxford arrivé à Pékin en 1898, fit don d'environ 27 000 volumes de livres chinois à la Bibliothèque Bodléienne et co-écrivit avec J.O.P. Bland deux ouvrages largement cités sur l'histoire de la fin des Qing. Ces livres furent traités comme sources primaires par les chercheurs pendant des décennies. La mise au jour vint avec l'Hermit of Peking (1976) de Hugh Trevor-Roper, qui révéla que Backhouse avait falsifié nombre des « journaux de cour » et documents sur lesquels ses livres étaient fondés. Le scandale discrédita non seulement l'œuvre de Backhouse mais jeta le doute sur tout un corpus de recherches qui s'était appuyé sur ses fabrications. L'affaire Backhouse servit d'avertissement sur les dangers de se fier à des sources non vérifiées et sur l'importance du type de vérification philologique rigoureuse sur laquelle des érudits comme Pelliot insistaient.
La SOAS reste le plus grand centre d'études chinoises en Grande-Bretagne, offrant des programmes couvrant toute la gamme de la langue, de l'histoire, de la littérature, de la religion, de la politique et de l'économie chinoises. Oxford et Cambridge continuent de maintenir des chaires et des programmes, et plusieurs autres universités — Leeds, Édimbourg, Durham, Sheffield — ont développé un enseignement et une recherche significatifs liés à la Chine. Une enquête menée au début des années 1990 identifia environ 160 spécialistes des études chinoises travaillant en Grande-Bretagne, dont environ 60 % se concentraient sur la Chine moderne et contemporaine et moins de 25 % sur la période pré-moderne. Cet accent mis sur les études modernes — que Zhang Xiping interprète comme une continuation de la « tendance utilitariste » (实用主义倾向) qui a caractérisé la sinologie britannique depuis ses origines — contraste avec la tradition française, qui a maintenu un engagement plus fort envers la philologie classique et l'histoire pré-moderne.[41]
9. Bilan
L'histoire de la sinologie britannique n'est pas, dans l'ensemble, une histoire de réussite institutionnelle. Comparée à la France, avec sa tradition du Collège de France ; à l'Allemagne, avec ses chaires à Berlin, Hambourg et Leipzig ; ou aux États-Unis, avec l'expansion massive des études régionales après 1945, la contribution de la Grande-Bretagne a été modeste en ampleur et précaire en soutien institutionnel. Pourtant, elle a été distinguée par une poignée d'individus — Morrison, Legge, Waley, Needham, Hawkes — dont les réalisations personnelles se classent parmi les plus hautes de l'histoire de la discipline. La sinologie britannique a été, par essence, une tradition de brillance individuelle opérant face à l'indifférence institutionnelle — une tradition de traducteurs-érudits dont les œuvres ont survécu bien après que les comités et les rapports qui n'ont pas su les soutenir ont été oubliés.
Le traitement par Honey de la tradition britannique saisit ce paradoxe. Il note que « la sinologie britannique est née du service des missionnaires protestants en Chine » — un héritage qui lui donna une compétence linguistique pratique et une tradition de travail textuel minutieux, mais qui limita aussi ses ambitions théoriques et son soutien institutionnel. La transition de la sinologie amateur à la sinologie professionnelle — des « sinologues à trait d'union : missionnaires-sinologues, fonctionnaires-sinologues ou hommes d'affaires-sinologues » du XIXe siècle aux universitaires à plein temps du XXe — fut « douloureuse » et incomplète. Même Waley, le plus grand sinologue britannique du XXe siècle, se tenait « en dehors de l'orbite institutionnelle de la sinologie professionnelle ».
La perspective savante chinoise, telle que représentée par les cours de Zhang Xiping, offre une évaluation complémentaire. Zhang reconnaît les réalisations individuelles extraordinaires mais insiste sur le fait que la trajectoire globale de la sinologie britannique a été entravée par l'utilitarisme persistant de la nation — sa tendance à valoriser les études chinoises pour leurs applications commerciales et diplomatiques pratiques plutôt que pour leur contribution au savoir humaniste. Ce qui est hors de question est la valeur durable des œuvres que la tradition britannique a produites. Les traductions des classiques chinois par Legge, les versions de la poésie chinoise par Waley, l'histoire de la science chinoise par Needham, le Story of the Stone de Hawkes et la Cambridge History of China constituent ensemble l'une des grandes réalisations de l'érudition humaniste occidentale.
Notes
Bibliographie
Sources primaires
- Giles, Herbert A. A Chinese-English Dictionary. 2e éd. Londres et Shanghai, 1912.
- Giles, Herbert A. A History of Chinese Literature. Londres : William Heinemann, 1901.
- Hawkes, David, trad. The Story of the Stone (Hongloumeng). 5 vol. Harmondsworth : Penguin Books, 1973–1986.
- Legge, James. The Chinese Classics. 5 vol. Hong Kong et Londres, 1861–1872.
- Morrison, Robert. A Dictionary of the Chinese Language. 6 vol. Macao, 1815–1823.
- Needham, Joseph, et al. Science and Civilisation in China. 7 vol. (plusieurs parties). Cambridge : Cambridge University Press, 1954–.
- Waley, Arthur. A Hundred and Seventy Chinese Poems. Londres : Constable, 1917.
- Waley, Arthur. The Analects of Confucius. Londres : George Allen and Unwin, 1938.
- Waley, Arthur. Monkey. Londres : George Allen and Unwin, 1942.
- Waley, Arthur. The Book of Songs. Londres : George Allen and Unwin, 1937.
Sources secondaires
- Barrett, T.H. Singular Listlessness: A Short History of Chinese Books and British Scholars. Londres : Wellsweep, 1989.
- Honey, David B. Incense at the Altar: Pioneering Sinologists and the Development of Classical Chinese Philology. American Oriental Series 86. New Haven : American Oriental Society, 2001.
- Zhang Xiping 张西平. « Cours 9 : Développement de la sinologie britannique » (第九讲:英国汉学的发展). Dans Cours sur l'histoire de la sinologie occidentale.
- He Yin 何寅 et Xu Guanghua 许光华. Guowai hanxueshi 国外汉学史 (Histoire de la sinologie à l'étranger). Shanghai : Shanghai Waiyu Jiaoyu Chubanshe, 2002.
- Huang Changzhu 黄长著, Sun Yuesheng 孙越生 et Wang Zuwang 王祖望, éd. Ouzhou Zhongguo xue 欧洲中国学 (Études chinoises en Europe). Pékin : Shehui Kexue Wenxian Chubanshe, 2005.
- Twitchett, Denis, et John K. Fairbank, éd. The Cambridge History of China. Plusieurs vol. Cambridge : Cambridge University Press, 1978–.
Références
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- ↑ Honey, Incense at the Altar, préface, x.
- ↑ Zhang Xiping, cours 1, « Introduction aux études de sinologie occidentale », pp. 165–168.
- ↑ Peter K. Bol, "The China Historical GIS," Journal of Chinese History 4, n° 2 (2020).
- ↑ Hilde De Weerdt, "MARKUS: Text Analysis and Reading Platform," dans Journal of Chinese History 4, n° 2 (2020) ; voir aussi le guide Digital Humanities de l'Université de Chicago.
- ↑ Tu Hsiu-chih, "DocuSky, A Personal Digital Humanities Platform for Scholars," Journal of Chinese History 4, n° 2 (2020).
- ↑ Peter K. Bol et Wen-chin Chang, "The China Biographical Database," dans Digital Humanities and East Asian Studies (Leiden : Brill, 2020).
- ↑ Voir le chapitre 22 (Traduction) de ce volume sur les défis de la traduction par l'IA.
- ↑ "WenyanGPT: A Large Language Model for Classical Chinese Tasks," prépublication arXiv (2025).
- ↑ "Benchmarking LLMs for Translating Classical Chinese Poetry: Evaluating Adequacy, Fluency, and Elegance," Proceedings of EMNLP (2025).
- ↑ "A Multi Agent Classical Chinese Translation Method Based on Large Language Models," Scientific Reports 15 (2025).
- ↑ Voir, par ex., Mark Edward Lewis et Curie Viragh, "Computational Stylistics and Chinese Literature," Journal of Chinese Literature and Culture 9, n° 1 (2022).
- ↑ Hilde De Weerdt, Information, Territory, and Networks: The Crisis and Maintenance of Empire in Song China (Cambridge : Harvard University Asia Center, 2015).
- ↑ China-Princeton Digital Humanities Workshop 2025 (chinesedh2025.eas.princeton.edu).
- ↑ Zhang Xiping, cours 1, pp. 54–60.
- ↑ Zhang Xiping, cours 1, pp. 102–113.
- ↑ Zhang Xiping, cours 1, pp. 114–117.
- ↑ "The World Conference on China Studies: CCP's Global Academic Rebranding Campaign," Bitter Winter (2024).
- ↑ Honey, Incense at the Altar, préface, xxii.
- ↑ "Academic Freedom and China," rapport de l'AAUP (2024) ; Sinology vs. the Disciplines, Then & Now, China Heritage (2019).
- ↑ "They Don't Understand the Fear We Have: How China's Long Reach of Repression Undermines Academic Freedom at Australia's Universities," Human Rights Watch (2021).
- ↑ Kubin, Hanxue yanjiu xin shiye, ch. 7, pp. 100–111.
- ↑ Thomas Michael, "Heidegger's Legacy for Comparative Philosophy and the Laozi," International Journal of China Studies 11, n° 2 (2020) : 299.
- ↑ Steven Burik, The End of Comparative Philosophy and the Task of Comparative Thinking: Heidegger, Derrida, and Daoism (Albany : SUNY Press, 2009).
- ↑ David L. Hall et Roger T. Ames, Thinking Through Confucius (Albany : SUNY Press, 1987), préface.
- ↑ François Jullien, Détour et accès : Stratégies du sens en Chine, en Grèce (Paris : Grasset, 1995) ; cf. "China as Method: Methodological Implications of François Jullien's Philosophical Detour through China," Contemporary French and Francophone Studies 28, n° 1 (2024).
- ↑ Wolfgang Kubin, Hanxue yanjiu xin shiye (Guilin : Guangxi shifan daxue chubanshe, 2013), ch. 11, pp. 194–195.
- ↑ Bryan W. Van Norden, Taking Back Philosophy: A Multicultural Manifesto (New York : Columbia University Press, 2017).
- ↑ Carine Defoort, "Is There Such a Thing as Chinese Philosophy? Arguments of an Implicit Debate," Philosophy East and West 51, n° 3 (2001) : 393–413.
- ↑ Carine Defoort, "'Chinese Philosophy' at European Universities: A Threefold Utopia," Dao 16, n° 1 (2017) : 55–72.
- ↑ Sur l'imprimerie coréenne et la transmission textuelle, voir l'inscription au Registre Mémoire du monde de l'UNESCO pour le Jikji (plus ancien exemplaire existant d'imprimerie à caractères métalliques mobiles, 1377) ; sur le Tripitaka Koreana, voir l'inscription au Patrimoine mondial de l'UNESCO.
- ↑ Sur la période coloniale, voir "Kangaku and the State: Colonial Collaboration between Korean and Japanese Traditional Sinologists," Sungkyun Journal of East Asian Studies 24, n° 2 (2024).
- ↑ Sur la « collaboration coloniale », voir ibid.
- ↑ Sur la sinologie coréenne d'après-guerre, voir "Two Millennia of Sinology: The Korean Reception, Curation, and Reinvention of Cultural Knowledge from China," Journal of Chinese History (Cambridge University Press).
- ↑ Ibid.
- ↑ "Two Millennia of Sinology," Journal of Chinese History.
- ↑ Sur la période chinoise, voir Keith Weller Taylor, The Birth of Vietnam (Berkeley : University of California Press, 1983).
- ↑ Sur l'utilisation du chinois classique au Vietnam indépendant, voir l'article Wikipédia « History of writing in Vietnam » ; Alexander Woodside, Vietnam and the Chinese Model (Cambridge, MA : Harvard University Press, 1971).
- ↑ Sur le système d'examens vietnamien, voir l'article Wikipédia « Confucian court examination system in Vietnam » ; sur le Temple de la Littérature, voir l'inscription au Registre Mémoire du monde de l'UNESCO.
- ↑ Sur le contenu des examens, voir ibid. ; l'article Britannica « chu nom ».
- ↑ Sur l'impact social des examens, voir "Persistent legacy of the 1075–1919 Vietnamese imperial examinations," MPRA Paper 100860 (2020).