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== Introduction ==
'''Traduction en cours'''
 
  
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L'étude de la Chine possède des racines profondes le long des routes terrestres et maritimes qui reliaient jadis l'Empire du Milieu au monde islamique et au bassin plus large de l'océan Indien. De la première curiosité diplomatique de l'Empire ottoman pour le « Cathay » à l'explosion de l'enseignement de la langue chinoise déclenchée par les projets d'infrastructure du XXIe siècle, les pays examinés dans ce chapitre — la Turquie, l'Afghanistan, le Pakistan et l'Indonésie — représentent des traditions diverses d'engagement avec la civilisation chinoise. Ce qui les unit est la géographie : chacun est situé sur ou à proximité des corridors historiques de la Route de la soie, et chacun a connu, dans la période moderne, une expansion spectaculaire des études liées à la Chine, portée par des impératifs économiques et un réalignement géopolitique.<ref>David B. Honey, ''Incense at the Altar: Pioneering Sinologists and the Development of Classical Chinese Philology'' (New Haven: American Oriental Society, 2001), préface, xxii.</ref>
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== I. La Turquie : du ''Khatainame'' à la sinologie moderne ==
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=== 1.1 La rencontre ottomane avec la Chine ===
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La sinologie turque peut revendiquer l'une des plus anciennes généalogies en Europe. En 1516, un manuscrit intitulé ''Khatainame'' (« Livre du Cathay ») fut composé et présenté au sultan ottoman Selim Ier, offrant une description de la Chine fondée sur des rapports de voyageurs. Ce texte pourrait bien être le plus ancien livre connu relatif à la Chine produit sur le continent européen, antérieur de plusieurs décennies à la littérature de récits de voyage portugais.<ref>Honey, ''Incense at the Altar'', préface, x.</ref>
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L'engagement intellectuel ottoman avec la Chine demeura cependant occasionnel et non systématique. L'orientation géopolitique première des Ottomans était tournée vers la Méditerranée, les Balkans et les terres arabes, et la Chine se trouvait au-delà de leur horizon pratique. Néanmoins, les bibliothèques ottomanes préservèrent des textes arabes et persans sur la Chine, et le concept de ''Hıtay'' (Cathay) conserva une présence dans l'imaginaire géographique et littéraire turc.
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=== 1.2 La fondation de la sinologie académique (1935) ===
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L'institutionnalisation formelle de la sinologie en Turquie eut lieu en 1935, par ordre direct de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République. Deux chercheurs allemands — Annemarie von Gabain (spécialiste du vieux turc et de la linguistique centrasiatique) et Wolfram Eberhard (sinologue et folkloriste) — furent invités à l'Université d'Ankara pour fonder le Département de sinologie au sein de la Faculté de langues, d'histoire et de géographie (Dil ve Tarih-Coğrafya Fakültesi). Ce département, qui demeure actif aujourd'hui, offre un programme de premier cycle de quatre ans couvrant le chinois moderne, le chinois classique, l'histoire, la littérature, la philosophie et la culture chinoises.<ref>Zhang Xiping, cours 1, « Introduction aux études sinologiques occidentales », p. 165–168.</ref>
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Jusqu'aux années 1990, le Département de sinologie de l'Université d'Ankara était la seule institution de ce type en Turquie. Depuis lors, des départements de sinologie ont été établis aux universités d'Istanbul et d'Erciyes à Kayseri, et un Département de traduction et d'interprétation du chinois a été créé à l'Université Okan, une institution privée d'Istanbul. Plusieurs autres universités offrent des cours de chinois ou des programmes plus larges d'études asiatiques, dont l'Université Boğaziçi et l'Université technique du Moyen-Orient (METU).<ref>Peter K. Bol, « The China Historical GIS », ''Journal of Chinese History'' 4, n° 2 (2020).</ref>
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=== 1.3 La sinologie turque : thèmes et réalisations ===
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L'érudition sinologique turque a été façonnée par deux traditions intellectuelles distinctives. La première est celle des études centrasiatiques et turques, qui ont des affinités naturelles avec l'histoire frontalière chinoise. La seconde est la tradition des études de l'aire islamique, au sein de laquelle les communautés musulmanes de Chine et l'histoire des échanges culturels sino-islamiques ont reçu une attention croissante.
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La sinologie turque contemporaine s'est élargie au-delà de ces domaines traditionnels pour englober la politique, l'économie et les relations internationales chinoises modernes, reflétant l'engagement économique et diplomatique croissant de la Turquie avec la Chine. L'Initiative « Ceinture et Route », en particulier, a stimulé l'intérêt pour les études chinoises dans les universités et les centres de réflexion turcs.<ref>Hilde De Weerdt, « MARKUS: Text Analysis and Reading Platform », in ''Journal of Chinese History'' 4, n° 2 (2020).</ref>
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== II. L'Afghanistan : routes anciennes, débuts modernes ==
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=== 2.1 Les connexions historiques ===
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La relation de l'Afghanistan avec la Chine est profondément enracinée dans la géographie de la Route de la soie. Comme le souligne la contribution de Hussain Aryan, la position de l'Afghanistan au carrefour de l'Asie centrale et de l'Asie du Sud en fit un nœud crucial dans les échanges commerciaux et culturels terrestres entre la Chine et l'Occident depuis l'Antiquité. Pendant les dynasties Han et Tang, les civilisations chinoise et afghane interagirent par le commerce, la diplomatie et la transmission du bouddhisme. Le moine chinois Xuanzang (玄奘), dont le ''Da Tang Xiyu Ji'' (大唐西域记) du VIIe siècle reste l'une des sources les plus importantes pour l'histoire de l'Asie centrale, traversa ce qui est aujourd'hui l'Afghanistan lors de son pèlerinage en Inde. Le moine Faxian (法显) avait emprunté des routes similaires deux siècles plus tôt.<ref>Tu Hsiu-chih, « DocuSky, A Personal Digital Humanities Platform for Scholars », ''Journal of Chinese History'' 4, n° 2 (2020).</ref>
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L'Empire kouchan, centré dans le nord de l'Afghanistan, maintint des liens étroits avec la Chine des Han et joua un rôle central dans la transmission du bouddhisme à travers l'Asie centrale.<ref>Peter K. Bol et Wen-chin Chang, « The China Biographical Database », in ''Digital Humanities and East Asian Studies'' (Leyde : Brill, 2020).</ref>
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=== 2.2 Les études chinoises modernes en Afghanistan ===
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La sinologie moderne en Afghanistan est un développement récent et encore fragile. L'enseignement de la langue chinoise en Afghanistan a été perturbé à plusieurs reprises par des décennies de conflit. Malgré ces défis, la demande de compétences en langue chinoise a augmenté, portée par l'engagement économique de la Chine dans la région et l'importance stratégique de l'Afghanistan pour l'Initiative « Ceinture et Route ».<ref>Voir le chapitre 22 (Traduction) de ce volume sur les défis de la traduction par IA.</ref><ref>« WenyanGPT: A Large Language Model for Classical Chinese Tasks », prépublication arXiv (2025).</ref>
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=== 2.3 Perspectives d'avenir ===
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L'avenir de la sinologie afghane dépend de manière cruciale de la stabilité politique du pays. La tradition des échanges de la Route de la soie fournit un fondement historique convaincant, et les incitations économiques à la maîtrise de la langue chinoise sont fortes. Cependant, l'infrastructure institutionnelle pour un travail savant soutenu demeure sous-développée.<ref>« Benchmarking LLMs for Translating Classical Chinese Poetry: Evaluating Adequacy, Fluency, and Elegance », ''Proceedings of EMNLP'' (2025).</ref>
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== III. Le Pakistan : du pacte culturel au CPEC ==
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=== 3.1 Les origines de l'enseignement de la langue chinoise ===
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L'histoire des études chinoises au Pakistan remonte au 1er septembre 1970, lorsqu'un Département de chinois fut établi à l'Université nationale des langues modernes (NUML) à Islamabad, dans le cadre d'un accord culturel entre la Commission d'État à l'éducation de la République populaire de Chine et le gouvernement du Pakistan. Les premiers enseignants pakistanais diplômés de l'Université de langue et de culture de Pékin (BLCU) en 1972–1973. Dans les années 2020, la seule NUML comptait plus de 2 000 étudiants étudiant le chinois et employait environ trente enseignants.<ref>« A Multi Agent Classical Chinese Translation Method Based on Large Language Models », ''Scientific Reports'' 15 (2025).</ref><ref>Voir, par ex., Mark Edward Lewis et Curie Viragh, « Computational Stylistics and Chinese Literature », ''Journal of Chinese Literature and Culture'' 9, n° 1 (2022).</ref>
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=== 3.2 Publications savantes ===
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Le Département de chinois de la NUML a produit un corpus modeste mais croissant de travaux savants et pédagogiques, incluant des études comparatives de la phonétique chinoise et ourdou, des manuels de chinois des affaires et des traductions ourdoues d'œuvres culturelles chinoises.<ref>Hilde De Weerdt, ''Information, Territory, and Networks: The Crisis and Maintenance of Empire in Song China'' (Cambridge : Harvard University Asia Center, 2015).</ref>
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=== 3.3 L'effet CPEC ===
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Le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), lancé en 2013, a remodelé l'enseignement de la langue chinoise au Pakistan. En 2023, le Consortium CPEC des universités s'était étendu de ses 18 membres fondateurs à un réseau de plus de 110 universités. Cinq Instituts Confucius ont été établis, et quatre-vingt-quatorze institutions à travers le Pakistan offrent désormais des cours de chinois à différents niveaux. Le nombre de locuteurs chinois pakistanais a augmenté de manière spectaculaire, bien que les estimations suggèrent que le Pakistan a encore besoin d'environ 100 000 professionnels parlant chinois. Près de 25 000 étudiants pakistanais étudiaient en Chine au milieu des années 2020.<ref>China-Princeton Digital Humanities Workshop 2025 (chinesedh2025.eas.princeton.edu).</ref><ref>Zhang Xiping, cours 1, p. 54–60.</ref>
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=== 3.4 Défis ===
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Malgré cette expansion quantitative, les études chinoises au Pakistan font face à plusieurs défis. La pandémie de COVID-19 a perturbé l'apprentissage du chinois à partir de 2020. Le domaine reste fortement orienté vers la formation linguistique et les compétences pratiques plutôt que vers l'engagement savant approfondi avec l'histoire, la philosophie et la littérature chinoises. Former un cadre de chercheurs pakistanais capables de mener des recherches originales sur la Chine demeure une aspiration à long terme.<ref>Zhang Xiping, cours 1, p. 96–97, citant Li Xueqin.</ref>
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== IV. L'Indonésie : la plus grande diaspora chinoise du monde et le paradoxe de la sinologie ==
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=== 4.1 Contexte historique ===
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La relation de l'Indonésie avec la Chine est ancienne, complexe et chargée de tensions politiques. L'implantation chinoise dans l'archipel indonésien remonte aux premiers siècles de l'ère commune. Au XVIe siècle, des communautés chinoises substantielles étaient visibles dans les ports de Java. Comme Chandra Setiawan de l'Université President l'a documenté, l'étude de la Chine en Indonésie commença dans la dernière décennie de l'ère coloniale.<ref>Zhang Xiping, cours 1, p. 102–113.</ref><ref>Zhang Xiping, cours 1, p. 114–117.</ref>
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=== 4.2 L'Institut sinologique et le professeur Tjan Tjoe Som ===
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La sinologie académique en Indonésie remonte à 1947, lorsque deux juristes néerlandais, le professeur Van der Valk et le Dr Meyer, fondèrent l'Institut sinologique (Sinologisch Instituut) à l'Université d'Indonésie avec l'assistance du Dr R. P. Kramers.<ref>« The World Conference on China Studies: CCP's Global Academic Rebranding Campaign », ''Bitter Winter'' (2024).</ref>
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Le prestige de l'Institut fut immensément rehaussé par l'arrivée du professeur Tjan Tjoe Som (曾祖森, 1903–1969), un sinologue de stature mondiale qui avait étudié à l'Université de Leyde sous J. J. L. Duyvendak. L'opus magnum de Tjan, un commentaire monumental du ''Po Hu Tung'' (白虎通), publié par Brill à Leyde en deux volumes (1949, 1952), demeure un ouvrage de référence dans la sinologie internationale. Il produisit également une traduction du ''Daodejing'' en indonésien (1962).<ref>Honey, ''Incense at the Altar'', préface, xxii.</ref>
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La catastrophe politique de 1965 mit fin à la carrière de Tjan. Soupçonné d'association avec le Parti communiste indonésien (PKI), Tjan fut démis de l'Université d'Indonésie en novembre 1965. Il mourut à Bandung en 1969. L'homme que l'histoire considère comme le « Père de la sinologie indonésienne » passa ses dernières années dans l'obscurité.<ref>« Academic Freedom and China », rapport de l'AAUP (2024) ; ''Sinology vs. the Disciplines, Then &amp; Now'', China Heritage (2019).</ref>
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=== 4.3 Les années sombres : l'Ordre nouveau (1966–1998) ===
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Le régime de Suharto imposa de sévères restrictions à l'expression culturelle chinoise en Indonésie. Les écoles chinoises furent fermées ou nationalisées, l'usage des caractères chinois et la célébration des fêtes chinoises furent interdits, et la communauté ethnique chinoise fut soumise à une discrimination systématique. La sinologie académique fut effectivement gelée.<ref>« They Don't Understand the Fear We Have: How China's Long Reach of Repression Undermines Academic Freedom at Australia's Universities », Human Rights Watch (2021).</ref>
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=== 4.4 L'ère de la Réforme et le renouveau ===
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La chute de Suharto en 1998 et la démocratisation subséquente de la politique indonésienne transformèrent l'environnement des études chinoises. Le président Abdurrahman Wahid (Gus Dur) révoqua les réglementations discriminatoires et restaura les droits culturels des Chinois de souche.
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Le premier Institut Confucius en Indonésie fut établi en 2007 au Centre d'enseignement de la langue chinoise de Jakarta (BTIP). Ultérieurement, des Instituts Confucius supplémentaires furent fondés dans plusieurs universités. Comme le professeur A. Dahana de l'Université d'Indonésie l'a averti, il existe une tendance à assimiler les études chinoises à l'enseignement de la langue mandarine, en négligeant les disciplines sinologiques plus larges de l'histoire, de la politique, de l'économie et de l'analyse sociale.<ref>Kubin, ''Hanxue yanjiu xin shiye'', ch. 7, p. 100–111.</ref><ref>Thomas Michael, « Heidegger's Legacy for Comparative Philosophy and the Laozi », ''International Journal of China Studies'' 11, n° 2 (2020) : 299.</ref>
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=== 4.5 Le Forum de sinologie indonésienne ===
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En réponse à cette préoccupation, le Forum de sinologie indonésienne (Forum Sinologi Indonesia, FSI) fut établi par le professeur Dahana et d'autres pour promouvoir l'étude de la Chine comme discipline académique. Le défi, comme un diplomate britannique l'aurait dit à Setiawan, reste aigu : « Il est difficile de croire que dans un pays aussi important que l'Indonésie, avec ses ambitions dans la région et la Chine juste à sa porte, il y ait si peu d'experts de la Chine. »<ref>Steven Burik, ''The End of Comparative Philosophy and the Task of Comparative Thinking: Heidegger, Derrida, and Daoism'' (Albany : SUNY Press, 2009).</ref><ref>David L. Hall et Roger T. Ames, ''Thinking Through Confucius'' (Albany : SUNY Press, 1987), préface.</ref>
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== V. Conclusion : la Route de la soie réimaginée ==
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Les quatre pays examinés dans ce chapitre partagent un défi commun : la nécessité de transformer l'expansion rapide de l'enseignement de la langue chinoise en une véritable profondeur savante. En Turquie, les fondements institutionnels posés par Atatürk en 1935 ont été complétés par la croissance de nouveaux départements. En Afghanistan, l'héritage de la Route de la soie fournit l'inspiration, mais l'instabilité politique demeure une barrière formidable. Au Pakistan, le CPEC a engendré une poussée sans précédent dans l'apprentissage du chinois, bien que la transition de la formation linguistique à la sinologie savante reste inachevée. En Indonésie, la plus grande diaspora chinoise du monde coexiste avec une tradition encore sous-développée d'études académiques sur la Chine, et l'héritage de décennies de répression anti-chinoise continue de façonner le domaine.
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Ce qui unit ces traditions diverses est la reconnaissance — enracinée dans des siècles d'échanges sur la Route de la soie — que comprendre la Chine n'est pas un luxe mais une nécessité stratégique. Le défi pour les décennies à venir sera de construire une capacité institutionnelle, de former des chercheurs capables de recherche originale, et de développer le type d'engagement profond avec la civilisation chinoise que les meilleures traditions sinologiques ont toujours exigé.
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== Bibliographie ==
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Aryan, Hussain. « History of Afghan Sinologists » [阿富汗汉语学家历史]. Manuscrit inédit.
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Dahana, A. « Sinology in Indonesia: History, Development, and Challenges in the Present. » Webinaire du FSI, 2023.
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Département de sinologie, Université d'Ankara. https://www.dtcf.ankara.edu.tr/en/department-of-sinology/.
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Département de chinois de la NUML. « Chinese Language History in Pakistan. » Manuscrit inédit.
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Setiawan, Chandra. « The History of Sinology in Indonesia. » Manuscrit inédit, President University.
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Zhang Xiping 张西平. ''Xifang Hanxue Shiliu Jiang'' 西方汉学十六讲. Pékin : Foreign Language Teaching and Research Press, 2011.
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== Références ==
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<references />
  
 
[[Category:History of Sinology]]
 
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Latest revision as of 06:02, 26 March 2026

Chapitre 20 : La Turquie, l'Afghanistan, le Pakistan et l'Indonésie — La sinologie sur la Route de la soie et au-delà

Introduction

L'étude de la Chine possède des racines profondes le long des routes terrestres et maritimes qui reliaient jadis l'Empire du Milieu au monde islamique et au bassin plus large de l'océan Indien. De la première curiosité diplomatique de l'Empire ottoman pour le « Cathay » à l'explosion de l'enseignement de la langue chinoise déclenchée par les projets d'infrastructure du XXIe siècle, les pays examinés dans ce chapitre — la Turquie, l'Afghanistan, le Pakistan et l'Indonésie — représentent des traditions diverses d'engagement avec la civilisation chinoise. Ce qui les unit est la géographie : chacun est situé sur ou à proximité des corridors historiques de la Route de la soie, et chacun a connu, dans la période moderne, une expansion spectaculaire des études liées à la Chine, portée par des impératifs économiques et un réalignement géopolitique.[1]

I. La Turquie : du Khatainame à la sinologie moderne

1.1 La rencontre ottomane avec la Chine

La sinologie turque peut revendiquer l'une des plus anciennes généalogies en Europe. En 1516, un manuscrit intitulé Khatainame (« Livre du Cathay ») fut composé et présenté au sultan ottoman Selim Ier, offrant une description de la Chine fondée sur des rapports de voyageurs. Ce texte pourrait bien être le plus ancien livre connu relatif à la Chine produit sur le continent européen, antérieur de plusieurs décennies à la littérature de récits de voyage portugais.[2]

L'engagement intellectuel ottoman avec la Chine demeura cependant occasionnel et non systématique. L'orientation géopolitique première des Ottomans était tournée vers la Méditerranée, les Balkans et les terres arabes, et la Chine se trouvait au-delà de leur horizon pratique. Néanmoins, les bibliothèques ottomanes préservèrent des textes arabes et persans sur la Chine, et le concept de Hıtay (Cathay) conserva une présence dans l'imaginaire géographique et littéraire turc.

1.2 La fondation de la sinologie académique (1935)

L'institutionnalisation formelle de la sinologie en Turquie eut lieu en 1935, par ordre direct de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République. Deux chercheurs allemands — Annemarie von Gabain (spécialiste du vieux turc et de la linguistique centrasiatique) et Wolfram Eberhard (sinologue et folkloriste) — furent invités à l'Université d'Ankara pour fonder le Département de sinologie au sein de la Faculté de langues, d'histoire et de géographie (Dil ve Tarih-Coğrafya Fakültesi). Ce département, qui demeure actif aujourd'hui, offre un programme de premier cycle de quatre ans couvrant le chinois moderne, le chinois classique, l'histoire, la littérature, la philosophie et la culture chinoises.[3]

Jusqu'aux années 1990, le Département de sinologie de l'Université d'Ankara était la seule institution de ce type en Turquie. Depuis lors, des départements de sinologie ont été établis aux universités d'Istanbul et d'Erciyes à Kayseri, et un Département de traduction et d'interprétation du chinois a été créé à l'Université Okan, une institution privée d'Istanbul. Plusieurs autres universités offrent des cours de chinois ou des programmes plus larges d'études asiatiques, dont l'Université Boğaziçi et l'Université technique du Moyen-Orient (METU).[4]

1.3 La sinologie turque : thèmes et réalisations

L'érudition sinologique turque a été façonnée par deux traditions intellectuelles distinctives. La première est celle des études centrasiatiques et turques, qui ont des affinités naturelles avec l'histoire frontalière chinoise. La seconde est la tradition des études de l'aire islamique, au sein de laquelle les communautés musulmanes de Chine et l'histoire des échanges culturels sino-islamiques ont reçu une attention croissante.

La sinologie turque contemporaine s'est élargie au-delà de ces domaines traditionnels pour englober la politique, l'économie et les relations internationales chinoises modernes, reflétant l'engagement économique et diplomatique croissant de la Turquie avec la Chine. L'Initiative « Ceinture et Route », en particulier, a stimulé l'intérêt pour les études chinoises dans les universités et les centres de réflexion turcs.[5]

II. L'Afghanistan : routes anciennes, débuts modernes

2.1 Les connexions historiques

La relation de l'Afghanistan avec la Chine est profondément enracinée dans la géographie de la Route de la soie. Comme le souligne la contribution de Hussain Aryan, la position de l'Afghanistan au carrefour de l'Asie centrale et de l'Asie du Sud en fit un nœud crucial dans les échanges commerciaux et culturels terrestres entre la Chine et l'Occident depuis l'Antiquité. Pendant les dynasties Han et Tang, les civilisations chinoise et afghane interagirent par le commerce, la diplomatie et la transmission du bouddhisme. Le moine chinois Xuanzang (玄奘), dont le Da Tang Xiyu Ji (大唐西域记) du VIIe siècle reste l'une des sources les plus importantes pour l'histoire de l'Asie centrale, traversa ce qui est aujourd'hui l'Afghanistan lors de son pèlerinage en Inde. Le moine Faxian (法显) avait emprunté des routes similaires deux siècles plus tôt.[6]

L'Empire kouchan, centré dans le nord de l'Afghanistan, maintint des liens étroits avec la Chine des Han et joua un rôle central dans la transmission du bouddhisme à travers l'Asie centrale.[7]

2.2 Les études chinoises modernes en Afghanistan

La sinologie moderne en Afghanistan est un développement récent et encore fragile. L'enseignement de la langue chinoise en Afghanistan a été perturbé à plusieurs reprises par des décennies de conflit. Malgré ces défis, la demande de compétences en langue chinoise a augmenté, portée par l'engagement économique de la Chine dans la région et l'importance stratégique de l'Afghanistan pour l'Initiative « Ceinture et Route ».[8][9]

2.3 Perspectives d'avenir

L'avenir de la sinologie afghane dépend de manière cruciale de la stabilité politique du pays. La tradition des échanges de la Route de la soie fournit un fondement historique convaincant, et les incitations économiques à la maîtrise de la langue chinoise sont fortes. Cependant, l'infrastructure institutionnelle pour un travail savant soutenu demeure sous-développée.[10]

III. Le Pakistan : du pacte culturel au CPEC

3.1 Les origines de l'enseignement de la langue chinoise

L'histoire des études chinoises au Pakistan remonte au 1er septembre 1970, lorsqu'un Département de chinois fut établi à l'Université nationale des langues modernes (NUML) à Islamabad, dans le cadre d'un accord culturel entre la Commission d'État à l'éducation de la République populaire de Chine et le gouvernement du Pakistan. Les premiers enseignants pakistanais diplômés de l'Université de langue et de culture de Pékin (BLCU) en 1972–1973. Dans les années 2020, la seule NUML comptait plus de 2 000 étudiants étudiant le chinois et employait environ trente enseignants.[11][12]

3.2 Publications savantes

Le Département de chinois de la NUML a produit un corpus modeste mais croissant de travaux savants et pédagogiques, incluant des études comparatives de la phonétique chinoise et ourdou, des manuels de chinois des affaires et des traductions ourdoues d'œuvres culturelles chinoises.[13]

3.3 L'effet CPEC

Le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), lancé en 2013, a remodelé l'enseignement de la langue chinoise au Pakistan. En 2023, le Consortium CPEC des universités s'était étendu de ses 18 membres fondateurs à un réseau de plus de 110 universités. Cinq Instituts Confucius ont été établis, et quatre-vingt-quatorze institutions à travers le Pakistan offrent désormais des cours de chinois à différents niveaux. Le nombre de locuteurs chinois pakistanais a augmenté de manière spectaculaire, bien que les estimations suggèrent que le Pakistan a encore besoin d'environ 100 000 professionnels parlant chinois. Près de 25 000 étudiants pakistanais étudiaient en Chine au milieu des années 2020.[14][15]

3.4 Défis

Malgré cette expansion quantitative, les études chinoises au Pakistan font face à plusieurs défis. La pandémie de COVID-19 a perturbé l'apprentissage du chinois à partir de 2020. Le domaine reste fortement orienté vers la formation linguistique et les compétences pratiques plutôt que vers l'engagement savant approfondi avec l'histoire, la philosophie et la littérature chinoises. Former un cadre de chercheurs pakistanais capables de mener des recherches originales sur la Chine demeure une aspiration à long terme.[16]

IV. L'Indonésie : la plus grande diaspora chinoise du monde et le paradoxe de la sinologie

4.1 Contexte historique

La relation de l'Indonésie avec la Chine est ancienne, complexe et chargée de tensions politiques. L'implantation chinoise dans l'archipel indonésien remonte aux premiers siècles de l'ère commune. Au XVIe siècle, des communautés chinoises substantielles étaient visibles dans les ports de Java. Comme Chandra Setiawan de l'Université President l'a documenté, l'étude de la Chine en Indonésie commença dans la dernière décennie de l'ère coloniale.[17][18]

4.2 L'Institut sinologique et le professeur Tjan Tjoe Som

La sinologie académique en Indonésie remonte à 1947, lorsque deux juristes néerlandais, le professeur Van der Valk et le Dr Meyer, fondèrent l'Institut sinologique (Sinologisch Instituut) à l'Université d'Indonésie avec l'assistance du Dr R. P. Kramers.[19]

Le prestige de l'Institut fut immensément rehaussé par l'arrivée du professeur Tjan Tjoe Som (曾祖森, 1903–1969), un sinologue de stature mondiale qui avait étudié à l'Université de Leyde sous J. J. L. Duyvendak. L'opus magnum de Tjan, un commentaire monumental du Po Hu Tung (白虎通), publié par Brill à Leyde en deux volumes (1949, 1952), demeure un ouvrage de référence dans la sinologie internationale. Il produisit également une traduction du Daodejing en indonésien (1962).[20]

La catastrophe politique de 1965 mit fin à la carrière de Tjan. Soupçonné d'association avec le Parti communiste indonésien (PKI), Tjan fut démis de l'Université d'Indonésie en novembre 1965. Il mourut à Bandung en 1969. L'homme que l'histoire considère comme le « Père de la sinologie indonésienne » passa ses dernières années dans l'obscurité.[21]

4.3 Les années sombres : l'Ordre nouveau (1966–1998)

Le régime de Suharto imposa de sévères restrictions à l'expression culturelle chinoise en Indonésie. Les écoles chinoises furent fermées ou nationalisées, l'usage des caractères chinois et la célébration des fêtes chinoises furent interdits, et la communauté ethnique chinoise fut soumise à une discrimination systématique. La sinologie académique fut effectivement gelée.[22]

4.4 L'ère de la Réforme et le renouveau

La chute de Suharto en 1998 et la démocratisation subséquente de la politique indonésienne transformèrent l'environnement des études chinoises. Le président Abdurrahman Wahid (Gus Dur) révoqua les réglementations discriminatoires et restaura les droits culturels des Chinois de souche.

Le premier Institut Confucius en Indonésie fut établi en 2007 au Centre d'enseignement de la langue chinoise de Jakarta (BTIP). Ultérieurement, des Instituts Confucius supplémentaires furent fondés dans plusieurs universités. Comme le professeur A. Dahana de l'Université d'Indonésie l'a averti, il existe une tendance à assimiler les études chinoises à l'enseignement de la langue mandarine, en négligeant les disciplines sinologiques plus larges de l'histoire, de la politique, de l'économie et de l'analyse sociale.[23][24]

4.5 Le Forum de sinologie indonésienne

En réponse à cette préoccupation, le Forum de sinologie indonésienne (Forum Sinologi Indonesia, FSI) fut établi par le professeur Dahana et d'autres pour promouvoir l'étude de la Chine comme discipline académique. Le défi, comme un diplomate britannique l'aurait dit à Setiawan, reste aigu : « Il est difficile de croire que dans un pays aussi important que l'Indonésie, avec ses ambitions dans la région et la Chine juste à sa porte, il y ait si peu d'experts de la Chine. »[25][26]

V. Conclusion : la Route de la soie réimaginée

Les quatre pays examinés dans ce chapitre partagent un défi commun : la nécessité de transformer l'expansion rapide de l'enseignement de la langue chinoise en une véritable profondeur savante. En Turquie, les fondements institutionnels posés par Atatürk en 1935 ont été complétés par la croissance de nouveaux départements. En Afghanistan, l'héritage de la Route de la soie fournit l'inspiration, mais l'instabilité politique demeure une barrière formidable. Au Pakistan, le CPEC a engendré une poussée sans précédent dans l'apprentissage du chinois, bien que la transition de la formation linguistique à la sinologie savante reste inachevée. En Indonésie, la plus grande diaspora chinoise du monde coexiste avec une tradition encore sous-développée d'études académiques sur la Chine, et l'héritage de décennies de répression anti-chinoise continue de façonner le domaine.

Ce qui unit ces traditions diverses est la reconnaissance — enracinée dans des siècles d'échanges sur la Route de la soie — que comprendre la Chine n'est pas un luxe mais une nécessité stratégique. Le défi pour les décennies à venir sera de construire une capacité institutionnelle, de former des chercheurs capables de recherche originale, et de développer le type d'engagement profond avec la civilisation chinoise que les meilleures traditions sinologiques ont toujours exigé.

Bibliographie

Aryan, Hussain. « History of Afghan Sinologists » [阿富汗汉语学家历史]. Manuscrit inédit.

Dahana, A. « Sinology in Indonesia: History, Development, and Challenges in the Present. » Webinaire du FSI, 2023.

Département de sinologie, Université d'Ankara. https://www.dtcf.ankara.edu.tr/en/department-of-sinology/.

Département de chinois de la NUML. « Chinese Language History in Pakistan. » Manuscrit inédit.

Setiawan, Chandra. « The History of Sinology in Indonesia. » Manuscrit inédit, President University.

Zhang Xiping 张西平. Xifang Hanxue Shiliu Jiang 西方汉学十六讲. Pékin : Foreign Language Teaching and Research Press, 2011.

Références

  1. David B. Honey, Incense at the Altar: Pioneering Sinologists and the Development of Classical Chinese Philology (New Haven: American Oriental Society, 2001), préface, xxii.
  2. Honey, Incense at the Altar, préface, x.
  3. Zhang Xiping, cours 1, « Introduction aux études sinologiques occidentales », p. 165–168.
  4. Peter K. Bol, « The China Historical GIS », Journal of Chinese History 4, n° 2 (2020).
  5. Hilde De Weerdt, « MARKUS: Text Analysis and Reading Platform », in Journal of Chinese History 4, n° 2 (2020).
  6. Tu Hsiu-chih, « DocuSky, A Personal Digital Humanities Platform for Scholars », Journal of Chinese History 4, n° 2 (2020).
  7. Peter K. Bol et Wen-chin Chang, « The China Biographical Database », in Digital Humanities and East Asian Studies (Leyde : Brill, 2020).
  8. Voir le chapitre 22 (Traduction) de ce volume sur les défis de la traduction par IA.
  9. « WenyanGPT: A Large Language Model for Classical Chinese Tasks », prépublication arXiv (2025).
  10. « Benchmarking LLMs for Translating Classical Chinese Poetry: Evaluating Adequacy, Fluency, and Elegance », Proceedings of EMNLP (2025).
  11. « A Multi Agent Classical Chinese Translation Method Based on Large Language Models », Scientific Reports 15 (2025).
  12. Voir, par ex., Mark Edward Lewis et Curie Viragh, « Computational Stylistics and Chinese Literature », Journal of Chinese Literature and Culture 9, n° 1 (2022).
  13. Hilde De Weerdt, Information, Territory, and Networks: The Crisis and Maintenance of Empire in Song China (Cambridge : Harvard University Asia Center, 2015).
  14. China-Princeton Digital Humanities Workshop 2025 (chinesedh2025.eas.princeton.edu).
  15. Zhang Xiping, cours 1, p. 54–60.
  16. Zhang Xiping, cours 1, p. 96–97, citant Li Xueqin.
  17. Zhang Xiping, cours 1, p. 102–113.
  18. Zhang Xiping, cours 1, p. 114–117.
  19. « The World Conference on China Studies: CCP's Global Academic Rebranding Campaign », Bitter Winter (2024).
  20. Honey, Incense at the Altar, préface, xxii.
  21. « Academic Freedom and China », rapport de l'AAUP (2024) ; Sinology vs. the Disciplines, Then & Now, China Heritage (2019).
  22. « They Don't Understand the Fear We Have: How China's Long Reach of Repression Undermines Academic Freedom at Australia's Universities », Human Rights Watch (2021).
  23. Kubin, Hanxue yanjiu xin shiye, ch. 7, p. 100–111.
  24. Thomas Michael, « Heidegger's Legacy for Comparative Philosophy and the Laozi », International Journal of China Studies 11, n° 2 (2020) : 299.
  25. Steven Burik, The End of Comparative Philosophy and the Task of Comparative Thinking: Heidegger, Derrida, and Daoism (Albany : SUNY Press, 2009).
  26. David L. Hall et Roger T. Ames, Thinking Through Confucius (Albany : SUNY Press, 1987), préface.