History of Sinology/fr/Chapter 31

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Chapitre 31 : Conclusion — Quel avenir pour la sinologie ?

1. L'arc de cinq siècles

Cet ouvrage a retracé l'histoire de l'engagement occidental avec la Chine depuis les premières références grecques aux « Sères » jusqu'à la mission jésuite, l'établissement de la sinologie comme discipline académique et sa transformation ultérieure en la vaste et variée entreprise qui existe aujourd'hui. L'arc de cette histoire — couvrant environ cinq siècles si nous commençons par les navigateurs portugais du XVIe siècle, ou quatre siècles si nous commençons par l'arrivée de Matteo Ricci en Chine en 1583 — est celui d'une connaissance croissante, d'une complexité croissante et d'une urgence croissante.

Les premiers savoirs européens sur la Chine étaient fragmentaires et souvent fantaisistes (chapitre 1). La mission jésuite des XVIe et XVIIe siècles produisit la première érudition européenne systématique sur la Chine (chapitres 1, 11, 12). L'établissement de la sinologie comme discipline académique au début du XIXe siècle inaugura une nouvelle ère de recherche professionnelle (chapitre 8).

Les deux siècles suivants virent la prolifération des traditions sinologiques à travers l'Europe, les Amériques et finalement le monde entier. La sinologie française, avec son accent sur la rigueur philologique, établit le standard (chapitre 8). La sinologie allemande, enracinée dans la tradition de l'Altertumswissenschaft, produisit des œuvres monumentales de traduction et d'interprétation (chapitre 7). La sinologie britannique contribua des traductions de référence des classiques chinois (chapitre 9). La sinologie américaine, transformée par la révolution des études régionales, élargit la portée des études chinoises aux sciences sociales (chapitre 17).

2. Thèmes majeurs

2.1 De la curiosité missionnaire à une discipline mondiale

La transformation de l'étude de la Chine, d'une entreprise missionnaire en une discipline académique mondiale, est l'un des récits déterminants de l'histoire intellectuelle.

2.2 La tension entre spécialisation et synthèse

L'histoire de la sinologie est aussi une histoire de spécialisation croissante. Les grands sinologues du XIXe siècle étaient des généralistes. Leurs successeurs du XXe siècle étaient plus spécialisés. Aujourd'hui, le domaine est si spécialisé qu'un savant de la poésie Tang peut n'avoir que peu de contact avec un savant de l'histoire économique des Qing.

2.3 La sinologie dans un monde multipolaire

Le contexte géopolitique de la sinologie a changé radicalement. La montée de la Chine a généré à la fois un intérêt sans précédent et des pressions politiques qui menacent l'indépendance de l'érudition sinologique (voir chapitre 29).

3. L'importance durable de la formation philologique

S'il est une leçon qui émerge le plus clairement de l'histoire de la sinologie, c'est l'importance durable de la formation philologique. Chaque grand sinologue traité dans cet ouvrage était, avant tout, un maître de la langue chinoise et de la tradition textuelle chinoise.

Comme Honey l'a soutenu :

Une solide formation aux techniques et aux objectifs de l'analyse philologique, incluant la traduction minutieuse et l'explication de texte, la critique et l'appréciation, la phonologie historique et la linguistique, la paléographie et l'épigraphie, et enfin cette auxiliaire incontournable, la bibliographie, devrait figurer parmi les piliers de la formation doctorale.[1]

Cette prescription reste aussi valable aujourd'hui que lorsqu'elle fut écrite.

4. La question des voix chinoises dans la sinologie

L'un des développements les plus significatifs des dernières décennies a été la participation croissante de chercheurs chinois dans ce qui était autrefois une entreprise exclusivement occidentale. La frontière entre « sinologie » et « érudition chinoise » (guoxue) a toujours été perméable. Elle l'est plus que jamais aujourd'hui.

Ces questions n'ont pas de réponses faciles, mais elles pointent vers un avenir dans lequel la sinologie n'est pas exclusivement occidentale mais véritablement mondiale — une discipline dans laquelle chercheurs chinois et non chinois collaborent sur un pied d'égalité.

5. Programmes de recherche futurs

5.1 L'œuvre inachevée de la traduction

Malgré des siècles d'efforts, de vastes corpus de littérature chinoise restent inédits dans les langues occidentales. La traduction de ces matériaux demeure l'une des grandes tâches inachevées de la sinologie.

5.2 Études comparées et interdisciplinaires

L'avenir de la sinologie réside en partie dans le développement d'études comparées et interdisciplinaires plus sophistiquées. Le défi est d'éviter les deux écueils jumeaux de la superficialité et de l'essentialisme.

5.3 L'histoire de la sinologie elle-même

Comme Honey l'a observé, « l'histoire complète de la sinologie occidentale reste à écrire ».[2]

Zhang Xiping insiste :

Du point de vue de l'histoire académique, les études de cas individuelles de sinologues importants sont la tâche fondamentale la plus urgente. Nous n'avons aucune étude de Rémusat, aucune étude d'Otto Franke, aucune étude de De Rosny, aucune étude de Karlgren, aucune étude de Průšek.[3]

6. Réflexion finale

La sinologie n'est pas simplement un ensemble de connaissances spécialisées sur la Chine. Elle est, dans ce qu'elle a de meilleur, un mode d'engagement intellectuel avec l'une des grandes civilisations du monde — un engagement qui élargit l'esprit, remet en question les présupposés et révèle toute l'étendue des possibilités humaines.

Ce dialogue n'a jamais été facile. Les barrières linguistiques sont redoutables ; les distances culturelles sont vastes ; les pressions politiques sont intenses. Mais les récompenses sont tout aussi grandes. La rencontre avec la civilisation chinoise — dans toute sa profondeur et sa complexité, à travers ses propres textes et dans sa propre langue — est l'une des expériences intellectuellement les plus enrichissantes qui soient accessibles à un érudit occidental. C'est aussi l'une des plus importantes.

Les sinologues du passé nous ont légué un magnifique patrimoine intellectuel. La tâche de la génération présente est de le préserver, de l'étendre et de le transmettre à l'avenir. Cela exigera les mêmes qualités qui ont toujours distingué la meilleure érudition sinologique : la maîtrise linguistique, la rigueur intellectuelle, la sensibilité interprétative et un engagement indéfectible envers la poursuite de la connaissance de l'une des civilisations les plus importantes et les plus fascinantes que l'humanité ait produites.

Notes

  1. David B. Honey, Incense at the Altar (New Haven: American Oriental Society, 2001), préface, xxii.
  2. Honey, Incense at the Altar, préface, x.
  3. Zhang Xiping, cours 1, pp. 165-168.