Hongloumeng/zh-fr/Chapter 12
Hongloumeng 紅樓夢 — Récit 12
| 中文原文 (程甲本 1982) | Traduction française (Li Tche-houa & J. Alézaïs, Pléiade/Gallimard 1981) |
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第十二回写贾瑞因贪看镜子的正面而丧命。作者以《风月宝鉴》为书名,是欲告诫人们要打破情关,跳出情海。故“甲戌本”凡例云:“《红楼梦》又曰《风月宝鉴》,是戒妄动风月之情。”(风月:指男女之情。) 《金陵十二钗》──《红楼梦》的别名之一。因本书主要是为林黛玉等十二位金陵籍女子(即太虚幻境“金陵十二钗正册”中的女子)立传,故称。 地陷东南──古代神话传说,见于《淮南子·天文训》记载:共工与颛顼争夺帝位,怒而触不周山,致使东南大地塌陷下沉,所以东南低而西北高。这里并无特别含意,只是下句所说姑苏在中国东南,顺便提及。 西方──这里指佛家理想中的西方极乐世界,即所谓“佛国”,又称“西方净土”、“西方净国”、“西方世界”、‘极乐土’。 《佛说阿弥陀经》:“从是西方,过十万亿佛土,有世界名曰极乐……彼土何故名为极乐?其国众生无有众苦,但受诸乐,故名极乐。” 灵河——佛国中的河。佛经中说因龙住于河中,永不枯竭,故又称“龙泉”。一说指印度人称之为“圣水”的恒河。 三生石──典出唐·袁郊《甘泽谣·圆观》:僧人圆观与友人李源同游三峡,见几个妇人在汲水,圆观对李源说:“其中孕妇姓王者,是某(我)托生之所。”并相约十二年后的中秋之夜在杭州天竺寺外相见。是夜圆观即死。李源虽觉怪异,还是如期而至,只见一牧童高唱《竹枝词》曰:“三生石上旧精魂,赏月吟风不要论。惭愧情人远相访,此身虽异性长存。”李源才知圆观果已转生为牧童。“三生石”遂成为因缘前定的典故。曹雪芹顺手拈来,将其安在了灵河岸上。 三生:佛教用语。佛家认为人的灵魂不灭,轮回转世,每转生一次即为一生,故将前生、今生、来生谓之“三生”。 绛珠仙草:为曹雪芹所杜撰,即林黛玉的前身。 甘露──是一种特殊的露水。典出《老子》第三二章:“天地相合,以降甘露。”古人认为是天地的精华,故甘露降被视为太平的祥瑞。明·李时珍《本草纲目·水部一·甘露》(释文)引《瑞应图》:“甘露,美露也。神灵之精,仁瑞之泽,其凝如脂,其甘如饴,故有甘、膏、酒、浆之名。” 离恨天──民间传说谓:“三十三天,离恨天最高;四百四病,相思病最苦。”后即以“离恨天”比喻男女相恋而不能遂愿,抱恨终身的境地。曹雪芹加以利用,可谓恰到好处。 秘情果、灌愁水──这是曹雪芹杜撰的,前者寓林黛玉对贾宝玉一往情深而难以言表,后者寓林黛玉将陷入深愁苦海之中。 造历幻缘──经历虚幻的因缘。 造:通“遭”。遭受。 缘:佛家用语,即因缘。佛家将事物的发生、变化、消灭的主要条件谓之“因”,辅助条件谓之“缘”,所以世界不过是因缘变化的过程,而非物质的存在,因而一切都是虚幻的,也就是所谓“色空”。 度脱──佛教和道教用语。指超度世人脱离有生有死的苦难,达到脱离生死的涅槃境界。 功德──佛教用语。《大乘义章·十功德义三门分别》:“功谓功能,能破生死,能得涅槃,能度众生,名之为功。此功是其善行家德,故云功德。”后世多泛指念佛、诵经、布施、度人出家等为功德。 因果──佛教用语。佛教指种什么因,结什么果,善有善报,恶有恶报,循环不爽。《涅槃经·遗教品一》:“善恶之报,如影随形,三世因果,循环不失。” 火坑──佛教用语。《法华经·普门品》:“假使兴害意,推落大火坑。念彼观音力,火坑变成池。”佛教谓众生轮回有六道,即天道、人道、阿修罗道、畜生道、饿鬼道、地狱道。后三道最苦,谓之“火坑”。这里用引申义,泛指人世间的苦难。 太虚幻境——太虚:指虚无飘渺的太空。出自《庄子·知北游》:“是以不过乎昆仑,不游乎太虚。” 幻境:虚幻的境界。出自唐·王维《为兵部祭库部王郎中文》:“深悟幻境,独与道游。”曹雪芹将二者组合,创造了一个虚构的仙境,当寓“虚无空幻”之意。 “假作真”一联──意谓如果以假为真,真假必然混淆,那么真的也可能被当作假的;如果以无为有,有无必然混淆,那么有也可能被当作无。影射世人真假不分,是非不辨。 有命无运──古人认为人的先天禀赋的贵贱寿夭为“命”,而现实生活中的遭遇为“运”。“有命无运”就是虽有好的禀赋,却无好的机遇,所以将终生坎坷。 “惯养”一联──菱花:指英莲将来改名香菱。 空对雪澌澌:隐喻英莲将遭受冷落乃至虐待。 雪:“薛”的谐音,指薛蟠。 澌澌:落雪的声音,形容大雪。 “菱花”两句暗指英莲虽被爹娘娇惯,将来却做薛蟠之妾,而且将受到冷落乃至虐待。 此联隐喻甄英莲及其家庭的命运。 “好防”一联:此联暗指后文甄士隐家将于三月十五日遭火灾。 三劫──佛教用语。“三阿僧祇劫”的省略。指菩萨修成正果所需的时间。泛指极长的时间。 北邙山──又作“北芒山”。本名邙山,因在洛阳之北,故名。东汉、魏、晋时王侯公卿多葬于此,后世即成为墓地的代称。 “然生得”四句──意谓贾雨村生得一副福相。古人以为“腰圆背厚”、“面阔口方”、“剑眉星眼”、“直鼻方腮”皆为福相的特征,而贾雨村兼有,故下文说“怪道又说他必非久困之人”。此为贾雨村将来飞黄腾达作铺垫。 口占五言一律──意谓随口念出五言律诗一首。 口占:口头吟诗吟词。 五言律:“五言律诗”的简称,亦简称“五律”。诗体之一。即每句五字的律诗,每首共八句四十字。如果每句七字,则称“七言律诗”,简称“七言律”或“七律”。如果每首超过十句(不论五言、七言),则称“排律”或“长律”。因其有一整套严格的格律规定,故称“律诗”。 “未卜”一联──未卜:不可预知。 三生愿:指婚姻。 频:时时刻刻。 此联是贾雨村自谓欲与甄家丫鬟(后文才交代其名字为娇杏)结姻的愿望不知能否实现,因而增添了一种无法摆脱的愁绪。 “自顾”一联──自顾风前影:这里化用了“顾影自怜”一典。典出晋·陆机《赴洛道中作二首》其一:“伫立望故乡,顾影凄自怜。”意谓看着自己的身影也觉可爱。表示自我欣赏。 堪:能够或配得上之意。 月下俦:这里化用了唐·李复言《续玄怪录·定婚店》的故事:唐人韦固夜过宋城,见一老翁在月下翻看簿册,问之,才知是婚姻簿子。老翁并携赤绳,言其一旦用此赤绳系住一男一女之足,二人必成夫妻。后人即把“月下老人”奉为婚烟之神。这里是成婚之意。 此联是贾雨村一面顾影自怜,一面暗想:将来谁能做我的配偶? “蟾光”一联──蟾光:月光。因相传月宫中有蟾蜍,故称。又暗用“蟾宫折桂”的成语。晋·郤诜获得举贤良方正对策第一名后,对晋武帝说:“臣举贤良对策,为天下第一,犹桂林之一枝,若昆山之片玉。”(事见晋·王隐《晋书》、通行本《晋书·郤诜传》)唐人将“折桂”之“桂”傅会为神话传说中月宫之“桂”,遂产生了“蟾宫折挂”这一成语。事见宋·叶梦得《避暑录话》卷下:“世以登科为‘折桂’,此谓郤诜对策东堂,自云‘桂林一枝’也。自唐以来用之……其后以月中有桂,故又谓之‘月桂’。而月中又言有蟾,故又改桂为蟾,以登科为‘登蟾宫’。”参见 |
« Comment se fait-il que mon cousin Deuxième-né ne soit pas encore de retour? — Je ne sais pas pour quelle raison, répondit-elle. — Ne serait-ce pas, reprit-il en riant, qu’il ait ren contré en route une personne qui lui met aux pieds des attaches, et qu’il ne puisse se résoudre à regagner son foyer? — Cela prouverait que les Messieurs s’amourachent de la première venue, répondit-elle, et c’est bien possible. — Sur ce point, Belle-sœur, votre langage est erroné, protesta-t-il en riant. Je ne suis pas un Monsieur de cette espèce. — Des Messieurs de votre genre, répondit-elle, combien peut-il en exister? On n’en découvrirait pas un sur dix! » A ces mots, Jia le Prodigieux, transporté de joie, se gratta l’oreille et la joue. « Belle-sœur, reprit-il, les journées doivent vous paraître bien mornes ! — Justement, répondit-elle. Aussi dois-je souvent souhaiter que quelqu’un vienne bavarder avec moi et dissiper mon ennui. — Mais moi, je suis toujours libre! s’écria-t-il en riant de plus belle. Si je venais chaque jour vous distraire, cela vous plairait-il? — Vous me bernez, répondit-elle en riant aussi. Comment condescendriez-vous à venir jusque chez moi? — Si je prononce devant vous une seule parole men songère, Belle-sœur, répondit-il, que le feu du ciel me foudroie ! C’est seulement parce que j’entendais constam ment proclamer par tout le monde que vous êtes une personne redoutable, devant qui l’on ne saurait se per mettre le moindre manquement, que la crainte me rete nait. Maintenant que je vous vois aimant rire et badiner, et tout encline à la tendresse, comment ne viendrais-je pas? Fallût-il en mourir, que je m’y risquerais! — Vous êtes effectivement doué de vue nette et claire, convint-elle, et vous l’emportez de loin sur le petit monsieur Hibiscus et son cousin Fleur de Rosier. Les voyant si joliment gracieux, je me les figurais plus perspicaces. Qui se douterait qu’ils ne sont, en somme, que deux étourneaux, ne comprenant rien au cœur d’autrui? » Le Prodigieux sentit ces mots l’atteindre de plus en plus profondément au point le plus sensible. D’un mouvement instinctif, il s’avança plus près de la jeune femme. Son regard investigateur s’arrêta sur la bourse qu’elle avait à la ceinture. « Quelles bagues portez-vous aux doigts? demanda- t-il ensuite. — Un peu plus de réserve! lui chuchota-t-elle à mi- voix. Prenez garde que mes soubrettes ne vous voient ! » Comme s’il venait d’entendre l’ordre du Fils du Ciel, ou la parole du Bouddha, il se rejeta précipitamment en arrière. « Il est temps de vous retirer! lui signifia-t-elle. — Laissez-moi rester encore un moment, Belle-sœur au cœur trop cruel ! supplia-t-il. — En plein jour et sous la lumière du soleil, chuchota- t-elle de nouveau, avec tant de gens qui vont et viennent, si vous restiez ici, nous n’y serions pas à notre aise. Pour l’instant donc, partez ! Et quand viendra, ce soir, l heure de la première veille1, revenez m’attendre, en ’ cachette, dans la salle de passage de l’ouest. » A ces mots, le Prodigieux se sentit comme gratifié du plus précieux des joyaux. « Ne vous jouez pas de moi! s’écria-t-il aussitôt. Il passe beaucoup de gens par cette salle. Comment parviendrai-je à m’y cacher? — Rassurez-vous, répondit Grande Sœur Phénix. Je donnerai congé à tous les valets qui doivent, cette nuit, s’y mettre de garde. Les portes une fois fermées de chaque côté, il n’y viendra plus personne. » Cette réponse entendue, le Prodigieux ne se tint plus de joie. Il s’empressa aussitôt de prendre congé, se retira, le cœur pleinement assuré d’avoir triomphé haut la main, et attendit le soir avec impatience. Puis, effec tivement, à la faveur de l’obscurité, il s’introduisit à tâtons dans le Palais de la Gloire et, profitant du moment où les portes allaient être fermées, se faufila dans la salle de passage. Il y régnait un noir de laque, et nul n’y passait plus. La porte qui donnait accès aux apparte ments de l’Aïeule était déjà cadenassée. Seule, la porte s’ouvrant vers l’est n’était pas encore close. Il se tint aux aguets, l’oreille tendue, pendant un bon moment, sans voir venir personne, puis entendit tout à coup un bruit sourd, et la porte de l’est, à son tour, se trouva fermée. Anxieux, mais n’osant proférer le moindre son, il ne put que se diriger à pas de loup vers la porte, et tenter de la secouer : elle était aussi strictement close qu’un tonneau de fer. Il ne lui restait plus aucune possibilité de sortir. Au sud et au nord s’élevaient de hauts murs, qu’aucun point d’appui ne permettait d’escalader. Par surcroît, la salle était vaste, nue, et parcourue de courants d’air. La température qui sévissait alors était celle du dernier mois de l’année, dont les nuits, au surplus, sont si longues, et le souffle glacial de la bise pénétrait la chair du galant, au point, lui semblait-il, de lui fendre les os. Tout juste put-il passer la nuit sans périr de froid, et péniblement attendre le lever du jour. Il vit alors la porte de l’est s’ouvrir, et entrer une vieille commère, qui se dirigea vers l’autre porte et, d’un cri, la fit ouvrir. S’assurant d’un coup d’œil qu’elle lui tournait le dos, il s’élança comme s’échappe une fumée, et s’enfuit en courant, les bras croisés sur la poitrine et les mains agrippées aux épaules. Il était heureusement très tôt, personne n’était encore levé. De sorte qu’il put s’échap per du palais par la porte de derrière, et rentrer au galop, tout droit à la maison. Or ce Jia le Prodigieux avait de bonne heure perdu ses parents. Il ne lui restait plus qu’un grand-père, le vénérable pédagogue Jia, qui l’avait élevé, soumis à une éducation des plus sévères, et lui défendait de faire, en ville, un pas de plus qu’il ne convenait, par crainte de le voir s’adonner à la boisson et au jeu et, par suite, compromettre ses études. Voyant ce jour-là que son petit-fils ne rentrait pas de toute la nuit, il présuma qu’il la passait à boire ou à jouer, à visiter les femmes de mau vaise vie ou à coucher chez les putains. Bien loin de son ger à la véritable nature du délit, il n’avait pas, jusqu’au matin, cessé de s’irriter. Quant au Prodigieux, il dut, en rentrant chez son grand-père, étancher une brusque poussée de sueur, et ne put faire autrement que de recourir au mensonge. « Je me suis rendu chez mon oncle, expliqua-t-il, et, comme il commençait à faire sombre, il m’a retenu à coucher. — Tu ne t’étais jamais permis jusqu’ici de prendre Jia le vénérable pédagogue et son petit-fils Jia le Prodigieux sur toi de sortir sans m’en avoir demandé la permission, répondit le vénérable pédagogue. Comment as-tu pu te donner, hier, la liberté de t’esquiver ainsi? Cela seul mériterait déjà la bastonnade. Mais tu la mérites d’autant plus que tu mens ! » Là-dessus, il s’arma de toute sa rigueur, renversa son petit-fils, et lui administra une raclée de trente à quarante coups de bambou. Puis il le priva de nourriture, et lui ordonna de s’agenouiller dans la cour pour lire à haute voix des dissertations littéraires, et de ne s’arrêter sous aucun prétexte, avant d’avoir entièrement rattrapé dix jours de leçons en retard. Après avoir gelé toute une nuit, puis passé par le bâton, se tenir à genoux en plein vent, le ventre creux, et réciter des dissertations : que de souffrances dut endurer le misérable ! Pourtant, même à cette heure, la perversité de son cœur ne s’était pas encore amendée. Il ne pouvait s’imaginer que Grande Sœur Phénix se fût jouée de lui, et, deux ou trois jours plus tard, profitant d’un moment de liberté, il alla de nouveau la relancer. Elle feignit de lui en vouloir, en l accusant de lui avoir manqué de parole. Il s’en émut ’ au point de recourir, pour se disculper, au serment. Le voyant s’entêter ainsi à venir de lui-même se prendre aux mailles des filets, Grande Sœur Phénix ne pouvait manquer de s’aviser de quelque autre stratagème, pour lui faire enfin comprendre qu’il devait se corriger. Aussi lui donna-t-elle un nouveau rendez-vous. « N’allez pas vous cacher, ce soir, dans la même salle, lui dit-elle. Venez m’attendre dans la pièce inoccupée qui s’ouvre derrière ce pavillon, sur le petit couloir de dégagement. Mais ne soyez pas trop téméraire! — Est-ce bien vrai? demanda-t-il. — Si vous en doutez, ne venez pas, répondit-elle. — Je viendrai, je viendrai sûrement ! s’écria-t-il. Dussé-je en périr, je viendrai ! — Pour le moment, lui intima-t-elle, commencez par vous en aller. » Assuré d’en venir à ses fins le soir même, il se retira provisoirement. Grande Sœur Phénix se mit aussitôt, et sur place, à mobiliser chefs de guerre et troupiers et à établir les bases d’une embûche. Le Prodigieux désespérait déjà de jamais voir arriver la nuit, quand survinrent, chez son grand-père, des parents qui ne s’en allèrent qu’après avoir pris le riz du soir. L’heure d’apporter les lampes venue, il dut encore attendre que son aïeul se fût endormi, pour s’insinuer furtivement au Palais de la Gloire et gagner la pièce inoccupée du couloir de dégagement. Il s’y tint en attente, tournant en ronda, comme une fourmi dans une marmite brûlante. Il guettait à gauche, sans apercevoir même l’ombre d’une créature, tendait l’oreille à droite sans entendre le moindre bruit. Une inquiétude lui saisit le cœur. Obsédé de soupçons, il ne cessait de se deman der : « Serait-ce qu’elle ne doive pas venir? Va-t-elle me laisser encore geler toute une nuit? » Il se livrait déjà à toutes sortes de suppositions, lorsqu’il vit une ombre s’avancer dans l’opacité des ténèbres. Persuadé que c’était sa belle, et sans s’inquiéter du vert ou du rouge, du noir ou du blanc, dès qu’elle fut proche de lui, il se jeta sur elle, comme un tigre sur sa proie, ou le chat sur la souris, et l’étreignit en lui criant : « Belle-sœur chérie, je mourais de t’attendre ! » Ce disant, il la porta jusqu’au lit de brique, l’y coucha et se mit aussitôt à lui baiser les lèvres, et à la dégager de son pantalon, n’ayant plus à la bouche, et ne cessant de répéter à tort et à travers que de petits cris de ten dresse : « Vrai Papa bien-aimé! Vraie Maman bien-aimée! » Et comme l’autre ne soufflait mot, s’étant à son tour déculotté il s’apprêtait, bandant tout raide, à pousser sa pointe, lorsque jaillit brusquement une lumière, et apparut Jia Fleur de Rosier, levant très haut un chan delier, pour mieux illuminer le couple. « Qui donc se trouve dans cette pièce ? » demanda- t-iL A quoi la personne couchée sur le lit de brique répon dit en riant : « C’est l’oncle le Prodigieux qui veut m’enfiler! » Avant d’avoir vu cette personne, le Prodigieux pou vait encore se faire une raison. Mais il fut, en la regar dant, saisi d’une telle honte, qu’il en voulut au sol de ne lui permettre nulle part de s’y enfouir. Or, savez-vous, Auditeurs ou Lecteurs, quelle était cette personne? Son neveu Jia l’Hibiscus ! Il tourna les talons et voulut immédiatement s’échap per, mais Jia Fleur de Rosier l’empoigna brusquement d’une main et lui cria : « Ne t’en va pas ! La Jeune Dame de mon oncle Vase de Jade t’a déjà dénoncé à notre Seconde Dame, lui disant que tu l’as indécemment aguichée, et qu’usant d’un stratagème pour échapper à tes poursuites, elle te tient, pour le moment, captif dans cette pièce. A ce récit, notre Seconde Dame fut prise d’un tel courroux qu’elle s’est évanouie. Aussi m’envoie-t-elle me saisir de ta personne. Et tu as pris à l’instant mon cousin pour la Deuxième Jeune Dame! Plus rien à dire! Allons, vite! Suis-moi pour te présenter devant notre Seconde Damea ! » À ces mots, Jia le Prodigieux crut sentir que ses âmes éthérées ne lui tenaient plus au corps. « Bon Neveu, supplia-t-il, dis que je ne me trouvais pas ici. Je te remercierai demain très largement. — Il ne me coûterait rien de te relâcher, répondit Jia Fleur de Rosier. .Mais j’aimerais savoir quelle sera la valeur de ton remerciement. De plus, un engagement verbal ne présentant aucune garantie, je ne me tiendrai pour satisfait que si tu me signes un petit papier. — Mais comment mettre cela par écrit? demanda le Prodigieux. -— Aucune difficulté! répondit Jia Fleur de Rosier. Écris simplement qu’ayant perdu au jeu, tu m’as emprunté tant de taels, et tout sera conclu. — Par ce biais, convint le Prodigieux, c’est en effet facile. Seulement voilà, il n’y a en ce moment ni pin ceau ni papier. — Qu’à cela ne tienne! » répliqua Fleur de Rosier qui fit demi-tour et sortit, pour revenir aussitôt, appor tant du papier et un pinceau, d’avance tenus tout pré- parésL Il les tendit au Prodigieux, en lui enjoignant de s’exé cuter. L’un faisant le gentil, l’autre le méchant, les deux cousins contraignirent l’oncle à rédiger une reconnais sance d’emprunt de cinquante taels d’argent, au bas de laquelle il apposa sa signature. Jia Fleur de Rosier ’ l empocha. Restait à se débarrasser de Jia l’Hibiscus. Celui-ci se refusa d’abord à toute concession, se bornant, sans vouloir en démordre, à déclarer : « Je porterai demain l’affaire devant le conseil de famille qui décidera en toute justice. » Affolé, le Prodigieux alla jusqu’à s’agenouiller et battre du front le sol devant lui. Ce fut seulement grâce à l’entremise de Jia Fleur de Rosier qui faisait tantôt le gentil, tantôt le méchant, que le Prodigieux put enfin s’en tirer, en signant, cette fois en faveur de Jia l’Hibiscus, une seconde reconnaissance de cinquante taels. « En te relaxant à présent, lui dit alors Jia Fleur de Rosier, j’aurai à répondre d’une faute. La porte donnant accès aux appartements de la très vénérable Douairière est fermée depuis longtemps. Le Second Monsieur du palais se trouvant dans la grande salle, en train d’exa miner des objets provenant de Nankin, il serait certaine ment périlleux de passer par là. Il ne te reste que la possi bilité de t’échapper par la porte de derrière. Mais en pre nant cette voie, si tu venais à rencontrer des gens, cela ne te vaudrait, ni même à moi, rien de bon. Laisse-moi partir d’abord en éclaireur, et revenir te guider. Seule ment, tu ne peux pas te dissimuler plus longtemps dans cette pièce, car on va bientôt venir y déposer un tas de choses. Je vais te trouver une autre cachette. » Cela dit, il éteignit son lumignon. Conduisant le Pro digieux par la main, et suivi de Jia l’Hibiscus, il quitta la pièce, puis la cour par laquelle on y accédait, pour aller tâtonner sous les degrés menant au perron du pavillon principal. « Cette niche conviendra, déclara-t-il. Tu n’as qu’à t’y tenir accroupi, sans proférer le moindre son, et attendre pour en sortir que je vienne te chercher. » Sur quoi, les deux compères s’éloignèrent. N’étant plus, pour l’heure, maître de sa personne, le Prodigieux ne put mieux faire que de se blottir effec tivement sous les degrés. Il s’y apprêtait à récapituler le compte de ses déboires, lorsqu’il entendit flaquer, au-dessus de lui, un plein seau d’urine et d’excréments qui se mirent à lui dégouliner droit dessus, et dont il fut bientôt, comme par un fait exprès, inondé de la tête aux pieds. Il ne put retenir un « Aïe ! » mais se ferma aussitôt la bouche d’une main, et, par crainte d’un esclandre, la tête et le visage entièrement barbouillés de pisse et de chiasse, trempé, glacé, demeura là à grelotter jusqu’au moment où il vit accourir Jia Fleur de Rosier qui lui cria : « Va-t’en ! Va-t’en vite ! » S’estimant heureux d’avoir la vie sauve, il s’enfuit, à grandes enjambées, par la porte de derrière, et courut jusqu’à son logis. C’était déjà la troisième veille1. Il dut appeler pour se faire ouvrir. Le voyant en tel état, le domestique lui demanda : « Que vous est-il donc arrivé ? » Il fallait bien inventer un mensonge. « Il faisait noir, répondit-il; j’ai trébuché et me suis affalé dans les latrines. » Ce disant, il se retira dans sa chambre, pour se dévêtir et se laver. Alors seulement lui vint au fond du cœur l’idée que Grande Sœur Phénix avait dû se jouer de lui. Un accès de rage le durcit momentanément contre elle. Puis il se prit à évoquer le charmant visage de la jeune femme, et s’en voulut de ne pouvoir la tenir un instant pressée sur son sein. Si bien qu’agité des pensées les plus folles, il ne put fermer l’œil de toute la nuit. Mais, bien que pensant toujours à sa belle, il n’osa plus, dès lors, s’aventurer au Palais de la Gloire. Cependant Jia l’Hibiscus et son cousin Fleur de Rosier, à tout bout de champ, lui réclamaient leur argent, et le malheureux craignait fort que son grand-père ne vînt à en avoir vent. À l’intolérable tourment que lui valait déjà son amour malheureux, s’ajoutait l’obsession de ses dettes, et, par surcroît, des tâches pressantes dont il devait s’acquitter pour ses leçons quotidiennes. A plus de vingt ans, pas encore marié, et convoitant une jeune beauté dont il ne pouvait venir à bout, il ne manquait bien sûr pas de « se fatiguer à gogo les cinq doigts de la main2 ». A quoi il faut encore ajouter qu’il venait à deux reprises de subir à la fois les atteintes d’un froid glacial et d’une male rage. Ainsi soumis à des attaques répé tées et déclenchées conjointement du dedans et du dehors, il finit insensiblement par tomber malade. Il se sentait, au cœur, comme une enflure. Sa bouche ne trouvait plus de goût à aucune nourriture. Ses pieds lui semblaient s’enfoncer dans de l’ouate. Il éprouvait aux yeux comme des picotements de vinaigre. Il grelottait de fièvre pen dant la nuit, et ressentait pendant le jour une fatigue per sistante. Ses mictions s’accompagnaient de pertes sémi nales, ses quintes de toux, d’expectorations sanguino lentes. Tous ces symptômes se manifestèrent successi- vement en moins d’un an. N’y tenant plus, il s’affala d’un seul coup sur sa couche, les yeux clos, l’âme déjà boule versée par les phantasmes d’un songe, proférant à pleine bouche des propos insensés, en proie à une terreur insigne. On le fit soigner de cent manières par divers médecins. Il absorba par dizaines de livres des drogues telles que : cannelle de Ceylan, aconit napel, carapace de trionyx, tubercules de liriope graminifolia, rhizome de polygonate officinale, sans qu’aucune amélioration se produisît. Tandis que le dernier mois de l’année achevait de s’écouler, et que s’annonçait le lever du printemps, l’état du malade s’aggrava. Tracassé d’inquiétude, son grand- père se mit aussitôt, de tous côtés, en quête de meilleurs médecins et de nouveaux traitements. Aucun ne fut efficace. Si bien qu’on finit par prescrire au malade des décoctions de ginseng pur. Son grand-père, n’ayant natu rellement pas les moyens de lui procurer un remède si onéreux, ne put mieux faire que d’aller en demander au Palais de la Gloire. La Seconde Dame Wang ordonna à Grande Sœur Phénix de lui en peser deux onces. « Il a fallu récemment en préparer un remède pour notre très vénérable Douairière, répondit Grande Sœur Phénix, et vous m’aviez dit, Vénérable Dame, de mettre de côté les racines de ginseng entières pour la femme du gouverneur militaire Yang. Je les ai, malencontreu sement, fait porter chez elle hier. — S’il n’en reste plus chez nous, suggéra la Seconde Dame, fais-en demander chez ta belle-mère. Il doit y en avoir aussi chez ton cousin Joyau de Jade. La quantité voulue une fois complétée, fais-en don à ce malade, pour qu’il puisse guérir. Si cela permet de sauver une existence, ce sera, de votre part à tous, une bonne œuvre qui vous vaudra du bien. » Grande Sœur Phénix acquiesça, mais n’envoya nulle part demander du ginseng. Elle en ramassa les dernières miettes et ce qu’il en restait de poudre, et fit porter le tout, pesant à peine quelques dixièmes d’once, par un laquais chargé de dire que la Seconde Dame faisait là l’envoi de tout ce qui lui restait de ce remède. Puis elle déclara à la Seconde Dame : « J’ai trouvé ce qu’il nous fallait. Il y en a un peu plus de deux onces, que j’ai déjà envoyées chez le malade. » S’attachant désespérément à la vie, Jia le Prodigieux essayait insatiablement de tous les remèdes. Mais ce n’étaient que dépenses inutiles, car ils restaient tous sans effet. Or, un certain jour, vint, chez le vénérable péda gogue Jia, demander l’aumône, un moine taoïste boi teux, qui se prétendait spécialement capable de guérir les maux mérités par les torts et péchés commis au cours d’avatars antérieurs. Le sort voulut que, de sa chambre, le Prodigieux l’entendît. « Qu’on aille vite prier ce bodhisattva d’entrer, pour qu’il me sauve la vie ! » cria-t-il à pleine voix en battant trois fois, du front, son oreiller. On ne put donc faire autrement que de lui amener le moine. Le Prodigieux l’attira brusquement à lui, en clamant à plusieurs reprises : « Bodhisattva, sauvez-moi ! — Votre maladie n’est pas de celles que les remèdes peuvent guérir, repartit le moine en soupirant. Mais j’ai là un joyau magique dont je vais vous faire prêt. Si vous vous y regardez tous les jours, vous aurez la vie sauve. » Cela dit, il tira de sa besace un miroir de bronze dont l’avers et le revers étaient également polis et réflecteurs. Sur le manchea, était gravée cette inscription : « Miroir magique des amours de brise et de clair de lune ». Il le tendit au malade en ajoutant : « Cet objet provient de la Salle des Prestiges du Vide, du Domaine illusoire de la Suprême Vanité. C’est l’œuvre de l’immortelle veillant aux Mirages. Il guérit spécialement les maladies provoquées par les désirs pervers et les impulsions insensées. Il possède le pouvoir d’assurer le salut des hommes et la sauvegarde des exis tences. Aussi l’ai-je apporté dans ce monde, à seule fin de donner à certains descendants de races princières doués d’entendement subtil, de perspicacité, de grâces physiques et d’humeur élégamment galante, la possi bilité d’y jeter un coup d’œil. Vous ne devrez absolument pas vous y regarder du côté de l’avers, mais seulement du côté du revers. C’est important, très important! Je viendrai dans trois jours le reprendre, et je vous garan tis que vous serez guéri. » Cela dit, il s’en alla d’un pas nonchalamment balancé, en dépit de l’insistance qu’on mettait à le retenir. Le Prodigieux avait pris en main le miroir. « Voilà un moine plutôt intéressant, pensa-t-il à part soi. Pourquoi ne pas faire l’essai de son miroir, en m’y regardant un peu? » Cette réflexion faite, il leva le miroir magique du côté du revers, à la hauteur de son visage, y jeta les yeux, mais ne vit qu’un squelette qui s’y tenait dressé. Effrayé®, il se hâta de couvrir de la main cette image, en pestant contre le moine : «Quel salaud! Comment ose-t-il m’effrayer ainsi? Mais, au fait, si je regardais maintenant ce qu’il peut y avoir de l’autre côté? » Il retourna le miroir, et aperçut Grande Sœur Phénix qui s’y tenait debout, et l’appelait d’un signe de la main. Subitement pris d’une grande joie, il se sentit soulevé, légèrement balancé, et introduit dans le miroir où lui fut donné de se livrer une bonne fois, avec sa belle, aux amoureux ébats « du nuage aboutissant à l’averse ». Après quoi, elle le reconduisit jusqu’à la sortie du miroir. Mais, lorsqu’il se retourna sur sa couche, il pous sa, en ouvrant les yeux, un cri d’effroi : le miroir s’était retourné et le revers lui présentait de nouveau l’image dressée du squelette. Il suait à grosses gouttes, et sous lui déjà se figeait une effusion de sperme. Pourtant, au fond du cœur, il ne se sentait pas assouvi. Il retourna de nouveau le miroir, revit Grande Sœur Phénix l’y appeler, y pénétra derechef, à même fin, en ressortit et renouvela le manège à trois ou quatre reprises, mais, alors qu’il s’apprêtait une fois encore à sortir du miroir, il vit s’avancer deux personnages qui lui mirent les fers au col et aux poignets, et l’entraînèrent à leur suite. « Laissez-moi prendre le miroir, avant de partir ! » leur cria-t-il. Il ne put énoncer que cette phrase, et devint aussitôt définitivement incapable de parler. Les valets qui se tenaient auprès de lui, prêts à le ser vir, avaient remarqué que, précédemment, quand il s’était regardé dans le miroir et l’avait laissé retomber, il s’en ressaisissait en rouvrant tout grands les yeux. Mais cette fois-là, quand il l’eut laissé choir, il cessa de bouger. Lorsqu’on s’approcha de lui pour l’examiner, son souffle s’était déjà étouffé et sous son corps s’était écoulée, glacée et visqueuse, toute une flaque de sperme. On se hâta aussitôt de l’habiller et de dresser la couche mortuaire. Le vénérable pédagogue et son épouse se lamentèrent si douloureusement et à si grands cris, qu’ils furent, l’un et l’autre, à plusieurs reprises, pris de pâmoi son. Puis ils se répandirent en imprécations contre « ce monstre de moine », et ordonnèrent de dresser un grand feu et d’y faire fondre le miroir. Alors retentit dans l espace une voix qui criait : ’ « Qui a dit à ce garnement de se regarder dans l’avers? Et vous-mêmes, qui prenez le faux pour le vrai, pour quoi feriez-vous fondre ce miroir qui m’appartient? » Voyant tout à coup le miroir s’envoler de la chambre, le vénérable pédagogue se précipita dans la rue, pour voir qui venait de parler. C’était bien, de retour, le moine boiteux qui clama : « Qui donc oserait détruire le miroir magique des amours de brise et de clair de lune? » Ce disant, il saisit au vol le miroir, et, comme enlevé par un coup de vent, fut instantanément hors de vue. N’ayant plus à se soucier que de la célébration des rites funèbres, le vénérable pédagogue envoya de tous côtés annoncer le décès. Le troisième jour, commença la réci tation des sütras. Le septième jour, eurent lieu les funé railles. Le cercueil contenant la dépouille mortelle fut provisoirement déposé dans une arrière-salle du Monas tère du Seuil de Fer. Tous les membres de la famille Jia étaient venus s’acquitter des condoléances. Parmi ceux du Palais de la Gloire, Jia le Clément et Jia le Politique avaient chacun fait don de vingt taels d’argent; parmi ceux du Palais de la Paix, Jia Joyau de Jade, d’une somme égale. Les autres s’étaient acquittés de contributions variant de un à deux, ou de trois à quatre taels, selon le niveau plus ou moins haul de leurs ressources. Une collecte des différentes familles, auxquelles appartenaient les condisciples du défunt, avait en outre produit une trentaine de taels. De sorte que le vénérable pédagogue, en dépit de la modicité de ses biens, avait pu, grâce à ces diverses contributions, faire très largement les choses. A la fin de ce même hiver, et tout à fait inopinément, arriva une lettre de Lin Tel que Mer qui, se trouvant atteint d’une grave maladie, demandait instamment le retour de sa fille. Cette nouvelle ne pouvait que cha griner profondément l’Aïeule Jia. Elle dut pourtant faire préparer précipitamment le départ de sa petite-fille. Le frérot Jade se sentait en grande peine, mais, s’agis sant des devoirs d’une fille envers son père, il jugea particulièrement messéant d’y faire obstacle. L’Aïeule tient à charger Jia Vase de Jade d’accompagner la voya geuse, et de la lui ramener. Il serait oiseux de parler de l allocation du viatique et des présents de spécialités ’ locales : il va sans dire que tout fut réglé de la façon la plus satisfaisante. Il fut fait choix, pour le départ, du jour propice le plus proche. Jia Vase de Jade et la sœurette Lin prirent congé de toute la famille, et, menant avec eux leur suite de commères, de serviteurs, et leur escorte, s’embarquèrent pour Yangzhou. Qui voudra savoir ce qui s’ensuivit n’a qu’à prêter l oreille aux explications du prochain récit. ’ Λ la Jeune Dame Qin efl acquis Un titre pocthume l’honneur ; Grande Sœur Phénix administre Un deuil au Palau de la Paix. Son Monsieur l’ayant donc quittée pour conduire la sœurette Lin à Yangzhou, Grande Sœur Phénix ne se sentit réellement plus de goût pour rien. La nuit venue, elle se bornait à bavarder et plaisanter un moment avec sa camériste Petite Quiète, puis s’abandonnait machi nalement au sommeil. Ce soir-là, après s’être tenues sous la lampe, autour du feu, et avoir d’abord exposé leurs couvertures brodées à l’épaisse fumée des parfums, elles s’étaient toutes deux couchées, et faisant, sur leurs doigts, le calcul des distances, cherchaient à quelle étape le voyageur devait être parvenu. Le temps passait sans qu’elles y prissent garde, et les veilleurs battaient déjà la troisième veille, quand la camériste finit par s’endor mir tout à fait. Sa maîtresse, qui venait à peine de sentir ses yeux légèrement brouillés par le sommeil, vit alors |